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Tome 1, Chapitre 24 « 22- La dernière heure » Tome 1, Chapitre 24
Je m'éveillai, alors qu'une pluie de tirs s'abattait au dessus de moi. Désorientée, rendue sourde par l'explosion qui m'avait fait perdre conscience, endolorie par l'impact brutal de mon corps avec le sol, je mis un temps considérable à me redresser et à retrouver le contrôle de mes sens. Autour de moi régnait le chaos. Nos troupes battaient en retraire, alors qu'un char faisait son entrée dans notre camp, par le trou béant formé par son tir de canon, protégeant les soldats ennemis qui étaient abrités derrière lui avec efficacité. Des cadavres déchiquetés ou écrasés gisaient un peu partout autour de moi et je ne pus contenir la remontée gastrique qui honora mon palais. Lorsque le monde cessa de tourner devant mes yeux, et que j'avais recraché tout le contenu de mon estomac, je me levai sur mes deux jambes tremblantes et m'emparai de mon fusil, avant de commencer à tirer à mon tour. Étant positionnée en biais par rapport à nos attaquants, je parvins à en toucher plusieurs. Dans l'action, je ne sus pas si j'avais tué un autre être humain pour la première fois, et essayai de ne pas m'en soucier. Je dus rapidement me mettre à l'abri, bientôt ciblée par les tireurs ennemis et je trouvai refuge derrière un énorme morceau du mur d'enceinte qui gisait à présent dans la cour principale.
    
    — Lex ! m'appela une voix bien connue, celle de Jen, quelque part derrière moi et je me retournai pour voir cette dernière abritée en compagnie du reste de ma brigade derrière un autre bloc de ciment. Mes compagnons étaient tous bien portants. En revanche, je ne savais pas où était passé Jordan, j'espérai qu'il allait bien.
    — On arrivera jamais à les contenir ! m'égosillai-je en retour et je vis les traits déjà crispés de Jenna se resserrer encore tandis qu'à ses côtés, Fab, Tessa, Miranda et Robert tiraient en rafale sur nos adversaires.
    — On a pas le choix, on doit essayer ! me répliqua mon interlocutrice, avant de se remettre à tirer et je fis de même. Nous parvînmes à mettre à terre une poignée d'ennemis mais leurs comparses, couverts par leurs frères d'arme, se répandirent rapidement partout sur la place, en surnombre par rapport à nous. Notre stratégie de défense ne prenait pas en compte le fait qu'ils parviennent à pénétrer dans le camp, en conséquence, nous devions improviser. Les tenir éloignés des aires d'habitation, où s'étaient réfugiés les civils à l'arrivée des combattants de Canjuers, me semblait être la meilleure chose à faire, et je le signalai à mes propres compagnons d'arme, qui acquiescèrent à mon ébauche de plan. Je pris la décision de rejoindre ma brigade et m'élançai dans leur direction, sous les tirs ennemis, et parvins indemne auprès d'eux dans une glissade contrôlée. Lorsque nous fûmes au complet, Tessa, sans cesser de canarder nos adversaires, prit la parole :
    — On doit les garder en périphérie du camp ! La protection des civils est notre priorité !
    Les éclairages automatiques de ce dernier étaient allumés à présent que l'obscurité était bien installée et nous avions une meilleure vue sur les belligérants ennemis qui tentaient de progresser sur la grande place, heureusement retenus par nos forces. Le char s'était stoppé dans sa course et protégeait toujours les combattants qui continuaient d'affluer par l'immense faille qui trônait à présent dans le mur d'enceinte. Soudain, je repérai Alexis, qui entra à son tour dans le camp et je le visai immédiatement. Malheureusement, deux soldats adverses se placèrent devant lui, pour assurer sa protection et je n'avais pas d'angle de tir clair. Malgré tout, j'en abatis un, alertant le chef de Canjuers qu'il était la cible d'une attaque et il eut le temps de se mettre à l'abri derrière le char pour éviter mes prochains tirs. Je jurai.
    — Il faut qu'on bouge ! intervint Fabrice. On doit se regrouper avec les autres !
    Je pouvais les apercevoir, de ma position, lesdits autres. Ils se trouvaient en face du char et alimentaient un feu nourrit en direction des combattants ennemis qui s'étaient étalés en une ligne de front, abrités par des morceaux du mur d'enceinte, à notre instar. Avec soulagement, je distinguai soudain une tête blonde familière parmi ces tireurs et laissai échapper un souffle que je n'avais pas eu conscience que je retenais. Jordan était en vie, il allait bien. Je remarquai également Mariani, non loin de ce dernier, toute concentrée à abattre un maximum d'antagonistes, mais visiblement blessée ; elle saignait.
    — D'accord, se prononça notre lieutenant, Lex et Jen, vous partez en premier. On vous couvre.
    Reconnaissant un ordre quand j'en entendais un, je me préparai à faire le sprint de ma vie et croisai le regard déterminé de Jen, que je lui rendis en nature.
     — Go ! s'exclama Tessa et nous nous mimes à courir droit devant.
    
