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Tome 1, Chapitre 3 « Au commencement » Tome 1, Chapitre 3
Le maître sortit sans aucun bruit. Il s’asseya sur un banc de pierre, derrière la cabane. Il sortit sa pipe, la bourra puis l’alluma. Il suivit des yeux la longue volute qui s’échappait vers le ciel. La lune était au quart et les étoiles brillantes comme des diamants dans le ciel nocturne.
    - Comme cette nuit-là, songea-t-il.
    Régulièrement, il repensait aux évènements qui avaient conduit les parents de Faëriel à lui confier leur fille unique.
    Tout avait commencé par une dispute entre deux frères, des jumeaux, convoitant le même trône : Alweh et Jaweh. Le roi préférant Alweh avait toujours soutenu qu’il était son premier-né, lui conférant le titre de prince héritier. La reine, ne supportant pas cette différence, soutenait que c’était Jaweh l’ainé. Alweh était doux, aimable et juste, qualités qu’il tenait de sa mère. Quant à Jaweh, il était fier et fougueux comme son père. Malheureusement, la jalousie le rendit amer. Il devint brutal, aimant se battre et devint très tôt une fine lame connue dans tout le royaume. Il aimait défier les autres afin de prouver sa valeur. Malgré ces efforts, son père ne l’avait jamais reconnu comme quelqu’un de valeureux.
    A la mort du roi, il était logique qu’il essayât de s’approprier le trône. Il voulait faire de son royaume, un pays respecter et craint. Alweh n’avait pas ce désir, il voulait la paix et la prospérité.
    Une violente dispute éclata entre les deux frères. Jaweh, fou de colère, sortit son épée et la pointa vers son frère. Alweh qui était pacifiste, n’avait pas moins appris le maniement des armes. Alors que Jaweh frappait avec fureur et gestes désordonnés, Alweh répliquait avec calme et précision. Jaweh fut défait. Il perdit non seulement le trône mais aussi la face devant son peuple.
    Par égard pour sa mère, Alweh laissa la vie sauve à son frère mais le bannit du royaume. Furieux, il fonda son propre royaume à dix lieues de son frère, sur les terres maudites. L'endroit fut appelé ainsi suite à une violente irruption volcanique qui avait anéantie, tout sur son passage. Les habitants n'avaient pas eu le temps de fuir et leurs corps recouverts de cendres étaient restés dans la position où la mort les avaient cueillis. Cela rendait le paysage lugubre, fantomatique, parsemé ici et là de statuts à l'allure diabolique. Personne n'avait osé revendiquer ces terres jusqu'à Jaweh. Il s'était donc installé, régnant sur ces sujets, des elfes qui avait suivi leur prince dans sa fuite. Il organisa une grande armée, rassemblant plus de dix mille soldats. Jaweh n'avait pas oublié son humiliation ni sa vengeance. Au fil du temps, ses militaires endurcis, sans foi, ni loi, attaquèrent, pillèrent, incendièrent des villages entiers. La reine mourut de chagrin, peu après ces événements. Alweh en voulut à son frère, le rendant responsable de la mort de leur mère. Dès lors, la rupture fut consommée.
    Pendant, près d'un siècle, les deux frères se firent une guerre froide jusqu'au jour où, le prince héritier du royaume des elfes de lumière fut enlevé et tué par les renégats. Ivre de douleur, Alweh conduisit ses troupes dans les terres maudites afin d'écraser une bonne fois pour toute son frère. Ils mirent le royaume des elfes noirs à feu et à sang, réduisant en cendre les maisons, les champs, les greniers à récoltes... Jaweh se retrancha dans son château. Pour la première fois, il avait peur de son frère. La rage d'Alweh était telle qu'il tuait sans discernement : hommes, femmes, vieux, jeunes… qu'importe tant qu'il s'agissait des elfes renégats.
