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Tome 1, Chapitre 1 Tome 1, Chapitre 1
Tout était d’un calme olympien dans les plaines d’Oborum. Solaris, la naine jaune, inondait les belles étendues d’herbes de ses rayons. Quelques oiseaux volaient dans un ciel bleu sans nuage, pendant qu’un vent frais s’amusait à titiller de belles fleurs à la taille imposante et aux tiges bleues épineuses. Une remarquable sphère orange s’y accrochait fermement en son bout, entourée de plusieurs feuilles à l’aspect de croissant. Tout autour de cette terre paradisiaque se tenaient d’immenses collines dressées telles de puissantes et hautes vagues de terre, formant ainsi une grande ombre pour la faune locale. Même si celle-ci semblait absente.
    
     Peut-être qu’elle ne se levait pas avant la nuit ? Peut-être que le robot d’une dizaine de mètres posté devant un gigantesque canyon en forme d’éclair leur faisait peur ? Immobile, le mécha portait un énorme pistolet mitrailleur. Son corps métallique supportait une petite tête qui arborait un regard mauvais avec ses yeux jaune brillant. Fabriqués par les humains depuis plusieurs années, ils étaient souvent utilisés pour se défendre ou pour patrouiller. Aujourd’hui, cette Exelion protégeait une équipe d’exploration partit s’engouffrer dans la faille.
    
     Assise dans le cockpit, Kalya Neran attendait patiemment que l’excursion remonte des profondeurs. Bien enfoncée dans son siège synthétique, elle jouait avec les mèches de ses cheveux aux belles lueurs émeraude. Ses iris saphir rivés sur les écrans holographiques, elle surveillait les alentours grâce aux caméras disposées sur le corps de l’Exelion. L’un d’eux, le plus grand des quatre, permettait d’avoir une vue panoramique sur ce qui se passait devant elle, deux plus petits lui révélaient ses flancs, tandis que le dernier posté au-dessus dévoilait ses arrières.
    
     La jeune femme, vêtue de sa combinaison noire aux liserés bleus, pianota sur son clavier et zooma sur l’une des plantes. Elle savait que les scientifiques se penchaient sur la flore de cette lune afin d’y découvrir des propriétés intéressantes. De ce qu’elle avait entendu, c’était le cas de celle-ci, mais elle n’avait pas lu le compte rendu publié à toute la population… C’était une nouvelle loi instaurée depuis leur venue sur cette planète. Chaque mois, le gouvernement devait impérativement mettre à disposition des citoyens une sorte de brochure racontant toutes leurs découvertes, aussi bien en armement qu’en biologie…
    
     Kalya soupira. L’attente était longue. Elle se demanda si ses collègues s’ennuyaient autant qu’elle. C’était rare de ne voir aucune vie dans les parages. Seuls quelques rapaces passaient, mais aucun n’était assez gros pour être dangereux. Pourtant, lors de ses missions précédentes, elle était tombée sur des animaux massifs dont il fallait absolument se méfier.
    
     Finalement, elle dézooma puis tapota du bout des doigts sur ses cuisses.
    
     – Tu dors ?
    
     La jeune femme sursauta en entendant la voix grave retentir dans ses haut-parleurs.
    
     – Bon sang, Larth, ne me fais pas peur comme ça ! Et non, je ne dors pas. Je regarde une plante de plus près.
    
     Le rire de son ami résonna dans le cockpit.
    
     – Je ne savais pas que tu t’intéressais autant à la nature ! Toi qui préfères jouer à tes jeux vidéo chez toi, en compagnie de ta femme.
     – Ça ne m’empêche pas d’admirer la nature !
     – Une vraie gamine ! s’exclama une voix plus aigüe.
    
     Il s’agissait de Mickael. Un ami de longue date, tout comme Larth, avec qui elle formait une escouade de pilotes d’Exelion. Très doués, ils n’avaient jamais raté une seule mission ensemble. Et non seulement elle pouvait compter sur eux au travail, mais aussi dans sa vie personnelle. Il lui était impossible de ne pas avoir un sourire aux coins des lèvres lorsqu’elle les entendait.
    
     – Tu sais ce qu’elle te dit la gamine ?
     – J’en ai une vague idée, oui, railla Mickael.
     – Bon, et ils n’ont pas fini en bas ? J’en ai marre de rester là. Il ne se passe absolument rien ici…
    
     Son ami accompagnait les chercheurs au fin fond de la crevasse. Pendant ce temps, Kalya et Larth attendaient sur les hauteurs, chacun à un bout de la fissure pour couvrir le plus de terrain possible.
    
