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De l’effervescence régnait dans la cuisine où la mère tentait vainement de préparer le repas du réveillon, tout en faisait la conversation à la grand-mère venue pour l'occasion. Il lui fallait aussi éviter le petit qui courait dans tout la maison et la plus grande qui laisser traîner des affaires partout derrière elle.
    
     Apolline, car c'était le prénom de cette enfant de sept ans, aux longs cheveux blonds, fouillait dans les tiroirs l'environnant, cherchant sans résultat, une chose qu'elle était la seule à connaître.
    
     Après s'être cognée, plusieurs fois, la mère finit par en avoir assez.
    
     -Bon, Apo ! Fermes ces tiroirs et emmène ton frère dans le salon !
     -Mais je…
     -Y a pas de « mais » ! Tu le fais et c'est tout. Cette cuisine est trop petite pour nous tous.
     -Je voulais faire un dessin au père Noël pour qu'il sache quel chien, je veux ! Seulement, je ne retrouve pas mes crayons de couleur…
    
     Sa maman soupira.
    
     -Je ne vois pas ce qu'il ferait dans la cuisine, tes crayons de couleur ! Prends ceux qui sont dans le meuble sous la télé, avec le papier et donne s'en à ton frère aussi.
     -Mais je ne les aime pas, ceux-là ! C'est juste des vieux crayons. Moi, je veux les miens avec des paillettes dessus.
     -Un crayon, c'est un crayon ! Tu ferais bien d'arrêter tes caprices, sinon le père Noël ne t'apportera rien. Il ne passe que pour les petites sorcières généreuses ! Ce n'est pas ton cas pour le moment ! Est-ce qu'il faut que je te rappelle tes bêtises ?!
    
     Apolline baissa la tête, sachant qu'elle avait tord.
    
     -Viens Louis ! On y va !
     -On y va ! On y va ! répéta le petit en trottinant derrière elle.
    
     ***
    
     -Qu'est-ce que c'est que ces histoires de père Noël ? souffla la grand-mère.
     -Les enfants vont dans une école normale, ils apprennent donc la même chose que les autres enfants. Du coup, le père Noël en fait parti.
     -Quelle idée de mettre tes enfants dans une école qui n'est pas pour sorcier !
     -Ils n'en souffrent pas ! Ca leur apprend à être plus ouverts.
     -Oui, mais quand même ! Jusqu'à quand elle va croire qu'un barbu bedonnant descend la nuit par la cheminée pour mettre des cadeaux en dessous du sapin.
    
     La mère haussa les épaules.
    
     -Ca a parfois du bon !
     -Parce que tu peux lui faire croire que si elle n'est pas sage, il ne viendra pas ? Ce n'est pas un peu hypocrite. De mon temps, il suffisait de menacer d'un mauvais sort et les enfants allaient au pas.
     -Et ça, c'était pas hypocrite ?
     -Non ! Le mauvais sort pouvait vraiment tomber. Après une semaine, où ils se mettaient à pleurer dès qu'on disait « attention », les gamins avaient bien compris.
     -Ce n'est pas ma conception de l'éducation, désolée !
     -Comme tu veux, mais j'attends de voir ce que tu vas faire pour le chien.
    
     La mère lui lança un regard noir.
    
     ***
    
     Apolline tendit une liasse de feuilles à son frère et posa les crayons sur la table. Celui-ci, se mit à dessiner en chantonnant. La petite fille n'en fit rien. Elle n'allait pas se mettre au travail avec des outils pour bébé. On aurait presque dit des craies grasses. Ce n'était pas pour elle.
    
     Elle réfléchit. Si le père Noël voulait qu'elle soit une sorcière généreuse, elle devait le faire. Seulement, elle ne savait pas quoi faire de généreux.
    
     La fillette gagna l'étage et sa chambre. Elle ne posa aucun regard sur les crayons à paillettes qui l'attendait sur sa bibliothèque et alla voir l'aquarium sur son bureau. Felix l'y attendait tournant en rond comme à son habitude.
    
     -Qu'est-ce que je pourrais faire comme truc généreux ?
    
     Apolline jeta un regard au têtard flottant dans l'eau. Deux petites pattes lui étaient poussées à l'arrière du corps. Sur celles-ci, on retrouvait des poils noir et blanc au niveau du pied.
    
     -Génial ! T'es en train de redevenir un chat !
    
