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Tome 1, Chapitre 1 « Premiers pas - 1 » Tome 1, Chapitre 1
Le chaudron m'a donné le défi suivant :
    
Standard (jusqu'à 1.000 mots)
    Objet/chose « linge »
    Émotion/état « regret »
    Couleur « blanc »

    Voici ma réponse, en espérant qu'elle vous plaira !
    
    
    1882, quelque part en France.
    
    Les quinze jeunes filles se tenaient sagement en rang, le regard baissé. Elles portaient toutes l’uniforme de leur pensionnat : une robe de lainage gris à col blanc, de longs manteaux à capeline bleu marine, de solides souliers de cuir. Mademoiselle de Santille, leur surveillante, les examina de pied en cap avec un petit sourire satisfait, avant de poser les yeux sur la plus rebelle du groupe. À quatorze ans, Destina Saint-Georges dépassait déjà de la tête la plupart de ses camarades. Une taille pareille chez une femme n’avait rien de bien convenable, mais elle n'en était pas responsable. Par contre, elle avait une fois encore omis de se recoiffer. Des mèches de cheveux s’échappaient de ses nattes, hâtivement relevées en couronne.
    
    Deux ans plus tôt, mademoiselle de Santille aurait crié et vociféré, mais elle savait à présent que c’était inutile. À son grand regret, cette jeune fille demeurerait un cas désespéré. Certes, on ne pouvait lui reprocher sa naissance illégitime, mais tout au moins aurait-elle dû se montrer d’autant plus parfaite. Si elle obtenait de bonnes notes en classe, pour tout le reste, elle représentait un véritable fardeau pour l’institution. Insolente, souvent négligée, terriblement remuante, elle entraînait le chaos partout autour d’elle. Pourtant, il émanait de sa personne quelque chose de frais, d’innocent, qui portait mademoiselle de Santille à plus d’indulgence qu’elle n’aurait dû en éprouver pour cette enfant impossible.
    
    Les demoiselles se tenaient en rang par deux devant l’établissement, une ancienne abbaye du XVIIe siècle, désertée à la Révolution et qui avait été transformée en pension pour jeunes filles une vingtaine d’années auparavant, sous l’empereur Napoléon III. Elle se dressait un peu en marge du village, un vaste bâtiment carré de deux étages, avec un fronton triangulaire en sa partie centrale et des dépendances de part et d’autre.
    
    Mademoiselle de Santille y travaillait depuis sa création. Fille d’un noble désargenté, disparu trop tôt, elle manquait des charmes qui auraient pu persuader un prétendant de l’épouser sans dot et ne souhaitait pas se mésallier. Elle avait eu la chance de trouver cette place où elle pouvait laisser libre cours à son goût pour la lecture et la simplicité d’une vue austère. C’était une petite femme diligente, observatrice, patiente et non dénuée de cœur. Sans le savoir, Destina lui devait sans doute de ne pas avoir été renvoyée dans les six premiers mois de son séjour.
    
    En grande partie à cause de ce « quelque chose... » Peut-être que Dieu essayait de lui souffler que cette jeune personne était promise à une destinée prestigieuse, sans mauvais jeu de mots sur son prénom… Il fallait dire que ce « Destina » pour le moins insolite ne l’aidait guère plus que le reste !
    
    « Mademoiselle Saint-Georges, relevez votre capuche », commanda-t-elle d’un ton sec.
    
    Après un moment de confusion, la grande fille blonde obtempéra. Mademoiselle de Santille espéra qu’elle comprendrait qu’elle tentait de lui éviter une punition – une de plus.
    
    « Bien, nous n’avons plus qu’à attendre madame Germain et le père Édouard, et nous pourrons partir. »
    Bientôt, les deux derniers membres de l’expédition firent leur apparition : un petit vieillard en soutane, le cheveu rare et le regard myope, appuyé sur une canne, et une grande femme sèche au visage pincé, en habits noirs : madame Germain, la directrice de l’institution.
    
    « Mesdemoiselles, déclara-t-elle d’une voix aussi dure que son apparence, j’espère que vous avez bien compris que nous ne partons pas en promenade, mais en pèlerinage à la chapelle de sainte Franche, sur le pic d’Antremont. Nous allons marcher deux heures et pendant ce trajet, toutes vos pensées devront de tourner vers la jeune sainte qui avait votre âge quand elle est morte en combattant le démon qui assaillait le village. Elle doit rester votre exemple en toutes choses, et c’est pour cela que vous devez vous recommander à elle. »
    
    Un murmure d’assentiment parcourut les rangs.
    
    « Voilà qui est parfait. Maintenant, en marche, et j’espère vous entendre chanter les cantiques que nous vous avons fait répéter. »
    
    Sans attendre, elle pivota sur elle-même et entraîna sa troupe le long de la rue pavée. Mademoiselle de Santille prit place derrière le cortège, portant au bras un panier couvert d’un linge où se trouvait de la brioche que l’expédition partagerait avant de repartir, arrosée de l’eau de la source miraculeuse que sainte Franche avait fait jaillir avant de s’y noyer avec le démon.
    
    
***

    
    Au bout d’une centaine de mètres, la route se transformait en un chemin champêtre. La petite troupe progressait lentement, car elle devait suivre l’allure du vieux prêtre arthritique. Madame Germain commença à entonner un premier cantique ; les voix hésitantes des jeunes filles se joignirent à la sienne, dans ce qui tenait de la cacophonie.
    Destina soupira : certes, elle se réjouissait à l’idée de ce pèlerinage qui restait pour elle, n’en déplût à la directrice, une balade plutôt agréable. Au moins pouvait-elle enfin quitter les murs de la pension, respirer l’air de la campagne et contempler la nature autour d’elle. Mais entendre ces chants horriblement faux et ennuyeux comme la pluie gâchait tout son plaisir.
    
    « Si j’étais le Seigneur, maugréa-t-elle, je me boucherais les oreilles à la cire pour ne pas les entendre. Ou bien je leur enverrai une averse de grêle... »
    
    Eulalie, sa meilleure amie, pouffa de rire. Petite, brune et délicate, avec des yeux noirs et malicieux, elle semblait tout son contraire. Pourtant, dès leur entrée au pensionnat deux ans plus tôt, les deux jeunes filles étaient vite devenues aussi proches que des sœurs.
    
    « Tu n’es pas très charitable, Desti !
    
    — Oh, si, plus que tu ne le crois, Lalie ! Je n’ai pas parlé de les foudroyer !
    
    — Mesdemoiselles, qu’y a-t-il de si drôle ? »
    
    En entendant la voix de mademoiselle de Santille, les deux complices rentrèrent la tête dans les épaules pour se faire oublier. Elles n’avaient rien d’autre à faire que prendre leur mal en patience…

Texte publié par Beatrix, 27 octobre 2019 à 18h42
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