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Tome 1, Chapitre 3 « Premiers pas - 3 » Tome 1, Chapitre 3
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    Objet/chose « opérateur »
    Émotion/état « haine »
    Couleur « blanc »

    
    Le regard de Desti demeurait figé sur la chapelle, à présent nimbée d’un halo sombre, comme si elle s’enfonçait dans un monde de ténèbres. Elle cligna des yeux, pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une illusion… mais cette aura funeste perdurait.
    
    Sa voix mourut d’elle-même, tandis que son cœur s’emplissait d’une inquiétude profonde.
    
    « Desti… ? souffla Lalie. Que se passe-t-il ? »
    
    Les jeunes filles continuaient de prier, de plus en plus intensément, mais leurs voix semblaient se heurter contre une paroi invisible. Quelque chose avait pris possession des lieux, et il ne s’agissait certainement pas de la présence protectrice de Franche !
    
    « Il faut partir d’ici, très vite ! » chuchota-t-elle.
    
    Mademoiselle de Santille se tourna vers Desti ; la pensionnaire enfonça sa tête dans ses épaules, prête à recevoir des récriminations qui ne manqueraient pas d’arriver. Étrangement, il n’en fut rien. La surveillante se rapproche d’elle et murmura :
    
    « Que se passe-t-il, mademoiselle Saint-George ? »
    
    L’intéressée se raidit :
    
    « Rien, mademoiselle », répondit-elle d’un ton évasif.
    
    À son expression, la femme ne la croyait pas, mais Desti en avait l’habitude. Du plus loin qu’elle se souvînt, elle avait toujours eu des visions étranges et des impressions bizarres, dont elle ne s’ouvrait qu’à Eulalie, de crainte d'être prise pour une folle.
    
    Une des voix du chœur se brisa, tenta de se raccrocher, en vain… La jeune fille, une petite blonde du nom de Diane, se mit soudain à sangloter. Puis une autre devint d’une pâleur mortelle et défaillit. Cette fois, il n’y avait pas le moindre doute… Il se passait quelque chose, mais quoi ?
    
    Desti lança un regard vers Eulalie pour lui intimer de rester en arrière et s’avança bravement vers la chapelle. Elle dépassa ses camarades et la directrice, toujours plongée dans la prière, ou plutôt, dans une sorte de transe… Pourquoi certaines avaient-elles pu en sortir ? Comment le phénomène avait-il pu épargner le vieux prêtre et mademoiselle de Sentille, tout comme Lalie et elle-même ?
    
    Soudain, elle vit une forme apparaître devant elle, entourée d’un halo blanc. Progressivement ; la silhouette se précisa pour devenir celle d’une toute jeune fille dans un bliaud de toile claire, ses longs cheveux retenus par un bandeau de cuir. Elle portait une ceinture qui avait dû, en d’autres temps, supporter une dague. Elle lévitait à un bon mètre du sol, comme si elle flottait entre deux eaux. Desti fut frappée par la pureté de ses traits et la longueur des cils qui frangeaient ses paupières closes…
    
    « Franche… » gémirent les pensionnaires.
    
    L’une après l’autre, les écolières et leur directrice tombèrent à genoux devant l’apparition, mais Desti éprouvait un malaise croissant. Elle se tourna vers Lalie, qui contemplait le phénomène, étrangement indécise. La main de la petite brune se posa sur son bras. Elles échangèrent un regard, dans lequel passait la même interrogation : si réellement, cette créature était la sainte qui avait scellé le démon, pourquoi pouvaient-elles encore sentir ces vagues de haine intense ?
    
    La jeune fille aurait dû rester figée sur place devant une telle apparition ; pourtant, il n’en était rien. Elle gardait l’esprit tout à fait clair. Quelque chose plus profond d’elle-même, un instinct dont elle ne pouvait deviner l’origine s’était réveillé en elle.
    
    La surveillante se rapprocha des deux amies :
    
    « Cette chose… Ce n’est pas Franche...
    
    - Non, répondit-elle sur le même ton. Regardez... »
    
    La simple croix de bois qui pendait au cou de la sainte avait été brisée. Il n’en restait qu’un tronçon et le début d’une branche. Juste assez pour en deviner la forme initiale. La jeune fille dégagea avec douceur son bras de l’emprise de Lélie et s’avança d’un pas, pour mieux examiner l’apparition. Elle se trouvait à présent à la hauteur du vieux prêtre.
    
    « Mon père, comment Franche a-t-elle scellé le démon ? On dit qu’elle l’a entraînée dans la fontaine, mais ce n’est pas que cela, n’est-ce pas ? »
    
    Le vieil homme tourna vers elle ses yeux ternis par l’âge :
    
    « Non, mon enfant, c’était bien plus compliqué. Et Franche n’était pas n’importe quelle sainte ! C’était une traqueuse, qui avait consacré sa vie à éliminer toute trace du démon sur cette terre. Mais elle était jeune, encore peu expérimentée… Et face à quelque chose de bien plus fort qu’elle…
    
    - … elle n’a pu que le sceller à l’intérieur de son corps, poursuivi Desti, surprise de sa propre clairvoyance. À présent, le démon s'est éveillé et se sert de la piété de ces jeunes filles pour se renforcer ! »
    
    Le prêtre opina :
    
    « Hélas, ma fille, les démons sont des fieffés manipulateurs, comme des opérateurs et des bonimenteurs de foire qui peuvent faire croire n’importe quoi aux chalands… Mais je ne pensais pas que je me jetterais un jour dans un tel piège ! »
    
    Il prit une profonde inspiration :
    
    « J’avais senti depuis quelques mois qu’il se réveillait, et je pensais que les prières de ces âmes innocentes permettraient de contenir un peu plus longtemps le démon ! »
    
    Destina esquissa un léger sourire, en dépit de la situation : s’il pensait que ses camarades possédaient une telle innocence, le vieil homme se montrait bien naïf !
    
    « Eh bien, mon père… Je propose de ne pas en rester de simples spectateurs ! Qu’en pensez-vous ? »
    
    Dans les yeux voilés par l’âge du vieil homme, une étrange lueur apparut. Il se tourna vers mademoiselle Sentille :
    
    « Le moment est arrivé… »
    
    Un sourire triste apparut sur le visage de la surveillante. Elle se pencha vers son panier, en ôta les linges contenant les brioches pour révéler une boîte d’acajou. Sur le couvercle, une plaque se trouvait sertie, gravée d’un nom : « Anne Saint-Georges ».
    
    Les yeux de la jeune fille s’écarquillèrent : c’était celui de défunte mère !

Texte publié par Beatrix, 15 mars 2020 à 17h06
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