     Elle saisit le bocal, ce qui déclencha un cri de peur chez l'animal. Mais elle n'y prêta pas attention et descendit avec le têtard. Le pauvre Felix, petit chat noir et blanc, c'était vu utilisé comme cobaye pour ses sorts par l'enfant. Le but était de le transformer en crapaud. Cela n'avait pas marché et elle s'était retrouvée avec un pauvre têtard qui bondissait sur le plancher. Heureusement que sa mère avait eu la présence d'esprit de le plonger dans l'eau pour le sauver.
    
     Seulement, le problème était que comme personne ne savait quelle sort Apolline avait lancé, personne ne pouvait donc lui rendre sa forme originale. Une bêtise pour laquelle la petite sorcière s'était fait punir. Elle n'était pas sensée lancer des sorts sans la présence d'un adulte.
    
     Depuis le chat vivait dans un aquarium sur son bureau. La fillette ayant promis de s'occuper de lui, pour se faire pardonner. D'ailleurs, elle devait avouer que la présence de la petite boule de poils lui manquait.
    
     -Maman, hurla-t-elle. Il a des pattes !
    
     Elle déboula à toute allure dans la cuisine.
    
     -Il a des pattes ! répéta-t-elle.
     -Mais qu'est-ce que c'est que ça ? lui demanda sa grand-mère. Tu crois que ça a sa place dans une cuisine ?!
    
     Les questions calmèrent l'enthousiasme de la petite fille.
    
     -Mais Felix a des…
     -Pose-le sur la table du salon, je regarderais après, déclara sa mère. De toute façon, il ne va pas s'évaporer. A moins que tu prévois encore de faire des bêtises ?!
     -Non…
    
     Elle sortit tristement. Personne ne lui prêtait attention dans cette maison.
    
     -Il est où d'ailleurs, votre chat ? Je ne l'ai pas vu, demanda la grand-mère.
    
     Apolline ferma la porte pour ne pas entendre la suite.
    
     -Petit sa ! souffla son frère en montrant le bocal.
     -Chat !
     -Sa !
     -Chat avec un « che» !
     -Chsa ?
    
     Elle abandonna la partie et posa l'aquarium sur la table. Avec tout ça, elle n'avait toujours pas trouvé quelque chose de généreux à faire.
    
     Son frère continuait à chanter, avant de saisir un jouet musical et s'amuser avec. Ce n'était pas avec tout ce boucan qu'elle allait réussir à réfléchir correctement. Elle soupira.
    
     Brusquement, une idée lui vint, elle chaussa ses bottes, passa son manteau, avant d'ouvrir la porte-fenêtre pour gagner le jardin. De là, l'enfant se dirigea vers sa balançoire. C'était un endroit où elle se sentait bien. Nul doute qu'elle pourrait y trouver la solution à son problème.
    
     Elle commença à se balancer, cherchant une chose à faire qui pourrait faire plaisir aux autres. Car c'était ce qu'on recherchait en général lorsqu'on voulait être généreux. Apolline repoussa l'idée d'offrir des bonbons à tout le monde. Elle n'en avait pas et prendre ceux qui étaient dans le placard de la cuisine lui attirait des ennuis.
    
     Qu'aimaient donc les gens ? Une vaste question. Elle savait ce qu'elle, elle aimait et désirait, mais pour les autres, c'était plus difficile. En particulier pour les adultes.
    
     Papa voulait qu'elle est des bonnes notes. Mais là, on était en vacances et elle n'en aurait pas avant le soir.
    
     Maman voulait qu'elle soit sage. Mais être sage, ce n'est pas être généreux.
    
     Que pouvait vouloir les gens à Noël ? Après tout, elle était une sorcière, elle pourrait sûrement lancer un sort qui ferait plaisir aux autres.
    
     Une voix l'interrompit dans ses pensées.
    
     -Apolline ! Je peux savoir ce que tu fais là ?!
    
     C'était maman et elle n'avait pas l'air contente.
    
     L'enfant releva la tête.
    
     -Je voulais faire de la balançoire pour trouver…
     -On est en hiver ! Il fait froid et toi, tu pars au jardin en laissant tout ouvert. On chauffe. En plus, tu n'a même pas pensé que ton petit frère pouvait sortir sans manteau et tomber malade. Si tu continue comme ça, tu peux être sûr que le père Noël ne viendra pas pour toi. Maintenant rentre.
    
