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Tome 1, Chapitre 21 « 19- « Si vis pacem, para bellum » » Tome 1, Chapitre 21
Kimiko m'attira hors des douches et dehors. Là, je retrouvai Jordan et Lucas qui m'attendaient. Ce dernier se jeta dans mes bras dès qu'il m'aperçut en répétant inlassablement qu'il était désolé. Je le serrai contre moi sans rien dire en retour, la gorge comprimée dans un étau. Nous finîmes par nous relâcher l'un l'autre et j'essayai de lui sourire, pour le rassurer, sans succès. Cela ne sembla pas le gêner, au contraire, il semblait rassuré.
    
     — Jen et Fab nous attendent près des dortoirs, m'informa Jordan, et j'acquiesçai. J'attrapai la main de mon frère, qui me sourit, et nous prîmes le chemin le plus rapide pour rejoindre nos amis. Nous les retrouvâmes, comme promis, à nous attendre adossés contre le mur du fameux bâtiment des logements attribués à ceux qui n'étaient pas liés par le sang. Quand elle me vit, Jen fonça droit sur moi pour m'enfermer dans une étreinte serrée, que je lui rendis avec un temps de retard, tant elle m'avait surprise. Lorsqu'elle me relâcha, elle me passa une main tendre sur la joue avant de me demander comment j'allais. Plutôt que de mentir, je préférai hausser les épaules. Compréhensive, Jen m'offrit un petit sourire triste et laissa sa place à Fabrice, qui me pressa simplement une main sur l'épaule, en signe de soutien.
     — Youssef est mort, déclarai-je alors, comme ayant besoin d’entériner cette réalité en l'exprimant à voix haute.
    Les adultes autour de moi acquiescèrent et Lucas me lança un regard démuni ; je lui passai une main dans sa tignasse à défaut de pouvoir le consoler de cette nouvelle perte. Il ne pleura pas, cependant, et j'espérai que ça ne voulait pas dire qu'il n'en était plus capable, tant il avait déjà versé de larmes. Je posai les yeux sur chaque membre de ma petite famille dysfonctionnelle et recomposée et je sentis une détermination brûlante et farouche naître en mon sein. La mort de Youssef ne pouvait pas rester impunie, je ne le permettrai pas. Alors, je déclarai, avec une volonté de fer qui me devenait familière :
    
    — Je dois parler à Muller.
    — Pour lui dire quoi ? m'interrogea immédiatement Jordan, pragmatique et je croisai son regard abattu.
    — Que les choses ne peuvent pas en rester là.
    — Lex, j'espère que tu ne parles pas de-
    — Vengeance ? interrompis-je Jenna en portant mon regard sur elle. Si. C'est exactement ce dont je parle. Justice doit être faite.
    — Houla, Lex, intervint Fab, calmons-nous un instant et réfléchissons-y.
    — Youssef est mort, leur rappelai-je car j'avais l'impression que la gravité de ma première déclaration ne les avait pas atteints.
    — Oui, il est mort, convint Jenna en s'approchant de moi comme on se serait approché d'une bête sauvage, et rien ne le ramènera. De plus, la vengeance n'est pas la justice, ne mélange pas tout.
    — Tu n'étais pas là, il n'est pas mort dans tes bras. Tu n'as pas vu la lumière quitter ses yeux, ni entendu son dernier souffle. C'était moi ! J'étais là. Alors n'essaye pas de me dicter comment je dois me comporter après ça. Je parlerai à Muller et c'est définitif.
    — Tu as raison, Lex. temporisa Jordan, la voix de la raison. Personne n'a le droit de te dire comment réagir ou quoi penser après... après ça. On s'inquiète juste pour toi, c'est tout. Ce que tu as vécu aujourd'hui était traumatisant et on veut juste s'assurer que ça va aller pour toi.
    Je portai alors une attention plus particulière à la façon dont mes amis et mon frère me regardaient et constatai que Jordan avait raison, ils avaient l'air inquiets. Sincèrement soucieux de mon bien-être. Toute ma fougue retomba comme un soufflé ; je sentis mes muscles se détendre et ma posture se ramollir. Je n'en démordais pas, toutefois.
    — Je parlerai à Muller, mais... pas avant demain.
    — Demain, acquiesça Jordan et même si Jen fit la moue, je ne repris pas mes paroles.
    Par la suite, nous passâmes les heures qui suivirent à éviter le sujet et, lorsqu'il fut l'heure de se séparer pour la nuit, je regagnai ma chambrée, main dans la main avec Lucas, qui refusait de me lâcher. Je mis ce dernier au lit et m'apprêtai à aller me coucher, pour une nuit qui j'imaginai déjà hantée, lorsqu'il me retint.
    — Je suis vraiment désolé tu sais, pour tout ce que je t'ai dit.
    — Je sais Lucas, je suis désolée aussi. Hey, si on faisait un deal ? lui proposai-je et il se redressa sur ses draps, alerte.
    — Quel deal ?
    — La prochaine fois que je décide de sortir du camp, je te demande ton autorisation avant, et si tu dis non, alors je reste. Qu'est-ce que tu en penses ?
    Lucas prit le temps de la réflexion, visiblement intensive, avant de hocher la tête et de me tendre son petit doigt, que je crochetai.
    — Deal. affirma-t-il, avec finalité et je lui souris sincèrement pour la première fois depuis nos retrouvailles, au début de la journée. Puis, je l'encourageai à se recoucher avant de descendre à la petite échelle qui reliait nos couches. Mais, avant d'avoir pu toucher le sol, dans un énorme bâillement, il m'interpella à nouveau.
    — Est-ce qu'on va vraiment venger Youssef ?
    — Tu peux en être sûr. lui affirmai-je, avec l'accent d'un serment et il bailla de nouveau, avant de s'enrouler dans ses couvertures et de me dire :
    — Bien.
    
