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Tome 1, Chapitre 4 « 3- « O brave New World ! » » Tome 1, Chapitre 4
Je ne savais pas ce que je m'attendais à trouver à l'extérieur exactement. Mais rien n'aurait pu me préparer à ce que je découvris. Que dalle. Le néant. Des rues désertes, des maisons calfeutrées derrière les fenêtres desquelles, parfois, j'entrevis furtivement un visage. Une absence totale de vie. Le calme plat. On s'imaginait la fin du monde chaotique, avant. On pensait que tout serait fini en quelques heures, que l'anarchie régnerait partout. Que ce serait fulgurant. Mais ce ne fut pas comme ça que ça se produisit. Pas pour nous, en tout cas. Tout se fit en douceur, dans les premiers temps du moins. Et ce fut probablement ce qui me frappa le plus durant cette sortie de ravitaillement. Ça, cette passivité. Ce fut elle qui m'empêcha de prendre la mesure du danger. De comprendre pourquoi mon père me demanda, à peine avions-nous parcouru quelques mètres, de ne m'éloigner de lui sous aucun prétexte. Quoi qu'il pût arriver. Je ne voyais pas ce qui pouvait possiblement se produire, pas après avoir redécouvert le monde extérieur, bien moins effrayant que je ne le croyais, encore quelques minutes auparavant. Je ne fis pas valoir mon point de vue, cependant.
    
    Depuis que les magasins et les centres commerciaux avaient fermé boutique, les habitants des petites villes comme la nôtre devaient rejoindre un point de rendez-vous où des volontaires se chargeaient de nous faire parvenir, chaque semaine, de quoi subsister. Nous vivions en bordure de notre village et le lieu choisi pour la livraison de nourriture était en son centre, ce qui nous obligea à marcher un petit moment malgré la taille plutôt restreinte de la bourgade. Papa ne voulait pas gaspiller le peu d'essence qu'il restait dans la voiture pour aller au ravitaillement, étant donné que les stations essence avaient été pillées et avaient mis la clef sous la porte. La raison, non formulée, était bien entendu que nous pourrions en avoir besoin pour quitter la municipalité. En marchant à un bon rythme, nous pouvions faire l'aller-retour du centre ville à notre foyer en moins de quarante minutes, je le savais parfaitement pour l'avoir fait à plusieurs reprises. En comptant le temps qu'il nous faudrait pour récupérer nos rations et les empaqueter, nous serions chez nous avant l'heure du goûter - du moins, ce furent les estimations que je fis pour m'occuper l'esprit.
    Nous ne croisâmes aucune âme qui vive hormis un chat et deux chiens errants durant un long moment. Plus nous avancions et plus l'appréhension qui m'avait étreinte plus tôt se dissipait. Je finis par me détendre après quelques kilomètres. Un sentiment que ne partageait pas mon père, à le voir scruter les ruelles comme un faucon, tendu comme la corde d'un arc sur le point d'être relâchée. Je ne comprenais pas son appréhension. Après tout, rien dans notre environnement immédiat ne constituait une menace. Par conséquent, j'oubliai quasiment les raisons de ma peur initiale et le souvenir du regard tourmenté que portait mon paternel à chacun de ses retours d'expédition de ravitaillement précédents. J'étais presque perdue dans mes pensées, heureuse de pouvoir respirer de l'air frais et d'avoir l'opportunité de gambader à mon gré.
    
    Toutefois, je revins vite à la réalité.
    