     – Je ne sais pas… Ils explorent. Et d’ailleurs, les Sphéris sont géniales ! Je te signale que leur sphère absorbe la chaleur et la diffuse autour de la plante une fois la nuit tombée. C’est juste incroyable ! Les scientifiques cherchent à les utiliser pour réchauffer les rues et les parcs la nuit.
    
     Comme à son habitude, il raffolait des avancées scientifiques.
    
     – Les Sphéris ? s’étonna Kalya. Franchement, ils ne sont pas allés chercher loin pour les nommer…
     – Quel nom voulais-tu leur donner toi ?
     – Aucune idée…
     – Bon bah alors !
     – Vous avez fini tous les deux ? se plaignit Larth. Je n’ai pas envie d’entendre vos chamailleries. Vous n’avez pas mieux à faire ?
     – Pas vraiment… soupira la jeune femme.
    
     Elle s’étira les jambes, massant ses cuisses endolories à force de rester assise. Elle jeta un œil sur ses moniteurs, mais il n’y avait toujours rien d’intéressant.
    
     – Si on allait dans un bar ce soir ? proposa Mickael.
     – Pourquoi pas ? acquiesça Larth. Je suis toujours partant pour boire un Koliac.
    
     Le Koliac… Une boisson alcoolisée locale assez forte. Faite à partir d’Avliards, une algue qui poussait dans la mer longeant le sud de la ville de Novus, seule cité habitable. Elle avait un goût très doux, si bien que le consommateur se demandait s’il buvait vraiment de l’alcool.
    
     – Ah, je ne sais pas les gars, annonça Kalya. J’ai un jeu à finir.
    
     En réponse, elle reçut des protestations de la part de ses deux compères.
    
     – Franchement, arrête de geeker et vient boire un verre ! s’exclama Mickael.
     – Quand ce n’est pas ça, c’est un dîner romantique avec ta chère et tendre. Pense à nous ! plaisanta Larth.
    
     Kalya se mit à rire. Elle-même ne supportait plus de garder son sérieux.
    
     – Ah ! Je vous ai bien eu quand même… Va pour ce soir, je n’avais rien de prévu ! Mais on va au Hurleur Sanglant alors.
     – Encore le bar métal ? se plaignit Mickael. On va encore avoir les tympans perforés avec ta musique de cinglée.
     – Moi, ça me va, lança Larth.
     – Évidemment ! Tu es toujours de son côté ! Tu ne pourrais pas me soutenir un peu ?
     – J’ai trop peur de Kalya, désolé.
    
     L’intéressée imita un rire sadique, tandis que Larth riait de plus belle. Kalya se cala dans son siège, tirant les ceintures croisées qui la retenaient. Il commençait à faire chaud. Entre l’Exelion en plein soleil et l’absence de climatisation, des gouttes de sueur perlaient sur son front. Alors qu’elle s’essuyait d’un simple revers de manche, une chose heurta violemment le mécha. Kalya fut emportée par la force contre son siège et se cogna la tête. Elle jura avant de reprendre ses esprits.
    
     Les alarmes résonnaient partout, tandis qu’une lumière rouge clignotait. Un message signalant un danger se répétait en boucle, mais Kalya ne remarqua rien sur ses écrans…
    
     Un nouveau choc retentit en pleine face et fit basculer son Exelion. Il tomba au sol dans un bruit sourd, faisant trembler la terre. Elle attrapa les manettes rapidement et tenta de le faire bouger. Mais cela lui était impossible. Elle tapota sur un écran tactile sur sa droite qui afficha sa position, ainsi qu’un poids inconnu de plusieurs tonnes sur son torse.
    
     – C’est quoi ce merdier ?! s’énerva-t-elle.
     – Un problème Kalya ? s’inquiéta Larth.
     – Il y a quelque chose qui a renversé mon Exelinon, mais je ne vois rien !
    
     Alors qu’elle cherchait encore ce qui pouvait se passer, elle vit des vagues se former dans le ciel. Où était-ce bien plus près ? Elle plissa les yeux et se rapprocha de l’écran.
    
     – Dîtes moi que je rêve ?!
    