    Je sus alors avec certitude que ma décision de parler à Muller était la bonne.
    
    
    Le lendemain, à la première heure, après avoir passé une nuit moins que reposante, j'allais toquer au bureau de Muller. Il m'invita à entrer et je le trouvai en compagnie de Mariani, qui m'adressa un regard tout à la fois perplexe et colérique. Je l'ignorai. Je m'avançai jusqu'au devant du bureau du lieutenant-colonel et me stoppai, attendant qu'il me donne l'autorisation de parler. Certains codes de l'armée avaient déteints sur moi.
    
    — Oui, Lex, que puis-je faire pour vous ? m'interrogea-t-il, l'image même de la force tranquille et je redressai la colonne vertébrale avant de prendre une courte inspiration, pour me donner du courage.
    — Je suis ici pour vous demander ce que nous allons faire à propos des assaillants qui nous ont attaqués hier.
    — Ce n'est pas dans tes attributions de savoir ce genre de choses ! me réprimanda immédiatement Mariani mais Muller leva une main, pour la faire taire.
    — Bien qu'elle l'ait dit avec une acerbité qui n'était pas nécessaire, le capitaine Mariani a raison. Ce n'est effectivement pas le genre d'informations que je partage avec n'importe qui.
    — Un de mes camarades est mort dans mes bras, je suis en droit de savoir qui l'a tué et ce qui va être fait pour le venger.
    — Qui a dit quoi que ce soit à propos de vengeance ? Peut-être n'ai-je absolument pas l'intention de faire quoi que ce soit à ce sujet.
    — J'en doute, démentis-je instantanément. Nous avons été attaqués sans provocation par des hommes d'un autre camp, que j'imagine militarisé vu comment ils étaient armés. Ils sont une menace évidente pour nous et je doute que vous laissiez un tel danger planer sur Carpiagne. De plus, nous convoitons les mêmes ressources et ils ont clairement fait comprendre qu'ils n'étaient pas prêts à les partager, ce qui est également un problème majeur.
    — Je ne peux pas nier une analyse si juste, convainc Muller et Mariani eut l'air scandalisée. En ce qui concerne les ressources que vous avez évoqué je vais envoyer une nouvelle équipe dès aujourd'hui pour les récupérer et non, vous n'en ferez pas partie. Vous êtes évidemment secouée par la mort de votre camarade et je refuse d'envoyer un élément instable sur le terrain. Vous resterez ici indéfiniment, tant que je jugerai que c'est nécessaire.
    De mauvaise grâce, j’acquiesçai, concédant sa logique, avant de reprendre la parole.
    — Et concernant la menace que représente le camp de Canjuers ?
    Le lieutenant-colonel s'avachit en avant, le menton posé sur ses mains liés, en me regardant avec intensité et Mariani fit la navette du regard entre nous deux, avant de s'écrier :
    — Vous ne comptez tout de même pas le lui dire !
    — Mariani, sortez s'il-vous-plaît. lui ordonna son supérieur et la capitaine en fut bouche-bée, avant de s’exécuter, visiblement outrée. Puis, une fois qu'elle fut partie, Muller reprit. Le camp de Canjuers est une épine dans mon pied depuis plus longtemps que vous ne l'imaginez, Lex. En vérité, il était autrefois commandé par le même colonel que le camp de Carpiagne. Après sa mort, un commandant a repris le flambeau du commandement avant d'être destitué lors d'un push par un lieutenant. Celui-ci a rompu toute relation et communication avec Carpiagne et depuis, on peut dire que nous sommes en guerre froide, je suis sûr que vous saisissez le concept. Hier était la première fois depuis des mois qu'une activité de Canjuers était repérée et malheureusement, un de vos amis en a fait les frais. On peut maintenant assurer sans se tromper que Canjuers est un camp hostile au notre. Malheureusement pour nous, il compte plus de forces armées que Carpiagne et de meilleurs armements. En conséquence il doit être traité avec une certaine... subtilité.
    — Vous voulez dire que nous n'allons rien faire ?
    — Ce n'est pas ce que j'ai dit, démentit-il, mais nous devons agir avec prudence. Des hommes seront envoyés pour infiltrer Canjuers et nous rapporter des informations de l'intérieur. Si nous voulons défaire le régime totalitaire qui s'est installé là-bas, et qui est en cause de ce qu'il s'est produit hier, nous devons le faire en essayant de ne pas verser le sang. Une fois que nous aurons à nouveau le contrôle de Canjuers, les hommes qui ont tué votre ami seront traduit en justice, je vous le promets.
     — D'accord, finis-je par accepter, seulement à moitié satisfaite mais rassurée que quelque chose soit fait pour que la mort de Youssef ne reste pas impunie. Bien qu'en moi s’épanchait une pulsion de violence je comprenais que la situation exigeait plus de doigté que de simplement foncer dans le tas en espérant que le coupable du décès de mon comparse soit atteint par cette attaque.
    — Bien, conclut le lieutenant-colonel. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser Lex, j'ai du travail en cours.
    
