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Tome 1, Chapitre 3 Tome 1, Chapitre 3
26 Mayis 635
     Planète Yenesis. Ville de Novus.

    
     Vu du ciel, la ville de Novus semblait tranquille. Les habitations étaient beaucoup mieux construites et entretenues que celles d’Espoir : il y avait des parcs et des jardins, quelques tours pour permettre d’acheter des appartements, un quartier administratif, militaire et commercial… Enfin, tout ce qu’il fallait pour vivre sur une nouvelle étoile.
    
     Mais dans un coin sombre, une gangrène avait germé. Profitant des nombreux bars de la place Vartier, un établissement, le Volupt, proposait un tout autre type de divertissement. Cela variait entre club de striptease, bar pour mercenaires et réalisation de fantasmes divers et variés. Construit totalement légalement, le commandant de la ville ne pouvait rien faire pour le faire fermer, surtout au vu de sa très grande fréquentation pour toute la vermine du système d’Iverius.
    
     C’était ici, et depuis deux ans maintenant, que Naeva Olvia travaillait. Non pas pour son plaisir ni pour celui des autres, mais dans le but de retrouver l’assassin de son frère… Orphelins, ils avaient vécu ensemble dans une petite maison, jusqu’à ce qu’un homme vêtu de noir, le visage dissimulé par l’ombre de sa capuche, ne le tue froidement. Elle n’avait pas pu assister à leur conversation, mais elle l’avait affronté avant sa fuite. Après ce sordide événement, le chiffre deux tatoué sous l’œil du meurtrier hantait ses rêves et les ponts sous lesquels elle passait la nuit. Suite à la saisie de la maison, tout semblant d’espoir l’avait quittée, et seule la vengeance lui avait donné la force de continuer à vivre.
    
     Menant son enquête après avoir remis de l’ordre dans sa vie, elle avait découvert que ce tueur se rendait régulièrement dans ce club. Mais depuis deux ans maintenant, elle ne l’avait pas encore vu… Pourtant elle entendait, par les gardes ou les autres filles, qu’il avait été aperçu. Ce ne pouvait être que lui.
    
     Elle continuait à espérer le trouver un jour. Croiser son regard pour enfin lui planter un couteau dans le cœur, comme il le méritait. Mais pour l’instant, elle ne pouvait qu’obéir à Vehis, le chef de l’établissement. Par chance, elle avait trouvé un travail en tant que danseuse dans le bar pour mercenaire. C’était l’endroit où elle avait le plus de chance de glaner des informations.
    
     Il y avait vraiment de tout. Des trafiquants venant de Hyedonis et des autres planètes du système d’Iverius, des marchands d’armes, des pervers voulant s’offrir une danse, des alcooliques venus juste noyer leur chagrin… Elle pouvait y entendre des ragots, mais jamais sur l’individu qu’elle cherchait.
    
     Naeva se trouvait dans l’arrière-salle de l’estrade. Cachée dans une petite pièce, elle se maquillait avant d’entrer en scène. Assise sur un fauteuil, elle faisait face à un grand miroir entouré de néons qui émettaient une lumière orangée pour donner un ton chaleureux. Elle mit un rouge à lèvres écarlate assorti à sa chevelure mi-longue. Ces couleurs faisaient ressortir ses magnifiques yeux bleus céruléens. Elle écarta la frange qui balayait la partie droite de son visage et prit soin de bien recouvrir ses lèvres pulpeuses, en faisant attention de ne pas en mettre sur son anneau qui perçait son labret décalé.
    
     Une fois fait, elle mit l’enlumineur à disposition sur ses joues, afin de les rendre plus brillantes. Enfin prête, il ne lui restait plus qu’à danser une partie de la soirée pour tous ces pervers, en espérant repérer sa cible parmi la foule. Elle se leva et se mit face au deuxième miroir, bien plus grand. Habillée d’un haut en dentelle noir avec de hauts collants attachés à sa culotte, elle n’avait plus qu’à aller se trémousser pour faire fondre son public.
    
