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Tome 1, Chapitre 18 « 16- Mission » Tome 1, Chapitre 18
Le lendemain, alors qu'il n'était pas encore cinq heures trente à ma montre, je décidai de réveiller Lucas pour que nous ayons l'occasion de nous dire au revoir, au cas où. Ce dernier sembla comprendre le motif de son réveil et me serra si fort dans ses bras que je crus étouffer. Puis, je lui indiquai de se recoucher, avant de quitter notre minuscule chambrée. Je me rendis à pas lents vers l'armurerie, le lieu de rendez-vous que nous avions choisi pour nous réunir, ma brigade et moi. Là, j'y retrouvai la lieutenant Tessa Thomas, notre chef, déjà armée jusqu'aux dents. Elle était accompagnée de son second, David, ainsi que de Miranda, Robert et Youssef. Jen et Fab n'étaient pas encore arrivés. Je les saluai. Puis, sans perdre de temps, je me dirigeai vers les fusils. Je m'emparai de mon bien connu à présent HK416, et enroulai sa bandoulière autour de mon cou, pour le maintenir, tandis que je me penchai à présent sur l'impressionnante collection de couteaux qui se tenait à disposition des défenseurs du camp. J'en saisis un, que je fis tournoyer, comme pour tester son poids et sa maniabilité - une habitude que j'avais prise en m’entraînant avec - et m'en trouvai quelques peu insatisfaite. Je l'enfournai néanmoins dans la gaine prévue à cet effet, à mon tour de taille. Puis, j'allais m'emparer d'un neuf millimètre, que je chargeai, avant de le ranger dans l'étui à ma cuisse. Puis, je remplis l'une des poches de mon pantalon cargo de deux chargeurs, pleins. Alors seulement, je me tournai vers une armoire close, mais sans cadenas, que je savais contenir ce dont j'étais réellement à la recherche. Je l'ouvris et en extrais la hachette qui m'avait accompagnée tout au long de mon périple pour retrouver Lucas. Le frottement de mon épiderme contre sa poignée en bois me parut d'une justesse qui faisait défaut à la prise en main d'un couteau de survie en acier noir. Tessa, qui était tournée vers moi, ne fit que lever un sourcil devant mon choix d'arme, mais ne dit rien.
    
     Ce fut à ce moment précis que Jenna et Fabrice parurent, l'air ensommeillés. Ils nous souhaitèrent le bonjour, puis entreprirent de s'équiper. Prête, je quittai l'enceinte, pour attendre dehors dans la pénombre. Le lever de soleil se profilait à l'horizon, il n'allait pas tarder. Une dizaine de minutes plus tard, je fus rejointe par le reste de ma brigade. Nous prîmes alors un chemin, inconnu pour moi jusque-là, menés par Tessa jusqu'à arriver à l'arrière de l'aile sud-ouest du camp, où je découvris, stationnés, des véhicules blindés légers et deux cars, bien connus. En les avisant, je frissonnai, avant de vite en détourner le regard. La lieutenant se dirigea à grandes enjambées vers l'un des blindés, avant de sortir de l'une de ses poches un trousseau de clefs qu'elle jeta en direction de David, qui les réceptionna sans soucis. Ce dernier se rendit à la porte d'un autre véhicule qu'il ouvrit tandis que sa supérieure hiérarchique faisait de même avec le sien. Ils allumèrent le moteur, pour vérifier le niveau d'essence et d'huile, visiblement. Puis, satisfaite, la lieutenant nous demanda de nous réunir autour d'elle avant de déplier une carte qu'elle extrait de son treillis, qu'elle aplatit sur le capot de son transport.
    — Nous allons nous rendre à Carnoux-en-Provence, nous informa-t-elle en pointant du doigt ladite ville. C'était la plus proche de camp de Carpiagne, aussi comprenais-je le bien fondé de s'attaquer à cette dernière. Vous vous répartirez en deux équipes pour le trajet, poursuivit-elle et nous acquiesçâmes silencieusement. Puis, elle replia sa carte avant de la ranger à sa place originelle. Enfin, elle nous informa que nous attendions encore quelqu'un. Intrigués, nous patientâmes. Bientôt, notre curiosité fut assouvie, lorsque nous vîmes arriver en trottinant un visage que je reconnus. C'était l'une des scientifiques, une certaine Hélène Dubois. A la main, elle tenait une espèce de grande perche au bout de laquelle trônait un anneau. Avec Tessa, elle se saluèrent, puis la femme en blouse blanche s'expliqua sur le drôle d'objet qu'elle trimbalait avec elle.