    Comprenant que j'étais licenciée, je pris ma retraite, après avoir remercié Muller pour la confiance qu'il m'avait démontré. Puis, je partais à la recherche de Jordan pour lui révéler tout ce que j'avais appris.
    
    
    L'après-midi et le soir même, je vis partir et revenir l'équipe - cette fois constituée uniquement de soldats - chargée de nous ramener les vivres qui allaient nous permettre de nous nourrir dans un avenir proche, sans avoir besoin de courir les supérettes et autres supermarchés - probablement vides, de toute manière. En milieu de soirée, une cérémonie mortuaire eut lieue, officiée par Muller. Une minute de silence fut observée en mémoire de Youssef. Je dormis mieux cette nuit-là. Le lendemain, je vis ledit lieutenant-colonel en compagnie de deux soldats en civil, que je reconnus, aux portes du camp. Il semblait les briffer. Je compris qu'il s'agissait des espions qui devaient se rendre au camp de Canjuers. J'assistai au départ de ces derniers pour celui-ci et croisai le regard de Muller, qui me salua d'un hochement de tête que je lui rendis, avant de partir prendre mon poste. Je ne sus pas si les infiltrés étaient parvenus à leurs fins. Neuf jours plus tard, au matin, je me trouvai sur les remparts à faire ma ronde, comme tous les jeudi, lorsque je vis, au loin, quelque chose d'inhabituel, en mouvement.
    
     — Qu'est-ce que c'est que ça ? interrogeai-je Robert, qui se trouvait à mes côtés à ce moment là, en pointant du doigt ce dont je parlais et ce dernier poussa un juron avant de s'écrier :
     — Des véhicules en approche rapide ! Tout le monde en formation de défense ! Que quelqu'un aille prévenir le lieutenant-colonel !
    Le chaos s'ensuit. Les civils couraient dans tous les sens, comme des poulets sans tête, pour aller se mettre à l'abri, au cas où. Ma brigade et la seconde à s'occuper de la surveillance ce matin-là, quant à elles, se positionnèrent, fusils pointés vers l'horizon, tout autour du chemin de rondes. Muller parut rapidement et il monta jusqu'à se tenir à mes côtés ; je me décalai légèrement pour lui laisser de la place et de la visibilité. Bientôt, quatre blindés se démarquèrent dans le lointain, se rapprochant toujours plus vite et ils finirent par se stopper, à une dizaine de mètres de notre mur de protection. Douze hommes en sortirent, armés jusqu'aux dents, à l'allure menaçante. L'un d'eux s'approcha au devant de l'enceinte, son fusil oublié, les mains dans les poches, comme si nous ne constituions aucune menace, avant de se mettre à parler.
    
