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Cette histoire est née suite à un défi lancé sur l'allée des conteurs : nous devions créer un texte court en partant d'une de ces trois phrases : "C'était son plus ancien souvenir", "C’était le moment le plus embarrassant de sa vie..." ou "C'était par une nuit sombre et orageuse..." . L'histoire s'inscrit dans l'univers d'Orion mais à une époque antérieure. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu le projet pour comprendre l'histoire.
    
    
    C'est par une nuit sombre et orageuse qu’Hivia avance au milieu des arbres sans savoir où elle va, sans même voir où elle met les pieds. Elle trébuche, consciente que s’enfoncer plus sous le couvert des arbres la conduit certainement à la mort. Elle vient de tout perdre et ça ne lui semble pas si horrible. Une ombre se faufile entre ses jambes comme pour lui rappeler qu’elle est toujours présente et seule sa fatigue l’empêche de lui donner un coup.
    
    Elle fait face à une masse sombre qui se détache à peine dans la pénombre. Un éclair zèbre le ciel et fait apparaître devant elle un vieux cabanon abandonné. De grosses gouttes commencent à tomber mais la pluie n’arrive même pas à chasser la suffocation ambiante. Sans conviction, Hivia pousse la porte qu’elle referme sur le chat noir pour l’empêcher de la suivre. L’animal miaule avec insistance en grattant la porte mais la jeune femme ne l’écoute pas. Elle se recroqueville sur elle-même près de la cheminée éteinte et se ferme au monde extérieur.
    
    
** ¤ **

    
    Le chat miaule de nouveau pour attirer son attention. Le regard vide de la jeune femme se porte sur la cause de sa détresse. En réponse, il la fixe de ses yeux argentés en ronronnant de satisfaction. A ses pattes se trouve un morceau de pain et un médaillon en or dont elle ignore l’origine. L’animal les a parfaitement alignés près des autres proies qu’il lui a ramenées lorsque son ventre gargouillait avec plus de force. Les cadavres commencent à sentir mais elle n’en a que faire. Toutes ses douleurs physiques ne sont rien face à sa perte.
    
    La porte de la cabane s’ouvre brutalement et un homme entre en hurlant. « Rends-moi ça, Matagot ! » Sachant qu’on s’adresse à lui, le chat se cache dans les jupons souillés de celle qu’il a choisie pour Maîtresse. La violente lumière du jour empêche Hivia de distinguer d’autres détails que la haute silhouette de l’inconnu mais ça lui importe peu. Elle espère même qu’il va l’aider à en finir au plus vite pour que tout cela s’arrête. L’homme s’avance et s’agenouille devant elle sans rien dire. Sentant son regard la fixer avec insistance, elle finit par lever les yeux. Il a la peau tannée par une vie en extérieur et de grands yeux gris auréolés de noir. Elle lui donnerait une trentaine d’années. Il l’observe avec inquiétude et elle se tasse un peu plus sur elle-même pour échapper à son regard inquisiteur. Il lève la main pour toucher son front quand le Matagot sort de sa cachette en feulant et en griffant l’air pour éloigner l’inconnu.
    
    L’homme recule précipitamment en tombant en arrière et grogne avec mauvaise humeur. « Explique-lui, Taiyoko. » Un mince Dragon d’or s’extirpe du col du jeune homme et étend une longue queue qui semble infinie vers le chat. Lorsque les deux Mythes entrent en contact, la cabane est plongée dans le silence.
    
    Après quelques secondes qui paraissent interminables à Hivia, le Dragon reprend sa place dans les vêtements de l’inconnu. Le chat fixe ce dernier avec insistance avant de pousser un miaulement plaintif. L’homme s’accroupit de nouveau et pose avec douceur sa main calleuse sur le front d’Hivia qui préférerait le voir partir. Il fait la grimace et retire son manteau qu’il dépose avec délicatesse sur les épaules de la jeune fille. Il ramasse le pain et le médaillon que lui a volé le chat et prend soin de les ranger dans la sacoche qui pend à sa taille avant de la soulever comme si elle ne pesait rien. Elle ouvre la bouche pour lui demander de la reposer mais sa gorge sèche l’empêche de prononcer le moindre mot.
    
    Lorsqu’il passe la porte pour s’enfoncer dans la forêt, elle se colle un peu plus contre lui, espérant ainsi se protéger des rayons du soleil et du vent sur sa peau qui l’agressent. Avant qu’elle n’ait pu le réaliser, elle cède au sommeil, se perdant dans les limbes troublés de ses cauchemars.
    
    
** ¤ **

    
    La jeune femme ouvre les yeux et découvre qu’elle a été lavée et changée. Elle se redresse doucement en poussant sans ménagement le Matagot qui a pris place sur sa poitrine. L’animal couve de ses pattes avides un petit amas d’objets. Une femme d’une soixantaine d’années s’invite dans la pièce en chantonnant.
    