     Elle soupira et baissa les yeux, honteuse. Elle n’aimait pas faire cela, mais par chance, elle ne faisait pas partie des hommes et femmes qui offraient leur corps. Ces personnes prenaient le rôle de verseur et, même s’ils étaient mieux payés, laissaient les clients les tripoter, voire les embarquer dans une chambre à l’étage. Il y avait encore du chômage dans Novus, surtout depuis que les dernières navettes avaient ramené beaucoup de monde d’Espoir. Son désir de venger son frère était bien trop présent pour ne pas prendre sur elle. Pour éviter de trop y réfléchir, elle se réfugiait dans sa bulle lorsqu’elle dansait, oubliant ainsi où elle se trouvait.
    
     Les coups à la porte l’arrachèrent à ses pensées.
    
     – Qui est-ce ?
     – C’est Filia ! Tu es prête ?
    
     Naeva lui ouvrit en passant sa main devant le capteur. Le battant s’élança vers le haut dans un bruissement mécanique, révélant ainsi son amie : une jeune femme à la peau sombre, dont le corset doré lacé sur l’avant mettait en valeur sa poitrine généreuse. Encore essoufflée après sa danse, elle arborait un grand sourire gonflant les pommettes de son visage joufflu, tandis que de longs cheveux noirs ondulés descendaient sur ses larges épaules.
    
     Elle la regarda de la tête aux pieds avant de siffler.
    
     – Comme d’habitude, tu vas faire un malheur !
    
     Naeva lui fit une grimace et l’invita à entrer. Filia ne se fit pas prier et alla dans une petite salle attenante à celle-ci qui abritait une douche. Alors qu’elle allait se déshabiller pour se prélasser sous l’eau chaude, elle lut la tristesse dans le regard de son amie.
    
     – Qu’est-ce qui ne va pas ?
    
     Naeva ne se préoccupa pas de la danseuse et continua de se dévisager dans le miroir. Cette idée de « faire un malheur » ne lui plaisait absolument pas. C’était pourtant vrai… Depuis son arrivée, elle avait fait tout ce qu’elle pouvait pour attirer les regards, afin d’obtenir plus facilement des informations sur l’assassin. Mais cette image ne lui correspondait pas. D’ordinaire discrète, elle était maintenant la vedette d’un club de danse exotique…
    
     Elle ferma les yeux et secoua la tête. Jamais elle n’avait imaginé finir de cette manière. Une main amicale se posa sur son dos.
    
     – Hé, ma belle. Qu’est-ce qui t’arrive ?
    
     Naeva inspira profondément avant d’expirer par les narines.
    
     – Rien. J’y vais.
    
     Elle se força à sourire et s’éloigna. Filia était une fille vraiment très gentille, mais elle ne savait rien de ses motivations et elle ne voulait pas lui avouer quoi que ce soit pour ne pas l’entrainer dans sa traque dangereuse.
    
     Elle longea le couloir tapissé du sol au plafond, variant entre un rouge bordeaux orné de dorures et un bleu profond. Des appliques murales noires diffusaient une faible lumière orangée autour d’eux. Elle croisa quelques danseuses ainsi que des serveurs, mais aussi des gardes en costume qui patrouillaient.
    
     Naeva les évita soigneusement. Elle longea le corridor pour accéder au petit escalier caché tout au bout. Elle avait le choix entre passer le rideau sur sa gauche ou la porte en face qui menait à un petit salon avec un ascenseur. Comme avant chaque représentation, la peur lui noua le ventre. Avalant difficilement sa salive, elle fit quelques respirations en attendant que le présentateur cite son nom.
    
     D’ici, elle pouvait entendre le brouhaha que provoquaient les nombreux clients et sentir les effluves d’alcool qui embaumaient le bar. L’homme qui s’adressait au public faisait des éloges pour Filia, puis finalement, annonça que l’ange de la soirée arrivait. Naeva grommela. S’il savait qui elle était vraiment, il lui donnerait le nom d’ange noir plutôt, voire du diable en personne…
    
     Une fois qu’il hurla son nom, elle traversa le rideau. Elle fut accueillie par un tonnerre d’applaudissements et des sifflements venant de tout sexe. Alors que les projecteurs se braquaient sur elle, Naeva sentit une boule se former au fond de la gorge. C’était pareil à chaque fois… Imaginant une salle vide, elle attrapa la barre métallique et commença à se déhancher sous une musique dynamique. Se baissant vers le premier rang pour attraper ses pourboires que les clients lui glissaient dans sa culotte, elle remonta et alla même vers une femme d’une vingtaine d’années qui lui fit un clin d’œil.
    
