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Tome 1, Chapitre 12 « 10- Sacrifice » Tome 1, Chapitre 12
Aujourd'hui
    
    
    Jordan fit une marche arrière expresse, tandis que l'infectée se jetait avec une hargne sans pareille contre notre véhicule et cette fois, Kimiko hurla à pleins poumons lorsque la créature fit voler sa vitre en éclats. Par chance, elle n'eut pas le temps de l'atteindre car déjà, notre conducteur s'élançait dans la direction opposée. Un appel à la chasse retentit derrière nous, mais nous étions déjà loin. Nous filions à toute allure dans les rues des Camoins et, bien qu'il évita au mieux les voitures laissées à l'abandon sur l'asphalte, Jordan ne prit pas la peine de faire de mêmes avec les obstacles moins volumineux et nous percutâmes poubelles et autres déchets. A chaque impact Roger jurait comme un charretier tandis que Kimi s'époumonait toujours. Quant à moi, j'avais les ongles plantés dans mon siège. D'instinct, je me retournai sur ce dernier pour apercevoir, à deux-cent mètres derrière nous, une petite horde d'infectés nous poursuivre.
    
    — Accélère ! m'écriai-je, tandis que nous dépassions un panneau indiquant que nous quittions la ville puis un autre où était inscrit "Saint-Menet", et Jordan s'exécuta. Un instant plus tard, nous fûmes percuté par une aile et nous fîmes en embardée. Je fus violemment projetée contre ma portière et poussai une exclamation de douleur, sourde au milieu du chaos. Une créature avait surgit de nulle part et s'était jetée sur notre véhicule. Par chance, ce ne fut pas suffisant pour nous renverser ni nous stopper. Dans notre sillage, j'observais ce qui était autrefois un homme se remettre sur ses pieds et pousser un cri strident, avant de se projeter en avant pour nous poursuivre.
    
    Arrivés en bordure d'une autoroute, près d'un hôtel F1, j'ordonnai à Jordan de s'arrêter ; ce qu'il fit, dans un dérapage contrôlé et enfumé. Nous abandonnâmes la voiture en espérant que le bruit du moteur occuperait les infectés un moment et traversâmes la quatre voies à toute vitesse, avant de nous engouffrer dans les bosquets de l'autre côté. Nous continuâmes de courir pendant au moins un kilomètre avant de nous arrêter, hors d'haleine, pour reprendre notre souffle, au milieu d'une esplanade herbeuse. Une situation que je commençais à ne connaître que trop bien. A cette distance, nous étions à peu près sûrs d'être en sécurité. De plus, je pouvais apercevoir, au loin, un nouveau vallon nous tendre les bras, signe que nous n'étions plus loin d'atteindre notre objectif. Encore quelques kilomètres et nous y serions. Carpiagne.
    
    Enfin.
    
    
    8 jours auparavant
    
    
    Depuis que Jeff nous avait annoncé notre départ imminent du camp une fièvre s'était emparée de ses habitants. On aurait dit des fourmis desquelles quelqu'un avait foulé la fourmilière. Les activités, quotidiennes jusque-là, avaient cessées et tout le monde se préparait au voyage à venir. Même les enfants, auparavant tout à leurs jeux, aidaient à ranger et emballer. Le grand jour venu, la grande majorité du camp était debout à l'aube pour mettre un point final aux préparatifs, coordonnés par Jeff qui profitait de ces derniers moments à la tête de notre petite communauté. J'avais dû lever Lucas aux aurores, à contrecœur, pour que nous puissions disposer de la tente et il nous observait depuis, notre père et moi, nous activer sur notre parcelle de terrain, les yeux bouffis de sommeil et un bâillement aux lèvres.
    La matinée se déroula rapidement et à midi, alors que des nuages d'orage grondants nous masquaient le soleil et menaçaient de s'ouvrir, nous entendîmes approcher des véhicules par l'est, droit vers l'entrée du camp. Comme une seule entité, les gens commencèrent à affluer aux portes. Beaucoup n'étaient pas convaincus de la bonne foi des soldats, car après tout, ils nous avaient bien abandonnés à notre sort auparavant, mais la promesse d'un véritable toit et d'une protection militarisée était plus forte. Deux blindés apparurent bientôt, entre lesquels roulaient deux bus scolaires. Une exclamation de joie parcourue nos rangs, et moi-même, atteinte par l'euphorie du moment, je me surpris à sourire.
    