    — Pour vous rendre la tâche plus facile afin de maîtriser le sujet que vous allez nous ramener, nous vous avons confectionné ceci. Il s'agit d'une sorte de lasso de capture basé sur le modèle de celui utilisé pour les chiens. Nous l'avons renforcé de notre mieux. J'espère qu'il vous sera utile. Voici comment l'utiliser. Voyez, nous invita-t-elle en tendant vers nous sa création, vous enroulez le lasso autour du cou de votre cible et le tour est joué. La traction bloque le mécanisme et empêche votre proie de s'échapper. La longueur de la tige devrait être suffisante pour protéger celui ou celle qui effectuera la prise.
    — Ce sera moi, intervint Tessa, l'air grave en faisant glisser son regard noisette et impérieux sur nous, et nous acquiesçâmes à son ordre déguisé.
    — Bien, bien. approuva la petite brune en blouse, un sourire précaire sur les lèvres qui n'atteignit pas ses yeux. Je vous souhaite bon courage alors.
    Sur ce, elle tendit le lasso à la lieutenant, qui s'en empara. Puis, elle nous quitta. Alors seulement nous montâmes en voiture, moi avec Jen, Fab et notre chef. Nous prîmes la tête du petit convoi et nous arrêtâmes à l'entrée, close, du camp. Tessa fit signe aux gardes en poste - je reconnus certains visages qui nous observaient pour m'être entraînée avec eux - et les pans de la grande porte blindée s'ouvrirent devant nous dans un grincement rauque, pour la première fois depuis deux mois. Sans attendre, nous prîmes la route. Celle-ci fut de courte durée, à peine une dizaine de minutes, avant que nous ne devions nous stopper en voyant se dessiner les abord de Carnoux-en-Provence. Nous abandonnèrent les véhicules en bordure de la ville, car trop bruyants, et commençâmes notre avancée dans l'agglomération.
    
     A notre droite se trouvaient des quartiers résidentiels, tandis qu'à notre gauche s'étendait une zone en partie industrialisée. La lieutenant Thomas, qui avait pris la tête de notre formation, se dirigea vers cette partie de la ville. Pendant les deux heures qui suivirent nous inspectâmes un nombre incalculable de bâtiments, que nous trouvâmes vides. Nous étions en train de nous résigner, envisageant le plan B - soit la ville de Roquefort-la-Bédoule, juste à côté - lorsque nous entrâmes dans un nouvel édifice, une maison de retraite. Au premier abord, rien ne la distinguait des autres constructions alentours ; elle était vide et abandonnée. Du moins, c'est ce que nous crûmes avant d'arriver au deuxième étage, plongé dans l'obscurité. Ce furent des respirations gutturales, presque criantes dans le silence oppressant, qui nous avertirent de la présence d'infectés. Instantanément, je bandai tous les muscles de mon corps pour m'empêcher de fuir ; un instinct que je me devais de réprimer si je voulais me montrer à la hauteur de la mission qui m'avait été confiée. Devant moi, à présent que ma vision était acclimatée aux ténèbres, je vis la lieutenant se déplacer vers la droite, en direction de la première fenêtre à sa portée, ouverte, et dont le volet n'était pas clôt, juste poussé. Du bout de son fusil, précautionneusement, elle exerça une pression contre ce dernier, qui s'ouvrit sans un bruit. Grâce à la bande de lumière qui vint nous éclairer, nous vîmes, ratatinés sur eux-mêmes, une dizaine d'infectés qui se tenaient tournés les uns vers les autres, presque crâne contre crâne, en sommeil. Tous étaient des personnes âgées. Je me doutais de ce qui leur était arrivé ; ça faisait froid dans le dos.
     Puis, notre chef se tourna vers nous et signa le début de l'attaque.