    Il fit le siège du fort de Jaweh durant un an, affamant les survivants mais son frère n'abdiquait pas. Il était hors de question pour lui de se rendre. Une nuit, une étrange chape de brume sombre enveloppa soudainement l'armée des elfes de lumière. Tous ceux qui l'inhalèrent, devinrent fou, devenant des monstres sanguinaires. Ils tuaient leurs propres camarades et les dévoraient.
    Devant l'ampleur de cette folie, Alweh décida d'abandonner le siège. Ils revinrent dans leur royaume en piteuse état, leurs rangs éclaircis par de nombreux morts. Une rumeur circula sur la provenance du brouillard ténébreux : Jaweh aurait fait appel à de la magie interdite.
     Dès son retour, Alweh décréta que tout elfe de lumière qui entretiendrait une relation amicale, amoureuse ou d’affaires avec un renégat serait considérer comme un traitre au royaume et serait puni de mort.
    Jaweh, fier de sa victoire, proclama que tout déserteur du Royaume de lumière, serait le bienvenu à Biandavar. Seulement, il eut connaissance de la prophétie. A partir de là, il prit la même décision que son frère, allant même plus loin, puisqu'il alla jusqu'à dire que tout enfant né de ces relations illicites, serait exécuté.
    C’était la raison pour laquelle, un siècle après ce décret, les parents de la petite furent condamnés à mort pour le seul fait de s’aimer. Lui était un renégat, nom donné aux elfes noirs. Elle, une elfe lumineuse, belle, douce et généreuse.
    Elle avait trouvé le renégat, agonisant après une sanglante bataille. Elle l’avait caché et soigné. C’était ainsi que leur histoire d’amour avait débuté. Ils avaient essayé de fuir, de se cacher, mais ils furent traqués impitoyablement. Ils eurent, tout de même, le bonheur d’avoir un petit être à aimer : Faëriel.
    Ils vécurent tous les trois pendant un temps. Peu après que Faëriel eut soufflé sa deuxième bougie, ils confièrent leur trésor à la seule personne de confiance : lui, Silaën.
    Il avait rencontré la mère de Faëriel alors qu’il traversait son village. Deux jeunes garçons avaient trouvé amusant d’attaquer un chaton sans défense. En voyant ce qui se tramait, Yvanna, la mère de la petite, s’était précipitée pour le sauver. Petite, frêle, elle tenait le chaton dans ses bras tremblant et défiait, malgré tout, les deux garçons plus grands et plus forts qu’elle. Il revit ses petites lèvres frémissantes, ses yeux bleus emplis de larmes. Devant ce courage, il était intervenu, faisant fuir les deux galopins, puis, il avait soigné le chaton blessé, sous le regard émerveillé de la petite fille. Elle lui voua, dès lors, une admiration sans borne.
    Il décida de s’installer quelques temps, à l’écart du village, afin de l’observer. Très vite, il découvrit son potentiel magique. Il lui enseigna l’art des plantes curatives, puis, petit à petit, ouvrit son esprit à la magie. Yvanna était une élève sérieuse, impliquée. Elle aimait apprendre et voulait tout savoir. Elle lui posait sans cesse des questions. Faëriel lui ressemblait sur ce point. Elle devint une excellente soigneuse mais ce fut son seul don magique. Elle s’en moquait car elle aimait soulager les maux des autres. Elle était si pure !
    Il l’avait aimé comme un frère. Il l’avait vu grandir, s’épanouir et devenir une très belle jeune femme. Pourtant, un jour, il dût fuir le village. Les espions renégats avaient fini par retrouver sa trace après une dénonciation d’une jeune villageoise qu’il avait éconduite gentiment.
    Afin de protéger le village d’Yvanna, il avait effacé toute trace de son passage dans les souvenirs des villageois. En larmes, la jeune femme lui fit promettre de ne pas lui effacer la mémoire. Il avait accédé à sa demande, car il avait rêvé d’elle la nuit précédente. Il l’avait vu lui tendant un paquet le suppliant de le cacher. Jamais il n’aurait cru qu’il s’agirait de sa fille !
