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Tome 1, Chapitre 15 « 13- Foi » Tome 1, Chapitre 15
Aujourd'hui
    
    
    Jordan insista pour m'accompagner rencontrer Lucas et Kimiko nous suivit sans un mot, comme toujours, tandis que Roger nous quitta immédiatement pour se rendre dieu savait où, ce qui m'allait très bien. Nous rejoignîmes le dortoir où j'avais laissé Lucas plus tôt, celui des enfants arrivés seuls comme nous l'avait indiqué le soldat qui nous avait fait visiter. Là, je trouvai mon frère encore endormi. Avec une infinie douceur, je le réveillai.
    
    — Alex ? grommela-t-il, douloureusement mignon avec sa petite moue endormie et je lui souris tout en lui caressant les cheveux, encore plus emmêlés que d'habitude par son sommeil. Il avait les yeux rougis d'avoir tant pleuré mais, dans l'ensemble, ce petit somme semblait lui avoir fait du bien.
    — Oui, c'est moi.
    — Tu es là. Je savais que tu me retrouverais. m'avoua-t-il, avec une assurance sans faille et j'étais émue de la confiance qu'il avait en moi.
    — Je t'avais bien dit que j'étais juste derrière toi.
    — Papa aussi avait promis, marmonna-t-il entre ses dents, le regard bas et je lui pris les mains pour attirer son attention.
    — Oui... oui, je sais. Mais tu dois savoir qu'il a essayé, très fort, de tenir sa promesse Lucas. Il voulait vraiment que nous soyons réunis.
    Le concerné hocha la tête, heureusement convaincu, et il m'attira dans l'étreinte de ses bras. Tout d'un coup, il sembla remarquer Jordan et Kimi qui patientaient, dans l'encadrement de la porte et se retira.
    — C'est qui eux ?
    — Allez viens, l'encourageai-je en le tirant debout, je vais te présenter des amis.
    — Salut bonhomme, l'accueillit mon comparse masculin en s'abaissant à son niveau, moi c'est Jordan mais tu peux m'appeler Jordy. Ta grande sœur m'a beaucoup parlé de toi. Elle t'aime très fort tu sais ?
    — Oui je sais. Je l'aime très fort moi aussi.
    Puis, Jordan lui ébouriffa la tignasse avec camaraderie et mon frère leva les yeux vers Kimi, qui lui sourit avec la gentillesse qui la caractérisait avant de dire, simplement :
    — Kimiko.
    — Elle ne parle pas français, précisai-je à Lucas, qui pour toute réponse lui fit un petit geste de la main.
    
    Enfin, nous prîmes tous le chemin de l'extérieur, moi pour rattraper le temps perdu et mes comparses pour faire connaissance avec le préadolescent. Le reste de la journée se passa dans une quiétude dont j'avais pourtant déjà fait le deuil, et que je redécouvrais, non sans un certain soulagement. Le soir nous découvrîmes le self, où nous nous attablâmes au milieu de militaires et civils mélangés et où régnait une ambiance feutrée mais chaleureuse. Plus tard, nous allâmes nous coucher dans notre nouveau logement, main dans la main avec mon petit frère, duquel j'avais du mal à me séparer.
    
    La nuit était déjà bien avancée mais je ne dormais toujours pas. Couchée dans ma couchette sous Lucas, je regardai le forme de celui-ci se dessiner dans son couchage et écoutai sa respiration profonde, signe d'un sommeil particulièrement lourd. J'étais heureuse qu'il parvienne à se reposer, malgré la terrible nouvelle que je lui avais annoncée plus tôt dans la journée. De mon côté, je me résignai à endurer une nouvelle nuit blanche ; une habitude, depuis quelques temps. Je soupçonnai que j'aurai du mal à la perdre.
    
    Finalement, incapable de rester immobile plus longtemps, je me redressai dans ma couchette puis me levai, décidant qu'une petite promenade ne pouvait me faire que du bien. Dans le plus grand silence j'enfilai mes baskets, à présent usées, et quittai la chambre sur la pointe des pieds. Dans le couloir, je ne croisai personne mais, une fois dehors, j'aperçus les soldats qui faisaient le guet sur le corridor en haut du mur d'enceinte, qui ne m'accordèrent pas un regard. Je marchai sans but pendant un long moment, avant de me stopper devant le bâtiment des bains. Impulsivement, je décidai d'y pénétrer. Je le trouvais vide. Immédiatement, je me dirigeai vers les placards que j'avais découverts plus tôt et qui recelaient non seulement des savons et des serviettes, mais également des rasoirs et quelques autres nécessités, telle que des ciseaux. Je m'emparai d'une paire de ces derniers et allai me placer devant le seul miroir de la pièce, d'une taille presque ridicule comparée à la taille de cette dernière.
    
