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Tome 1, Chapitre 4 « Premiers pas - 4 » Tome 1, Chapitre 4
Défi de l'Allée des Conteurs !
    Standard (jusqu'à 1.000 mots)
    Objet/chose « botte »
    Émotion/état « remord »
    Couleur « gris »

    
    La surveillante invita d’un geste la jeune fille à approcher, puis s’éloigna pour la laisser prendre possession de son héritage. Desti retroussa sa jupe et s’accroupit auprès du panier ; elle saisit la boîte entre ses deux mains. Elle la trouve bien plus lourde qu’elle ne s’y attendait et elle dut faire un effort pour la soulever. La pensionnaire en conçut du respect pour mademoiselle de Santille, qui avait porté le tout sans broncher durant toute l’ascension. La femme si fine et osseuse cachait bien son jeu !
    
    La jeune fille se releva et souffla sur les quelques miettes de brioche qui demeuraient à sa surface, puis tenta de l’ouvrir ; elle n’y parvint pas, sans doute à cause de la serrure dont elle voyait le mince orifice sur le bord du couvercle. Dépitée, elle s’apprêtait à la reposer, quand la surveillante lui tendit un petit objet: une clef ! Desti s’en saisit en murmurant un « merci » hâtif.
    
    « Je peux vous la tenir pour que vous puissiez la déverrouiller ! » proposa mademoiselle de Santille.
    
    - Vo… volontiers. »
    
    La surveillante s’exécuta ; Desti put introduire la petite clef de métal d’un gris et mat dans la serrure. Elle résista un peu avant de céder ; aussitôt, le couvercle se déverrouilla et se releva seul, comme mu par un ressort caché. Une odeur d’encaustique et d’huile mécanique accueillit la jeune fille, qui mit un moment à comprendre ce qui y reposait, niché dans des alvéoles tapissées de velours rouge : un pistolet pas plus long que sa main, une dague dont la garde figurait une croix et dont la lame portait des inscriptions en latin ainsi qu’une arbalète miniature, le tout soigneusement graissé, un pieu de bois cerclé d’argent... Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais rien n’en sortit. Dans son cerveau en ébullition, deux réactions s’affrontaient : « Ma mère utilisait vraiment ces armes… ? » et « Qu’est-ce que je suis censée faire avec tout ça ? »
    
    À la vérité, elle n’avait pas le temps d’y réfléchir… Un démon flottait dans les airs et se nourrissait de la ferveur de ses camarades. Elle devait sélectionner la bonne arme !
    
    D’instinct, Desti s’empara de la dague, sans trop savoir ce qui avait déterminé ce choix. Elle se releva, ôta sa pèlerine qui tomba à ses pieds et s’avança vers la créature, prête à en découdre… quand elle trébucha sur un caillou ! Elle évita de peu une chute peu digne et se promit, si elle devenait une habituée de ce style d’aventures, de remplacer ses bottines par une solide paire de bottes !
    
    Le démon dut percevoir son mouvement, car les yeux de « Franche » s’ouvrirent subitement. Le monstre qui l’habitait posa un regard narquois sur son adversaire. Un ricanement résonna dans sa tête :
    
    « Tiens, on envoie une enfant pour m’affronter ? Mes ennemis sont bien pitoyables s’ils ne trouvent que des jeunes filles pour me combattre…
    
    - C’est une jeune fille qui t’a maintenu prisonnier durant des siècles ! lui répondit-elle sur le même mode.
    
    - Tu comptes te sacrifier, comme la petite Franche ? Comme c’est touchant ! »
    
    La voix dans sa tête dégoulinait de moquerie et de condescendance. Desti savait qu’elle ne devait surtout pas céder au doute, ou elle ne s’en sortirait pas en vie ! Elle affermit sa prise sur la dague et chercha une invocation quelconque qui pourrait soutenir sa volonté… Sa lame lui sembla soudain bien petite face à l’énormité de ce qui habitait le corps de Franche, comme une défroque de chair miraculeusement préservée à travers les âges. Il lui aurait fallu une épée, rayonnante de lumière ou de feu divin !
    
    La voix du vieux prêtre s’éleva soudain derrière elle :
    
    « O invicte princeps,
    et custos fidelissime ecclesiae dei animarumque fidelium...
»
    
    Elle ne se souvenait pas avoir jamais ouï cette prière… mais elle comprit aussitôt qu’elle s’adressait à Saint Michel, l’archange guerrier. Elle éprouva un regain de résolution qui lui insuffla une force nouvelle. Elle leva la dague ; un rayon de soleil, qui tomba sur la lame, la couvrant de lumière.
    
    Aussitôt, l’ombre qui nimbait l’apparition se veina d’éclairs pourpres ; le corps de Franche se ploya en arrière, avec une telle violence que Desti craignit d’entendre sa colonne vertébrale craquer. Elle sentit soudain une vive douleur à la main, et faillit lâcher son arme : quand elle y porta les yeux, trois sillons rouges la zébraient.
    
    « Voilà pour toi, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ! Tu crois que les superstitions d’un vieillard cacochyme et un bout de ferraille brandi par une donzelle peuvent me faire quoi que ce soit ? »
    
    La jeune fille entendit Lalie crier derrière elle.
    
    « Restez là, lui ordonna Mademoiselle de Santille. Vous ne pouvez pas l’aider ! »
    
    Manifestement , personne ne pouvait l’aider ; il lui faudrait trouver d’elle-même le moyen d’agir ! La créature qu’elle affrontait n’avait aucune pitié, aucun remord… sa noirceur assombrissait tout ce qui l’entourait, le jour, les âmes, la nature même. Comment pourrait-elle lui résister ? Sans doute par sa principale qualité, qui pouvait se révéler également un défaut de taille : son obstination ! Après tant d’années scellé dans le corps de France, le démon devait avoir perdu une grande partie de ses forces ! Elle devait le vaincre avant qu’elle pût les reconstituer.
    
    Le plus important était de libérer les jeunes filles de la sujétion… et pour cela, dissiper cette chape qui pesait sur elles ! Une vigueur inattendue semblait envahir ses membres… et soudain, la situation lui parut étrangement normale, comme si elle n’avait vécu que pour cet instant !
    
    Aussitôt, les mots d’une prière qu’elle entendait pour la première fois trouvèrent leur chemin sur ses lèvres :
    
    « O invicte princeps,
    et custos fidelissime ecclesiae...
»
    
    

Texte publié par Beatrix, 2 avril 2020 à 01h00
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