     Apolline se leva et tenta de contenir ses larmes. Rien ne paraissait marcher comme elle l'aurait voulu. A croire qu'on lui en voulait. Ce n'était pas sa faute, si en hiver, il faisait froid. Si on avait été en été, elle aurait pu sortir dans le jardin et personne n'aurait rien trouvé à redire.
    
     Soudain, une idée traversa son esprit. C'était peut-être ça la solution pour faire un acte généreux. Elle rentra en courant et ferma la porte derrière elle.
    
     -Pas le droit de sortir ! la gronda son frère, mais elle l'ignora, elle avait plus important à faire.
    
     La fillette traversa la pièce comme une furie, jeta ses bottes dans un coin et gagna sa chambre. La solution à ce problème devait se trouver dans le grimoire. Elle ferma bien la porte pour ne pas être dérangée.
    
     Sortant le gros volume, elle tourna délicatement les pages. Il lui fallait trouver le sort dont elle avait besoin.
    
     Les gens étaient souvent tristes en cette période de froid, elle avait la solution : un sort bien placé et on se croirait en été. C'était aussi simple que ça. En plus, comme ça, elle prouverait qu'elle savait faire preuve de générosité. Le père Noël la verrait et il lui apporterait un magnifique cadeau, celui qu'elle voulait : un chien.
    
     Maintenant, il ne fallait pas se tromper. Prenant bien garde à ce qu'elle allait faire, elle se débarrassa de son manteau qu'elle abandonna sur son lit. Ensuite, Apolline prit son temps pour rassembler tous les ingrédients. Elle allait même jusqu'à relire plusieurs fois la liste, pour ne pas faire d'erreurs.
    
     Une fois sûre d'elle et de ses choix, elle fit son mélange sur le bureau. Prenant bien garde de mettre juste ce qu'il fallait de chaque élément.
    
     Le bruit de la sonnette l'interrompit. L'enfant soupira. Qui pouvait bien être ce casse-pied ?
    
     Elle glisse la tête à la fenêtre pour apercevoir le nouvel arrivant, mais c'était trop tard, celui-ci s'était engouffré dans la maison.
    
     -Apolline, viens voir ton oncle !
    
     Pourquoi arrivait-il maintenant ? Elle n'avait plus que deux ingrédients à mettre.
    
     La petite fille prit l'avant-dernier et l'incorpora à la mixture.
    
     -Apolline ! l'appela-t-on encore.
    
     Elle attendrait donc pour mettre le dernier, puisqu'on ne lui laissait pas le choix. Elle descendit en laissant la porte ouverte. Elle comptait remonter dès qu'elle aurait dit bonjour.
    
     ***
    
     Arrivée en bas, Apolline se précipita pour embrasser son oncle Jules puis elle s’apprêta à retourner dans son antre. Mais on l'interrompit.
    
     -Attendez ! Je vais vous présenter quelqu'un ! déclara le nouvel arrivant.
    
     L'enfant espéra que ce n'était pas encore une amie fille. A chaque fois, celles-ci étaient stupides et feignaient de s'intéresser à elle, en la bombardant de questions dont elles n'écoutaient même pas les réponses. C'était fatiguant !
    
     En plus, la petite fille n'avait pas le temps pour ça, elle devait montrer au père Noël qu'elle pouvait être généreuse.
    
     Jules disparus par la porte, qu'il laissa ouverte alors que l'on était en hiver. Évidemment lui, on ne lui disait rien sous prétexte qu'il était un adulte. Cela énerva Apolline qui rebroussa chemin en direction de sa chambre. De toute façon, les surprises de l'oncle Jules n'avaient jamais rien d'intéressantes.
    
     Un aboiement attira son attention. Se pourrait-il que…
    
     Elle n'eut guère le temps de penser, qu'un gros chien se jeta sur elle, manquant de la faire tomber et essayant au passage ses pattes sales sur sa robe neuve. Avant de disparaître sans lui accorder le moindre intérêt.
    
     -Rufus ! cria Jules du salon.
    
     L'animal ne parut pas l'entendre et continua son inspection.
    
     -Maman, hurla Apolline.
    
     Elle tenait son vêtement sale sans savoir quoi en faire, cherchant à l’éloigner le plus possible d'elle. Une chose difficile puisqu'il se trouvait encore sur elle.
    
     -C'est rien ma chérie, juste un peu de terre, la rassura sa mère. Tu vas te changer et ça ira mieux.
    
     L'enfant hocha la tête.
    
     -Où est passé ce sacré chien ?
     -Il est parti.
    
