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Ignemshir, Tome 1 : L'Étincelle Mourante
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Tome 1, Chapitre 3 « La Moitié Disparue » Tome 1, Chapitre 3
— On devrait vraiment rentrer, insista Evan à sa sœur qui remontait avec entrain la rue sombre et étroite.
    — Arrête de faire ta chochotte, Zeek. On n’a rien à craindre.
    La petite fille se retourna vers son jumeau et vit qu’il s’était arrêté à quelques mètres d’elle. Elle soupira en levant ses grands yeux marron clair vers le ciel tandis que son beau visage au teint bistré esquissait une mimique amusée.
    — Azekel est une poule mouillée ! chantonna-t-elle d’un air moqueur.
    Evan fronça les sourcils et rétorqua :
    — Je ne suis pas une poule mouillée !
    — Tu as peur des Faucheurs ?
    — Non ! j’ai mangé des carottes tout à l’heure ! On m'a dit que les légumes les faisaient fuir… c’est vrai, hein ? rajouta-t-il d’une voix mal assurée
    — Alors du Chuchoteur…
    — Il n’y a pas de brume…
    — Bah alors Zeek ! Tu n’as aucune raison d’hésiter. Prouve-moi que tu n’es pas une poule mouillée.
    Le garçon de huit ans rembrunis rejoignit alors sa sœur, les poings serrés, en deux enjambées.
    — Tu vois ! je ne suis pas une poule mouillée ! répliqua-t-il.
    — C’est bien Zeek, allez suis-moi.
    Sue se remit à marcher, Evan sur ses talons. Les yeux noirs du petit garçon scrutaient, avec appréhension les fenêtres sombres des immeubles aux murs craquelés, qui se dressaient de part et d’autre de la grande rue. Il se sentait épié. Ils n’avaient décidément rien à faire dans le Cimetière de Verre et de Métal.
    Rien à faire là, du tout.
    Le binôme arriva au bout d’une petite rue qui courait entre deux rangées de vieux buildings en ruine, où une large brèche perçait la Muraille de Verre qui encerclait toute la cité. Ils s’y engouffrèrent et se retrouvèrent à l’extérieur. Il frissonna. Devant eux s’étendait une grande plaine recouverte des vestiges d’une grande ville.
    Ils remontèrent une route goudronnée couverte d’ornières et de poussière. Dans la nuit, les Ruines ressemblaient à de grandes collines au sommet étrangement déchiqueté. Les lumières venant de la cité permettaient presque de discerner les éléments qui constituaient ces amoncellements de verre et de béton. Un léger vent tiède soufflait, soulevant de la poussière et des morceaux de détritus qui par moment se muaient en créatures furtives et hostiles.
    Sue avait allumé sa lampe torche et éclairait les murs calcinés. Il n’y avait que cela sur des centaines de mètres. Rien d’autre. Ça et tout ce qui pouvait se tapir dans les ténèbres environnantes... Une petite voix le pressait de rentrer. Quoi de plus normal, ils se trouvaient hors de l’enceinte rassurante de la cité.
    — Princeton ne sera pas content s’il apprend que nous sommes sortis. Et Malia nous interdisait…
    — Malia est morte, fit sèchement Sue, mais son frère savait que sa simple évocation la plongeait dans une tristesse sans borne.
    — Oui… mais ce n’est pas parce qu’elle est… plus avec nous, que ce qu’elle nous a dit n’est plus vrai…
    Sue s’arrêta brusquement et Evan la heurta. Elle se retourna vers lui en éclairant son propre visage, lui donnant un air inquiétant :
    — Chochotte ! Tu ne pourras jamais devenir un noguemi si tu continues à te comporter comme ça. Tu dois vaincre ta peur, Zeek ! Princeton n’en saura rien.
    — Je n’ai pas envie d’être un noguemi, et c’est dangereux Sue. Rentrons, s’il te plait !
    Elle dirigea les faisceaux lumineux dans les yeux d’Evan qui ferma ses paupières, les rétines agressées par la lumière vive.
    — Tu préférerais peut-être passer ta vie à prendre des photos du penthouse plutôt que de défendre la vie d’innocentes personnes ? Que de protéger la cité des monstres climatiques ?
