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Tome 1, Chapitre 23 « 21- Le vent du changement » Tome 1, Chapitre 23
Nous marchâmes un kilomètre avant d'entendre un unique coup de feu, qui signait la mort de Muller. Nous nous retournâmes pour observer le paysage derrière nous, comme si nous pouvions par ce geste l'entre-apercevoir, avant de reprendre notre route un instant plus tard, dans un silence de mort. Nous n'atteignîmes Carpiagne que le lendemain, dans l'après-midi, après une journée passée à marcher et une nuit à ne dormir que d'un œil dans un vallon, lorsque ce n'était pas notre tour de garde. Autrement dit, nous arrivâmes épuisés. Les gardes à la porte eurent l'air estomaqués de nous revoir, nous pensant sans doute morts, et nous pénétrâmes dans Carpiagne pour être immédiatement alpagués par Mariani, qui avait l'air aussi épuisée que nous l'étions.
    — Le lieutenant-colonel ? nous questionna-t-elle immédiatement, et nous secouâmes la tête pour détruire tout espoir qu'elle pouvait encore entretenir de le revoir vivant.
    — Mordu, il a préféré en finir lui-même. ajoutai-je et Mariani porta son regard sur moi, à la fois perdue et déterminée, avant de hocher la tête.
    — Alors il a fait ce qu'il devait faire. Allez vous débarbouiller, je vous attends dans une heure pour votre rapport dans le bureau du... mon bureau. nous ordonna cette dernière, avant de nous quitter. Le soldat qui nous accompagnait, Marc, partit l'instant suivant lui aussi et nous nous retrouvâmes seuls avec Jordan. Au loin toutefois, Lucas apparut soudain, courant dans ma direction aussi vite que ses jambes pouvaient le porter, prévénu de mon retour, avant de s'écraser contre moi, me serrant suffisamment fort pour faire protester mes côtes.
    — Je savais que t'étais pas morte, je le savais. marmonna mon frère, le visage enfoncé dans ma poitrine - avait-il grandit ? - et je souris, harassée, même s'il ne pouvait pas le voir, tout en lui caressant les cheveux avec tendresse.
    — Je reviens toujours vers toi, tu le sais bien.
    
    En trottinant, derrière lui, arrivèrent bientôt Jen, Fab et Kimiko, l'expression immensément soulagée. Lorsque Lucas me relâcha, ils nous prirent dans les bras avec Jordan chacun notre tour. Nous échangeâmes quelques paroles de circonstances puis, avec mon comparse blond, nous partîmes ranger nos armes dans le local dédié, puis allèrent récupérer des vêtements propres avant de nous diriger vers les douches. Une fois lavés, nous allâmes au self manger un bout pour nous caler le temps d'attendre le repas du soir - les cuisiniers furent compréhensifs et nous servirent des sandwichs - avant de prendre le chemin du bureau du feu lieutenant-colonel. Là, nous y retrouvèrent Marc et toquèrent à la porte. Mariani nous donna la permission d'entrer, ce que nous fîmes. Il était étrange de découvrir cette dernière assise derrière le bureau de Muller, plutôt que debout à côté et je m'ébrouai mentalement pour évacuer tout regret que je pourrais avoir concernant la mort de ce dernier, comme il me l'avait demandé. La capitaine exigea immédiatement de nous que nous lui racontions en détails ce qu'il s'était produit, alors, après avoir échangé un regard avec mes compagnons, c'est ce que je fis. Quand j'eus fini de parler, Mariani laissa planer un petit silence, avant de déclarer :
    — Nous devons nous préparer, nous serons bientôt la cible d'une attaque, c'est certain. Je vais charger les lieutenants Bernard et Thomas de coordonner la défense de Carpiagne. En attendant, vous pouvez disposer.
    Nous saluâmes Mariani et primes notre retraite. Toutefois, avant que je puisse quitter la pièce, cette dernière m'interpella.
    —Lex, restez s'il-vous-plaît, je dois vous parler.
    Je m'exécutai et attendis, en faisant passer mon poids d'une jambe sur l'autre, mal-à-l'aise.
    — Je sais que je n'ai pas été tendre avec vous, s'exprima Mariani, en évitant mon regard. Mais j'avais de bonnes raisons de penser que la foi que Muller plaçait en vous était déplacée, dû à votre jeunesse. Je vois aujourd'hui qu'il avait raison de croire en vous, alors, je veux croire moi aussi. Vous êtes de loin l'une des meilleures recrues que nous aillions obtenu du volontariat parmi les civils, si ce n'est la meilleure. Vous êtes tenace et obstinée, prête à mettre votre vie en jeu pour le bien de ce camp. Et je respecte ça. Alors, je vous présente des excuses pour le comportement que j'ai eu envers vous ; c'était injuste et déplacé.
    Abasourdie, je la regardai sans comprendre durant une bonne minute, avant d'ouvrir la bouche, hésitante.
    — Je... je comprends. Je vous remercie pour vos excuses et je les accepte.
    Ma supérieure hocha la tête, avant de parler à nouveau.
    — Dans les heures qui viennent, nous risquons d'affronter une force qui nous dépasse. En conséquence, je ne vous demanderai qu'une seule chose. Soyez digne de la confiance que je place en vous.
    — Je le serai, madame.
    — Bien, très bien. Filez, maintenant. J'ai une stratégie à établir et vous avez du travail à faire.
    
