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Tome 1, Chapitre 5 « Derrière les portes » Tome 1, Chapitre 5
Le lit voisin est vide.
    Rem passe la main sur son visage, et se redresse. Le mal de crâne et la nausée familiers le traversent sitôt qu’il s’assoit sur le bord du lit, plus intenses que d’habitude. Il masse vaguement ses yeux du bout du majeur, de l’index et du pouce. Il a déconné. Ce n’est sans doute pas la première fois qu’il se met dans ce genre d’état, mais la dernière remonte, et au moins l’avait-il fait à l’abri des regards. Il espère n’avoir rien dérangé dans la maison, mais le souvenir de Lena et de sa phrase perçante le font grogner. Parce qu’il faut bien qu’il bouge, Rem arrête de renifler, oublie son mal de tête et se lève.
     En descendant les escaliers, il entend un bruit venant de l’extérieur. Il passe un masque sur sa tête avant d’ouvrir la porte. Il plisse les yeux : la fumée épaisse, flottant dehors en permanence comme une nuée de soufre, renvoie la lumière du soleil qui l’éblouit. Comme il l’a prédit hier, la neige n’a pas tenu. Aussi avéré qu'ait été son jugement, il regrette un peu de l’avoir émis. Thibault et Is ne lui avaient rien demandé, non ?
     Il y a une silhouette, devant la forme irrégulière d’une voiture, quelques mètres à l’écart de la baraque, sur la route. Un coup d’oeil lui fait apercevoir le garage ouvert, sur le côté de la maison. La silhouette est penchée devant le capot ouvert. C’est Lena. Il la reconnaît du premier coup d’oeil aux bandages dépassant du col de son manteau, dans la partie visible du cou. Elle lui tourne le dos, occupée à farfouiller dans le moteur de la voiture, en quête de pièces qu’elle démonte probablement une à une. Un tas d’entre elles, que Rem ne parvient pas à identifier, s’amoncelle à ses pieds. L’ayant entendu arriver, elle prend l’une d’elles dans sa cheville quand elle se retourne pour le voir.
    - Aïe, putain ! maugrée-t-elle avant de le jauger, s’arrêtant sur son manteau. Ah, c’est vous. J’ai cru que c’était Eliote.
    - Rien de cassé ?
    - Non, ça va.
    Elle claque la porte du coffre en la fermant. Il la raccompagne à l’intérieur après qu’elle ait refermé le garage, et profite du temps qu’elle met pour ôter son masque pour la questionner :
    - Il n'y a plus d'alcool ?
    Lena ne prend pas la peine de lui répondre, et monte à l'étage. Is la regarde partir, enfoncé dans le fauteuil du salon, avant de se replonger dans ses pensées. Seul Eliote semble avoir entendu ce qu'a dit Rem.
    - Non, il nous en restait pas beaucoup. J'irais bien jeter un coup d'oeil au supermarché du coin, mais il est habité… et il me semble qu'il n'y a déjà pas grand chose là-bas.
    - Ah, vous avez aussi croisé la meute ? relève Rem.
    - Vous y êtes allés ? retentit la voix de Lena depuis la chambre du haut. S’ils vous connaissent déjà, c’est foutu.
    - Merci, Lena, dit Eliote entre ses dents.
    La femme réapparaît et s’appuie aux rampes de sécurité :
    - Je pourrais aller y jeter un coup d'oeil, offre-t-elle. Ça fait longtemps qu’on n’est pas allés voir. Ce serait bien de vérifier s’il n’y a rien de neuf de ce côté-là.
    - Et vous faites quoi des chiens ?
    Elle hausse crânement les épaules.
    - Ce sont juste quelques clébards malades. Je cours plus vite qu'eux.
    - Dans votre état, c'est risqué, fait remarquer Rem.
    - Vous n’avez qu’à venir avec moi.
    - Ah non, désolé, j'ai une autre sortie de prévue.
    - Vraiment ?
    - La Cité.
    Elle hausse un sourcil.
    - La Cité, répète-t-elle.
     Il n'y a pas besoin de voir son expression pour deviner qu'elle est perplexe, et peut-être même condescendante. Rem encaisse le silence qui suit sans broncher. Ça lui fait quand même un peu mal d'évoquer quelque chose qui lui tient tant à coeur, de lui donner le droit de le juger sans limites, sans qu'il puisse rien faire d'autre que laisser couler en espérant que ça ne durera pas trop longtemps. Il voudrait qu'elle lui pose des questions, qu'elle le pousse à expliquer ce que c'est, cette Cité, histoire qu'elle comprenne, mais elle ne dit rien. Il hait cette impression d'être dépassé et de devoir se justifier, mais il poursuit quand même :
    - Bon, en vrai, ça ressemble pas du tout à une cité, mais ça me rappelait une vieille musique dont j'aimais bien l'atmosphère, alors je l'ai appelé comme ça. On a découvert cet endroit y a deux ou trois mois. Ce n'est pas le squat le plus confortable qu'on ait eu, mais je… (il se reprend) mais il est sympa.
