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Tome 1, Chapitre 14 « Il est une fois » Tome 1, Chapitre 14
Ensemble du roman remanié et mis à jour selon les dernières remarques :).
    

    

    
    Peu à peu cette silhouette, qu’Evana qualifie de belle et gracieuse, s’avance vers elle. Ni cheval blanc ni quelconque destrier. Cependant, l’aura de l’homme ne la trompe pas. Sa prestance est sans pareille. Son regard happe le sien. La pantine cesse de s’agiter et prend une profonde inspiration afin de mieux se préparer.
    C’est lui, celui dont Professeur lui a tant parlé. Le prince charmant. Ah, il l’est sans aucun doute. Elle n’y est pas insensible. Le sourire tendre qu’il lui offre réchauffe son être. Son cœur indigo, qui ne lui fait plus mal maintenant qu’il bat pour lui-même, danse dans sa poitrine…
    Mais non. Le bouleversement qu’elle a espéré n’est pas survenu.
    Elle lève ses iris chatoyants – comme ses fils, mais en couleurs – vers lui. Ils oscillent entre plusieurs teintes. Toutefois, elles ne se fixent pas pour l’instant, tels des miroirs, au contraire de son esprit qui est versicolore. Avant, ses yeux étaient blêmes, presque transparents ; grâce à sa libération et aux rayons du Soleil, ce n’est plus le cas. Lorsqu’il se couchera et que la Lune lui succédera, alors elle choisira enfin leur nuance.
    — Je suis Evana Violvet, la pantine princesse. Ou la Princesse Pantin, si tu préfères.
    Maintenant qu’elle s’est délivrée de Professeur, elle s’octroie le droit de se nommer comme il lui plaît. Le prince lui sourit encore, puis s’agenouille devant elle pour lui attraper la main avec délicatesse. Curieuse, Evana le laisse faire. Les lèvres de l’homme effleurent sa peau ivoirine caressée par divers pigments ; ce n’est pas désagréable. Néanmoins, pour l’instant, ce n’est pas de ça qu’elle a envie, qu’elle a besoin.
    La voix grave du prince l’interrompt dans ses songeries :
    — Je vous ai cherchée pendant des lunes et des lunes, des jours et des jours. Maintenant que je suis ici, je suis heureux de vous annoncer que je viens vous arracher à vos entraves…
    À ce moment précis il se tait, puis la contemple avec davantage d’attention. Il hausse les sourcils et arbore une expression que la pantine trouve comique. Il a saisi.
    — Il semblerait que vous ne soyez pas prisonnière. Ou plutôt, que vous ne l’êtes plus.
    — Oui. Je me suis libérée toute seule, lui explique-t-elle.
    Il ouvre de grands yeux emplis de surprise.
    — Vous, une femme si délicate et frêle
    — Non, je vous en prie, le coupe-t-elle avec un soupçon d’impatience.
    Elle ne veut plus jamais entendre des propos aussi pénibles ! En voyant que l’homme paraît confus et repentant, elle se radoucit et renchérit :
    — Je l’ai peut-être été, mais avec toutes les épreuves que j’ai traversées, je suis devenue plus forte. Hélas, je n’ai pas encore prouvé ma valeur.
    — Votre… valeur ? Mais vous êtes une princesse, la femme de mes rêves.
    Evana le regarde avec tendresse et affection. Néanmoins, ce n’est pas lui qu’elle cherche. Pas maintenant. Il faut qu’elle parvienne à le lui montrer. Elle incline la tête, croise les mains devant elle et lui avoue dans un souffle :
    — Je suis désolée. Je ne peux accepter de t’accompagner, prince, et je ne suivrai quelqu’un que lorsque mon cœur l’aura décidé. Je ne peux passer ma vie sans la mener comme je l’entends.
    — Princesse Evana…
    — Non, lui dit-elle avec douceur en lui caressant la joue.
    Il frémit sous ses doigts. La pantine retient un sourire. Le contact est agréable. Elle ne se sent pas forcée et elle discerne en lui un respect que Professeur ne lui a jamais témoigné. Tout en poursuivant son geste, elle murmure :
    — Evana Violvet, s’il te plaît. Ou Evana. Je te le permets.
    L’air bouleversé par son attitude, de même que par le tour insolite que prennent les événements, l’homme baisse la tête, puis se relève lentement. Il recule en lâchant sa main à regret. D’une voix rauque et sourde, il lui répond :
    — Je comprends. Retenez simplement que je vous aime pour ce que vous êtes, Evana.
    — Je le sais, à présent.
    Professeur lui a assuré l’inverse, jadis. Désormais, la pantine ne peut ignorer qu’il l’a noyée dans le faux. Toutefois, elle est consciente que ses tourments et ses doutes la harcèleront par moments au cours de son voyage. Ils sont venus la tarauder durant le début de son entrevue avec le prince charmant, mais elle les a refoulés avec fermeté.
    Elle n’est pas encore tout à fait guérie, même si elle est en bonne voie. Ce sera long, et bien entendu douloureux. Cependant, elle se battra.