    Je saluai, à nouveau, Mariani et quittai le bureau, plus déterminée que jamais à me montrer à la hauteur des attentes qu'on avait de moi.
    
    
    Deux heures après que nous ayons fait notre rapport à Mariani, cette dernière parue sur la grande place. Elle avait visiblement demandé que se rassemblent tous les habitants du camp, car maintes personnes affluaient petit à petit en direction de la cour. N'étant pas en service, avec ma brigade réduite de plusieurs membres, nous rejoignîmes le mouvement. Dans la foule, je retrouvai Jordan et sa propre équipe. Quand deux-cent personnes se pressèrent au devant de Mariani, cette dernière demanda leur attention, avant d'ouvrir la bouche, pour faire un discours qui resterait gravé dans ma mémoire.
    — Nous sommes en guerre. affirma cette dernière avec solennité. Le camp de Canjuers nous l'a déclaré en causant la mort de nos soldats et du lieutenant-colonel Muller, faisant de moi votre nouveau chef. Je sais que vous avez peur, j'ai peur moi aussi, mais malgré ce sentiment, nous allons nous battre. Nous allons nous battre pour nos ressources, notre mode de vie et chaque personne, homme, femme ou enfant qui vit dans ce camp. Nous allons nous battre, parce que nous n'avons pas le choix mais, surtout, parce que notre lutte est légitime. Ne désespérez pas. Que chacun d'entre vous s'arme de courage. A présent, conclut-elle, revenez à vos activités.
    L'assemblée commença à se disperser, avec un temps de retard, comme assimilant ce qui venait de lui être dit. De mon côté, dans le mouvement de foule, je perdis de vue ma brigade et celle de Jordan, ainsi que ce dernier. Avec un haussement d'épaules, je m’extrayais seule de celle-ci. Lorsque enfin je parvins à en sortir, je percutai quelqu'un de plein fouet, et nous émîmes un même juron de déplaisir. Surprise de reconnaître la voix de Roger, je relevai la tête à une vitesse éclair, presque au point de me faire le coup du lapin. Effectivement, devant moi se tenait ledit quinquagénaire qui me fixait d'un air bourru dont il avait le secret.
    — Pardon, m'excusai-je entre mes dents, avant de le contourner pour poursuivre ma route mais à mon grand étonnement, l'homme me retint.
    — Hey, gamine. m'interpella-t-il sur un ton presque cordial et je me stoppai avant de me retourner pour lui faire face, intriguée. Bonne chance là-bas.
    Choquée par tant d'amabilité, je me contentai de hocher la tête en assentiment, avant de reprendre ma route.
    
    J'eus l'étrange sentiment que Roger s'attendait à ce que ce soit la dernière fois que nous nous croisions.
    
