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Tome 1, Chapitre 8 « Réveil » Tome 1, Chapitre 8
Ensemble du roman remanié et mis à jour selon les dernières remarques :).
    

    

    
    A son réveil, Evana prend une inspiration longue, si longue... Ce frisson glacial qui l’accompagne depuis quelques temps la parcourt du sommet de son crâne jusqu’à la pointe de ses orteils et, cette fois, refuse de la quitter. Un haut-le-cœur la saisit ; il laisse un goût acide sur sa langue. Elle ne parvient pas à réprimer une grimace. Une étincelle explose dans sa tête, la contraint à trembler alors qu’elle s’efforce de rester stoïque.
    
    Ce qu’il se passe n’est pas anodin et a un rapport avec Professeur.
    
    Hier, certains mots lui ont déplu pendant la leçon d’écriture. Oh oui, ils l’ont fortement oppressée ! Elle n’en a pas pris conscience sur l’instant mais, petit à petit, sa mémoire lui a rejoué la scène. Le phénomène est plus violent que les autres fois où un pincement se contente de malmener son cœur indigo ; l’angoisse, la tension dans chaque partie de son corps et de son esprit la paralysent – des émotions devenues récidivantes, qui l’accaparent avec une fréquence accrue. Evana s’y habitue un peu trop à son goût, mais les déteste. Pourtant, elle y plonge avec de plus en plus de facilité depuis quelque temps.
    
    Ne pas s’abandonner à ses songeries, se conformer exactement à ce que Professeur désire pour qu’elle soit parfaite, pour qu’elle soit une princesse… Il le lui répète sans cesse.
    
    La pantine se redresse et se force à se détendre. Ses doigts crispés sur ses cuisses se déplient, ses dents se desserrent. Fermer les yeux. Respirer en douceur. Elle s’affaisse sur elle-même tandis que ses cheveux satinés dérobent son minois aux ombres changeantes de la pièce.
    
    Les graines de sa frustration et de son énervement doivent pousser pour accueillir la paix à nouveau. Il ne faut pas qu’Evana se muselle. Si elle essaie, elle s’infligera de la douleur et se répandra en hurlements.
    
    Son visage se grime d’une expression qui les représente.
    
    Pourquoi Professeur lui a-t-il donné vie avec toutes ces contraintes ? Elle le sait puissant, capable de prouesses plus extraordinaires les unes que les autres, alors le doute la ronge. Prie-t-il vraiment pour son bonheur à elle ? Quelle est sa place en ce monde qu’elle ne connaît que via les paroles de son guide, le morceau de ciel qu’il lui permet de regarder, ou les croquis qu’il lui apporte ?
    
    Evana frotte ses paupières avec lenteur. Interroger Professeur, lui soutirer une évidence qu’il lui cache à n’importe quel prix l’obsèdent. Craint-il de la blesser ? Non. Lors de ses leçons, il ne la ménage pas parfois. En fait… S’effraie-t-il qu’elle finisse par le laisser seul ? Cette idée saugrenue s’impose à elle comme une mélodie entêtante, mais déplaisante. Rien à voir avec le chant des oiseaux qu’elle est en mesure d’entendre à l’extérieur de la chambre où elle vit toujours.
    
    Professeur lui serine qu’elle pose trop de questions parfois, qu’elle souhaite avancer trop vite.
    
    Toutes les nuits, Evana sublime ses rêves, ses songeries enchanteresses. Pourtant, s’endormir et plonger dans un sommeil paisible lui est de plus en plus difficile. Les tourments troublent les eaux tranquilles sur lesquelles elle flotte au moment de pénétrer dans le royaume de Morphée. Les apprentissages de Professeur la hantent et la déroutent. Elle a l’impression qu’ils la changent – de façon positive ou négative ? Quoi qu’il en soit, le désarroi et un marasme pesant la gagnent à la fin de chaque séance.
    
    — Quel est le sujet de tes pensées, ma petite pantine ?
    
    Professeur ! Un sursaut ébranle Evana qui, comme elle tourne le dos à la porte, ne l’a ni vu ni entendu arriver. Son corps pivote et son souffle se bloque – trop tard.
    
    — Quel est donc cet air vague qui se dessine sur ton visage ?
    
    Nerveuse, Evana lève les yeux vers lui et décide d’opter pour une semi-vérité :
    
    — Je ne dors pas très bien depuis plusieurs jours. Je vous demande pardon.
    
    Les âmes-fleurs qui agitent son cœur indigo ne se calment pas. Ah, ses idées folles et fantasques s’emballent ! La pantine déplore qu’elles soient aussi réveillées qu’elle.
    
    — Ne vous inquiétez pas, renchérit-elle derechef.
    
    Les yeux ambrés de Professeur se froncent ; il place son index gauche sous le menton de la pantine pour le relever. À ce geste, un mouvement de recul l’anime.
    
    Une erreur qu’elle n’aurait pas dû commettre.
    
    Les iris de son guide rougeoient. Le froid s’empare d’Evana, même sur son visage. Elle cherche une autre excuse – vite, vite :
    
    — Vous m’avez déconcertée. Je...
    — Non, Evana. Mon cœur me dit que tu as recommencé.
    
    Elle écarquille les yeux. Il sait. Il le sait depuis longtemps, longtemps – très longtemps, pas longtemps ? Peu importe. Il l’espionne peut-être sans qu’elle s’en aperçoive.
    
    — Tu as laissé tes pensées vagabonder trop loin de toi, continue-t-il à tempêter. Regarde le résultat maintenant !
    
    Un tressautement l’ébranle à cause du brusque éclat de voix sourd de Professeur.
    
