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Tome 1, Chapitre 27 « 24- Survivre » Tome 1, Chapitre 27
Nous évoluâmes rapidement dans le bâtiment, passant de couloir en couloir, de porte en porte, sans nous arrêter. Quand, enfin, nous en sortîmes, nous le fîmes avec prudence. Les soldats de Canjuers s'étaient apparemment répandus dans Carpiagne, comme l'attestait la blessure de Dubois. Nos ennemis pouvaient se trouver partout. Quand nous fûmes rassurés sur le fait qu'aucun soldat du camp adverse ne se trouve dans les parages, nous reprîmes notre course effrénée en direction de la seconde et dernière issue de Carpiagne, priant, pour ma part, que nos ennemis ne l'aient pas atteinte avant nous.
    
     Nous dûmes nous stopper abruptement au détour d'un édifice en entendant plusieurs hommes converser et converger vers nous. Nous nous collâmes à la paroi bétonnée derrière laquelle nous étions masqués, presque au point de nous fondre avec elle, le temps qu'ils passent leur chemin ; heureusement, sans nous remarquer. Je lâchai un souffle soulagé après leur passage, et signalai au reste du groupe que nous pouvions recommencer à avancer.
    
     Lorsque nous vîmes, enfin, se dessiner à l'horizon la porte sud, nous ne contînmes notre joie que de peu. Cette dernière fut toutefois vite balayée, lorsque nous avisèrent que deux soldats de Canjuers en gardait le passage. Je signai à Jordan de se rapprocher de moi et, tous deux, nous nous emparèrent de nos armes de poing, nos fusils ne contenant plus aucune munition. Puis, je lui indiquai sa cible avant de lui ordonner, toujours sans une parole, d'attaquer. Nous nous projetâmes hors de notre cachette, nous révélant aux regards surpris de nos ennemis, qui n'eurent pas le temps de pointer leur armes sur nous. D'une seule balle, pour ma part, j'abattis mon adversaire en lui explosant la boîte crânienne. Cette fois, je ne pouvais pas le nier. J'avais tué un autre être humain. Mais je remis cette pensée à plus tard, avec toutes celles que j'avais déjà enterrées dans ma psyché et que je n'avais jamais trouvé l'occasion de sonder.
     — Attention ! me prévint brusquement Roger, qui avait jailli de sa planque, avant de me pousser de toutes ses forces hors de la ligne de mir d'un troisième homme que je n'avais vu que trop tard. Je trébuchai, avant de me stabiliser, juste à temps pour voir mon comparse recevoir trois balles en pleine poitrine à ma place. Kimiko cria sa stupeur et Jordan ne perdit pas de temps pour répliquer, abattant celui qui avait tiré sur Roger. Ce dernier, après avoir porté une main hagarde contre l'une de ses plaies, qui revint sanguinolente, s'écroula de tout son poids sur le sol terreux, à genoux, avant de basculer sur le côté et de se retrouver allongé, face vers le ciel nocturne. Nous nous jetâmes à son secours, bien qu'il n'y avait rien que nous puissions faire. Je m'abaissai à son niveau et croisai son regard clair et brumeux, avant de porter mes deux paumes au dessus de sa poitrine, comme si par cet acte je pouvais refermer ses plaies, avant de les rétracter, consciente de mon impuissance.
     — Tu vas t'en sortir, lui mentais-je – ou, plutôt, me mentais-je – et le concerné cligna des yeux, avec une lenteur douloureuse, avant de me répondre, la voix chevrotante.
     — C'est pas la peine de mentir gamine. Je sais qu'je suis foutu.
    N'ayant rien à répliquer à ça, je me tus. Jordan s'accroupit à mes côtés, et Kimiko en face de moi. Tous deux avaient le regard braqué sur Roger, qui vivait ses derniers instants. Jen, Fab et Lucas restèrent en retrait tandis que, silencieusement, nous faisions nos adieux.
     — Allez, dégagez. nous ordonna soudainement le mourant, avec une fermeté qui contrastait avec sa condition. Ils vont vous choper sinon.
    Bien sûr, Roger avait raison. Déjà, au loin, retentissaient des éclats de voix et des bruits de pas en pleine course, qui se rapprochaient de notre position, attirés par les coups de feu. Jordan pressa une main contre le bras de Roger avant de se relever et Kimiko, les lèvres serrées en une ligne fine, hocha simplement la tête dans sa direction, solennel, avant de se redresser. Quant à moi, j'entrouvris la bouche une fois, puis deux, avant d'enfin réussir à sortir le mot qui m'entravait la gorge, saisie par une émotion inconnue, qui mêlait reconnaissance et regret.
     — Merci.
    Roger émit un rire court et sec, avant de grimacer de douleur et de me répliquer :
     — Pas de quoi.
    Puis, je me remis sur mes pieds à mon tour et lui tournai le dos, avant de changer d'avis, et m'avançai au devant de l'immense et lourde porte sud du camp. Il fallut le concours de Fabrice, Jenna et Jordan pour que nous parvenions à l'entrouvrir, juste assez pour que nous puissions nous y faufiler. Lucas passa en premier, suivit de Kimiko, Jen, Fab et Jordan. Enfin, je passai au travers à mon tour, me contraignant à ne pas jeter de regard en arrière, et m'enfonçai sous le couvert de la noirceur de la nuit dans un vallon dont j'ignorai le nom, au pas de course, suivie de près par mes comparses.
    Une seule pensée me taraudait alors que je fuyais la ruine souillée qui m'avait servit de demeure pendant quatre mois.
    
    Ne te retourne pas.
    
    Survis.

Texte publié par Alie, 10 novembre 2019 à 10h17
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