     Lorsqu’elle comprit, il était bien trop tard. La peau noire de la bête apparue petit à petit. Tel un caméléon, elle avait la faculté de se fondre dans son environnement grâce à un système de camouflage. Son corps tout en longueur dévoilait ses milliers de sombres petites écailles, qui prirent un ton plus vert avec une telle rapidité que Kalya en resta pantoise.
    
     La bête se tourna. Kalya découvrit avec horreur sa tête allongée, ornée d’une crête couverte de pics. Lorsqu’elle émit un rugissement puissant, une crampe de terreur noua l’estomac de la jeune pilote. Elle avait une vue sur sa gueule séparée en quatre mâchoires remplies de dents acérées. Il mordit en plein dans le torse, si bien que les écrans eurent un choc. Mais ce ne fut pas son seul problème. Aussi improbable soit-il, les dents percèrent le blindage. Kalya regarda de toute part les petites pointes transpercer le métal qui grinçait, alors que le monstre le tordait en grognant sur sa proie.
    
     Affolée, elle tira sur les manettes pour attraper le monstre. Mais ses bras refusaient toujours de bouger. En tournant la tête du robot pour orienter les caméras, elle vit alors quatre longues queues hérissées de pointes. Deux d’entre elles tenaient déjà les membres pour l’empêcher de se mouvoir. Sa force devait être immense pour arriver à bloquer un Exelion.
    
     Voyant les dents pénétrer l’habitacle de plus en plus dangereusement, Kalya s’empressa de hurler dans son cockpit pour implorer de l’aide.
    
     – Larth, Mickael ! Aidez-moi ! Vite !
     – Tiens bon ! J’arrive, hurla Larth.
    
     Mais allait-il arriver à temps ?
    
     Les crocs percèrent des conduits d’électricité. Des étincelles crépitaient un peu partout pendant qu’une épaisse fumée se répandait dans la cabine. Le corps tremblant par la peur de se faire gober, Kalya chercha une solution en tournant la tête dans les moindres recoins. L’idée d’utiliser les missiles lui vint à l’esprit, mais si près elle risquait d’être prise dans l’explosion.
    
     La bête affirma sa prise en serrant encore plus fort et les dents effleurèrent la jeune femme. Kalya s’énerva sur ces touches, alors que les écrans s’éteignaient les uns après les autres et que l’alarme se tut brutalement.
    
     Puis brusquement, la mâchoire pourfendit le métal d’un seul coup et un des crocs s’enfonça dans son bras droit. Elle hurla de douleur et attrapa la canine pour tenter de la retirer, mais rien à faire. Le tout pour le tout, elle frappa les gencives du monstre. Énervé, celui-ci tira violemment de toutes ses forces et arracha le panneau qui protégeait le cockpit, emportant ainsi le bras de la pilote. D’un puissant coup de tête, il envoya sa prise à plusieurs mètres de là avant de se tourner vers ce pauvre être humain qu’il voulait dévorer.
    
     La douleur était telle qu’elle n’arrivait même pas à hurler. Ses yeux se fermèrent tout seul, alors qu’elle sentait le sang dégouliner sur sa combinaison. Son prédateur la toisa du regard, rugissant de triomphe en projetant de la bave gluante et nauséabonde dans la cabine. Kalya ne tentait plus rien. Pour elle, c’était fini. Elle allait mourir.
    
     L’animal brandit une de ses grosses pattes musclées et en sortit des griffes immenses. Il frappa le morceau de métal qui cachait le bas de sa proie. Une des pointes se ficha dans sa jambe gauche et lorsqu’il tira pour extirper le cockpit entièrement, son membre fut lui aussi arraché.
    
     Kalya hurla de toutes ses forces. Elle espérait apercevoir un ami arriver à son secours. Mais tout ce qu’elle vit, c’était le monstre marcher tranquillement sur son mécha. Il la fixa de ses yeux jaunes aux pupilles de félins, comme s’il jubilait de prendre un repas. La jeune femme ferma les yeux et pensa à Eyline, sa femme.
    
     Alors que la fatigue l’emportait, elle sentit une explosion retentir près d’elle. La chaleur des flammes lui lécha le visage, puis plus rien…
    
    
***

    
     25 Mayis 635
     Planète Yenesis. Ville de Novus.

    
     Kalya se réveilla en sursaut. Le souffle court, elle essaya de reprendre ses esprits après ce terrible cauchemar. La sueur perlait sur son visage et inondait sa chemise de nuit blanche. Cela faisait trois semaines maintenant que son accident était survenu et pourtant, elle continuait d’en rêver la nuit. Elle n’en pouvait plus… Cela arrivait beaucoup trop souvent.
    