    
     Nous encerclâmes le troupeau d'infectés et, lorsque la lieutenant lâcha sa prise sur son fusil, nous fîmes de même, pour saisir nos armes blanches. Au lieu de m'emparer de mon couteau toutefois, j'extrais de mon ceinturon ma hachette que j'avais coincé là. Tessa nous indiqua de ne plus bouger, alors nous nous figeâmes et nous la regardâmes avancer dans le dos de l'infecté le plus proche d'elle. En un instant, dans un bruissement à peine détectable, tout fut fini. Elle lui planta sa lame dans le haut du crâne avant de réceptionner son corps sans vie, qu'elle éloigna le plus discrètement possible de ses congénères. Elle allongea le cadavre plus loin et nous signa de répéter la même motion. Alors, tous, nous nous mîmes à exécution. Je m'approchai au plus près du dos d'une des créatures, un homme, et d'un geste assuré, sans la moindre hésitation, lui abattais sur le crâne le tranchant de mon arme. Je parvins à rattraper de justesse son enveloppe charnelle, à présent dénuée de vie - si on pouvait appeler ça la vie - et à reproduire les gestes de ma supérieure. Je jetai un œil autour de moi, pour voir que les autres s'en sortaient bien, eux aussi. Il ne restait plus que trois infectés debout, ceux qui se trouvaient auparavant au centre du cercle formé par le cheptel. Une femelle et deux mâles. Nous lançâmes un regard commun en direction de notre chef, qui pointa du doigt David et Youssef, leur indiquant de se charger de la mise à mort d'un infecté chacun, tandis qu'elle rangeait son couteau, pour venir se saisir du lasso qui pendait à sa ceinture.
     Le temps sembla se suspendre alors que les trois d'entre eux se mettaient en action. Sans problème, mes comparses masculins s'acquirent de leur tâche et nous regardâmes, le souffle coupé, Tessa enrouler l'anneau de ferraille autour du cou de ce qui jadis était une vieille dame. Dans un premier temps, cette dernière ne réagit pas. Mais, dès que la lieutenant exerça une tension pour refermer le piège, la créature s'éveilla en poussant un hurlement strident. Immédiatement, elle commença à claquer des dents dans toutes les directions, se débattant férocement pour échapper à son agresseur, qui avait du mal à garder sa prise sur l'infectée. Je me jetai dans la bataille, attrapant moi aussi la tige du lasso pour aider Tessa, qui me réprimanda pour mon initiative, mais je refusai de lâcher prise. La bête beuglait toujours, de plus en plus fort, et je réalisai, trop tard, qu'elle appelait à l'aide. Cette prise de conscience s'accompagna de cris inhumains, qui venaient de quelque part dans la ville et se rapprochaient inexorablement de nous. Mon regard affolé se posa soudain sur une fenêtre close dans la périphérie de ma vision et, en une fraction de seconde, un plan naquit dans mon esprit.
    — Le rideau ! m'exclamai-je en direction de Jen qui, en un instant, compris ma volonté. Elle courut jusqu'à ce dernier et l'arracha de ses œillets avant de se précipiter vers la créature, qu'elle eut bien du mal à ballonner, tant sa mâchoire claquait avec frénésie. Mais, au terme d'interminables secondes de lutte, ma comparse parvint à ses fins et le silence, entrecoupé de grognements rauques étouffés, se fit. Malheureusement, il était déjà trop tard. D'autres créatures avaient répondu à l'appel et se dirigeaient vers notre position, compromise.
    — Mettez-vous en formation de combat ! nous ordonna Tessa, le souffle court. Toi aussi Lex, poursuivit-elle, et je lâchai ma prise sur la tige de métal avec réticence, pas persuadée que ma chef était capable de maintenir l'infectée à elle seule. Mais elle n'en avait pas l'intention, apparemment. Elle interpella David et lui fit passer le flambeau. Plus fort, il avait visiblement beaucoup moins de mal à retenir la créature. Sans attendre, nous prîmes position dans la pièce. Jen et Fab allèrent se tenir, accroupis, au devant de l'escalier par lequel nous avions atteint l'étage, armes blanches oubliées et canons pointés vers le vide. Cela tandis qu'avec Tessa, Miranda, Robert et Youssef nous nous éparpillâmes dans la pièce, encerclant David pour le protéger, car nous nous trouvions dans un long couloir aux multiples portes, doigts posés sur nos gâchettes. La menace pouvait provenir de partout à la fois et ce sentiment d'exposition que je ressentais fit naître une sueur froide à la racine de ma nuque qui se répandit le long de ma colonne vertébrale. Malgré tout, je tins ma position.