    - Vous y êtes restés combien de temps ?
    - Une semaine, dit Is d'un ton absent.
    - J'y ai laissé des affaires. Et on y a quelques réserves. Elles sont encore là, normalement, on les a bien planquées. Je ne sais pas ce que vous comptez faire en attendant, mais...
    - Je peux vous accompagner ? demande Eliote.
    - Je ne vais pas y faire grand chose, vous pouvez rester là, si vous préférez.
    - J’y tiens.
    - Bon, dans ce cas dépêchez-vous de vous préparer.
    - C’est loin, votre truc ?, intervient Lena.
    - Quelques kilomètres.
    - Si vous me l’aviez dit hier, je n’aurais pas touché à la voiture, peste-t-elle. Attendez au moins que j’aie remis les pièces en place.
    - Ça ira, on n’en a vraiment pas pour longtemps.
     Eliote a profité de l’échange pour enfiler chaussures et masque à la hâte. Ils partent après un salut qui n’obtient pas de réponse.
    
    
oOo

    
    - C'est Lena, c'est ça ?
     Elle s’essuie le visage d’un revers de bras, referme la boîte, sur la table. Les barricades, aux fenêtres, ont été renforcées d’une couche, et les zones calfeutrées changées. Thibault la rejoint et l’enlace. En passant sa main dans les cheveux gras du petit, elle prend enfin le temps de répondre :
    - Oui, c’est ça. Pourquoi ?
    - J'ai l'impression que j'avais oublié. Ça m’arrive, de temps en temps, des détails que je zappe. À la longue, c’est un peu inquiétant…
    Lena observe un silence, tandis que Thibault, lui, baisse les yeux qu'il avait jusqu'à présent fixés sur Is. Ce dernier se sent soudain embarrassé par cette confession aussi subite que sans cause à des étrangers.
    - Du coup, ouais la, euh, la Cité, répète-t-il pour lui-même. C'est comme ça qu'il appelle le dépôt, je pense que c’était un garage ou une usine, avant. Ça fait un mois qu’on l’a quitté. Oui, je vois où c'est.
    - Vous pensez y aller ?
    - J’aurais bien aimé, mais je pense que Rem est parti là-bas pour récupérer l'ambulance, ça ne devrait pas être long, on peut le laisser se débrouiller.
    - L'ambulance ?
    - C'est avec elle qu’on est arrivés des Caves jusqu'ici.
    - Je vois.
    Il hoche la tête, rassuré par le silence moins embarrassé, et reporte son attention à la fenêtre, dont il plie le carton.
    Dehors, l'atmosphère est lourde, à cause de la chaleur aussi bien que des particules de poussière qui persistent à flotter dans l'air. Au moment où il regarde par la fenêtre, désoeuvré, Is perçoit des cris au loin. Il tend l'oreille, alerte. À la réflexion, ça ressemble plutôt à des aboiements. Oui, des cris de chiens. Pas féroces, plutôt des jappements faibles.
    - Lena, dit -il.
    Elle ne l'entend pas, et ça vaut peut-être mieux. Il ne sait même pas pourquoi il a pris le temps de l'avertir, à la base. Mais quelque chose se glisse quand même à côté de lui, une petite silhouette qui a entendu l’appel qui ne lui était pas destiné.
    - Qu'est-ce qu'il y a, dehors ?
    C'est le gamin, Thibault, qui se hisse sur le rebord pour voir à la fenêtre. Is est pris d'un je ne sais quoi et improvise d'une voix détachée :
    - Je me disais qu'un toboggan serait chouette, ici, tu ne penses pas ?
    Le garçon lève un regard ébahi vers lui.
    - Un toboggan ?
    - Une balançoire, sinon, si tu préfères. Je ne sais pas quel genre de jeux te plaisent, tu n’as qu’à me dire.
    Thibault passe de la surprise au ravissement en quelques secondes à peine, et cette joie est contagieuse pour l'ex-soldat épuisé, qui lui sourit.
    - Maman ! dit-il, maman, Is il a dit qu'on pourrait faire un toboggan, c'est vrai ??
    Is se tait, soudain effrayé par ce que pourrait penser Lena de cette promesse idiote jetée d'un revers de bras. Il ne voulait que faire plaisir au môme, avec sa balançoire, mais si c'est un faux espoir…
    - Un toboggan ?
    - Oui !
    - Dehors ?
    “Thibault, avec les particules qu'il y a, ça ne va pas être possible, tu sais bien” Il entend encore parfaitement toutes les syllabes prononcées ce jour-là. Il penche la tête, ne sachant trop que dire, mais elle enchaîne :
    - Vous avez bien dit que vous sauriez faire quelque chose à propos des masques, Is ?
    - Oui, dit-il dans un souffle, gardant par prudence les yeux baissés.
    - Bon, dans ce cas, pourquoi pas. Mais je te préviens, Thibault, ça va prendre du temps. Tu ne resteras pas dans ses pattes pendant qu'il travaillera.
