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Tome 1, Chapitre 25 « 23- Avenir » Tome 1, Chapitre 25
Je hurlai ma rage, ma peine, tout en pointant mon arme sur l'objet de ces sentiments qui s’entre-déchiraient en moi. Je tirai en rafales sur lui, sans jamais cesser de m'épancher, mais il se mit à l'abri derrière un char et je ne pus l'atteindre. Pour autant, je ne cessai pas de faire feu. Quelqu'un m'empoigna durement pour m'obliger à me stopper, et je me retrouvai face à face avec Jordan qui, les yeux humides, m'obligea à le suivre dans sa retraite. Je me débattis quelques instants, avant de perdre toute combativité, et je le laissai me traîner à sa suite. Je remarquai à peine que Jen et Fab étaient là, eux aussi. Nous courûmes le long des débris de ce qui était, encore quelques minutes auparavant, un bâtiment d'habitation et aperçûmes les corps ensevelis de nombreuses personnes, recouverts de poussière de ciment et de blocs de celui-ci. Je m'interrogeai de savoir où se trouvaient Kimiko et Lucas, sous cet amas de gravas. Bientôt, des tirs nous visèrent, car nous étions poursuivis par les forces ennemies, mais je ne répliquai pas. A quoi bon ? Après tout, ma vie n'avait à présent plus aucun sens. Mourir me semblait être une délivrance. Mes compagnons toutefois ne se laissèrent pas faire et ce faisant, ils me protégèrent par extension. Si j'avais eu la force de ressentir quoi que ce soit d'autre qu'un incommensurable chagrin à cet instant, je leur en aurais voulu. A la place je demeurai, stoïque, comme vivant une expérience hors du corps. Je regardai le peu de soldats de notre camp encore en vie se faire canarder et mourir. Mariani de son côté avait depuis longtemps disparut sans laisser de trace, je n'avais pas la force de m'interroger sur son sort. Soudain, j'aperçus Tessa, juste à temps pour la voir recevoir une balle en plein dans la gorge. Elle s'effondra, en faisant pression sur cette dernière, l'air hagard, comme si elle ne comprenait pas ce qui venait de lui arriver. Ce fut la dernière image d'elle que je gardai car déjà, Jordan me tirait dans sa fuite.
    