     Ce club était assez spécial, dans la mesure où il avait autant d’hommes que de femmes qui venaient danser, servir et offrir leur corps. D’ailleurs, Naeva était la dernière danseuse à amuser la galerie avant qu’un mâle prenne sa place.
    
     C’était maintenant le moment d’ouvrir l’œil. Tout en continuant sa danse hypnotique, elle scrutait chaque personne à la recherche de sa cible. Mais aucun n’avait ce tatouage ! Les minutes passèrent et elle ne le trouvait toujours pas. Elle se demanda si elle ne devait pas devenir serveuse pour avoir plus de chance de le localiser, mais le prix à payer était bien trop grand. Elle refusait de vendre son corps pour dénicher cet énergumène, il ne méritait pas tant de sacrifice.
    
     Lorsque la musique se termina, tout le monde se leva pour l’acclamer. La respiration saccadée, elle fit quelques révérences pour saluer son public hystérique. En sueur, elle remit de l’ordre dans sa chevelure tout en jetant un dernier coup d’œil, mais elle fit la moue en ne trouvant pas ce qu’elle cherchait. Passé le rideau, le présentateur, ivre de bonheur, la félicita et posa sa main sur sa hanche. Lorsqu’elle lui décocha un regard noir, celui-ci la retira et fit signe qu’il ne la toucherait plus. Elle reprit son chemin jusqu’à sa loge.
    
     Elle écarquilla les yeux en voyant Filia toujours là. Elle était maintenant habillée d’une jupe et d’un chemisier.
    
     – Je vois que tu les as rendus fous, encore une fois. Les autres filles vont être jalouses.
     – Rien à foutre.
    
     Naeva entra et se dirigea vers la douche. Quel bonheur de pouvoir retirer ses vêtements et de laisser l’eau bien chaude chasser sa transpiration. Elle laissa ses muscles se détendre dans ce bain de vapeur, puis se sécha. Elle sortit et prit son ensemble noir de jais dans son sac : un pantalon large, un long manteau synthétique et renforcé, ainsi que de grosses bottes de Nérarium.
    
     – Mais qu’est-ce que tu as ce soir ? se plaignit Filia.
    
     Les sourcils froncés, elle lui faisait face les mains posées sur les hanches. Naeva soupira avant de se lever.
    
     – Excuse-moi… j’ai juste envie de rentrer.
     – Viens manger avec moi, ça va te faire du bien. Je sais que c’est chiant de travailler dans ce club, mais un jour viendra où l’on pourra se construire une vie bien meilleure ! Le commandant de la ville fait tout pour.
    
     Naeva eut un rictus. Même si elle n’y croyait pas vraiment, cela ne changeait rien pour elle.
    
     – Désolée, mais je dois retrouver Geyk ce soir. Demain, si tu veux ?
     – Pourquoi pas ? Mais tu ne te défiles pas, hein ?
    
     Naeva lui sourit.
    
     – Je ne te promets rien.
    
     La jeune femme sortit et se dirigea vers l’entrée du bâtiment. Celle-ci était immense et sur trois étages, avec un bel escalier conduisant à une mezzanine. Les murs blancs rutilants étaient percés de grandes fenêtres qui, la journée, laissaient passer les rayons de Solaris. Au centre se trouvait un comptoir cylindrique, permettant aux arrivants de les orienter vers le service qu’ils souhaitaient. Il y avait beaucoup plus d’agents de sécurité, surtout pour protéger ceux qui venaient travailler ici. Plusieurs fois, des hommes avaient interpellé Naeva dans l’espoir de passer une nuit avec elle. Lorsque l’un d’eux lui avait agrippé le bras, les gardes étaient immédiatement intervenus pour le jeter dehors.
    