    - Oui maman.
    - Va dans ta chambre, maintenant, bonhomme. Je vais devoir sortir un moment. Vous venez avec moi ? demande-t-elle à Is.
    - Oui, répond-il sans réfléchir.
     - Dans ce cas, Thibault, tu fais comme on a dit. Is, ajoute-t-elle tandis que le gamin file, au cas où vous rentreriez avant moi, vous frapperez cinq coups à la porte. Cinq. S'il ne frappe pas aussi avant d'ouvrir, supposez qu'il y a un problème. C'est au cas où il y aurait des pillards. Ça fait longtemps qu’on n’en voit plus dans ce coin, mais on ne sait jamais.
    - Je suis désolé, Lena, je ne voulais pas…
    - Ça ira. Mais la prochaine fois, réfléchissez, histoire qu’on n’ait pas à lui construire un parc entier.
    - Vous n’êtes pas en colère ?
    Elle hausse les épaules.
    - Ça me servirait à quoi, d’être en colère contre vous ? Préparez-vous, on y va.
    
    
oOo

    
     Ça se prétend un édifice, supposément érigé pour perdurer ; mais il n’en est rien. Toujours sur pieds, il est déjà démoli et à terre. Il tient debout comme on chancelle juste avant de s’évanouir. Sa façade, toute en longueur, dévore le béton alentour jusqu’aux grillages cernant les baraques abandonnées voisines. À trois ou quatre mètres des portes en verre coulissantes entre lesquelles vient de se glisser le chien, le mur, déjà ailleurs malpropre, se couvre d’une épaisse couche de poudre noire et de quelques crevasses. La chose est plus visible sur le sol en-dessous, creusé d’un profond trou délimité par des panneaux cerclés de banderoles plastifiées, oranges et blanches.
    - C’est un supermarché, s’abasourdit Is. On va voir ?
    
     Le dernier édifice abandonné où ils ont mis les pieds ne leur a pas apporté que de bonnes surprises, mais, quand même, un supermarché… Rem confirme d’un coup de tête en direction des portes, et ils entrent.
     Les odeurs les assaillent immédiatement. Pourriture, moisissure, avec des relents d’urine et d’autres exhalaisons dont ils ne veulent pas déterminer la cause. Ils s’en soucient de moins en moins en poursuivant leur avancée, tout à leur chance de tomber sur un lieu pareil. Is blottit le bas de son visage dans sa chemise, fronçant le nez, mais Rem en a vu d’autres.
     Les néons sont éteints, et seule la lumière du jour, qui n’atteint que les deux premiers mètres, leur permet de distinguer l’intérieur. Les panneaux coulissants qu’autrefois on poussait négligemment pour accéder aux rayons sont bloqués par de lourdes chaînes qui les lient, mais ils n’ont aucun problème pour passer en-dessous. Rem s'arrête un instant pour allumer la lanterne et baisser le cran de sûreté de son flingue, et repart aussitôt, quelques pas derrière Is.
     Il n'y a rien dans les premiers rayons, comme il s’y attendait. Il n’y trouve que des emballages vides, des produits laitiers périmés, et manque glisser sur les morceaux de verre d’un pot de sauce tomate qui a vomi son contenu sur le carrelage gras. Is en ouvre un autre, intact celui-là et dont le bouchon proteste à peine, et y découvre un genre de pâte durcie à la surface de laquelle flottent des bulles blanches suspectes. Il le repose, écoeuré. Rem l’avertit d’un mouvement pour les morceaux de verre, histoire qu’il ne fasse pas la même connerie que lui.
     En fouillant un peu partout, des étagères aux caissons de fruits pourris en passant par le dessous des sièges renversés des caisses, disséminés dans les couloirs, Rem finit par découvrir une bouteille d’alcool sous l’un des présentoirs, judicieusement cachée derrière la courbe plastifiée d’un de ses pieds. Il la glisse dans sa gibecière alors qu’Is revient de son expédition vers l’entrée du magasin, portant une vieille radio dans ses bras.
    - Les ordis sont foutus, chuchote-t-il, mais ce poste était planqué dans une caisse enregistreuse. Et je crois que j’ai vu quelque chose sur un des rayons, aussi, ajoute-t-il en casant comme il peut l’appareil volumineux dans le sac.
     Rem le suit et découvre en effet un grand paquet blanc, au sommet d’une étagère abîmée, dont le métal est bosselé et creusé de tous côtés.
    - Je tente, dit Is.
     Rem le laisse grimper sur le rayon vide et tirer à lui sa trouvaille. Il s’immobilise alors.
    - …Rem, venez voir. Y en a encore un.
    - Quoi, qu’est-ce qu’il y a ? s’agace Rem, que l'escalade ne tente pas.
     Comme Is semble attendre, ne répondant pas, Rem s’efforce de monter à son tour, moins agile que son l’autre homme. Arrivé au sommet, il suit la direction qu’Is lui indique. Il découvre, en effet, tagué sur un des murs, parmi d’autres dessins bien effectués et quelques phrases en anglais, un 'N' majuscule blanc sur fond de rond noir.