    Ce fut l'odeur qui m'alerta en premier. Papa, qui l'avait aussi remarquée, ralentit la cadence de sa marche. Il sembla hésiter un instant à poursuivre notre route, avant de me jeter un regard par-dessus son épaule et de vraisemblablement décider que ça ne valait pas le coup de faire un détour. Alors, nous continuâmes d'avancer. Bientôt, je vis au loin un petit attroupement de personnes qui entretenaient un grand brasier sur un trottoir, devant une maison. Plus nous nous rapprochions d'eux et plus l'odeur devenait insoutenable. Lorsque nous fûmes assez près pour que je puisse voir clairement ce qu'il se passait, la vision d'horreur qui m'accueillit, couplée avec l'agression de mon sens olfactif, me tordit violemment les tripes.
    — Oh mon dieu.
    Je fis volte-face pour échapper au moins à la vue, mais la scène était déjà gravée sur ma rétine, avant de me pencher en avant, cherchant à retenir le contenu dans mon estomac dans celui-ci. L'odeur épouvantable de mort, chairs en décomposition et crémation m'agressait les narines et me piquait les yeux, me rendant larmoyante. Il y avait des cadavres, emballés sommairement dans des draps souillées, qui étaient empilés sur le côté de la route. Des hommes aux visages couverts de bandanas ou de masques chirurgicaux se chargeaient de les jeter dans le feu où brûlaient déjà une dizaine de corps. Une femme était là aussi, sanglotant bruyamment, avec pressée contre elle un jeune garçon.
    — Ne t'arrête pas, m'ordonna papa en m'agrippant le bras d'une poigne de fer pour me tirer à sa suite, sans me laisser le temps de me reprendre. Ne t'arrête jamais, pour personne et sous aucun prétexte.
    — Pourquoi... pourquoi font-ils ça ? je parvins à m'enquérir, une fois certaine d'avoir endigué ma remontée gastrique, en trottinant derrière mon père, quelques minutes plus tard. Après avoir laissé derrière nous les seuls autres êtres humains que j'avais vus en dehors de ma famille depuis de très longues semaines.
    — Certains malades préfèrent rester chez eux et quand ils meurent c'est à leurs proches de s'occuper des corps. me répondit sommairement mon père, en évitant mes yeux, focalisé au-delà de ce qui semblait naturel sur l'horizon dégagé.
    — Et ceux qui se transforment ?
    
    Ma question, posée à mi-voix, était tremblante car je ne souhaitais pas vraiment entendre la réponse. Papa n'y répondit pas, mais il n'en eut pas besoin. La vision cauchemardesque dont j'avais été témoin s'imposa à l'avant-garde de mon esprit et j'en revis, avec une clarté douloureuse, les moindres détails. Quatre des corps en attente d'être brûlés présentaient une unique blessure à la tête, qui transparaissait à travers le drap qui les recouvrait à cause du sang frais et noir qui le maculait.
    Nous ne dîmes plus un mot avant d'arriver au lieu de rendez-vous.
    
    
    Aujourd'hui
    
    
    L'attente me sembla interminable avant que, enfin, Jordan ne reparaisse dans un rayon de lune en pleine ascension dans le ciel nocturne.  À voix basse, il nous informa avoir trouvé un abri de chantier où nous pourrions passer la nuit, hors de portée de la petite horde d'infectés que nous avions eu la malchance de croiser plus tôt. Un par un, nous nous dépêchâmes de retrouver la terre ferme. Dès que le groupe fut au complet, nous nous pressâmes d'avancer, positionnés machinalement dans une formation nous permettant de mieux nous protéger. Son efficacité avait déjà été durement éprouvée. Cette fois-ci, Roger fermait la marche tandis qu'avec Kimiko, nous nous tenions côte à côte et Jordan nous guidait. Tous, nous sondions l'obscurité, alertes au moindre signe de danger. Nous marchâmes quelques minutes, slalomant entre diverses structures bétonnées lorsque subitement, un long cri strident, inhumain, s'éleva vers les cieux. Nous nous figeâmes en pleine foulée. Immédiatement, j'évaluai la situation, jusqu'à parvenir à une conclusion qui fit naître en moi des sentiments mitigés.
    
    Par chance, il était évident que l'appel de la créature venait de suffisamment loin pour que nous ne devions pas nous en inquiéter dans l'immédiat. Malheureusement, il provenait de la direction opposée à celle où nous avions abandonné la dizaine d'infectés qui nous avait pris en chasse plus tôt dans la soirée ; ce qui ne pouvait signifier qu'une seule chose.
    
    Le chantier était infesté.
    
