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Tome 1, Chapitre 4 « La Tempête - Partie 3 » Tome 1, Chapitre 4
Fripon se tenait accroché au grand-mât, aveuglé par la pluie. Ses oreilles bourdonnaient de la rage des éclairs, de la colère du tonnerre, des rudoiements du vent, du rire tonitruant de folie du capitaine.
    
     L’Aquilon protestait face au traitement injuste qu’on lui infligeait. La coque vibrait sous l’assaut des bourrasques. Les mâts craquaient et semblaient prêts à se rompre. La cloche continuait à sonner à toute volée comme un glas funèbre.
    
     Soudain, une poigne sévère s’abattit sur la nuque du mousse. Il fut soulevé par la peau du cou et se retrouva nez-à-nez avec la figure dégoulinante de pluie de Casse-Bois.
    
     « Va voir Maître Lazlo ! lui intima-t-il d’une voix forte pour couvrir le grondement de la tempête. Demande lui s’il en a eu assez ! »
    
     Fripon acquiesça pour montrer qu’il avait compris.
    
     « Dépêche-toi ! Le navire ne va pas tenir longtemps comme ça ! »
    
     Malgré le déferlement incessant des éléments qui hurlaient à ses oreilles, le garçon perçut de l’inquiétude dans la voix du second.
    
     Impressionné malgré lui, il hocha frénétiquement la tête.
    
     Casse-Bois le libéra de sa ligne de survie, traversa les quelques coudées qui séparaient le grand-mât du caillebotis menant à l’entrepont et lâcha le mousse dans l’étroite ouverture. Le garçon dévala les quelques marches rendues glissantes par la pluie et se retrouva une nouvelle fois par terre, les fesses dans une flaque d’eau.
    
     Il soupira, se releva et s’empressa de courir en direction de l’antre de maître Lazlo. Il traversa à toute vitesse les quartiers des marins où les hamacs se balançaient, comme doués de vie propre, au gré des caprices de la tempête.
    
     Les craquements de la coque avaient quelque chose de funeste. Ils résonnaient entre les parois, s’étiraient en longs échos sanglotants qui fichèrent une frousse bleue au petit mousse. C’était comme si le navire chantait son agonie avant de rompre.
    
     Chassant ces pensées morbides de sa cervelle enfiévrée, Fripon continua sa course.
    
     Le long d’une coursive, le garçon se prit les pieds dans un bout qui traînait là. Il trébucha, tenta de se rattraper et ne réussit qu’à s’écraser contre une porte, tête la première. Sonné, il s’affala au sol. Des serpents électriques se mirent à danser la gigue autour de lui, au son d’une cloche tintinnabulante qui avait la forme de la tête de Casse-Bois.
    
     Groggy, le mousse se releva et tituba jusqu’à l’angle de la coursive, une main contre la cloison, l’autre contre son crâne. Son cœur battait sourdement contre ses tempes.
    
     Il finit par pousser la porte de la Cale des Machines, peinte en rouge au sang de bœuf pour la distinguer des autres soutes.
    
     « … ce serait formidable, non ? Imaginez qu’on puisse fendre en deux un adversaire, juste avec un rayon de lumière. Ça demanderait du travail, c’est sûr, mais ce serait sacrément déroutant pour l’ennemi. »
    
     Fripon reconnut la voix de Perdicas, l’assistant du Maître des Énergies Les deux hommes s’affairaient autour d’une grosse machine, composée de quatre gros tubes reliés par des câbles et des tuyaux à un tableau de commande orné de manettes et de leviers mystérieux. Enfin, maître Lazlo s’affairait. Perdicas, lui, se contentait de déblatérer à son habitude.
    
     « Et puis, ça pourrait même servir à détruire les voiles solaires de la Marine azurienne ! »
    
     Un marmonnement indistinct de Lazlo lui répondit.
    
     « On pourrait appeler ça un… un... »
    
     Le jeune homme leva soudain le doigt d’un air triomphant.
    
     « Un laser ! Ça semble terrifiant, non ?
    
     — Et pourquoi pas un Tais-toi-tête-de-bûche-et-viens-m’aider ? » rétorqua son maître.
    
     Douché, Perdicas resta interdit avant de se mettre à marmonner. C’est alors qu’il vit Fripon.
    
     « Qu’est-ce que tu fais là, toi ? » maugréa-t-il.
    
     Maître Lazlo se retourna et aperçut à son tour le mousse.
    
     Le jeune garçon se mit alors à gesticuler, désignant du doigt la machine ronronnante, le plafond, la porte et imitant dans le vide le dessin zébré d’un éclair. Les deux hommes l’observèrent avec une perplexité teintée d’intérêt.
    
     Puis, le Maître des Énergies parut comprendre. Il se retourna, observa son pupitre de commande avant de revenir au jeune émissaire.
    
     « Les batteries sont presque pleines. On termine d’emmagasiner la dernière décharge. »
    
     Fripon hocha la tête et fit volte face.
    
     « Mais Maître, insista Perdicas avec un espoir renouvelé, ce serait révolutionnaire, non ? »
    
     Le mousse ne resta pas assez longtemps pour entendre la réponse – sarcastique, assurément – de Lazlo. Vaille que vaille, il parvint à rejoindre le pont supérieur. Le rire et les imprécations du capitaine transperçaient le déferlement de la tempête. Il insultait le ciel, dressé comme un monstre marin derrière sa barre, bousculé par la pluie et le vent. L’Aquilon manœuvrait dans les rafales avec de plus en plus de difficulté. Il se cabrait, tentait de résister, mais toujours, la poigne de Tabarre le faisait revenir sur son cap tempétueux.
    
     Fripon observa autour de lui, tâchant de repérer Casse-Bois dans la tourmente. Giflé par la pluie, il rampa hors de son trou. Les cris des marins fusaient en tous sens.
    
     Il se sentit soudain attrapé par le fond de la culotte. Horrifié, il vit le pont défiler sous lui. Il ferma les yeux, éperdu. Une secousse. La prise se desserra. Il dut effectuer un vol plané qui s’arrêta brusquement lorsqu’il heurta quelque chose de chaud et dur qui fit « Mmmph ! » en le réceptionnant.
    
     Hagard, Fripon ouvrit les yeux. Il reconnut le profil de Casse-Bois. Il avait atterri sur son torse et le second le tenait fermement entre ses bras épais. Œil-de-Loutre se posa souplement à leurs côtés, lâchant le bout qui lui avait permis de planer dans la voilure. Le garçon se renfrogna. Il aurait dû s’en douter.
    
     « Alors ? » s’impatienta le second.
    
     Le mousse hocha la tête trois fois de suite. Casse-Bois leva un bref instant les yeux vers la gaillard arrière. Il déposa ensuite le garçon à terre et le poussa vers la coursive qui desservait la cambuse de Maître Auguste.
    
     « Mets-toi à l’abri et reste-y », ordonna le second.
    
     Fripon obéit sans se faire prier.
    
     Assez d’émotions fortes pour la journée.

Texte publié par Pixie, 20 décembre 2019 à 10h00
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