    - Vous pensez que ça veut dire quoi, tout ces tags qu’on a vus ? lui demande Is.
    - J’en sais rien, c’est pas nos affaires. Prends le paquet, on y va.
     Is veut l’ouvrir, mais Rem l’en empêche : plus tard. Alors que l’ancien soldat tire sur ses coudes pour se hisser et voir si rien ne lui a échappé, un mouvement attire l’attention de Rem, au pied du rayon. Quelque chose de noir sur le sol grisâtre. Il plisse les yeux. Il croit que c'est une flaque, un tissu ou même, bêtement, son manteau qu'il a laissé tomber, mais le lourd habit est toujours sur ses épaules et, par terre, la chose remue.
    Il croise le regard furieux d’un kangal juste avant que la bête ne bondisse vers lui.
     Rem trébuche sous le poids de l’animal, lâchant ses appuis, de surprise, mais une poigne ferme le rattrape avant qu’il ne tombe. Il a à peine le temps de se raccrocher à l’étagère qu’Is finit déjà d’escalader le rayon qui proteste sous son poids. Le kangal aboie sans trêve, prêt à sauter de nouveau, et le bruit qu’il fait en ameute d’autres. Rem se hisse à son tour au sommet, et Is, déjà debout, l’aide à se relever sans lâcher, alerte, les chiens des yeux. Le métal fin de l’étagère gémit dangereusement tandis que les deux hommes baissent les yeux vers les bêtes qui les cernent.
     Les chiens ont de longs sillons de peau pourrie et sale, comme si on avait arraché leurs poils par bandelettes, et leurs ventres desséchés laissent voir chacune de leur côtes. Parmi eux, ils reconnaissent le mastiff qu’ils ont aperçu plus tôt, aussi furieux que les autres.
     Rem dégaine sans attendre et vise, mais au moment où il tire, la poigne ferme d'Is abaisse son bras. La balle percute le bord de leur étagère. Le bruit résonne et ne fait qu'exciter plus encore les clebs qui les cernent.
    - Qu'est-ce que tu fous ?? crache Rem en rechargeant l'arme.
    - Rem, ce sont des chiens !
    - Sans déconner ?!
    - Vous pouvez pas leur tirer dessus !
    - On n'a pas de quoi bouffer et ils nous menacent, tu as besoin d'une meilleure excuse ?!
    - Par là.
     Sans attendre de voir s'il le suit, Is marche voûté le long de l'étagère où ils sont perchés, en direction des portes du magasin. Certains chiens le suivent d'en bas sans cesser d'aboyer, ce dont il ne tarde pas à se rendre compte.
    - Il va falloir courir, avertit-il.
    - Tu plaisantes ? On a à peine commencé à fouiller le coin, on va pas laisser tomber je ne sais combien de vivres à causes de trois clébards !
    - Trois clébards qui sont en fait quinze, et qui sont affamés, remarque Is sans se retourner. Eux non plus n'ont pas de quoi se nourrir. Je ne pense pas qu'on puisse encore espérer trouver quelque chose ici.
     Rem jette un coup d'oeil aux bêtes, et le regrette vite en croisant le regard coagulé de l'une d'elles, qui le fait grimacer de dégoût.
    - De là où on est, ce sont des cibles faciles, grommelle-t-il.
     Il n'a plus autant de conviction, mais l'envie d'avoir le dernier mot ne le quitte pas.
    - Rem, ce sont des chiens, répète calmement l'ex-soldat, prenant cette fois la peine de se retourner pour le lui dire.
     - Tu fais chier, dit Rem.
     Il rengaine et le rejoint.
    - Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? On va juste se rendre vulnérables si on les laisse en vie.
    - Suivez-moi. On va continuer sur les étagères, pour l’instant.
    
    Il sent la main d'Is frémir dans la sienne, et son mouvement vers l'arrière, mais l'agrippe plus fermement pour le rappeler à lui. Ils arrivent au pied de l'étagère, et grimacent d'un même réflexe quand leurs pieds touchent le sol, comme si les battements de leurs coeurs étaient directement liés à leurs nerfs, sans le moindre intermédiaire. Mais ce bruit feutré qui monte dans leur tête, tandis qu’ils longent les rayons sur lesquels ils étaient perchés peu avant, ne paraît pas arriver jusqu’aux chiens.
    La lumière froide du dehors leur parvient à peine, de là où ils sont, cernée par l'obscurité du supermarché. Rem compte les obstacles, rapidement : les barrières aux chaînes, les sièges renversés qu'il va falloir contourner, et, bien sûr, la porte ouverte. Déjà que la bestiole qu'ils poursuivaient tout à l'heure avait une longueur d'avance, il n'ose pas penser à la vitesse à laquelle les clebs pourraient les rattraper, à la force de leur mâchoire se refermant sur leur peau…
    - Il faut fermer les portes, chuchote Is. Ça les enfermera à l’intérieur et ils ne pourront pas nous poursuivre dehors.