    
    Quelques heures plus tard, après avoir assisté au briefing des lieutenants Thomas et Bernard concernant notre stratégie de défense du camp, alors que la nuit s'amoncelait autour de nous, j’entraînai Lucas à l'arrière de l'enceinte, près de la seconde porte de ce dernier. Là, je me stoppai et me tournai vers mon frère.
    — Si les choses tournent mal, lui-dis, avec gravité, tu retrouves Kimiko et tu te diriges tout droit vers cette porte, tu m'entends ? Tu m'attends là et je vous rejoindrai.
    — Mais, je croyais qu'on était en sécurité ici ? m'interrogea Lucas, d'une toute petite voix et je lui souris, avec pitié.
    — On est plus en sécurité nulle part p'tit frère. avouai-je, avant d'insister. Tu as bien compris ? Tu me retrouves ici.
    — J'ai compris.
    — Bien, bien.
    Je passai une main tendre contre sa joue, l'observant avec une tendre intensité, jusqu'à ce que le moment soit brisé.
    — Ennemis en vue ! s'écria une voix masculine quelque par sur les remparts et je sursautai. J'embrassai le haut du crâne de mon frère, longuement, avec un accent de désespoir, avant de lui ordonner :
    — Rejoins les autres enfants, essaye de trouver Kimiko, ne traîne pas !
    
    Puis, je le regardai suivre mes directives, avant de courir moi-même rejoindre le haut du mur d'enceinte, déjà armée. Nous l'étions tous, soldats et recrues, cela faisait partie des mesures prises afin de mieux assurer notre défense : être prêts à tout instant. Là j'y retrouvai mes camarades de brigade qui me lancèrent des regards hagards, les traits tirés par l'inquiétude. De mon côté, j'avalai grossièrement la salive et l'angoisse qui m'entravaient la gorge. Au loin, un nuage de poussière et des phares allumés en nombre annonçaient l'arrivée massive de véhicules et nous les distinguâmes rapidement. Il y avait une vingtaine de blindés, accompagnés de deux chars d'assaut. En avisant ces derniers, je sentis une sueur froide naître à la naissance de ma nuque, consciente que le rapport de force entre nous était particulièrement inégal, comme me l'avaient confessé Muller et Mariani. Il me semblait de plus en plus improbable que nous soyons en état de gagner contre Canjuers. Malgré tout, je tins ma position. Il était hors de question que j'abandonne sans me battre. Je défendrai cet endroit jusqu'à ce qu'il ne reste rien à protéger. Lorsque les véhicules se mirent à l'arrêt, à une quinzaine de mètres de notre palissade protectrice, des hommes et quelques femmes en sortirent. Je reconnus sans peine Alexis, qui vint se positionner au devant de ses troupes, l'air goguenard. Il nous scruta durant un interminable instant, avant de prendre la parole, la voix haussée pour bien se faire comprendre.
    — Comme je suis un homme d'une grande générosité, je vous laisse une dernière chance de me donner ce que je veux ! Si vous répondez favorablement à ma demande, nous partirons sans faire d'histoire et le statut quo entre nos deux camps sera préservé. Dans le cas contraire... je vous anéantirai.
    — Tu n'auras rien de nous sale meurtrier ! lui répondit Mariani du tac au tac, postée à quelques mètres de moi, le visage crispé par la rage. Je devinai que la perte de Muller par la faute du leader de Canjuers motivait la haine qu'elle éprouvait visiblement à l'égard de ce dernier.
    — Dans ce cas, vous ne me laissez pas d'autre choix que de vous détruire.
    
    Après ces ultimes paroles qui me firent froid dans le dos, Alexis fit un signe que je vis mal, à cause de la nuit de plus en plus noire qui s'installait, en direction de ses chars qui, positionnés à l'arrière des blindés, s'avancèrent entre ceux-ci. Mariani, avec l'accent de la panique, nous ordonna de descendre du mur d'enceinte ce que nous fîmes, dans l'affolement le plus total. Je n'eus pas le temps de toucher le sol toutefois. Une violente explosion dans mon dos me projeta en l'air et je perdis connaissance.

Texte publié par Alie, 1er novembre 2019 à 13h44
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