     Bientôt, nous entendîmes une cacophonie de pas se rapprocher, accompagnée de feulements stridents mais avec la vacuité du bâtiment, le son se réverbérait partout. Impossible de savoir par où nos ennemis allaient surgir. Puis, en un instant, ils apparurent. Comme un ras de marée humain - ou, plutôt, qui fut un jour humain - une quinzaine de créatures déboulèrent dans le couloir devant moi. Sans pouvoir me refréner, je me pétrifiai. Inexorablement, ils se rapprochaient. Les premiers tirs de mes comparses me passaient autour, pour venir s'échoir dans les corps insensibles à la douleur des créatures, qui pour certaines s'écroulaient, formant une mare de sang noirâtre autour de leurs cadavres désarticulés. Je ne parvenais toujours pas à bouger, aux prises avec des souvenirs déchirants et une terreur qui me contraignait à l'immobilité. Finalement, comme au ralenti, je vis l'un des infectés qui avait réchappé aux tirs de mes compagnons d'arme se jeter sur moi. Je pris une profonde inspiration, la première depuis de longues secondes d'apnée, avant de clore mes paupières en un long battement. J'expirai. Puis, mes yeux se rouvrirent. Je tirai. Ma balle atteint la créature en pleine tête et sans perdre un instant, je me tournai vers une autre, que j'abattis également. Et ainsi de suite.
    
     Un ballet macabre s'était engagé, et je n'avais pas l'intention d'y succomber.
    
    — Il y en a qui viennent par en bas ! nous avertit tout d'un coup Fabrice, alors même que nous n'avions pas encore achevé de terrasser les infectés qui nous attaquaient déjà.
    — Mettez-vous en formation serrée, exécution ! nous ordonna Tessa et nous obéîmes, reculant sans cesser le tir et nous retrouvant bientôt épaule contre épaule, positionnés devant David pour en assurer la protection. Jen et Fab, tournés vers l'escalier, commencèrent à arroser ce dernier d'où venait une poignée de non-morts, tandis qu'avec le reste de la brigade nous poursuivions notre entreprise d'extermination à l'est. Quelques minutes assourdissantes plus tard, j'entendis Jen s'écrier - probablement sourde à ses propres paroles - :
    — La voie est dégagée par ici !
    Je tirai une dernière balle, achevant la seule créature encore debout dans mon champ de vision avant de déclarer à mon tour :
    — Ici aussi !
    Nous n'eûmes pas même une seconde de répit avant que Robert dans mon dos ne hurle un avertissement et ne recommence à tirer, sans succès. Un infecté, isolé, avait surgit d'un couloir adjacent et s'était jeté sur David qui, impuissant, n'avait pas pu riposter. La bête lui enfonça avec une hargne sauvage ses dents dans le deltoïde et notre comparse hurla à s'en déchirer les cordes vocales, lâchant par la même occasion la prise qu'il avait sur notre proie. Cette dernière se projeta sur lui à son tour, sans effet, avec le tissu qu'elle avait en bouche. David s'écroula. Miranda se dirigea vers ce dernier et abattit à bout portant la créature qui lui lacérait toujours le bras, avant de se saisir de notre butin, qu'elle avait grand mal à retenir. Youssef vint en renfort tandis qu'avec Tessa, nous lâchions nos armes pour venir en aide à notre collègue blessé. Malgré notre sollicitude, nous savions pourtant que pour ce dernier, c'était d'ores et déjà terminé. Personne ne survivait à la morsure ; ou, plutôt, tous se transformaient, inévitablement. En définitive, ça revenait au même. David était condamné. Et, à en voir se dessiner une compréhension mêlée d'effroi sur son visage aux traits tirés par la douleur, il le savait.