    Nous courûmes, et courûmes, longtemps, jusqu'à atteindre l'aile ouest du camp. Nous allions en direction de la porte sud, réalisai-je lointainement. Quand, soudain, au détour d'un édifice à la toiture verte, dans lequel je n'avais jamais pénétré, nous tombâmes nez à nez avec trois individus. Je mis quelques secondes avant de réaliser de qui il s'agissait, perdue dans les méandres douloureux de ma propre psyché. Roger, Kimiko et Lucas - Lucas ! - nous faisaient face. Lorsque je compris enfin que mon frère n'était pas enterré quelque part sous des tonnes de décombres, je m'élançai vers lui, jusqu'à le serrer de toutes mes forces dans mes bras. Je ne remarquai pas immédiatement l'humidité qui dévalait mes joues, et lorsque je le fis, ça ne provoqua chez moi qu'un sourire plus grand encore que celui que j'arborais déjà. Je finis par lâcher mon frère, pour m'accroupir devant lui et constatai qu'il pleurait, lui aussi. J'essuyai ses larmes alors qu'il se mettait à parler, la voix rauque mais l'expression soulagée.
    — J'ai fait comme tu m'as dit. J'ai trouvé Kimi et on allait vers la porte. Exactement comme tu m'as dit.
    — C'est bien Lucas. Mon dieu, c'est très bien.
    — Il faut y aller, intervint Jordan avec insistance et gravité. Les soldats de Canjuers ne sont pas très loin derrière nous.
    J'acquiesçai, les yeux toujours braqués dans ceux de Lucas, avant de me redresser et de saisir la main de ce dernier. Puis, je m'élançai vers l'avant, juste au moment où des voix se faisaient entendre derrière nous. Nous nous pressâmes sur quelques mètres avant de comprendre que nous devions nous cacher, si nous voulions échapper à la vigilance de nos attaquants. Alors, nous entrâmes dans un bâtiment. Là, nous nous dirigeâmes vers la première porte que nous vîmes et j'en actionnai la poignée. Elle refusa de s'ouvrir. Je me tournai alors vers Jordan, qui vint se positionner à mes côtés. De toutes nos forces, nous enfonçâmes la porte. De l'autre côté, nous nous retrouvâmes face à face avec un canon de pistolet, dans une salle visiblement dédiée aux communications. Une main posée contre son abdomen ensanglanté, Hélène Dubois, qui nous visait, paraissait mal en point, mais parfaitement lucide. L'arme qu'elle pointait sur nous était tremblante, mais la poigne qui la tenait ferme. Je n'avais aucun doute sur le fait que si des ennemis avaient passé cette porte, elle les aurait abattus. Quand elle avisa que nous n'étions, en fait, pas de ceux-là, elle abaissa son pistolet et tenta de se redresser en prenant appui sur la chaise roulante sur laquelle elle était assise. Elle réussit à se remettre debout, avec toutes les difficultés du monde, mais garda une emprise sur le bureau derrière elle pour s'assurer de ne pas s'écrouler, dévoilant par la même occasion à notre regard la plaie par balle sur laquelle elle faisait pression auparavant.  
    — Vous êtes seule ici ? l'interrogea Jordan et la scientifique acquiesça, suite à quoi mon ami la questionna à nouveau. Où sont vos collègues ?
     — Aucune idée. Cachés, quelque part. Ou déjà morts. Je devais envoyer ces données, c'est vital.
     — Quelles données ? Et à qui les envoyez-vous ? la sondai-je à mon tour, en zieutant sur la pile de papier éparpillée un peu partout sur le bureau ainsi que l'ordinateur allumé sur l'écran duquel étaient affichés une tonne de lignes de chiffres et de morceaux de mots, sans compter sur le clavier de ce dernier, aux touches maculées de traces de sang frais.
    Dubois parut réfléchir intensément pendant une minute entière, puis prendre une décision, avant de déclarer, comme dévoilant un secret - ce qui s'avéra être le cas :
     — Il existe un centre, caché quelque part dans le département de l'Indre, qui travaille de pair avec nous pour trouver un vaccin. Régulièrement nous échangeons sur nos avancées respectives. Nous avons mis en place un protocole qui veut que si l'une de nos structures n'est plus sécurisée, l'autre doit envoyer à la seconde, toujours en place, tous les résultats de ses travaux afin que la recherche puisse se poursuivre. C'est ce que je faisais avant que vous n'entriez. 
     — Ce... centre, dont vous parlez, il est sûr ? Je veux dire, on y serait en sécurité ? demanda Jen et la scientifique approuva d'un hochement de tête ferme. 
    — Comme je vous le disais, il est caché. Enterré. 
    Avec Jenna et les autres, nous échangeâmes un regard de connivence, et je me tournai à nouveau vers la scientifique. 
    — Comment le trouver, alors ? 
    Dubois nous jaugea pendant un instant, avant de se détourner de nous pour se pencher au dessus de sa pile de papier et de s'emparer d'un stylo qui traînait là, lâchant par la même occasion son arme. Elle se mit à écrire furieusement quelque chose sur un bout de feuille, qu'elle déchira lorsqu'elle eut terminé, avant de me le tendre. Sur ce dernier se dévoila à mon regard une série de chiffres et de lettres accompagnés de sigles et je lançai en direction de la scientifique un regard perplexe. 
    — Ce sont les coordonnées GPS du centre. s'expliqua-t-elle, juste au moment où des bruits de pas se firent entendre, de même que des voix. Partez maintenant, je vais les retenir ! nous conjura Dubois en nous poussant vers une porte ouverte à notre gauche, qui menait dans un couloir. 
    — Venez avec nous ! la supplia Lucas, mais la scientifique secoua la tête en dénégation en portant une main contre sa blessure sanguinolente.
    — Je ne vais nulle part. Allez, filez ! Trouvez le centre, vous y serez en sécurité ! 
    J'empochai le papier froissé avant d'empoigner Lucas par le bras et le tirai à ma suite alors que je fuyais la pièce et nos ennemis, sans un regard en arrière, suivie par mes amis. 
    
    Comme je l'avais dit à mon frère, nous n'étions plus en sécurité nulle part, mais ce Centre pourrait peut-être s'avérer être un abri suffisant pour conjurer le danger. En tout cas, nous devions l'atteindre, ou au moins essayer. Nous n'avions rien à perdre. Plus maintenant.

Texte publié par Alie, 9 novembre 2019 à 10h52
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