    Rem acquiesce. Il est parvenu à la même conclusion.
    - J'ai vu un boîtier accroché au mur, pendant que je fouillais, continue Is. Je crois que c'est la fermeture manuelle.
    - Est-ce que tu en as vu un comme ça à l'extérieur ?
    - Je ne sais pas, on est rentrés directement, je n'ai pas eu le temps de regarder.
    - Le problème, vois-tu, marmonne Rem, c'est que s'il n'y en a un qu'à l'intérieur, on n'a qu'un seul essai. En plus, en comptant avec la vitesse des clébards, on n'aura jamais le temps de franchir tous les deux la sortie avant que l’un d’eux nous rattrape. Il y en a au moins un, celui qui s’occupe de la fermeture manuelle, qui resterait à l'intérieur.
    Is blêmit et sa main vient fermement saisir l’avant-bras de Rem :
    - Vous…
     - On va trouver une solution. Peut-être qu'un tir pourra faire disjoncter l’appareil et fermer les portes. Ou peut-être même qu'il y en a une dehors ?
     - On pourrait pas chercher d’autres issues ?
     - Je ne pense pas qu'on aura l'occasion de chercher.
     - Peut-être que si. J'ai l'impression qu'ils n'ont pas saisi nos déplacements, ils doivent encore être là où on était tout à l'heure. Et ils se sont peut-être calmés.
     - Ça fait beaucoup de suppositions.”
     Ils tournent en rond, perplexes. Là-bas, la rumeur des jappements s’est tue, comme si les chiens les avaient effectivement déjà oubliés. Rem songe à grimper de nouveau sur les étagères - peut-être que ça les aiderait à aller au-dessus de quelques obstacles, mais en tout cas, ça ne résoudrait pas le problème des portes.
    - Tu trouves quelque chose ? jette-t-il au hasard.
    Il n’espère pas de réponse, pourtant Is le rejoint, serrant entre ses mains un long objet replié, que Rem à du mal à distinguer. L’autre homme est pensif.
    - Vous avez une ceinture ? demande-t-il.
     - Ouais, elle est là. Elle tient pas grand chose, mais...
    Rem écarte pour toute démonstration un pan de son manteau pour la lui montrer. Is s'approche. Rem voit alors plus précisément le fin cordon noir.
    - Où est-ce que t’as trouvé ça ?
     - Il y avait un panneau publicitaire, un de ces grands trucs en plastique qui sont accrochés à la fin des rayons. C’est avec ça qu’il était pendu.
     Rem constate en effet que le panneau gît, derrière Is, étrangement coloré sur le sol sale.
    - Qu'est-ce que tu vas faire ?
    Sans répondre, Is passe le cordon dans la ceinture de Rem, à la boucle, serre avec un grand geste du coude, puis fait de même avec la sienne. Ainsi posé, il leur laisse à peine trois mètres d'écart entre eux, délimités par le fil.
    - Qu'est-ce que tu nous fais… ?
    - Je me suis dit que ça risquait d'être compliqué de rejoindre l'extérieur assez vite en courant, après avoir activé la fermeture manuelle. Alors je pense que si vous tirez sur cette corde juste après mon signal, quand j’aurais activé le levier, si en même temps je m’élance vers les portes, ça devrait être plus efficace et donner plus de force à la course que si un seul d’entre nous fonce vers les portes pendant que l’autre ne fait rien.
    - Tirer sur le boîtier avec mon revolver serait plus simple.
    - Vous reconnaîtrez que ce serait aussi beaucoup plus risqué. Et ça va probablement énerver les chiens.
    - Ouais, c'est vrai.
     Ils se taisent quand des reniflements se font entendre. Dans un silence glacé, Is fait signe à Rem du côté de l’étagère, mais le docteur pose son index sur ses lèvres et attend, regardant droit devant lui. Après plusieurs longues secondes de parfait silence, à peine interrompu par les bâillements des chiens, Rem reprend, à voix si basse qu’Is doit se pencher pour l’entendre :
    - Tu penses que ça va marcher ?
    - Ça peut, souffle Is. Mais on a qu’une chance. Et faut qu’on fasse pas de bruit avant qu’ils nous repèrent. Le temps qu’ils comprennent, ça nous laissera un peu plus de délai.
    - OK. Je m’occupe de la fermeture.
     Is secoue la tête :
    - Non, ça c’est moi qui m’en charge.
    - Tu me fais pas confiance ?
    - C’est pas ça, j’ai juste pas envie qu’il y ait une complication. C’est mon idée, ce n’est pas à vous de prendre les risques…
    - Puisque ça va marcher, pourquoi tu t’inquiètes ? fanfaronne Rem.
    Is se tait. Quelque chose dans la détermination moqueuse du docteur le chagrine. Il sait que la décision est prise, qu’il pourrait lutter pendant des heures, le résultat serait le même. Vous comprenez vraiment pas que je tiens à vous, hein, lui assène-t-il mentalement. Il est presque en colère, maintenant.