     Du doigt, elle désigna le bout du couloir. Celui qui menait au bureau et à l'escalier menant aux chambres.
    
     -Les portes sont fermés, il ne devrait pas aller loin.
    
     Cette phrase sonna comme un électrochoc dans la tête de la fillette. Elle partit au quart de tour, monta les marches quatre à quatre pour arriver hors d'haleine dans sa pièce dédiée. Le chien l'y attendait prenant plaisir à se rouler sur son lit.
    
     -Non ! Hurla-t-elle. Va-t-en ! C'est ma chambre !
    
     Rufus ne bougea pas, se contentant de la fixer avec l'air bête, avant de se pelotonner dans les draps.
    
     -Qu'est-ce qui se passe ?!
    
     Apolline entendit la question de sa mère, puis ses pas venant en sa direction. Son regard passa du chien au grimoire. Vive comme l'éclair, elle le ferma et le rangea dans son armoire. Ensuite, elle se saisit du bol, ouvrit la fenêtre et le plaça sur le rebord de celles-ci.
    
     Elle venait juste de terminer lorsque Maman apparu. Se saisissant du collier, elle força l'animal à quitter le lit.
    
     -Apolline tu aurais dû fermer ta porte !
    
     Devant l'air abattu de la fillette, elle n'ajouta rien.
    
     -Bon, change-toi et rejoins nous.
    
     Avant de partir, son regard fit le tour de la pièce, cherchant les éventuels dégâts causés par Rufus. Elle avisa la fenêtre ouverte et la referma.
    
     -Si j'oublie de refermer après avoir aéré, pense à le faire. Je changerais ton lit, ne t'en fais pas. Pour le moment, je vais ramener le chien à Jules.
    
     L'animal commença à vouloir lui sauter dessus, mais un ordre bien cinglant le ramena à sa place.
    
     -A tout de suite, lui dit sa mère avant de disparaître en fermant la porte.
    
     ***
    
     Aussitôt, après que sa mère soit partie, Apolline risqua un coup d'oeil vers la fenêtre. En l'ouvrant, elle se rendit tout de suite compte du problème : le bol était tombé dans la haie qui bordait l'entrée de la maison.
    
     Son acte de générosité n'aurait pas lieu. Elle soupira.
    
     En même temps, la petite fille n'était plus vraiment sûr de vouloir avoir un chien. Après tout son rêve était d'avoir une adorable petite boule de poil comme celle de sa copine Lilou. Ainsi, elle aurait pu aller avec jusqu'à l'école. Mais un gros chien qui salissait tout, manquait de la faire tomber et risquer de casser des choses précieuses pour elle, c'était trop. Seulement, Apolline n'avait pas précisé au père Noël ce qu'elle souhaitait avoir.
    
     Du coup, la fillette hésitait sur la conduite à tenir.
    
     Finalement, elle choisit de se changer avant tout. Dans son armoire, elle prit un jogging trop petit qui lui arrivait au dessus de la cheville. Avec elle choisit un pull rose que son père lui avait offert et qu'elle détestait. Elle ne se sentait plus l'âge de porter des vêtements avec des têtes de pandas. D'ailleurs, elle n'aimait pas les pandas ! Elle les trouvait patauds et stupides.
    
     A regret, Apolline prit sa robe et alla la poser sur le panier de linge sale, ainsi sa mère y penserait. Maintenant, il lui restait une chose à faire : sortir sans se faire voir. Il fallait qu'elle récupère le bol, avant que sa mère ne se rende compte qu'elle avait voulu faire de la magie sans sa présence.
    
     Elle ne pouvait pas passer par la porte d'entrée donc il fallait passer à nouveau par la porte-fenêtre et faire le tour. Après, elle ne devait pas se faire repérer, en passant devant les vitres du salon.
    
     Autre problème : le chien ! Où se trouvait-il ? Elle ne l'entendait plus donc, il devait être à l'extérieur. Cela compliquait les choses.
    
     -Il est où Rufus ? demanda-t-elle d'un air soupçonneux.
     -Il est dehors. Ne t'en fais pas, lui chuchota sa grand-mère. C'est un chien, il n'a pas froid.
    
     Ce n'était pas du tout le souci premier d'Apolline. Elle, c'était son bol et sa récupération qui l'intéressait en cet instant.
    
     -Apolline, tu veux bien aller chercher un jeu de société, qu'on joue ensemble ? lui proposa sa mère.
    