     Elle se leva en douceur pour ne pas réveiller Eyline qui dormait paisiblement à côté d’elle. Malgré les ténèbres environnantes, elle n’avait pas de mal à trouver son chemin. La salle de bain se trouvait au fond à droite et comme tout était bien rangé grâce à sa copine, elle n’avait pas à enjamber du linge qui trainait par terre, comme c’était le cas pendant sa période de célibat.
    
     Elle passa la main devant un détecteur pour ouvrir la porte. Celle-ci coulissa vers le haut en silence, puis une fois entrée, les lumières s’allumèrent d’elles-mêmes. Le passage se referma derrière la jeune femme de la même façon.
    
     Elle posa le doigt sur le capteur à droite du robinet et l’eau froide jaillit. Elle se pencha au-dessus du lavabo, joignit les mains pour laisser le liquide les remplir, puis s’aspergea le visage. Allait-elle un jour se remettre de ce terrible évènement ? Ces cauchemars la poursuivaient inlassablement, alors qu’elle aurait aimé s’en débarrasser pour dormir sereinement.
    
     Elle soupira, lassée. Elle se redressa et fixa son bras droit en fronçant les sourcils. Pour elle, il ne lui appartenait plus. C’était devenu un inconnu accroché sur son propre corps. Remplacé par des membres cybernétiques, il n’avait plus rien d’humain. Ses muscles, ses os, tout était de la technologie très avancée. Même en bougeant les doigts encore froids par l’eau, elle ne pouvait s’empêcher de penser au millier de capteurs qui lui permettaient de ressentir la température. Tout cela était synthétique. Ce n’était pas elle.
    
     Elle ferma les yeux et suivit les conseils de son psychologue : elle fit de lentes inspirations et expirations pour calmer ses angoisses. Elle se répéta au fond de son être que son corps était bien le sien. Mais s’approprier ces deux membres remplacés était loin d’être si simple…
    
     Tout cela par sa faute. Elle serra les dents de colère. Comment avait-elle pu se laisser berner par cet animal ? En ressassant cette scène sans cesse, elle n’arrêtait pas de revoir les petites vagues de son camouflage optique qu’elle aurait pu déceler bien plus rapidement. Si elle avait réagi à temps, elle n’en serait pas là. Comprimant son poing cybernétique de toutes ses forces, elle résista à l’envie de l’abattre violemment sur le lavabo.
    
     Alors qu’une vague de larmes la submergeait, deux mains chaleureuses se posèrent sur ses hanches. Surprise, elle rouvrit les yeux et vit Eyline dans le miroir. Elle posa son menton sur son épaule, laissant ses cheveux blonds en pagaille tomber et cacher une partie de son visage aux traits fins. Habillée de sa petite nuisette noire à moitié transparente, elle se colla contre elle. Le cœur de Kalya ralentit. Elle était heureuse de la sentir si près d’elle. C’était bien la seule personne qui réussissait à calmer ses tourments uniquement par sa présence.
    
     – Encore ce cauchemar ? demanda-t-elle d’une petite voix trahissant son inquiétude.
    
     Kalya hocha la tête d’approbation.
    
     – Ne t’en fais pas, ça va aller.
    
     Elle glissa ses mains sur son ventre et l’enlaça.
    
     – Tu vas t’en sortir, comme toujours. Fais-moi confiance.
    
     Kalya n’avait pas les mêmes certitudes.
    
     – Comment pourrais-je ? Regarde… Ce n’est rien d’autre que de la ferraille… grogna-t-elle en tendant son bras.
    
     Eyline retira l’une de ses mains et la glissa le long de sa cuisse gauche. Kalya sentit le bout de ses doigts frôler sa peau, lui provoquant de petits frissons de plaisir.
    
     – Et ça ? Ce n’est pas toi qui le ressens ? murmura-t-elle à son oreille.
     – Ce ne sont que des capteurs… Des amas de fils qui envoient des informations électriques à mon cerveau. Ce ne sont pas.
    