     Nous parvînmes à rejoindre le gros de nos troupes, couvertes par nos camarades, et fumes accueillies par de fugaces regards en biais, que je devinai néanmoins soulagés de nous voir. Nous ne perdîmes pas de temps et nous mimes en position pour couvrir la retraite du reste de notre brigade. Bientôt, Fabrice et Miranda s'élancèrent sous le feu ennemi à leur tour et réussirent à nous rejoindre sans heurt. Suivant notre exemple, ils se positionnèrent à leur tour pour couvrir les arrières de Robert et Tessa. Ceux-ci se mirent à courir dans notre direction mais, alors qu'il n'était qu'à quelques mètres de la sûreté, Robert reçut une déferlante de balles et s'écroula, pour ne plus jamais se relever. J'entendis quelqu'un crier, et réalisai un instant plus tard que c'était moi. La haine qui s'était installée dans mon cœur refit surface, et je n'en tirai qu'avec plus de hargne, incapable de m'arrêter même s'il l'avait fallut. Entre temps, Tessa nous avait rejoint, indemne. Soudain, je constatai que le canon du char, jusque-là immobile, se mettait à bouger pour mieux nous viser. Mariani aussi l'avait remarqué et elle s'écria à notre encontre, avec une terreur réelle dans la voix :
    — Repliez-vous ! 
     Nous n'eûmes qu'un instant pour obtempérer, courant en direction du bâtiment derrière nous, avant que l'impact du projectile tiré par le char ne nous projette en l'air. Je demeurai en apesanteur durant une fraction de seconde qui me parut durer une éternité, avant d'atterrir douloureusement sur le sol bétonné. Sonnée et légèrement égratignée, mais consciente, je regardai autour de moi pour voir que la majorité de nos troupes se relevait déjà, titubante mais vivante. Toutefois, en jetant un regard derrière moi, à ma gauche, je constatai que Miranda ne bougeait pas. Je rampai dans sa direction, bientôt rejointe par mes camarades de brigade, et je me mis à la secouer avec l'accent du désespoir. Je constatai soudain, avec horreur, qu'il lui manquait ses deux jambes. De ses moignons déchiquetés giclait sans discontinuer de l'hémoglobine, qui forma bientôt une flaque vermeil éclatante sur le par-terre grisé. J'aurais vomi à nouveau si j'avais eu quoi que ce soit à régurgiter. Fabrice, accroupi à mes côtés, prit le pouls de notre camarade, avant de secouer la tête avec dénégation dans ma direction. Comprenant qu'il n'y avait plus rien à faire, je me redressai, non sans regret. Nous recommençâmes à courir et j'aperçus Jordan, masqué derrière le seul bâtiment présent au sud de la grande place. Je me dirigeai instinctivement vers lui, suivie par mes comparses. Lorsque je le rejoins, il m'agrippa farouchement dans une étreinte qui ne dura que le temps d'une seconde, sans rien dire, puis nous nous séparâmes. Après avoir échangé un regard, je me détournai de lui pour observer nos ennemis. Le char qui avait percé nos défenses progressait dans le camp à présent, rapidement suivit par son jumeau. Les soldats ennemis se répandaient dans la cour, sans plus prendre la peine de s'abriter, comme s'ils ne risquaient plus rien. 
    — On doit faire évacuer les civils, marmonna Jordan dans sa barbe inexistante et j'acquiesçai, sans quitter des yeux les troupes adverses qui continuaient de se rapprocher de notre position.  
    — Je refuse d'abandonner le camp à ces... envahisseurs. cracha Mariani que je n'avais pas remarquée, jusque-là masquée derrière plusieurs soldats. On va se battre jusqu'au bout. 
    — Et comment voulez-vous faire ça ? s'irrita un homme en uniforme, outrepassant les limites de son rang. Ils ont des putain de chars et on est gravement en infériorité numérique. 
    Effectivement, je ne comptais que treize personnes encore en état de combattre, moi comprise. Nous n'avions littéralement aucune chance face à la cinquantaine de soldats adverse, sans compter leurs machines de guerre. Mariani s'apprêtait à répondre, vertement qui plus est, lorsqu'Alexis s'adressa à nous. 
    — Rendez-vous maintenant ! Tout est fini ! Nous serons indulgents envers ceux qui auront déposé les armes d'eux-mêmes !
    Un grand silence accueillit cette déclaration et je crus que rien ne bougerait, lorsque, soudain, trois de nos soldats, que je n'avais pas vu jusque-là, sortirent de derrière l'un des conteneurs posés sur la place, fusils en l'air en signe de reddition et Mariani enragea derrière moi. Alexis les accueillis à bras ouverts, à grand renfort de raillerie. Ils furent forcés d'abandonner leurs armes et de se mettre à genoux, tenus en joue par deux de nos ennemis.  
    — Personne d'autre ? nous provoqua le chef de Canjuers un instant plus tard et notre capitaine craqua. 
    — Nous mourrons plutôt que de te laisser Carpiagne sans combattre ! clama Mariani et Alexis éclata d'un rire dérangé. 
    — Qu'il en soit ainsi. 
    Je vis ce dernier faire signe à ses chars de tirer sur le bâtiment derrière lequel nous étions abrités et je m'écriai à l'intention de mes pairs :
    — Courrez ! 
     Puis, je m'élançai à pleine vitesse en direction des quartiers d'habitation, sans demander mon reste. Derrière moi la bâtisse reçu deux boulets de canon et éclata en mille morceaux. Quelque chose à l'intérieur s'enflamma et une explosion violente se produisit, nous projetant à nouveau à terre. Cette fois cependant, je me relevai, avec peine mais rapidité. Je jetai un regard sur mes arrières pour voir s'élancer dans notre direction les soldats ennemis et fis un tour d'horizon sur mes amis, pour les découvrir sains et saufs. Je hochai la tête dans leur direction et repris ma course.
    Une pensée, unique, tournoyait à présent dans mon esprit. 
    