     En temps normal, cela lui aurait fait plaisir et elle aurait filé le chercher en quatrième vitesse. Cependant ça ne l'arrangerait pas pour le moment.
    
     -J'y vais, déclara-t-elle quand même.
    
     Au moins, elle aurait une raison pour remonter dans la chambre avec son bol.
    
     La petite fille se glissa discrètement dans la pièce adjacente au salon, pour gagner l'extérieur. Elle croisa les doigts pour que le chien ne l'attende pas derrière la fenêtre. Heureusement, ce n'était pas le cas.
    
     La fillette sortit et pris conscience qu'elle était encore en chausson et sans manteau. Mieux valait se dépêcher et ne pas marcher dans la terre. Elle s'élança et jeta un coup d'oeil au salon pour éviter qu'on la remarque.
    
     Une fois le bol entre ses mains, elle se rendit compte que tout ce qu'il contenait s'était répandu dans les arbustes. Elle pouvait dire adieu à l'effet magique. Dans un sens, c'était peut-être mieux ainsi.
    
     Rufus parut la remarquer et vint vers elle, en agitant la queue. Il tenta de nicher sa truffe entre ses doigts pour découvrir la merveille qui s'y trouvait. Apolline le repoussa.
    
     -C'est pas pour toi, murmura-t-elle.
    
     Un frisson la parcouru. Elle avait froid. Voilà, ce que c'était de sortir sans rien sur le dos. Il n'y avait plus qu'à espérer qu'elle ne tomberait pas malade.
    
     Le chien tenta à nouveau, de mettre le nez dans le bol. Mais compris qu'on ne le laisserait pas faire, il remonta donc la piste de l'odeur et commença à vouloir lécher le liquide qui couvrait les feuilles du troène.
    
     Apolline fit la grimace. Certes, elle avait le champ libre pour repartir, mais d'un autre côté, elle ne savait pas si sa préparation n'était pas toxique pour Rufus. Il existait une solution simple pour la faire disparaître : dire la formule magique.
    
     Mais du coup, elle ferait une bonne action ou alors elle se ferait disputer par sa mère pour avoir utilisé la magie sans son accord. La fillette réfléchit. Elle ne pouvait pas laisser cet idiot de chien s'empoisonner sous ses yeux sans rien faire. S'il était malade, elle s'en voudrait toute sa vie.
    
     Aussi, elle se mit à chuchoter :
    
     -Oh temps, je te convoque. Que vienne le changement ! Que le quotidien soit bouleversé ! Que ce qui était jusqu'à maintenant ne soit plus, et que le climat que je désire vienne en cet instant dans mon ciel !
    
     La petite fille leva la tête, se demandant où commençait et où s'arrêtait son ciel. Est-ce que cela représentait seulement les endroits où pouvaient se porter son regard ? Ou alors plus loin ?
    
     S'il se mettait à faire chaud que dans son jardin, les gens trouveraient sûrement ça bizarre.
    
     Rufus la regarda comme si elle venait de voler son os. Il s'assit et attendit. Pour une fois, il était calme. Peut-être cela était-il dû au fait qu'il avait perçu un changement dans l'atmosphère ou alors c'était juste parce qu'il ne comprenait pas où la préparation avait pu disparaître.
    
     Apolline se décida à rebrousser chemin. Attendre là, le nez en l'air ne l'aiderait pas. En tout cas, la chaleur n'était pas au rendez-vous. Il faisait plus froid. Son sort était encore raté.
    
     La neige commença à tomber avant qu'elle ne puisse mettre un pied dans la maison. Une première bonne surprise, mais qui lui fit presser le pas. Elle allait mettre de l'eau partout à l'intérieur sinon. En plus, elle risquait de se retrouvait avec les pieds trempés.
    
     Au moins, elle avait semé le chien qui semblait courir après les flocons pour les manger. Les choses se déroulaient mieux qu'elle n'aurait pu s'y attendre. Malheureusement, en arrivant à la porte-fenêtre, Apolline découvrit un comité d’accueil.
    
     -Je peux savoir ce que tu faisais dehors ?
    
     La petite fille fit la grimace face à la question de sa mère. Pour gagner du temps, elle ferma les deux battants, évitant au froid de se glisser à l'intérieur.
    
     -Apolline, j'attends ta réponse !
     -Euh…
    
     C'était à peu près tout ce qui lui venait en tête.
    