     Une fois à l’extérieur, Naeva emprunta la ruelle vers la gauche pour se rendre chez son ami, qui n’habitait que trois rues plus loin. Grandement visible dans ce ciel étoilé, Hyedonis brillait d’un bel éclat et éclairait légèrement la ville. Naeva croisa du monde dans ce quartier qui connaissait une forte fréquentation le soir, avec les bars aux alentours qui ouvraient toute la nuit.
    
     – Hé, Kalya, attends-nous ! hurla un homme noir qui portait des lunettes de soleil.
    
     Naeva tourna la tête vers ces trois personnes. Elle les apercevait de temps en temps. En général, ils partaient dans le bar métal situé dans un angle. Leur musique se déversait dans la rue, pour le plus grand malheur des passants, et la jeune femme aux cheveux verts semblait tout excitée à l’idée d’y aller.
    
     N’y faisant pas attention, elle continua son chemin jusqu’à un dojo. Elle passa le sas d’entrée et se retrouva dans une grande salle aux murs jaune crème, avec un tas d’équipements sur sa droite. Elle posa son sac au sol et enleva ses bottes.
    
     Un homme passa une arche dans le fond et fit un salut à la jeune femme.
    
     – Tiens, Naeva, comment tu vas ?
     – J’ai besoin de me défouler, Geyk, avoua-t-elle dans un sourire.
    
     Il rit et l’enlaça. Cette armoire à glace à la peau sombre était un formidable prof de combat qui entrainait de nombreux élèves toute la journée. Même si elle était bien plus petite que lui, Naeva lui tapota son crâne chauve avant de faire un signe de tête.
    
     – Aller, on y va ! déclara-t-il finalement.
    
     Elle le suivit dans une autre pièce plus grande. Des blocs de métal étaient dispersés un peu partout, et juste sur sa droite, posés sur un établi, attendaient plusieurs pistolets électromagnétiques factices, ainsi que des armures bleues à enfiler. Elle en prit un et se prépara. Geyk alla un peu plus loin, dans une salle attenante à celle-ci, et cria :
    
     – Prête ?
     – Oh que oui !
    
     Le pan de mur s’illumina, prolongeant ainsi la pièce via un écran holographique. Naeva se cacha derrière un premier bloc, et, lorsqu’elle entendit une porte s’ouvrir, elle se pencha pour tirer en direction d’un soldat vêtu d’une armure de Nirarium noir. Le but était simple : des ennemis allaient apparaître au hasard sur l’écran et tirer sur le joueur. La technologie faisait en sorte que si le tir visait juste, le joueur prenait une décharge électrique grâce aux capteurs disséminés sur les cuirasses.
    
     Comme à son habitude, Naeva ne prit aucune balle. Elle esquivait à la perfection grâce à des roulades et des gestes amples, et tirait toujours en pleine tête. Pour déstabiliser ses adversaires, elle tirait parfois dans les jambes puis les achevait plus tard. Elle faisait cela depuis deux ans et avait même eu des entrainements spéciaux sur des terrains militaires grâce à Geyk.
    
     Une fois terminé, le prof sortit en applaudissant.
    
     – Toujours aussi bonne, ma grande. Un peu de combats à main nue ?
    
     Naeva, excitée à point, sautilla en échauffant ses bras. Elle jeta son arme et son armure, puis se mit en position.
    
     – Allons-y ! Le perdant fait à manger ? proposa Geyk.
     – Pourquoi pas ? Je ne te ferai pas de cadeau.
    
     Le prof prit position, prenant un air menaçant.
    
     – Moi non plus !
    
     Comme la plupart des soirs, Naeva entreprit un combat violent contre son prof, afin de s’entrainer toujours plus pour ne pas rater cet assassin. Mais au final, Geyk gagna l’affrontement et elle dut préparer le dîner. Il était un peu déçu, car elle était mauvaise cuisinière. Elle tentait tant bien que mal de faire de bon plat et son maitre en profitait pour se moquer d’elle.
    
     Lorsque la soirée se termina, elle repartit dans son petit appartement, à deux rues du dojo, pour aller dormir et reprendre la même journée le lendemain.
    

Texte publié par Seiki, 10 octobre 2019 à 12h40
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