    Là, mes yeux gris-vert, teintés de bleu et de mordoré, que je partageai avec Lucas et que nous avions hérité de notre mère, m'observaient, ternes et fatigués. L'éclairage jaunâtre ne faisait que renforcer cette image de dépérissement. Le soulagement d'avoir retrouvé mon frère n'était pas parvenu à faire disparaître la souillure qui s'était répandue en moi depuis la mort de mes parents, ni les cauchemars qui polluaient mon sommeil. Mais mon apparence n'avait que peu d'importance pour moi, à présent.
    
    Je passai une main dans ma longue chevelure, détachée pour la première fois depuis mon séjour à Berre-l'Etang, pour plus de praticité, et en saisi une épaisse mèche bouclée que je tranchai sans regret.
    
    
    4 jours auparavant
    

    
    Nous marchions depuis une bonne heure et demie déjà lorsque Jordan trottina pour marcher à mes côtés, alors que nous approchions des Pennes-Mirabeau. Je lui jetai un regard de côté, incertaine de l'attitude à adopter avec cet inconnu qui était devenu mon compagnon de voyage. Mais je n'eus pas besoin de parler, car il me devança.
    — Alors, comment s'appelle ton frère ?
    — Lucas, il a onze ans.
    — Je suis désolé que vous ayez été séparés. me dit-il, avec une véritable émotion sur le visage et j'acquiesçai, pour lui montrer que j'étais reconnaissante de sa sollicitude.
    — Il est toute ma vie à présent, je ferai n'importe quoi pour lui, pour le protéger. Mais d'abord je dois le retrouver. déclarai-je, étonnement prolixe avec cet étranger, mais incapable de contenir cette vérité que je ressentais profondément en mon cœur. Jordan ne répondit rien, mais je pouvais sentir son regard lourd sur moi. Bientôt, nous vîmes apparaître les abords des Pennes-Mirabeau, que nous allions devoir traverser pour rejoindre Septèmes-les-Vallons. Nous y pénétrâmes rapidement et commencèrent à traverser la ville, mais lorsque nous dépassâmes une quincaillerie, je me stoppai. Mes comparses ne tardèrent pas à faire de même et me questionnèrent silencieusement pour cet arrêt.
    — Kimiko et moi avons besoin d'être armées, expliquai-je à mi-voix, en indiquant du bout du pouce la bâtisse et Jordan acquiesça, tandis que Roger se renfrognait. Sans tenir compte du mécontentement du quinquagénaire, je me dirigeai vers l'entrée, bientôt suivie par mes compagnons. Nous entrâmes prudemment dans l'édifice, plus grand à l'intérieur que ne le laissait deviner l'extérieur, qui paraissait vacant. Tout en faisant attention à mon environnement, je me dirigeai à l'aide des pancartes accrochées en hauteur afin de trouver le rayon outillage. Lorsque nous y parvînmes, j'expliquai maladroitement à Kimiko - aidée de Jordan, qui parlait dans un anglais bien plus fluide que le mien - qu'elle devait se choisir une arme. De mon côté, j'empoignai une hachette, de laquelle j'arrachai l'étiquette, avant de voir l'asiatique s'emparer d'un petit sécateur, hésitante. Je secouai la tête et lui retirai des mains l'objet, pour y mettre une seconde hachette, bien plus efficace selon moi. Puis, je partis faire un tour du rayon pour voir s'il n'y avait pas autre chose à se mettre sous la dent. J'enfilai bientôt une ceinture d'outillage, certaine qu'elle pouvait me servir, puis passai devant une porte entrouverte, au delà de laquelle régnait l'obscurité. Mue par un pressentiment, je la poussai tout doucement. Elle s'ouvrit sans bruit, me dévoilant une vision cauchemardesque.
    