    
    49 jours auparavant
    
    
    Il y avait des soldats armés qui gardaient le camion, il y a peu de temps encore chargé de transporter de la terre ou autres déchets de construction, pleins à craquer de vivres à notre intention. Autour de nous se pressait une petite cinquantaine de personnes, d'autres habitants de la ville que pour la plupart je n'avais jamais vus auparavant, ou auxquels je n'avais pas prêté attention. Deux hommes, assis dans la benne de l'engin, se dépêchèrent d'en ouvrir la plate-forme dès que le camion se mit à l'arrêt, et l'un d'eux sauta à terre avec l'aisance d'un habitué. Deux soldats vinrent se tenir devant lui immédiatement, pour contenir le mouvement de foule qui se fit connaître et ils demandèrent aux gens de se mettre en ligne. Il fallut quelques minutes pour que tout le monde obtempère, papa et moi compris, mais finalement les militaires parvinrent à garder la situation sous contrôle. L'homme dans la benne commença à la décharger en passant les cartons emballés dans du cellophane à son collègue au sol, qui lui-même les remit à leurs destinataires une fois qu'ils avaient justifié du nombre de bouches à nourrir.
    
    La queue avança lentement et je dus revoir à la hausse mon estimation du temps qu'il nous faudrait pour rentrer à la maison. Ce train de pensée m'empêchait de m'attarder sur le souvenir de ce que j'avais vu plus tôt, mais à peine. Finalement, nous arrivâmes au devant de la file, alors que derrière nous cette dernière ne cessait de s'allonger de retardataires, qui venaient récupérer de quoi manger pour la semaine.
    — Cartes d'identité, exigea l'un des soldats et mon père - qui avait en mains celles de toute notre famille - les lui tendit. L'homme en uniforme se chargea ensuite de les transmettre à celui qui s'occupait de nous ravitailler, à l'abri derrière lui. Celui-ci s'attarda sur nos papiers avant de se saisir d'un bloc-notes, sur lequel il inscrivit nos noms, puis remit nos cartes au militaire qui nous les rendit. Je compris que c'était pour s'assurer que nous ne puissions pas resquiller en venant deux fois réclamer notre ration, afin que tout le monde ait sa part. Enfin, un carton nous fût donné et nous quittâmes la queue.
    
    Nous nous éloignâmes de quelques mètres avant que papa ne sorte un couteau de sa poche, dont il fit jaillir la lame rétractable, avant de commencer à ouvrir notre dû. Il se déchargea de son sac et me demanda de l'ouvrir, avant de me faire passer conserve après converse pour que je le remplisse. Il n'y avait rien à boire, car nous avions encore l'eau courante dans la ville, contrairement à d'autres. Le carton se vida rapidement et nous reprîmes la route en sens inverse, après l'avoir jeté dans une poubelle - les vieilles habitudes avaient la vie dure. À ma montre, je constatai qu'il s'était écoulé presque deux heures depuis notre départ de la maison.
    
    Sur le chemin du retour nous gardâmes la conversation au minimum et marchâmes à un rythme soutenu. Lorsque nous dépassâmes le lieu où plus tôt brûlaient des cadavres, il n'y avait plus personne et le feu était mourant, déployant vers le ciel une épaisse fumée noire. L'odeur était toujours aussi pestilentielle. Je regardai rapidement de l'autre côté de la rue pour échapper au moins à la vue de la pile de corps noircis. Nous avançâmes un tantinet plus vite encore pour fuir la scène.
    
    Nous n'étions qu'à quelques pâtés de maisons de la nôtre lorsque l'attaque se produisit. À nouveau profondément plongée dans mes pensées, ruminant mon après-midi et songeant aux mauvais rêves que j'allais sans aucun doute faire cette nuit, je ne vis rien venir. Je fus projetée au sol avant d'avoir compris que quelqu'un s'était jeté sur moi et j'atterris douloureusement sur mon poignet gauche. La douleur, foudroyante, me sortit de ma stupeur. Mon cri de peine se répercuta bruyamment dans la rue vide et je n'entendis pas immédiatement mon agresseur me parler, ni même ne sentit tout de suite la lame appuyée contre ma gorge. En revanche, je perçus très bien être rudement remise sur mes pieds et plaquée contre un corps, secoué de tremblements dont je ne pouvais que supposer l'origine. Le mouvement accrût ma douleur et ma main droite vint instinctivement recouvrir mon poignet blessé, alors même qu'un nouveau cri m'échappait. La barbe de l'homme que je ne pouvais voir me râpait désagréablement le front à chaque fois qu'il ouvrait la bouche, frénétique.
    