    - Eh, n'aie pas peur, balaie Rem. Je suis plus léger que toi, en plus. Ça ira.
    - Promettez-moi juste que si ça devient trop compliqué…
    - Non. Pas de plan de dernière seconde. On y va.
    Ils prennent encore cinq minutes pour observer le parcours et pour s'accorder sur ce qu'ils devront faire face à chaque obstacle. C'est Is qui donne le signal de départ. Rem s'élance immédiatement, suivi de l’autre homme. Le premier obstacle est facile à éviter, les meubles renversés qu’ils escaladent négligemment, et ils se précipitent vers les barrières au moment où un grognement retentit, derrière. Ils se laissent glisser dessous, refusant de regarder vers l’arrière malgré les tressaillements d’horreur qui les traversent et les séries d’aboiements, les dérapements de griffes sur le sol derrière eux. Ils contournent les dernières étagères et arrivent enfin à la porte. Alors, ils blêmissent.
    Elle commence déjà à se refermer.
    Is tire Rem et le lance devant lui, son pied filant hors de portée d’un chien plus vif. D’un coup de coude qui les fait trébucher, il parvient à leur faire franchir la porte vitrée à moitié fermée, face à laquelle le chien freine et se met à aboyer, fou de rage, suivi des autres. Is s’est écorché les genoux : il regarde derrière, haletant.
    - On a réussi, articule-t-il péniblement.
    - Les masques !
    - Quoi ?? Oh, m…
     Rem plonge la main dans la gibecière en toussant. En moins d’une minute, ils les ont recouvert, et halètent, tremblants. Is le relève, détache le cordon des ceintures et tire Rem vers le village.
    - Qu’est-ce qu’il y a ? bafouille Rem.
    - Les portes pourraient se rouvrir. On s’en va.
    - Ouais, t’as raison.
     Is attend quelques trente mètres avant de formuler sa pensée :
    - Je crois que quelqu'un nous observait.
    - Arrête avec tes délires, réplique Rem, revigoré, tu crois que c'était pas déjà assez flippant comme ça ?
    - C'est pas un délire. Les caméras bougeaient en même temps que nous, sur notre passage, et les portes se sont pas fermées toutes seules, non ?
     - Des dysfonctionnements, c’est tout.
     Ils s’en vont vérifier les maisons.

    
    
oOo

    
    - Is ?
     Il se reprend. Il s’est arrêté sur un de ces vieux sièges qui parsèment la grande surface. L’endroit n’a pas changé d’un pli, à l’exception de quelques meubles remis sur pieds et de la chaîne brisée, à l’entrée.
    - Où est-ce qu’ils sont ? balbutie-t-il pour lui-même.
    - Sans doute sortis vers la ville, réplique Lena.
     Il soupire avec un quart de sourire ironique, mais elle secoue la tête :
    - Non, mais vraiment. J’ai vu Cécile s’éloigner de ce côté pendant que je m’occupais de la bagnole, elle avait la meute avec elle. En général, elle peut disparaître plusieurs jours, elle laisse rien derrière.
     - Cécile ?
     - Ouais, la propriétaire.
     Elle ne tarde pas à comprendre le silence perplexe d’Is :
    - Vous voyez pas qui c’est ?
    - Non, je vous dis, vous êtes les premiers qu’on croise depuis des mois. C’est qui ?
     Lena soupire. Elle lui tend la main, il l’attrape et elle le relève, avant de faire quelques pas dans le magasin.
    - Quand vous disiez que vous aviez croisé la meute, je pensais qu’elle était avec, s’explique-t-elle brièvement en se frottant les yeux.
    - On l’a pas vue, en tout cas. On était entrés dans le supermarché pour essayer de trouver des réserves, on s’est rendus compte qu’il y avait des chiens, et on s’est enfuis après.
    - Vous avez eu du bol.
     La voix de la femme a comme des accents de prophétie. Is hoche nerveusement la tête :
    - Elle est là depuis longtemps… ?
    - Avant nous, marmonne Lena. Peut-être même qu’elle habitait le coin avant la guerre. J’en sais rien. Au début, quand tout s’est cassé la gueule, il paraît qu’elle avait que ses chiens. Des chiots, avec des bêtes plus vieilles, enfin, c’est plus trop important, ils sont morts aujourd’hui. Elle en a récupéré d’autres, les petits des premiers, ou des sauvages qu’elle nourrissait, ou allez savoir… Elle devait gérer un chenil, avant, j’imagine.
     Elle s’interrompt, faisant pensivement bouger un panneau publicitaire sur le bord d’une étagère.
    - On a tous eu notre façon de gérer, quand… quand on a tout perdu, articule péniblement Lena. Elle a pas fait des choses très… pas forcément bien. Enfin, personne, en fait. Je sais pas ce qui l’a poussée à devenir comme ça.