    Lucas. 
    
     Je me dirigeai droit vers le bâtiment dans lequel je savais être regroupés les civils pour en assurer le peu de protection que je pouvais lui offrir, sans faire attention au fait que mes comparses me suivaient - bien que ce soit le cas. Mariani me dépassa pour aller se positionner au devant de ce dernier et nous ordonna de faire de même. Nous pouvions entendre l'avancée des chars qui se dirigeaient vers nous, inexorablement. Aux fenêtres de la bâtisse étaient collés des visages anxieux qui observaient, comme nous, l'approche des soldats ennemis qui se camouflèrent derrière un autre bâtiment. La situation de se figea alors que nous demeurions, en chien de faïence.
     — Rendez-vous ! Vous avez perdu ! nous intima un soldat adverse.
     — Jamais ! s'écria en réponse notre capitaine, s'attirant nos regards éberlués. De notre point de vue, il n'y avait plus rien à sauver, hormis nos vies. La situation était désespérée et nous n'avions pas trente-six solution pour nous en sortir. Alexis était peut-être complètement taré, mais il nous laisserait vivre - nous et les civils - si nous rendions les armes, il l'avait prouvé. Mais, un instant plus tard, je m'interrogeai : à quel prix ? Et je réalisai que Mariani n'avait peut-être pas tord de refuser d'abandonner, quitte à y laisser sa peau. Parce qu'assurément, si nous laissions Alexis gagner, nous y perdrions nos vivres mais passerions sans aucun doute également sous un régime totalitaire, prisonniers de surcroît, à présent que Muller n'était plus là pour nous diriger. Et qui savait, alors, ce qu'il adviendrait de nous ? En conséquence, je serrai les dents et me contraignis à l'immobilité, mon fusil pointé sur nos ennemis, prête à en découdre, quel qu’en soit le prix. En voyant que je ne bougeai pas, Jordan – qui attendait ma réaction - demeura en position également, et il n'y eut aucune défection parmi nos rangs cette fois.
    Nous vîmes bientôt paraître à l'horizon dévasté les deux chars d’assaut que nous redoutions tant, avec monté sur la carlingue l'un d'eux le chef de Canjuers. Ils se stoppèrent à une vingtaine de mètres de nous et Alexis en descendit. Puis, il nous jaugea pendant une minute entière et, voyant notre détermination, prit une décision et exigea simplement à l'encontre des hommes dans les véhicules de guerre :
     — Feu !
    Avec effroi, je vis les canons de ceux-ci se positionner, prêt à l'action, et Tessa hurla à l'encontre des civils d'évacuer l'édifice. Des exclamations horrifiées et terrifiées nous parvînmes, alors qu'ils obéissaient. Lentement, trop lentement. Quant à nous, nous nous écartâmes en courant de la bâtisse, parvenant à nous éloigner juste assez pour ne pas être touchés par l'explosion qui se produisit, un instant plus tard, écrasant sous des tonnes de ciment des centaines de personnes, dont celles qui m'étaient chères.
    
    Je perdis pied.

Texte publié par Alie, 2 novembre 2019 à 20h59
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