    — Donne-la-moi ! Donne-la-moi !
    Je mis quelques secondes avant de réaliser que mon attaquant ne s'adressait pas à moi, mais à mon père, et que j'étais l'otage qui lui servait de moyen de pression. Il ne me vint pas non plus à l'esprit tout de suite que ce qu'il exigeait d'obtenir était notre nourriture nouvellement acquise. Papa, en revanche, n'éprouva aucune de mes difficultés. Son arme à feu - que j'ignorai qu'il avait emportée jusque-là - pointée sur le front de mon agresseur, mon père arborait une expression que je ne lui avais jamais vue. Ce n'était pas du calme. Ça n'avait strictement rien à voir avec de la frayeur. C'était bien au delà de la colère.
    
    Il était livide.
    
    Pour la première fois de ma vie, j'eus peur de lui. Un geignement terrifié, incontrôlable, m'échappa et je ne sus si c'était en réaction à la menace tangible et brûlante que je voyais luire dans les yeux si familiers de mon père, ou parce que j'étais sous la menace d'un couteau et que je souffrais. Tout ce que je savais, c'est que j'aurais reculé de quelques pas si j'avais pu. Derrière-moi, l'homme ne cessait de répéter les mêmes trois mots, comme un disque rayé, de plus en plus hiératique à mesure que les secondes s'égrainaient et que papa ne réagissait pas. Je crus que nous ne désamorcerions jamais la situation, jusqu'à ce que mon agresseur perdre patience - ou peut-être était-ce le dernier fil de raison qui lui restait - et ne me pousse sur le côté en brandissant son arme. Puis, il se jeta sur mon père en poussant un hurlement sauvage. Celui-ci l'accueillit d'une balle, logée directement dans son genoux droit. L'homme débraillé s'écroula au sol en gémissant, sa lame oubliée. Des deux mains il agrippa son membre blessé, comme pour tenter de stopper le flot d'hémoglobine qui en jaillissait.
    
    L'esprit embrumé, ma première pensée fût de me dire que j'étais heureuse de ne jamais avoir craint la vue du sang, ou je me serais évanouie à présent. Et lorsque, une fois le danger écarté, mon père se dirigea vers moi à grandes enjambées, je me retins de justesse de prendre du recul pour échapper à son touché. Raide comme une planche, je l'autorisai à inspecter mon cou. Quand il fût rassuré par l'absence d'entaille, il tendit la main pour examiner mon poignet, mais rétracta son geste au dernier moment, en prenant conscience qu'il valait mieux qu'il n'y touche pas. Quelque chose d'étranger se mut sur son visage et il jeta un coup d’œil sur mon agresseur, qui roulait toujours sur le béton en geignant, avant de rencontrer mon regard et de me demander comment j'allais.
    
    — Ça va, répondis-je par automatisme, même si c'était faux et je détournai mon regard du sien, incapable de le soutenir. Soudain, je remarquai les visages qui étaient collés aux fenêtres de certaines maisons. Autant de personnes qui devaient nous observer depuis le début de l'altercation, mais qui n'avaient pas bougé le petit doigt pour nous venir en aide. J'aurais pu m'indigner de leur lâcheté, si seulement je ne m'étais pas sentie aussi vidée. Après m'avoir scrutée quelques instants de plus, papa sembla satisfait de ma réponse - ou peut-être était-ce que je ne me sois pas encore enfuie en hurlant. Son expression se transforma à nouveau, en une moue réconfortante. En un quart de seconde, il redevint le père que j'avais toujours connu.
    