     Eyline l’agrippa fermement et la retourna. Ses yeux de jade fixèrent les siens. Impossible de ne pas ressentir un profond désir devant ce regard angélique, avec ce petit anneau d’argent perçant son nez. Elle enroula les mains autour de sa taille et rapprocha ses fines lèvres, jusqu’à les poser sur celle de Kalya qui se laissa faire, les bras tombant le long de son corps. Elle l’embrassa avec amour, tout en caressant tendrement ses deux membres remplacés. Emportée par le désir, Kalya passa délibérément sa main véritable derrière sa nuque. Toutes ses pensées négatives sur ces parties cybernétiques avaient disparu en un instant.
    
     « Et ça ? Ce n’est pas réel ? chuchota Eyline sensuellement.
     – Oh si ! » s’exclama sa partenaire, sous l’emprise de son charme.
    
     Sa copine lui fit un sourire magnifique, comme elle savait si bien les faire. Elle lui prit les deux mains et l’emmena hors de la salle de bain. Kalya était au comble du bonheur et se laissa entrainer. Son amie n’hésita pas à la pousser sur le lit. Allongée sur le dos, la jeune pilote la regarda se mettre à quatre pattes au-dessus d’elle. Lorsqu’elle enleva sa nuisette, la lumière de la salle de bain lui permettait de voir sa silhouette élancée. Eyline saisit sa poitrine puis l’embrassa langoureusement tout en câlinant sa cuisse synthétique. Kalya retira ses lèvres pour laisser échapper un petit gémissement d’excitation.
    
     « Alors ? Je croyais que ce n’était pas toi, s’amusa-t-elle à lui dire.
     – Oui, mais…
     – Chut ! » dit-elle en plaçant un doigt sur sa bouche.
    
     Eyline lui mordilla le lobe de l’oreille puis descendit jusqu’à ses seins pour jouer avec ses tétons. En voyant sa partenaire y prendre du plaisir, elle continua toujours plus bas, jusqu’à passer le bout de sa langue le long de sa cuisse. Kalya sentit un désir profond l’envahir. Ce n’était peut-être pas sa vraie jambe, mais la sensation était bien réelle…
    
    
***

    
     Bien au chaud sous sa couette, Kalya tendit le bras pour poser la main sur Eyline, mais elle ne sentit que le moelleux de son oreiller. Elle ouvrit les yeux et tourna la tête sur le côté. La place d’Eyline était vide. L’eau de la douche ne coulant pas, elle devait se trouver dans le salon. La jeune femme jeta un œil au réveil posé sur sa table de nuit et vit qu’il était presque neuf heures.
    
     Tout en gémissant, elle s’étira de toutes ses forces. Elle se redressa et le souvenir de la nuit torride qu’elle venait de passer lui arracha un petit sourire. Lorsqu’elle prit la couette de sa main droite, sa bonne humeur se volatilisa en un instant. L'obsession de cette chose qui ne lui appartenait pas occupait son esprit, et pourtant, elle voulait s’y faire et reprendre sa vie d’avant en tant que pilote. Mais plus le temps passait et plus la reprise des commandes de son appareil semblait illusoire.
    
     Elle soupira puis décida de se lever. Elle s’approcha de la grande baie vitrée et passa la main devant un capteur sur le mur. Les rideaux de métal remontèrent dans un vrombissement. Les rayons de la naine jaune inondèrent alors la chambre au fur et à mesure, révélant ainsi une pièce parfaitement rangée.
    
     Il faisait un temps magnifique. D’ici, Kalya pouvait voir leur petit terrain à l’herbe très bien coupée, ainsi que le petit potager dans le coin qu’elle aimait entretenir. Elle vit Eyline disposer des fruits sur la petite table basse de leur salon de jardin. Une carafe et plusieurs tasses les attendaient pour le petit déjeuner, lui rappelant que son estomac criait famine.
    
     Elle sortit au plus vite, traversa le couloir sur sa droite, puis arriva dans la pièce principale de la maison. La cuisine était séparée par un long bar d’un blanc rutilant, tandis que le salon était occupé par un joli canapé noir en forme de L, avec en face une barre au sol qui permettait d’afficher la télé holographique. Sur un petit meuble jouxté à celle-ci se trouvait un casque avec tout un réseau de fil, qui n’était rien d’autre que la console de jeu de Kalya, qu’elle était impatiente de reprendre une fois sa copine partie.
    