     Is ne sait pas quoi dire, alors qu’elle pose ses mains sur ses côtes. Elle porte son attention au mur du fond, recouvert de graffitis ; elle ne semble pas surprise de le voir, comme si elle recroisait un vieux souvenir qui l’indiffère.
    - C’est peut-être une méthode de survie comme une autre, dit-elle pour elle-même. Je suis mal placée pour juger.
    - Comment ça ?
    - Bah, des sales négociations avec des groupuscules. Elle s’est dépêchée de tirer ce qu’elle pouvait de tout ça. J’aimerais bien penser qu’elle a eu raison. Je sais pas, c’est juste, d’un côté, de vouloir survivre et d’oublier les autres et la morale. En tout cas, ça se conçoit.
    - Mais, vous, pourquoi vous dites que vous êtes mal placée pour juger ?
    - Parce qu'on fait tous des choses qu'on regrette, Is.
     Elle passe bien l’idée de rien qu’elle voudrait donner à ce message, mais Is s’y arrête. Avoir perdu la mémoire lui donne une certaine acuité sur les détails, mais il n’a pas de quoi nourrir la réflexion qu’elle vient de faire, et de toute façon, elle enchaîne :
    - Bref. Après la guerre, il y a eu plusieurs… groupes, on va dire, qui se sont formés. Des élites de soldats, des espèces d’alliances un peu dispersées dans différents coins. Ils voulaient essayer de recréer quelque chose, un début de société qui pourrait redevenir les gouvernements qu’on a perdus, sur le long terme. Ils travaillaient pour mettre en place tout ce qui était ressources, partage... essayer de rassembler des gens à peu près fiables et motivés à leurs têtes… L'organisation, c’était pas encore trop ça, mais au moins ça pouvait être un bon point de départ pour les années à venir, et ils ont fait des efforts assez admirables, je trouve. Mais y a eu des problèmes.
    - Quels genres de problèmes ?
    - Des opposants.
    - Et ça existe plus, aujourd’hui ?
    - Oh, si, ça tient bien, mais avec les tensions… Vous voyez, ce truc ?
     Elle désigne le N tagué sur le mur. Is hoche vivement la tête.
    - Oui, on l’a rencontré dans différents coins, avec Rem…
    - Bah, la preuve qu’ils s’en sortent. C’est le symbole du Noyau, un de ces groupes, justement. Je sais pas ce qu’il fout là, d’ailleurs… De la provoc, j’imagine. Il y a eu une histoire avec leur dirigeante. Un scientifique est mort, avant la guerre, son nom vous dira rien, mais…
    - Alors, on pourrait y aller ?
     Lena se tait, tendue.
    - Où ça ? marmonne-t-elle.
    - Au Noyau.
    - C’est pas une bonne idée.
     Elle a parlé plus sèchement qu’elle le voulait, sans doute, car elle se met à faire quelques pas, comme pour se calmer. Is comprend qu’il a dit quelque chose de mal, mais il ne parvient pas tout à fait à se figurer quoi.
    - Si on peut être en sécurité, ce serait mieux, non ? insiste-t-il. Vous disiez que vous aviez besoin d’autres personnes, avec Eliote…
    - On a besoin d’être plusieurs pour être en sécurité, pas de tout un groupuscule. Ces affaires, leur dirigeante, surtout, elle leur a attiré des problèmes, des ennemis. Et quand je dis des ennemis, je parle d’un groupuscule entier, pas de genre deux-trois personnes. Et quand je dis des problèmes, c’est vraiment une question de conflits. Je ne dirais pas qu'il y a une si grosse hantise entre ces deux groupes, mais si c’est assez pour que Cécile s’y immisce, c’est qu’y a vraiment pas de stabilité dans leur organisation.
    - Hein ? Comment ça, Cécile ? Qu’est-ce qu’elle a à voir là-dedans ?
    - Elle est plus ou moins ce qui relie ces deux groupes. Une espèce d’équilibriste, qui va piocher des ressources d'un côté et de l'autre, et renseigner, en contrepartie… rien de fiable, mais elle donne des informations dont il est difficile de se passer. À elle seule, elle pourrait mettre un terme à la trêve qui existe entre ces deux groupes, mais elle ne le fait pas.
    - Et ils ne voient pas qu’elle les manipule, ces gens ?
    - Je crois. Mais je crois aussi qu’ils comptent plus sur ce qu’elle a à apporter.
     La femme semble s’être à peine détendue, et Is retient les autres questions qui lui viennent à propos du Noyau. Il se pince nerveusement l’arête du nez, cherchant un sujet de conversation qui les écarte de la corde raide ; ses yeux tombent sur l’ensemble de vieux tapis et de couvertures sales. L’endroit où doit se reposer la meute, d’ordinaire :
    - Et elle risque pas de revenir ?
    - On va pas trop traîner, réplique Lena, visiblement soulagée. Juste le temps de voir si elle n’a pas laissé quelques petits trucs à ramasser, derrière el… oh, putain.