    — Rentrons, m'enjoignit-il alors, non sans jeter un dernier regard à mon attaquant, avant de se remettre à marcher, une prise inébranlable sur la crosse de son arme.
    J'eus le sentiment glaçant que si je n'avais pas été là pour le voir, mon père l'aurait achevé.
    Lorsque nous arrivâmes à la maison, ce dernier héla immédiatement ma mère. Il abandonna sans cérémonie le sac remplit de victuailles que nous avions rapportées dans l'entrée et me dirigea vers la cuisine. Puis il m'encouragea à m'asseoir, avant de s'empresser de se saisir d'une poche de gel de thermothérapie, que nous gardions dans notre congélateur au cas où. Lucas avait la fâcheuse manie de se blesser au foot. Papa venait de déposer cette dernière sur mon poignet douloureux, lorsque ma maman parue, affolée. Elle avisa la situation, avant de prendre la parole, un accent accusatoire dans la voix.
    — Qu'est-ce qui s'est passé ?
    — Un type s'est jeté sur elle sur le chemin du retour, elle est mal tombée. lui répondit succinctement son époux, n'ayant apparemment pas envie de s'étendre sur le sujet. Je gardai quant à moi le silence, consciente que mon père ne souhaitait pas l'inquiéter d'avantage en lui révélant que j'avais également été sous la menace d'une arme. Il ne voulait évidemment pas non plus qu'elle soit au courant qu'il avait fait usage de la sienne devant moi.
    — Comment as-tu pu laisser ça se produire ?
    — Pas maintenant Marie. lui intima papa, avec un avertissement dans la voix et le regard. Je vais chercher Ramirez, nous informa-t-il ensuite avant de quitter la maison avec précipitation pour ramener ledit aide soignant, qui se trouvait être notre voisin depuis six ans maintenant. Quant il eut quitté la pièce, ma mère s'approcha de moi pour évaluer l'importance de ma blessure et poussa un profond soupir en la découvrant. Quant elle eut finit son inspection, elle replaça avec douceur la poche de glace artificielle sur cette dernière et me retira délicatement mon masque. Puis, elle me caressa la joue tendrement, avant de se remettre à parler.
    — Est-ce que ça va chérie ?
    — Ça va, j'ai un peu mal c'est tout. lui répondis-je, la voix faussement stable mais je perçus mon propre mensonge, clair comme le jour. Maman aussi, à voir l'éclat de reconnaissance qui brilla dans ses yeux, mais elle ne me le fit pas remarquer. Elle s'apprêtait à parler de nouveau lorsque Lucas dérapa subitement dans la cuisine. Je vis le regard de ce dernier s'arrêter sur mon poignet et il s'élança vers moi, le visage marqué par une inquiétude ne séant pas à un visage encore si juvénile.
    — Tu es blessée, dit-il simplement une fois qu'il m'eut rejoint, en zieutant mon articulation inflammée et je lui souris faiblement pour tenter de le rassurer. Mais je pouvais sentir la sueur froide qui gouttait sur mon front et je savais que j'étais blême.
    — C'est rien, je suis juste tombée. Papa est parti chercher monsieur Ramirez pour qu'il regarde mon poignet. Il va me soigner et je serai comme neuve !
    
    Mon enthousiasme feint ne trompa personne et la tension, déjà épaisse dans l'air, ne fit que s'épaissir. Nous attendîmes dans le silence le plus complet le retour de mon père. J'espérai que notre voisin aurait de quoi annihiler la douleur sourde et pulsante qui m'assaillait. Toutefois, ce n'était pas la souffrance physique qui me tourmentait le plus, mais bien le souvenir de l'attaque.
    
    Jamais, auparavant, je ne m'étais sentie autant en danger. Jamais de ma vie, je n'avais expérimenté la peur, la vraie. Viscérale et paralysante. Jamais avant ce jour, je n'avais été une victime. A cet instant, dans un coin de mon esprit, j'avais conscience que je souffrais d'un traumatisme qui prendrait du temps à s'effacer, s'il disparaissait un jour, mais je refusai de reconnaître son existence. Je pensais que je parviendrais à trouver un moment pour l'extérioriser, de préférence sans témoin, quand je me sentirais prête.
    
    Je me trompais.
    
    

Texte publié par Alie, 27 septembre 2019 à 17h24
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