     — Bien le bonjour. Je m'appelle Louis et je suis aux ordres d'Alexis, dirigeant du camp de Canjuers. Je suis venu aujourd'hui vous porter un message de sa part.
     — Quel message ? le questionna Muller, un grondement dans la voix et une ombre sur le visage.
     — Vous nous avez pris quelque chose qui nous appartient, et nous voulons que vous nous le rendiez.
     — Si vous parlez des vivres qui se trouvaient à Brignoles, vous pouvez faire une croix dessus. lui répondit le lieutenant-colonel et l'expression avenante de notre visiteur se mut, jusqu'à devenir une grimace qui promettait de la violence.
     — Quel dommage, et Alexis qui s'attendait à votre coopération... il sera très déçu.
     — Est-ce que j'ai l'air d'en avoir quelque chose à faire ?
     Soudain, un treizième homme sortit de l'un des véhicules, sans nous jeter un regard, avant d'en ouvrir la portière arrière et d'en extraire quelque chose. Je plissai des yeux, essayant d'apercevoir ce dont il s'était saisi. Un instant plus tard, je souhaitai ne pas l'avoir fait.
    — Voilà ce que je fais aux espions. nous informa ce dernier, avant de jeter au pied du mur d'enceinte les deux têtes qu'il tenait en mains par les cheveux. Je détournai vivement le regard, du vomi me montant dans la gorge. Et, comme l'a souligné Louis, je suis en effet très déçu. Et pas seulement par vous.
    Alexis, car c'était lui, fit un signe à l'un de ses sous-fifres qui ouvrit la porte d'un blindé et en extrait agressivement un premier, puis un deuxième homme. Je les reconnus sans peine, c'étaient ceux qui nous avaient attaqués, avec Youssef. Ils furent obligés d'aller se mettre à genoux devant le leader de Canjuers qui ne leur laissa même pas le temps de plaider, avant de leur mettre une balle en pleine tête. Un halètement m'échappa et je portai une main contre ma bouche, choquée.
     — Voilà ce qui arrive quand on me déçoit, commenta simplement Alexis, sur le ton du badinage. Les autres ont eu l'intelligence de ne pas revenir ramper devant moi comme des larves, mais ceux-ci... ah ! Ils étaient si fiers d'avoir tué l'un des vôtres qu'ils pensaient que ça me suffirait pour les pardonner de leur incompétence. Comme vous pouvez le constater, ce n'est pas le cas. Bien ! Maintenant que ça, c'est fait, nous pouvons parler affaire ! poursuivit-il, avec une joie presque maniaque. Vous avez quelque chose que je veux et vous allez me le donner sans faire d'histoire, parce qu'autrement... eh bien... comment dire ? Les choses pourraient mal tourner pour vous.
     — Nous ne céderons pas aux menaces, lui répondit Muller, l'image même du stoïcisme.
     — Quel dommage, moi qui pensait que vous seriez coopératif lieutenant-colonel, connaissant le rapport de force qui nous oppose. Vous savez quoi ? Je vais prendre votre réponse pour une demande d'un temps de réflexion. Comme je suis magnanime, je vais vous laisser une semaine pour me donner une réponse définitive. Nous nous rencontrerons en terrain neutre, en milieu d'après-midi dans l'entrepôt de Provence distribution logistique. N'est-ce pas le lieu idéal pour régler notre différend ? Soyez là lieutenant-colonel, ou vous le regretterez. Sur ce, nous allons vous laisser vaquer à vos petites occupations. On se voit dans une semaine.
    
    Puis, sans laisser le temps à Muller de répondre quoi que ce soit, il siffla ses subordonnés qui s'empressèrent de remonter en voiture à sa suite et ils démarrèrent, disparaissant bientôt à l'horizon dans un nuage de poussière. Je me tournai alors vers mon supérieur et lui demandai, pleine d'incertitudes :
    — Que fait-on maintenant ?
    — Maintenant, me répondit Muller, les yeux toujours braqués sur le lointain, on se prépare à la guerre.

Texte publié par Alie, 25 octobre 2019 à 14h01
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