     Elle s’est immobilisée quand elle a dépassé une rangée, et Is s’empresse de la rejoindre. Ils sont arrivés au niveau des caissons vides des fruits et légumes. Face à eux, une carcasse en putréfaction dont l’odeur doucereuse se fait soudain nettement sentir, parmi tous les relents du magasin. C’est un chien de petite taille, couché sur le flanc.
    - Il est mort, souffle Is.
    Lena reste silencieuse, comme abattue, tandis qu'Is se penche vers l'animal, s’assurant de ne plus lui sentir de pouls. Il s'éloigne, immobile sur les genoux, ses mains évitant soigneusement de s'appuyer sur le sol couvert de crasse.
    - Is… dit Lena après un temps.
    - Qu'est-ce qu'il y a ?
    - Vous pouvez retourner à la maison si vous voulez.
    - Vous comptez rester là ?
    - Non. Je vais rentrer, moi aussi, mais d’abord j'aimerais l'enterrer.
    - Vous… Mais je peux vous aider, ce n'est pas…
    - Vous n'êtes pas obligé, murmure-t-elle en s'approchant, empoignant l'animal.
    - Lena, tout va bien ?
     Elle secoue la tête, hausse les épaules, perdue.
    - Oui, ça va. J'aime juste pas ça.
    - La mort du chien ?
    - La mort du chien… pas seulement.
    - Qu'est-ce qui ne va pas ?
    - Je ne sais pas. Rien, si ça se trouve. J'ai juste l'impression qu'il y a quelque chose qui tourne pas bien, ici.
    - On pourrait partir, vous savez. Dès le retour d'Eliote et Rem, on pourrait quitter la ville. Je suis sûr qu'il y a toujours un endroit où aller.
    - Sans doute.
     Is se propose de l’aider, pour ne pas forcer sur son épaule, mais elle décline l’offre et ils sortent en silence.
    - Rem et moi, on avait l'intention de continuer notre voyage, avant de vous rencontrer, reprend Is pour ne pas laisser le silence s’appesantir de nouveau. On est tous un peu des vagabonds, maintenant, hein ? Avec l'ambulance, on pourra partir tous les cinq.
    - Et si on tombe en manque de quelque chose ?
    - C'est un risque qu'il faut bien prendre. Ce n'est pas en restant ici qu'on ne manquera de rien, d'ailleurs.
     Ils choisissent un coin reculé, derrière la maison. Ça leur a pris du temps, il a fallu qu'ils contournent les bâtiments pour que Thibault, s'il regarde par la fenêtre, ne les voie pas chargés de ce corps. Il y a peu de chances que ça arrive, il faut bien que le gamin soit prudent et qu’il ne prenne pas le risque de se montrer - et puis il a déjà vu tant de choses, dans sa courte vie, à quoi bon s’inquiéter ? mais ils préfèrent ne rien provoquer. Le terrain, boueux encore quelques jours auparavant, est à présent aussi sec et effrité que les terres du pays. Pour creuser, c'est dur, et pourtant ils s'y emploient énergiquement, à tour de rôle. Quand le trou atteint la moitié des dimensions qu'il faudrait, ils décident de s'arrêter là, épuisés. Ils mettent le chien dans le trou, et le recouvrent d'un tas de terre trop visible à leur goût - mais que peuvent-ils faire d'autre ?
    - Dario, souffle Lena.
    - Pardon ?
    - Il s'appelait Dario.
    - Comment vous le savez ?
    - Je l'ai vue l’appeler de temps en temps. Vous avez vu son pelage ? C'était un… j'ai plus la race. Mais il était facile à reconnaître, vous avez remarqué son poil noir et blanc un peu taché ? Quand il était vivant, il avait les yeux bleus. Il louchait un peu, je crois.
    - Elle l'a laissé derrière elle.
    - Oui, je ne comprends pas.
    - Vous croyez que…
    - Que quoi ?
     Is a l'air profondément affligé. Comme si la Terre venait de s'effondrer une seconde fois.
    - Qu’est-ce qu’il se passe ?
     - Je ne sais pas… Je trouve ça affreux de l’avoir abandonné.
    Lena hausse les épaules.
    - Elle l’a sans doute pas abandonné, Is. Elle a dû avoir des problèmes. C’est pas quelqu’un de bien, mais ses chiens, elle y tient, elle en aurait pas laissé un derrière juste comme ça. Surtout pas Dario.
    - C'est quoi, la différence, s’il se retrouve seul à la fin ? chuchote Is. C'est quoi la différence, si elle ne lui a pas offert une sépulture, si elle n'a rien fait pour l’empêcher de se faire bouffer par des bêtes ?
    - Je sais pas, Is. Des fois, on en sait rien, y a pas le choix.
     Is reste silencieux.
    - On devrait rentrer. Thibault doit nous attendre.
    - J'arrive dans une minute.
     Il s'assoit près du tas de terre, et remonte ses genoux sous son menton tandis que Lena s'éloigne.
    

Texte publié par Malike, 31 juillet 2019 à 21h07
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