     Sans dire un mot, nous l'aidâmes à se redresser. Le reste de la brigade se chargea de partir en reconnaissance, histoire de s'assurer que plus aucune bestiole de cauchemar ne traînait dans le coin et lorsqu'ils revinrent, pour nous assurer que la voie était libre, nous nous rendîmes compte qu'il nous restait une chose à faire, avant de pouvoir rentrer au bercail. Bernard nous l'avait assez répété durant l'entraînement : un soldat infecté était un homme qui ne rentrerait pas au camp. Alors, tous, nous portâmes notre regard sur Tessa, pour la voir scruter le visage de son sous-fifre.
    — Ne me laissez pas me transformer, lui conjura-t-il seulement et la lieutenant acquiesça, grave. Puis, elle nous ordonna d'aller l'attendre dehors. Avant de quitter la zone toutefois, nous passâmes chacun notre tour près de David pour lui exprimer nos regrets d'une simple touche, ou de quelques paroles. Ce dernier les accueillit avec un stoïcisme emprunt d'une grande dignité, qui me marquerait à jamais.
     Quelques minutes après avoir posé le pied dehors, nous entendîmes un unique et final coup de feu. Un temps indéterminé plus tard, comme suspendu, la lieutenant Thomas parut, le visage pierreux et le fusil de David en main. Juste comme ça, c'était fini. Nous rebroussâmes immédiatement chemin pour retrouver nos véhicules, alertes mais abattus. Lorsque nous y fûmes, notre chef extrait de l'un d'eux une longue corde, avec laquelle nous ficelâmes l'infecté de notre mieux au toit de l'un des blindés. Puis, nous prîmes la route, toujours sans un mot, sans même un souffle.
    
     Nous arrivâmes à Carpiagne peu après huit heures. Afin de ne pas affoler ses citoyens, en les exposant à la vue de l'infectée, nous contournâmes l'enceinte par l'ouest et arrivèrent au devant d'une porte dont j'ignorais l'existence avant d'avoir commencé à faire des rondes en compagnie de ma brigade, à l'arrière du camp. Tessa ordonna l'ouverture de cette dernière aux deux soldats qui en gardaient l'entrée et nous passâmes au travers de la structure bétonnée. Nous prîmes notre temps pour descendre de voiture et faire retrouver la terre ferme à la créature, toujours sans parler. Le silence endeuillé que nous partagions était oppressant. Je ne connaissais pas David aussi bien que je l'aurais voulu, mais sa mort me pesait sur le cœur malgré tout. Nous étions compagnons d'arme après tout et, plus que cela, nous partagions notre humanité - une denrée de plus en plus rare à trouver ces jours-ci. Chaque homme, femme ou enfant que nous perdions à présent était un coup dur à encaisser.
     Lorsque nous fûmes tous réunis, Robert se chargea de tenir et diriger l'infectée et nous prîmes un chemin détourné pour éviter les principales aires de vie, jusqu'à atteindre l'arrière d'un bâtiment bien connu, auquel je n'avais jamais eu accès auparavant. C'était là où les scientifiques du camp s'échinaient à trouver un remède, soi-disant. Tessa nous demanda de l'attendre là et elle disparut au coin de ce dernier, partie prévenir de notre retour Hélène Dubois, sans aucun doute. C'est avec cette dernière, et deux hommes en blouses blanches, qu'elle revint. En avisant l'infectée, les chercheurs devinrent blancs comme neige et seule l'unique femme osa se rapprocher - avec une hésitation et une peur palpable - de la créature, pour l'observer de plus près. Celle-ci grognait sans discontinuer, se débattant avec de plus en plus de mollesse, et je m'interrogeai sur ce fait. Était-ce une longue exposition à la lumière du soleil qui l'affaiblissait, ou pouvait-elle éprouver la sensation de fatigue ? A parier, j'aurais posé mes jetons sur la première option, mais je n'étais pas un petit génie de la science pour le démontrer.
    — Merci... merci beaucoup de nous l'avoir amené. finit par s'exprimer la brune, d'une voix tremblotante - d'effroi ou d'excitation ? -. Grâce à vous nos recherches vont pouvoir progresser.
    — Je l'espère, cingla notre chef avec acidité, j'ai perdu un homme pour vous ramener cette chose.