    — Tu n’apprends plus rien, tu es distraite. Tu es égarée. Miséricorde, je m’en suis rendu compte !
    
    Il s’éloigne d’elle non sans exécuter des moulinets avec ses bras. Le silence et l’immobilité sidèrent la pantine, cette discussion n’aurait jamais dû avoir lieu. Elle regrette tant d’avoir permis à ses incertitudes de l’envahir. Si ça ne s’était pas produit, alors elle ne serait pas perdue tout le temps dans ses songeries. Oui, perdue. Elle aurait entendu arriver Professeur et, malgré son agitation, elle l’aurait reçu avec décence. Elle se serait montrée plus convaincante et la journée se serait déroulée comme d’ordinaire.
    
    Finalement, son maître a raison. Peut-être que son monde intérieur ne lui a apporté que des automatismes absurdes. Il est nocif pour elle.
    
    La peine bourdonne dans son cœur indigo meurtri. Evana vacille. Qu’il l’abandonne à sa solitude, qu’il lui ordonne de s’occuper à lire, à écrire, ou à toute activité similaire qui l’empêchera de rêvasser à nouveau ! Il l’exhorte sans cesse à grandir, à s’initier, et une force vigoureuse la galvanise lorsqu’elle réussit à accomplir une performance, même si ça se cantonne à son imaginaire. Pourquoi est-ce diabolique ? Pourquoi refuse-t-il d’admettre que ses songeries lui confèrent un équilibre qu’elle est incapable d’acquérir sinon ?
    
    Professeur la tire de nouveau hors du maelström de ses questions sans aucun remords :
    
    — Que dois-je faire à présent pour te ramener sur le droit chemin ? Qu’est-ce qui pourrait te guérir ?
    
    Evana garde le silence. La culpabilité tord son ventre, ses yeux la brûlent, l’amertume gagne ses papilles. Elle retient ses larmes, mais ses lèvres tremblotent – ses mains se sont recroquevillées contre sa poitrine. Professeur parle d’elle comme si elle était atteinte d’une grave maladie.
    
    — Et le prince charmant, lui qui est destiné à te retrouver... que va-t-il penser en te voyant ainsi ? la tance son guide, tout en rivant son regard toujours aussi écarlate sur elle.
    
    Son cœur indigo réagit à la ballade de son sang, s’emballe en un rythme irrégulier. Sa cage thoracique la serre. Que va-t-il lui rétorquer d’autre ? Compte-t-il confirmer ou infirmer qu’elle devient un monstre ?
    
    La pantine préfère lorsque l’orangé se mêle à l’or dans ses iris. Il paraît moins effrayant. Pour l’heure, ces iris injectés de pourpre la pétrifient. Ce pourpre-là, est-il de la même couleur que ce qui coule dans ses veines ?
    
    Elle se fustige sans plus tarder – ça y est, elle recommence, oh mais quelle idiote !
    
    Le mutisme de Professeur la plonge dans la panique.
    
    Qu’il lui dise enfin, qu’elle est mauvaise ! Tous les deux seront les seuls à en être convaincus. Evana ravale un sanglot. Dès lors que son esprit s’imagine être une affreuse créature, son cœur et son corps se concertent, puis l’approuvent sans réserve. Un calme polaire s’immisce en elle. Néanmoins, ce calme n’est pas comme d’habitude. Il charrie de la résignation et une immense tristesse.
    
    Les étoiles qui brillent dans ses yeux à l’ordinaire s’éteignent une à une – elle le sent même si elle ne le voit pas ; ses lèvres sèches et pâles retiennent à grand-peine une moue pour ne pas envenimer la situation. Elles ne sont plus saisies de spasmes. Même ses fils perdent de leur luminescence, pareils à des brins de toile d’araignée englués de saleté et de poussière.
    
    Elle a déçu Professeur.
    
    Échec.
    
    Par son mutisme, il persiste à retarder la réponse qu’elle attend, à moins qu’il estime que celle-ci n’est pas assez digne pour être révélée. L’intensité du regard qu’il lui jette la brûle, mais la pantine baisse le sien – elle ne veut pas qu’il lise en elle. Ses mains restent contractées sur son ventre. Et le prince charmant, pourquoi désire-t-il la rencontrer, d’ailleurs ? Son maître lui raconte souvent qu’il cherche la princesse qu’il doit délivrer et rendre heureuse. Or, il est vrai que parfois, il l’appelle « princesse ».
    
    Elle ne sait rien de ce prince.
    
    Une énième pensée parasite enlace sa conscience : la lumière du soleil ressemble-t-elle à celle que chaque cœur recèle, aussi pure que l’opale ? Professeur lui a enseigné qu’il ne brillait pas de la même façon aux deux pôles et à l’équateur, ni au nord, au sud, aux hémisphères... De telles connaissances la désorientent. Par moments, elles ennuient la pantine à en mourir.
    
    Oh, la revoilà qui divague !
    
    Impossible d’empêcher son esprit de vagabonder. Professeur le voit. La colère qui l’habite se métamorphose en une émotion qui avive la peur chez Evana – ce n’est pas le bon mot en fait, mais qu’elle ne peut nommer cette émotion trop puissante, qui la prend trop à la gorge.
    L’aura de Professeur l’étouffe.
    
    Soudain, il rompt enfin ce silence qui l’accable d’agonie, mais attise une crainte qui se mue lentement en épouvante :
    
    — Je vais lever le voile sur ce que tu es, puisque tu insistes.
    

Texte publié par Aislune S., 28 novembre 2019 à 12h52
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