    — Papa trouvait que je prenais de belles photos, répondit-il en haussant les épaules, maussade. Et moi aussi je préfère qu’on me protège. Pourquoi les autres pourraient vivre tranquillement et pas moi ?
    — Ce que tu peux être stupide, lâcha-t-elle dans un soupir. Ce n’est pas comme si on avait le choix. Tu comprends pourquoi je suis la plus grande ?
    — Tu n’as qu’une minute trente de plus que moi, rétorqua-t-il.
    Il regarda les ténèbres autour d’eux puis insista :
    — Allez, Sue, rentrons.
    Le visage de Sue éclairé par la torche eut une moue contrariée qui lui donna l’air d’une démente.
    — Tu n’es vraiment pas drôle, Zeek. Tu n’as qu’à rentrer. Je ne veux pas d’une poule mouillée !
    En l’entendant à nouveau le traiter de poule mouillée, le visage d’Evan caché dans la pénombre se froissa de colère et il lui cria :
    — Je ne suis pas une poule mouillée ! si tu ne veux pas rentrer ! tant pis pour toi !
    Il fit demi-tour et s’éloigna furieux, tandis que sa sœur lui lançait d’une voix qui avait un peu perdue de son assurance :
    — C’est ça, tu n’as qu’à partir, poule mouillée ! la grande guerrière Honnissa n’avait jamais peur. Tu n’es pas digne d’être son frère ! je n’ai pas besoin de toi de toutes les façons…
    Alors qu’Evan s’éloignait, énervé, en pestant contre sa sœur et ce personnage mythique auquel elle s’identifiait tout le temps, une alarme stridente retentit de la ville. Sa bouche devint subitement très sèche.
    Elle arrivait.
    C’était en train d’arriver.
    Le monstre climatique.
    La terrible Niera !
    — Oh non, Sue ! s’écria-t-il en s’arrêtant et se retournant.
    Il voyait au loin sa lampe torche qui s’était figée.
    Que faisait-elle ?
    Pourquoi ne bougeait-elle pas ?
    Il regarda vers la ville puis vers sa jumelle avant de se précipiter dans sa direction. Il l’atteignit rapidement et s’écria :
    — Sue, on doit vraiment rentrer ! Tu es sourde ou quoi ? L’alarme ! La tempête ne va pas tarder à se lever.
    — Je sais, répondit-elle calmement. Je veux les voir l’arrêter.
    Evan discernait le visage déterminé de sa sœur, éclairé par la lune qui semblait briller plus fort.
    — Mais tu es folle ! On doit rentrer tout de suite. Malia disait qu’on ne devait surtout pas être dehors lorsqu’on entendait l’alarme.
    — Je veux les voir l’arrêter. Tu n’as qu’à rentrer, poule mouillée !
    Le jeune garçon serra ses poings de colère, mais garda son calme. Ils devaient s’en aller au plus vite. Comme sa sœur pouvait se montrer têtue et franchement stupide ! Il lui attrapa le poignet et se mit à courir en la tirant derrière lui.
    — Mais arrête, Zeek ! Je dois les voir ! C’est important. Très important.
    D’un coup sec, elle reprit son bras.
    — Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as perdu la tête ?
    Le vent se levait. Il soufflait de plus en plus fort. À l’ouest, une grande forme sombre se rapprochait.
    — Sue ! supplia-t-il, désespéré. On doit rentrer. Tout de suite ! Sinon, on est mort !
    — Non ! rétorqua-t-elle. Laisse-moi et va-t’en. Ils vont arriver, je te dis. Les noguemis. Les Tueurs de Vents.
    La peur lui tordait les entrailles. Comment Sue pouvait-elle être aussi confiante ? Alors que le monstre obscur et informe se rapprochait et que la poussière lui irritait de plus en plus les yeux. La lune disparut subitement. Malgré tout cela, il ne quitta pas sa jumelle. Il ne pouvait pas l’abandonner.
    — Ils vont arriver Zeek, dit-elle plus pour elle-même que pour lui. Nous devons les voir, tous les deux. C’est important. Très important.