    Quatre infectés se tenaient là, immobiles et pourtant mus par la saccade hiératique de leur souffle, en cercle, collés les uns aux autres, comme endormis. Je me figeai, terrifiée à l'idée de les éveiller. Je commençai doucement à reculer, en faisant attention de ne rien toucher, et rejoins mes compagnons en vitesse, une sueur froide coulant le long de ma colonne vertébrale.
    — Des infectés ! leur signalai-je en pointant du doigt la direction de laquelle je venais, en chuchotant, et mes comparses émirent des exclamations étouffées d'horreur. Tous, nous commençâmes à nous diriger vers la sortie, le plus vite possible sans faire de bruit. Mais, après quelques secondes de course, un grand fracas retentit. Nous nous pétrifiâmes. Je me tournai vers la source du bruit, pour trouver Kimiko, qui avait malencontreusement renversé un tas d'outils dans sa fuite. En un instant la situation dégénéra. Des cris stridents retentirent, et nous vîmes des étagères commencer à s'effondrer, alors que les créatures se rapprochaient inexorablement de nous. Il était trop tard pour fuir. Je resserrai la prise que j'avais sur ma hachette et me préparai à l'affrontement, tremblante et fiévreuse. Lorsqu'un premier infecté jaillit devant nous, ce fut Jordan qui l'accueillit, d'un grand coup de batte en pleine tête, avant de l'achever avec un second. Une autre bête, féminine, parue du côté de Roger, qui commença à la planter, tout en essayant de la garder à distance.
    — Vise la tête ! m'écriai-je à son intention et, un instant plus tard, Jordan s'adressa à moi à son tour.
    — Lex ! le cri m'avertit juste à temps afin que je puisse me retourner et fendre le crâne de la créature qui s'était jetée sur moi, toutes dents dehors.
    
    Je n'eus qu'une seule pensée, en tuant pour la première fois.
    
    Attends-moi, Lucas. J'arrive.
    
    
    Aujourd'hui
    
    
    Le lendemain matin, un soldat vint me chercher, alors qu'il n'était pas encore sept heures à la pendule accrochée dans ma chambrée que j'avais fini par regagner le nuit précédente. Je fis en sorte de ne pas réveiller Lucas et me glissai hors de notre minuscule sanctuaire. Nous gagnâmes la cour principale, où un autre soldat se tenait aux côtés de Kimiko, Roger et Jordan, qui bailla à s'en décrocher la mâchoire où moment où je les rejoins. Je lui jetai un regard amusé et il m'envoya en retour un roulement d'yeux spectaculaire, avant de me complimenter :
    — Jolie coupe.
    Je le remerciai, en touchant mécaniquement mes cheveux, coupés à la garçonne pour la première fois de ma vie. Nous n'eûmes pas même le temps de nous saluer plus avant que déjà, on nous escortait dans une direction encore inconnue pour y rencontrer le fameux lieutenant-colonel Muller, que j'avais deviné être le chef du camp. Nous arrivâmes bientôt dans un bureau, derrière lequel était assis un homme dans la fin de la quarantaine, aux traits sculptés dans la pierre et aux tempes grisonnantes. Les coudes posés sur le meuble en acajou, il semblait nous attendre de pied ferme. A ses côtés se tenait, au repos, le lieutenant Mariani, toujours parée de son chignon strict qui maintenait ses cheveux blonds tirés vers l'arrière.
    — Tout d'abord, s'exprima le lieutenant-colonel avec une autorité naturelle qui commandait l'attention, je vous souhaite la bienvenue au camp de Carpiagne. J'espère que vous avez été correctement installés. Je vous ai convoqué ici afin d'en savoir plus sur votre parcours et pour que vous puissiez me donner des informations sur le monde extérieur. Nous n'avons malheureusement plus aucune nouvelle sur ce qui se passe dehors. Commençons par votre chef, voulez-vous ? nous questionna-t-il, avec rhétorique, avant de se tourner vers Jordan et Roger.
    — Je m'excuse monsieur, mais c'est cette jeune fille qui les a conduit jusqu'ici. intervint Mariani, perspicace et je m'étonnai, avant de me hérisser une seconde plus tard.
    — Vraiment ? s'étonna son supérieur, en portant son regard gris givre sur moi.
    — Pourquoi, ça vous étonne ? ne pus-je m'empêcher de mordre, agacée au delà de toute raison d'être sous-estimée, pour mon âge ou mon sexe, après tout ce que j'avais traversé et enduré.
    — Ah, je vois maintenant. déclara mon interlocuteur, en se laissant aller sur son fauteuil et j'étais toujours aussi irritée, ne sachant pas ce qu'il voyait exactement. Alors, dis-moi, d'où viens-tu et comment es-tu arrivée jusqu'ici ?
    