    Jeff ouvrit le portail et accueillit chaleureusement les soldats qui avaient mis pied à terre. Bientôt, il demanda notre attention et nous exhorta à nous réunir autour du feu de camp, ce que nous fîmes. Lorsque nous fûmes tous réunis, plus de deux-cent personnes tout de même, notre chef monta sur un rondin pour exiger notre attention, tandis qu'il laissait la parole à un certain lieutenant Martin. Ce dernier prit la place de Jeff sur la souche d'arbre et s'adressa à nous.
    — Mesdames et messieurs, comme vous pouvez le constater nous n'avons pu réquisitionner que deux bus, chacun pouvant transporter cinquante passagers. En conséquence, nous devrons faire plusieurs voyages afin de tous vous déplacer. Les enfants auront bien entendu la priorité, alors veuillez les faire avancer vers les véhicules s'il-vous-plaît.
    Un grondement de mécontentement naquit dans la foule et des voix ne tardèrent pas à s'élever, essayant de se faire entendre au dessus du vacarme du tonnerre naissant.
    — Il est hors de question que je laisse mon fils partir seul !
    — Mes filles ne vont nulle part sans moi !
    — Vous ne pouvez pas nous séparer !
    — Du calme, du calme. tenta de tempérer l'homme en uniforme, alors qu'un énorme éclair zébrait le ciel. Ecoutez, je comprends votre réticence mais le plus vite vos enfants seront montés dans ces cars, le plus vite ils seront en sécurité. Vous les retrouverez dans quelques heures à peine. De plus, quelques uns d'entre vous aurons peut-être la chance d'être du premier voyage, alors vous avez l'opportunité de choisir judicieusement parmi vous ceux qui auront la charge de leur bien être. Maintenant s'il-vous-plaît, dirigez-vous vers les bus et faites monter vos enfants. Je vous remercie.
    
    Suite à ces quelques paroles, le lieutenant descendit de son piédestal et commença à faire avancer la foule vers les portes, aidé de ses collègues. Les parents finirent par obtempérer, comprenant le bien fondé de la démarche des soldats, et comme eux, nous nous dirigeâmes vers les bus. Ne pouvant plus être considérée comme une enfant, je savais que j'allais devoir laisser Lucas partir seul et cette perspective était loin de m'enchanter. Toutefois, je savais que c'était pour le mieux, et que ce n'était qu'un au revoir, alors je me faisais violence. Une queue s'était formée devant les portes avant de chacun des cars et nous en choisîmes une pour attendre.
    — Je vais partir tout seul ? s'inquiéta Lucas en se mordillant la lèvre inférieure, une habitude nerveuse, et je tirai légèrement sur sa mâchoire pour lui faire lâcher prise avant qu'il ne s'écorche.
    — Oui, mais avec papa on sera juste derrière toi. Tu verras, on sera réunit avant l'heure du goûter.
    — Je veux pas partir sans vous, se borna Lucas, des larmes naissantes dans ses beaux yeux clairs et je sentis ma détermination vaciller. A mes côtés, mon père s'accroupit pour être au même niveau que son fils et lui prit les mains.
    — Il le faut Lucas, alors tu vas être courageux, comme je sais que tu peux l'être. Tu obéiras aux soldats sans faire d'histoire jusqu'à ce qu'on te rejoigne avec ta sœur d'accord ? Ce n'est que pour quelques heures. Après, on sera réunis à nouveau.
    Mon frère acquiesça, de mauvaise grâce, et renifla pour faire disparaître ses larmes. Suite à quoi, nous commençâmes à avancer dans la file. Le début d'un chant, accompagné de clappements de mains, qui donnaient le rythme, s'éleva quelque part dans le camp, signe de la joie partagée par beaucoup à l'idée de rejoindre Carpiagne. Bien que ne connaissant pas les paroles, je commençai à fredonner de mon côté, m'attirant le regard amusé de mon père. Nous étions presque arrivés au niveau du bus lorsque Jeff parut pour demander à ce dernier de venir l'aider à déplacer une des voitures abandonnées par ses propriétaires à leur arrivée au camp, qui n'avait plus d'essence et qui gênait le départ des cars. Papa accepta et embrassa le haut du crâne de Lucas avant de nous laisser et nous le vîmes disparaître dans la foule compacte.
    