    Elle exécute quelques pas ; elle virevolte de légèreté. Les fils ne la retiennent plus. Ils dansent et ondulent avec elle tandis qu’ils capturent les rayons du soleil. Le prince ne semble même pas les remarquer, parce qu’ils participent à sa beauté.
    Pour lui, elle n’incarne pas un monstre. Il ne la tuera pas.
    Elle sourit, puis le dépasse en frôlant son épaule. D’une voix douce, elle lui dit :
    — Mon destin m’attend. Que ton parcours soit paisible, prince. Mène ta vie comme tu l’entends, toi aussi.
    Il acquiesce et la gratifie d’une révérence, qu’elle distingue après avoir brièvement pivoté vers lui.
    — Je te le souhaite également, Evana. Puisse ton existence s’épanouir comme tu le désires.
    Elle le remercie d’un élégant mouvement de tête, puis se détourne de l’homme et marche vers l’avenir qu’elle s’est choisi.
    Le monde, vaste et un peu terrifiant, l’accueille. Pourtant, Evana refuse de céder à sa peur et de revenir en arrière. Son pas est hésitant, mais elle est déterminée à tenir ses promesses. Professeur n’est plus là pour la retenir ou pour l’enchaîner à ses aspirations. Le seul ennemi qu’elle devra affronter désormais, c’est elle-même.
    La pantine s’engage sur la pente de ce vallon qu’elle n’a pu qu’imaginer jusqu’à présent. Le prince charmant a sans doute continué sa route pour une énième quête. Du moins, elle le présume. Elle l’a bouleversé avec ses révélations ! Elle n’en éprouve aucune culpabilité ; il n’a été ni blessé ni vexé.
    Elle se déplace en s’égarant dans ses pensées, dans ses songes éveillés. Tel est construit son chemin, mélange de réalité et d’onirisme. Elle écoute chaque nouveau son, l’intègre à sa mémoire comme une musique, une symphonie précieuse et envoûtante. Des saveurs inconnues se mêlent à celles qu’elle goûte déjà ; son odorat s’affine sous les fragrances multiples que l’air charrie. Même ses sens invisibles s’invitent dans une pareille découverte.
    Elle disparaît de la vue du prince, qui devient alors un souvenir et vit la destinée qui lui appartient.
    Au fur et à mesure de sa marche de plus en plus assurée, Evana Violvet incarne cette princesse, cette femme qui pourtant est si fragile au fond d’elle. Les heurts de l’existence ne sont pas terminés pour elle. Il lui faudra s’accomplir et se faire entendre en combattant avec ses armes. Il lui faudra lutter contre son propre chaos – les ténèbres n’ont rien de maléfique en soi. Elle brûle d’envie de réussir. La lucidité la possède encore malgré son esprit rêveur et un tantinet fantasque.
    Soudain, la pantine accroche un de ses fils dans un élément du décor ; elle le détache avec patience, même s’il est coincé au point de tirer sur sa peau. Elle pressent que la chose se reproduira maintes fois, mais n’en est pas effrayée. Elle saisit le problème à l’envers et finit par trouver la solution.
    Plus jamais elle ne souhaite être entravée, sauf si elle décide de se soumettre elle-même. Son cœur indigo, de toute manière, sera toujours là pour la rappeler à l’ordre. Ou alors, son âme cuivre. De la conscience turquoise qui est sienne également, elle n’en attend pas moins. Quant à sa mémoire absinthe, elle compte sur elle aussi.
    Evana se permet un autre sourire ; elle remarque à quel point elle se sent bien.
    Une pensée vient la frôler. Elle espère que Professeur se porte bien, même si elle n’oubliera pas ce qu’il a fait pour elle, de bon ou de mauvais. Le remords émerge des profondeurs de son être, mais elle le balaie d’un revers de cils. Non, c’est terminé maintenant. Elle a sa vie à prendre en main. Une vie à construire.
    Lentement, dans les brumes pâles et silencieuses vivant ici bas à peine effleurées par les hommes, elle avance, le corps arqué vers la voûte céleste – dont le bleu l’a toujours rassérénée. Un bleu qu’elle a tant employé à peindre dans son univers imaginaire afin de tenir compagnie aux autres coloris et que tous soient sublimés.
    Evana découvre. Les fleurs de sa curiosité éclosent, aussi rouges qu’une goutte de sang ronde – mais pas le même rouge que celui de la détresse.
    Un rayon de soleil s’échappe des nuages non sans les traverser. Il se déroule un moment avant qu’un chant nostalgique, pourtant bien présent, s’élève avec fragilité et soulève sa robe blanche. Elle ouvre les yeux.
    Un ange passe et cueille son deuxième sourire. La Vie est un écrit qui ne se lit pas mais qui s’apprend, se médite et se devine.
    Elle lève le regard vers l’astre et lui adresse un petit rire. La Terre l’attend. Il est une fois...
    
    
    Et après, l'épilogue ;). Vous comprendrez le pourquoi des mots en italiques tout le long de l'histoire...

Texte publié par Aislune S., 9 janvier 2020 à 09h25
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