    Rongeant mon frein, je le lui dis. Je lui racontai tout mon parcours, de mon village d'enfance en passant par le camp de réfugiés, pour finir par mon voyage jusqu'à Carpiagne. Je tus les passages les plus mortifères, n'ayant aucune envie de m'étendre sur des plaies encore à vif, mais il sembla les entendre néanmoins, tout en ayant le tact de ne pas m'interroger sur ceux-ci. Quand il en eut terminé avec moi, il passa à mes comparses. C'est ainsi que j'appris que Jordan et Roger s'étaient rencontrés sur la route près de Gardanne, après la perte du camp de réfugiés de l'un, suite à des dissensions internes, et l'errance de l'autre. Kimiko, quant à elle, ne lâcha pas un mot, et je la soupçonnais de faire comme si elle ne comprenait pas de façon à ne pas avoir à répondre. Je pouvais le comprendre, il était difficile de parler de tout ce que nous avions perdu et ce par quoi nous étions passé. Le lieutenant-colonel n'insista pas auprès d'elle pour avoir des réponses, soit parce qu'il acceptait son silence, soit parce qu'il était dupe de ce dernier. Enfin, on nous relâcha et c'est avec soulagement que je regagnai mon logement et retrouvai Lucas.
    
    
    4 jours auparavant
    
    
    C'était un carnage. Les corps des infectés s'empilaient autour de nous, en un amas de membres emmêlés et juxtaposés, comme une oeuvre particulièrement gore d'art contemporain. Je glissai sur le sol, poisseux de sang et m'écroulai par terre. Instantanément, j'éclatai de rire. Un rire nerveux, cynique, presque dément. Parce que vraiment ? C'était ce qu'était devenue ma vie ? Je passai mon temps à patauger dans le sang, au sens propre comme au figuré. J'avais vu et enduré plus d'horreurs en quelques semaines que je n'aurais dû le faire en toute une vie. Et je ne savais pas quoi faire de ça.
    
    Jordan apparut bientôt au dessus de moi et, sans remettre en question mon moment d'égarement, me tendit simplement la main pour m'aider à me relever. Je la saisis. Une fois de retour sur mes pieds, j'ignorai avec superbe le regard ahurit que m'adressait Kimiko, pour me tourner vers Roger, seulement pour voir ce dernier foncer droit vers l'asiatique, qu'il empoigna avec hargne.
    
    — Tu te rends compte de ce que tu as fait sale chintok ?! Tu aurais pu tous nous faire tuer !
    Toute hilarité, aussi factice fut-elle, disparut en moi en un instant et je me jetai à la défense de la seule autre femme du groupe. Je saisis moi-même le quinquagénaire par le biceps, le plus fort possible, pour détourner son attention et Jordan parût derrière-moi pour m'épauler. Ce dernier s'empara du second bras de Roger, pour le faire lâcher prise, au moment même où celui-ci se tournait vers moi, les dents dehors.
    — Qu'est-ce que tu me veux toi ?
    — Que tu la lâches connard ! Et que tu cesses d'être un putain de raciste, elle est japonaise !
    — Eh ! On se calme ! s'exclama le blond, en éloignant Roger de Kimi et de moi. On est tous fatigués et sur les nerds, poursuivit-il, je crois qu'on devrait prendre le temps de se reposer le reste de la journée. On va trouver un coin où se poser pour la nuit et on repartira demain, ok ?
    
    J'acquiesçai, de mauvaise grâce, mais consciente du bien fondé de ce raisonnement et Roger finit par faire de même, avant de se dégager violemment de la prise de Jordan et de s'éloigner à grands pas en pestant à mi-voix. Je me tournai alors vers ma première compagne de voyage, pour la voir se frotter le bras à l'endroit où Roger l'avait agrippée, furieuse qu'il lui ait fait mal. Mais, plutôt que d'exprimer mon mécontentement, comme une enfant de 5 ans - contrairement à certains -, je préférai plutôt aller à sa rencontre et lui offrir un sourire amical, qu'elle me rendit, avec une pointe de reconnaissance. Nous finîmes par nous regrouper et nous diriger vers la sortie. Dehors, nous trouvâmes une maison vide et y passâmes la nuit. Le lendemain matin, nous primes le temps de chercher des provisions et autres nécessités dans la région. Puis à midi, à mon insistance, nous reprîmes la route. Nous traversâmes une portion de Septèmes-les-Vallons avant de nous engager dans ces derniers. Finalement, au terme de longues heures de marche dans un paysage désertique, à l'aube de la soirée, nous vîmes se dessiner à l'horizon des bâtiments gris, inachevés. Un chantier de construction. Et je déclarai - trop - enthousiaste :
    
     — Pourquoi on ne s'arrêterait pas là ? C'est désert on pourrait y passer la nuit.

Texte publié par Alie, 22 octobre 2019 à 17h26
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