     Malgré la grande porte-fenêtre ouverte, il ne faisait jamais froid dans les habitations. Jouissant d’une technologie de chauffage au sol, alimentée par les toits faits entièrement de panneaux photovoltaïques, Kalya pouvait se balader en nuisette les jambes à l’air toute la journée sans jamais sentir le froid.
    
     Une fois à l’extérieur, le vent faisait onduler sa longue chevelure émeraude. En levant les yeux au ciel, elle put voir l’ancien foyer de l’espèce humaine : Hyedonis. Leur planète était si proche qu’elle semblait occuper le ciel entier. Mais il n’y avait plus aucun moyen de voir les continents qui s’y trouvaient, un nuage d’Aura recouvrait absolument tout…
    
     – Un peu de Jitsé ? proposa son amie.
    
     Kalya s’avança vers elle en hochant la tête pour accepter. Habillée de sa simple nuisette, Eyline versa le liquide d’une couleur orangé encore brûlant dans les deux tasses. Fait à partir de graines de Jitsé, ce breuvage permettait au corps de recevoir une importante dose d’énergie. Très prisé, il était devenu indispensable pour toutes les personnes vivant à Novus.
    
     Elle prit place dans l’un des fauteuils et attrapa un Gimo. Ces fruits en forme de triangles bleus avaient un goût très doux et possédaient un jus plein de vitamines. Il n’y avait rien de mieux pour entamer une nouvelle journée. Poussant dans la plupart des arbres de la forêt non loin de la ville, des groupes de cueilleurs se lançaient à leur recherche afin d’en approvisionner Novus. Depuis, ils avaient récupéré la graine qui se trouvait à l’intérieur et une plantation était née sur les plaines encerclant la cité.
    
     Lorsqu’elle mordit dans le Gimo, sa bouche fut inondée de ce jus succulent dont elle raffolait tant.
    
     – C’est toujours aussi bon ! s’exclama Kalya après avoir avalé la première bouchée.
    
     Eyline prit place en face d’elle. Elles mangèrent tranquillement, accompagnées seulement par le piaillement des oiseaux qui volaient dans les cieux. Toutes les races n’étaient pas encore répertoriées, mais elle savait celle-ci inoffensive.
    
     – Tu vas profiter de ton dernier jour d’arrêt maladie ? questionna sa copine. Ça va te faire bizarre de reprendre le boulot et de remonter dans un Exelion…
    
     Kalya fit la grimace et baissa les yeux. Elle ne savait pas si elle pourrait en piloter avant un moment. Sa confiance en elle s’était brisée après cet accident et elle sentait que son bras et sa jambe ne répondaient pas comme avant.
    
     – Je ne sais pas… J’aimerais faire quelque chose de plus tranquille, tu vois ? Je ne pense pas remettre les pieds dans un Exelion tout de suite.
    
     Étonnée, Eyline lui jeta un regard interrogateur. Ce n’était pas son genre d’abandonner si facilement. Avant son accident, le métier de pilote l’avait choisi et pour rien au monde elle ne voulait faire autre chose.
    
     – Tu es sûre ? Je veux dire, c’est le métier de tes rêves depuis toute petite. Ce n’est pas ton premier accident et…
     – Mais j’aurais vraiment pu y rester. Et… j’aurais pu te perdre…
    
     Eyline lui sourit, touchée par ses mots.
    
     – Sauf que tu n’es pas morte et donc tu peux continuer à faire ce que tu aimes. Je ne veux pas que tu fasses un boulot qui ne te plaise pas…
     – On verra… grogna Kalya.
    
     Sa copine comprit qu’elle ne voulait pas en parler et préféra changer de sujet. Elles discutèrent de ce qu’elles comptaient faire pour leurs prochaines vacances, sachant qu’un groupe d’exploration avait découvert une île paradisiaque. Puis vint le moment où Eyline dut s’habiller pour aller travailler. Elle récupéra sa Clavem dans l’entrée, ce petit objet semblable à une mini tablette qui permettait de téléphoner, d’ouvrir la porte de son habitation, de montrer ses papiers d’identités… Kalya s’avança vers elle pour l’embrasser.
    
     – Bonne journée et ne joue pas trop, railla Eyline.
     – Bien sûr ! Tu me connais ?
    
     Elle n’eut qu’un clin d’œil pour seule réponse. Sa copine sortit et Kalya put prendre son casque pour entamer une matinée sur son jeu préféré.

Texte publié par Seiki, 10 octobre 2019 à 12h35
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