    Lorsqu’elle vint quérir son secours, il fit la connaissance de Lomion, le père de Faëriel. Il ressentit une sympathie immédiate pour le jeune homme. Il n’avait pas besoin d’être oracle pour ressentir l’amour profond qu’il avait pour Yvanna et sa fille.
    Ils lui racontèrent leur histoire et pourquoi ils l'avaient tant cherché. Le jour de la naissance de Faëriel, la vieille femme qui avait aidé Yvanna a accouché, eut une vision. L’enfant, à peine sorti de sa matrice, alors qu’il poussait son premier cri, elle leur annonça que leur bébé était celui de la prophétie annoncé un siècle plus tôt. D’abord sceptique, Yvanna se rendit rapidement à l’évidence lorsqu’elle lui parla de l’oracle. La jeune femme avait reconnu Silaën d’après la description de la vieille. Toutefois, ce qui l’acheva de la convaincre de la véracité de la vision, était la marque sur la poitrine de leur enfant : deux serpents enroulés sur eux même, à l’opposé l’un de l’autre. L’un était noir quant à l’autre, seuls les contours étaient dessinés, laissant la peau, le colorer. La jeune mère prépara alors une décoction qu’elle fit boire à l'accoucheuse. Il s’agissait d’une potion de l’oubli qui effaçait la mémoire immédiate. Lomion l’hypnotisa pour lui insérer de faux souvenirs. Ils ne voulaient prendre aucun risque avec la sécurité de leur enfant. Personne ne devait savoir pour la naissance du bébé.
    Lorsque Faëriel eut soufflé sa première bougie, ils décidèrent de retrouver l’oracle. Il leur a fallu un an pour lui mettre la main dessus. Ils avaient parcouru bien des chemins et traverser bien des dangers pour le retrouver.
    A l’instant même où le regard de Silaën s’était posé sur la marque, il comprit le danger que courait cette enfant. Elle avait un destin à accomplir, l’avenir de leur race reposait sur ses minuscules épaules. Il fit la promesse de prendre soin de leur fille, de l’éduquer, de lui enseigner la magie et de protéger sa vie à n’importe quel prix. Néanmoins, il demanda à ce que les pouvoirs de la fillette soient scellés jusqu’au moment qu’il jugerait opportun. Il voyait tournoyer un pouvoir brut dans les yeux émeraudes de Faëriel. Une énergie magique bien trop puissante pour ce bébé. Les parents ne se rendaient pas compte, mais la magie débordait de l’enfant, ce qui engendrait des traces reconnaissables partout où elle passait. S’il ne scellait pas ce pouvoir, aucun endroit au monde ne serait assez loin pour la protéger.
    Après d’âpres négociations, ils convinrent que c’était la seule solution. Ils scellèrent sa magie au terme d’une cérémonie épuisante. La puissance de la fillette était si grande qu’elle avait été difficile à contenir. Ils y étaient parvenus au prix d’un épuisement magique et psychique.
    Trois mois après cette cérémonie, Yvanna et Lomion furent arrêtés alors qu’ils fuyaient des espions renégats. Ils comprirent trop tard qu’on les avait amenés droit dans un piège, rabattu comme du gibier ! Ils furent longuement torturés mais ils ne parlèrent jamais de leur fille. Au crépuscule, ils furent exécutés sur la place publique du village de Cûn. Alors que sa dépouille était encore chaude, Yvanna fut examinée par une sage-femme qui jura au roi, que la jeune elfe avait donné naissance à un enfant, entre deux et trois ans auparavant. Faëriel fut déclarée ennemie publique numéro un à deux ans et demi. Heureusement, ils ignoraient si l’enfant était un garçon ou une fille.
    La nuit de leur mort, Silaën avait hurlé sa rage et son incompréhension au ciel…un ciel pareil à cette nuit.
    

Texte publié par Terry, 17 juillet 2019 à 23h34
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