    
    Le temps semblait s'éterniser lorsque nous ouïmes les premiers cris, rapidement suivis de coups de feu. Paniquée, je cherchais la cause de l'agitation, sans pouvoir la placer. Un mouvement de panique commença à se former dans mon dos et quelqu'un s'écria :
    — Des zombies !
    Comment des infectés avaient pu passer l'enceinte, je l'ignorai et je ne me souciai pas de le savoir. Immédiatement, je saisis le bras de Lucas et commençai à pousser les gens devant moi pour les forcer à nous laisser passer. Des hurlements de terreur, puis de douleur, commencèrent à s'élever un peu partout autour de nous et une foule paniquée courait en direction des bus que les militaires venaient de démarrer. Au même moment, une averse diluvienne s'abattit sur nous. Le soldat qui se tenait en haut des marches s'apprêtait à clore les portes de force lorsque j'atteins ces dernières. Je pris Lucas dans mes bras, ne sachant pas comment j'étais parvenue à le soulever, et le tendis en direction de l'homme en uniforme.
    — S'il-vous-plaît ! Prenez-le s'il-vous-plaît ! Sauvez-le !
    Ma supplique eut l'effet escompté et le soldat s'empara de mon frère, qui appelait mon nom avec désespoir, puis les portes se refermèrent sur eux et le bus démarra au quart de tour. Un énorme grondement venu des cieux retentit. J'eus le temps d'observer l'autocar s'éloigner avant d'être brusquement projetée au sol, et bientôt piétinée, par la foule en délire qui arrivait trop tard et qui cherchait à échapper à ses assaillants. Je crus mourir ici, lorsque soudain, une main me tira vers le haut et m'aida à m'extraire de la masse de corps. Lorsque je pus de nouveau respirer, je me retrouvai face au visage pierreux et dégoulinant de mon père, qui m’entraîna dans sa fuite.
    C'était le chaos. Les gens se bousculaient, couraient dans tous les sens, se marchaient dessus dans leur débandade. Mais il n'y avait nulle part où aller. Désorientée par la pluie, je suivais aveuglément les traces de mon père. Le seul échappatoire auquel je pus penser était encore de suivre le chemin tracé par les bus et d'emprunter la seule route qui permettait de quitter la Pointe en rejoignant Berre-l'Etang. Et courir. Courir, toujours plus vite, toujours plus loin. Mais j'étais incapable de dire dans quelle direction nous devions aller. Heureusement, mon père avait l'air de savoir, lui. Nous nous enfonçâmes dans le camp, nous frayant un chemin parmi nos semblables jusqu'à arriver au pied de silos colorés.
    
    — Où est Lucas ?! m'interrogea papa dans un cri en se stoppant abruptement et en me lâchant la main, sans se retourner, concentré sur l'objectif qu'il avait en tête et je fus obligée de lever la voix moi-même pour me faire entendre dans la cacophonie.
    —Parti, dans le bus !
    Mon père ne répondit rien, se contentant de passer la main sur la paroi lisse de l'édifice vert jusqu'à y trouver une encoche sur laquelle il commença à tirer de toutes ses forces.
    —Mais je croyais que les infectés ne sortaient pas le jour ? Jeff a dit qu'ils ne sortaient pas le jour ! geignis-je, affolée au delà du possible, alors que mon père parvenait à ouvrir une porte dans le silo.
    — As-tu vu le ciel ?! Il pourrait tout aussi bien faire nuit ! Maintenant entre là-dedans !
    Je m'apprêtai à obéir lorsque je vis, à quelques mètres seulement, un infecté se diriger droit vers nous. Je criai pour avertir mon père qui s'empara de son arme, qui ne le quittait plus depuis notre arrivée à Berre-l'Etang, et qui s'avança de quelques pas jusqu'à ce que je me retrouve dans son dos. Il dû s'y reprendre à deux fois avant de parvenir à tuer la créature, mais les détonations avaient attiré l'attention de plusieurs autres d'entre elles, qui nous chargèrent.
    — Cours dans le silo, ne te retourne pas ! m'ordonna papa et j'eus le temps de le voir exploser la boîte crânienne de l'une des bêtes avant d'obéir. Je fonçais droit vers mon salut et y pénétrai. Je demeurai dans l'encadrement de la porte, alors qu'à l'extérieur les éléments se déchaînaient.
    — Papa ! m'égosillai-je, mais ce dernier ne m'entendit pas, ou refusait de bouger, continuant de tirer sur les quelques six infectés qui l'avaient pris en chasse. Pour me protéger, réalisai-je, avec horreur. Il parvint à en tuer quatre avant de manquer des munitions et je m'époumonai à nouveau, le suppliant de me rejoindre. Mais il était déjà trop tard. L'une des créatures se jeta sur lui et il parvint de justesse à la tenir à distance en lui mettant une main autour du cou. L'autre l'attaqua par le côté, enfonçant ses dents aussi profondément qu'elle le put dans son aine. Mon père beugla de douleur et en se débattant, parvint à faire lâcher prise à la créature mais perdit l'emprise qu'il avait sur le second infecté, qui se projeta sur sa jugulaire, et la lui arracha.
    — Non !
    Les cieux se déchirèrent, noyant mon hurlement tandis que papa tombait à genoux dans une marre d'eau rougit de son sang, son regard hagard plongé dans le mien. Je vis, comme au ralenti, les deux bêtes se tourner vers moi alors que mon père entrouvrait les lèvres, un sillon carmin lui dévalant le menton.
    — Survis ! me conjura-t-il seulement dans un dernier souffle aqueux, avant de s'effondrer et je tirai la porte vers moi, avec toutes les difficultés du monde, parvenant tout juste à la refermer avant qu'un infecté ne la percute de plein fouet. Et puis, à nouveau, je hurlai.

Texte publié par Alie, 22 octobre 2019 à 17h13
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