    Elle avait perdu une partie de son assurance. Elle ne semblait plus elle-même. Elle avait l’air hypnotisé. Irrationnelle. Evan ne répondit pas et lui attrapa simplement le bras pour ne pas la perdre. La température avait augmenté. Elle continuait. Les mains du garçon étaient moites.
    Il transpirait sous son tee-shirt.
    — Ils ne vont pas tar…
    — On va mourir si tu continues, lui dit froidement son frère avant de se mettre à courir vers la ville en la traînant derrière lui.
    Elle ne résista pas, cette fois-ci, enfin consciente du danger qu’ils encourraient. Ils n’avaient qu’une centaine de mètres à parcourir.
    Plus que soixante-quinze mètres…
    Sue trébucha et entraîna son frère dans sa chute. Il s’écorcha le coude et le genou mais il refusa de pleurer. Il n’avait pas le temps pour cela. L’air brûlant l’étouffait. Une véritable fournaise. Ils se remirent debout. Sue grimaça en gémissant. Elle s’était foulée la cheville. Evan se mordit la lèvre inférieure jusqu’au sang, tandis que son cœur tambourinait douloureusement dans sa poitrine au point de lui donner la nausée. Ses yeux et sa peau étaient irrités par le sable et le vent qui hurlait à la mort lui donnait la migraine.
    Il passa le bras de sa sœur par-dessus son épaule et ils reprirent leur course, mais ils avançaient beaucoup trop lentement.
    — Monte sur mon dos, lui ordonna-t-il.
    — Je suis désolé, Zeek. C’est ma faute, entendit-il pleurnicher à son oreille au milieu des hurlements déments du vent alors qu’elle s’exécutait. Pourquoi ne viennent-ils pas ? Ils devaient venir. Ils devaient…
    — Pas grave petite peste, dépêchons-nous. On doit vite se mettre à l’abri.
    Evan se mit à courir aussi vite qu’il le pouvait avec le poids de sa sœur mais ses jambes n'avançaient pas assez vite.
    — À l’avenir ne mange plus de tarte aux citrons, ça te fait grossir, parvint-il à plaisanter d’une voix saccadée tandis qu’il pressait le pas.
    — On n’y arrivera pas. Laisse-moi. S’il te plait, Zeek, dit brusquement Sue. C’est ma punition. Le Seigneur des Mondes…
    — Cesse de dire n’importe quoi, rétorqua-t-il avec fureur au bord du désespoir. On est venu tous les deux, on repart tous les deux !
    — Je suis désolé.
    Brusquement, elle se dégagea et l’écarta d’elle. Evan trébucha en avant et se retourna précipitamment. Il découvrit que la forme noire était juste derrière Sue, étendue sur la route. Il préférait mourir avec elle. Il se releva précipitamment, avec l’intention de la rejoindre mais elle lui hurla, en larmes :
    — Non ! Toi, tu dois vivre. Il ne reste plus que toi. Cours ! Zeek, Co…
    Elle fut engloutie, son cri étouffé par le hurlement de la tempête de sable noire. Evan se pétrifia. Sa sœur, sa jumelle. La peau de ses bras qui protégeaient son visage du sable noir se couvrit de brûlures qui lui arrachèrent une terrible plainte tandis que les larmes qui perlaient sur ses joues s’évaporaient.
    Son corps entier allait s’embraser complètement sous l’étreinte de la poussière noire, quand, il se retrouva subitement entouré par une aura brumeuse, fraîche, pleine d’éclairs et de tonnerres qui vibrèrent jusque dans les profondeurs de ses os.
    Il reconnut cette aura atypique qui lui donnait toujours l’impression que d’un instant à l’autre, il allait se faire foudroyer.
    Princeton.
    — Ne bouge pas, petit, lui ordonna la voix terrible de son tuteur du milieu de la brume.
    — Prince ! Sue, elle… balbutia Evan en serrant ses bras meurtris et tremblant contre lui alors que ses joues s’inondaient de larmes. Est-ce qu’elle… ?
    — Evan… je suis désolé.
    

Texte publié par N.K.B, 5 septembre 2019 à 15h41
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