    Constatant qu’elle est réveillée, elle lui sourit avant d’hurler pour se faire entendre du reste de la maisonnée. « Estalio, elle est réveillée. » Elle dépose près du lit un verre rempli d’un liquide peu appétissant qu’Hivia regarde avec suspicion. Remarquant son appréhension, la femme tente de la rassurer. « Je m’appelle Guossli, je suis la mère du jeune homme qui t’a trouvé. Ça, c’est un médicament pour t’aider à te remettre sur pied. »
    
    La jeune femme s’apprête à lui répondre qu’elle n’en a pas envie lorsqu’Estalio les rejoint. « Ça va mieux ? Tu m’as fait une belle frayeur ! » Pendant que Guossli se met à sermonner le Matagot qui n’en est visiblement pas à ses premiers vols, son fils réajuste les draps autour d’Hivia. Il observe un instant sa mère tenter de faire entendre raison au chat qui couche les oreilles, avant d’adresser un sourire complice à la jeune femme qui se sent un peu perdue. « Elle râle pour la forme, on ne peut pas faire grand-chose contre la nature d’un Matagot. » Ses mots ont une telle résonance qu’Hivia se met à pleurer sans pouvoir s’arrêter. Elle voit le jeune homme hésiter un instant avant de reculer d’un pas en faisant signe à sa mère. Guossli comprend parfaitement le message et la prend dans ses bras pour la bercer doucement.
    
    « Là, ça va, tout va bien. »
    
    « Non. » Guossli la serre un peu plus fort et cela donne un semblant de courage à Hivia. « Il m’a chassée, il m’a pris mon fils. Je suis une sorcière. » Elle sanglote plus fort dans les bras rassurants de la vieille femme. « Je n’ai rien demandé, je ne sais pas pourquoi Il s’est attaché à moi. Je n’en veux pas. »
    
    La voix d’Estalio, à peine plus forte qu’un murmure, se fait entendre. « On dit qu’ils choisissent ceux avec l’âme la plus pure. »
    
    « Je ne veux pas être pure, je ne veux pas de lui, je veux mon fils. »
    
    Estalio reprend. « On dit aussi que c’est l’âme du Maître qui appel le Matagot. »
    
    « NON. J’étais heureuse…» Elle sait qu’elle n’est pas honnête. Prétextant son jeune âge, ses parents lui laissaient à peine la possibilité d’approcher son fils certains jours. Elle ne peut pas non plus oublier le regard que son mari pose sur sa sœur aînée. Mais elle ne veut pas voir ça en face maintenant. Elle veut retourner chez elle, retrouver son enfant et oublier ce chat qui lui a apporté le malheur.
    
    Guossli attrape un linge humide pour nettoyer le visage de la jeune fille qui tente tant bien que mal de reprendre contenance. « Tes parents… ? »
    
    « Le village entier m’a chassée, ma famille, mon mari, mes amis, … On ne doit pas fricoter avec le Mythes. » Des plis soucieux creusent le visage de la vieille femme pendant qu’Hivia poursuit, laissant enfin exprimer sa détresse. « Je n’ai plus rien… »
    
    « Quel âge as-tu ? »
    
    « Seize ans. » Estalio et Guossli échangent un regard surpris mais la vieille femme se ressaisit rapidement.
    
    « Alors tu as toute la vie devant toi, ne sois pas ridicule. Les Matagots sont certes des Mythes mais il est de notoriété publique qu’ils n’en font qu’à leur tête et qu’ils ne sont pas particulièrement dangereux. La réaction du village est déraisonnable. »
    
    « Tu ne peux rien contre ça, maman. » Le jeune homme s’agenouille près du lit pour croiser les yeux baissés de son invitée. « Restes là autant que tu le souhaites, ça ne me pose pas de problème. Maman est dans la maison d’à côté si tu préfères une présence plus féminine, mais elle ne pourra malheureusement pas t’héberger. »
    
    « Pourquoi m’accepteriez-vous ? »
    
    L’homme se met à rire avant de prononcer un mot d’une voix grave comme si c’était une incantation. « Taiyoko. » Le dragon d’or se faufile dans l’entrebâillement de la porte et monte sur l’épaule du jeune homme. « C’est un Huang Long. Pour certaines raisons, j’ai décidé de prendre soin de lui. Ma famille ne trouve pas grand-chose à y redire étant donné que grâce à sa présence, je peux aller plus facilement dans les profondeurs de la forêt pour trouver des bois rares. C’est donnant-donnant. Ton Matagot n’est pas un souci ici. » La jeune fille ne sait que dire, laissant de nouveau le chagrin la submerger en s’appuyant sur l’épaule réconfortante de Guossli. Le chat noir se frotte contre elle en ronronnant. Elle lui en veut encore d’avoir tout détruit mais elle commence à comprendre la raison de sa présence à ses côtés.

Texte publié par Sizel, 5 décembre 2013 à 16h39
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