    — Oh, je suis navrée. s'excusa la scientifique, l'expression même de la contrition. Je sais que rien de ce que je pourrais dire ne réparera ce qu'il s'est produit mais, en tout cas, sachez que son sacrifice n'aura pas été vain. La salut de l'Humanité réside peut-être dans cette créature.
     Je me retins de justesse de rouler ostensiblement des yeux. Le salut de l'Humanité... Quelle connerie. Ça faisait longtemps que je ne croyais plus à un embellissement de notre situation. Selon moi, il fallait faire avec ce qu'il nous restait, et aller de l'avant. On ne pouvait pas revenir en arrière, même avec toutes les bonnes intentions et la bonne volonté de monde. L'espoir de trouver un vaccin n'était que cela... un espoir. Et l'espoir ne menait nulle part, à l'inverse de la volonté. Et de volonté, je ne manquais pas.
    — Où est-ce qu'on vous la dépose ? s'enquit simplement notre lieutenant, l'air aussi peu convaincue que moi par l'idéalisme de l'autre femme et cette dernière nous indiqua de la suivre. Nous encerclâmes l'infectée, au cas où, et entrâmes bientôt dans le saint des saints. Là, sur de longs comptoirs en acier inoxydables, s'affairaient une dizaine de personnes au dessus de tout un tas d'outils de laboratoire, que pour la plupart je n'aurais pas su nommer. Lorsque nous entrèrent, un silence de mort se fit. De nombreuses paires d'yeux nous observaient, avec une attention presque malsaine. Fort heureusement, nous ne nous arrêtâmes pas et poursuivîmes notre chemin, jusqu'à une porte, que Dubois ouvrit pour nous. Automatiquement, une lumière s'alluma à la motion et je pus voir un escalier blanc et rouillé qui s'enfonçait sous terre. Peu à l'aise dans les espaces confinés et sous-terrains, je déglutis, mais avançai tout de même en direction de ce dernier. Nous descendîmes les marches avec lenteur et prudence, car l'infectée avait du mal à se coordonner pour nous imiter, et lorsque nous atteignîmes enfin le sous-sol, ce fut pour voir un dispositif de contention à l'aspect médiéval se dévoiler. Deux chaînes aux épais anneaux pendaient en l'air, au bout desquelles étaient accrochées des manchettes en fer, tandis qu'au sol étaient solidement fixés des entraves pour chevilles. Je me questionnai de savoir si cela avait été conçu spécialement afin d'accueillir un infecté, ou si sa construction était antérieure. J'espérai qu'il s'agissait de la première option.
     Nous dûmes nous y mettre à quatre afin d'emprisonner la créature, car cette dernière avait un regain d'énergie qu'elle mobilisait contre nous, mais au terme de longues minutes d'effort nous parvînmes à nos fins. Ainsi attachée, la bête avait un aspect pitoyable - mais non moins dangereux. Pour cette raison, elle ne m'attendrit pas, loin de là. Toutes les questions éthiques de ce à quoi nous participions qui se posaient ne me traversèrent même pas l'esprit. De la même manière que je ne ressentais rien en tuant ses congénères, je ne ressentis rien non plus à l'idée de maintenir en captivité cette infectée, sous le joug d'expérimentations scientifiques. A mes yeux, ils n'étaient plus humains. Ce n'étaient plus des gens. Et ils avaient tué mon père.
     Quand tout fut fini et dit, nous prîmes le chemin de la surface et lorsque nous quittâmes le bâtiment, j’accueillais avec soulagement la brise qui vint me caresser le visage. Tessa nous félicita pour la réussite de notre mission, et nous informa qu'elle allait prévenir Muller elle-même de la perte de David. Après ça, nous nous séparâmes. Jen et Fab, comme de coutume, m'emboîtèrent le pas lorsque que je partis à la recherche du reste de notre bande, et plus particulièrement de mon frère.
    
     Sous la couche de meurtrissure de la perte de David, et le contrecoup de la montée d'adrénaline que j'avais expérimentée plus tôt, se distinguait un sentiment outrageux d'orgueil. Parce qu'à nouveau, j'avais survécu. Parce que ma promesse était tenue. J'étais revenue.
    

Texte publié par Alie, 22 octobre 2019 à 17h33
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