     -On t'a demandé d'aller chercher un jeu de société et où je te retrouve ? Dans le jardin ?! Ca fait quand même deux fois aujourd'hui !
    
     La fillette émit un grognement pour seule réponse.
    
     -Qu'est-ce que tu faisais là-bas ? En plus, tu n'as rien sur le dos ?!
    
     La mère se penche vers elle et lui passa la main sous le menton pour croiser son regard.
    
     -Alors ? J'attends tes réponses ! On ne va pas y passer la journée.
    
     A nouveau, l'enfant resta muette.
    
     -Très bien, tu veux être punie ? Va dans ta chambre.
    
     Sa mère lui emboîta le pas. Elle parut d'ailleurs prendre conscience de ce que sa fille avait dans les mains.
    
     -C'est quoi, ça ? demanda-t-elle, en lui prenant le bol.
    
     Apolline fit une grimace.
    
     -C'est ton bol pour les sorts ?! Qu'est-ce que tu faisais dans le jardin avec ? Je croyais t'avoir interdit de faire de la magie sans ma présence. Tu as oublié ce qui est arrivé à Félix ?!
     -Non, mais…
    
     La petite fille trouvait injuste qu'on lui rappelle en permanence ce qui était arrivé au chat. Elle en était désolée. Son objectif était de transformer l'animal en crapaud, pas en têtard.
    
     -Mais quoi ?!
    
     C'était une bonne question.
    
     -Y neige ! Y neige ! Maman !
    
     La voix de Louis vient au secours de sa sœur.
    
     La mère releva la tête vers la fenêtre. Apolline en fit de même.
    
     Les flocons tombaient de plus en plus rapidement. Chose à laquelle la fillette ne s'attendait pas. Est-ce que c'était elle qui avait fait ça ? Elle en restait bouche bée.
    
     -Apolline ? Est-ce que tu y es pour quelque chose ?
    
     Que répondre ?
    
     -Euh… Peut-être…
    
     Elle ne pouvait se montrer plus précise puisqu'elle n'en savait rien, elle-même.
    
     -C'était ça que tu faisais avec ce bol ?
    
     La petite fille ne dit rien. Elle, ce qu'elle voulait, c'était qu'il fasse chaud. Bien sûr, la neige, c'était pas mal, mais cela ne remplacé pas son envie de faire de la balançoire sans avoir froid aux fesses.
    
     -Bah…
    
     Elle ne pouvait nier qu'elle avait voulu lancer un sort.
    
     -En fait…
     -Oui ?
    
     Louis entra dans la pièce et vint coller son nez à la fenêtre, en sautillant.
    
     -Y neige !
     -Je voulais faire quelque chose de généreux, avoua Apolline.
    
     Maman se radoucit.
    
     -C'est tout à ton honneur, mais malgré tout, je t'avais bien dit de ne pas faire de magie sans moi. Imagine si le sort avait mal tourné ?!
    
     La fillette passa sous silence le fait que l'effet n'était pas celui désiré.
    
     -Bon, on va en discuter. Mais avant nettoie le bol et remonte-le dans la chambre. D'accord ?
     -D'accord.
    
     Trouvant qu'elle s'en tirait assez bien, Apolline obéit sans un mot.
    
     ***
    
     La fillette gagna sa chambre, y rangea son bol et voulu s’asseoir sur son lit. Elle se souvint à temps que ce n'était pas une bonne idée. Devait-elle chercher un jeu de société ? Est-ce qu'on voudrait encore bien jouer avec elle, même si elle avait désobéi ?
    
     Sa mère entra.
    
     -J'aimerais que tu me racontes tout depuis le début, si tu veux bien.
     -Oui.
    
     Apolline hésita, cherchant ses mots.
    
     -En fait, j'ai demandé un chien au père Noël. Un petit chien tout mignon comme celui de Lilou, mais j'ai pas précisé au père Noël. Du coup, j'ai peur qu'il m'en rapporte un comme Rufus. C'est pas ça que je veux.
     -C'est pour ça que tu n'as pas arrêté de faire des bêtises toute la journée ? lui demanda sa mère surprise.
     -C'était pas des bêtises. C'est juste que tu as dit qu'il fallait être généreux pour avoir ses cadeaux donc je cherchais un truc généreux à faire.
     -Apo…
     -J'ai cherché quoi faire… J'avais pas trop d'idées…
     -Je vois et tu t'es dit que la neige pour noël, c'était une bonne idée. Je comprends. Mais tu n'étais pas obligé de faire ce genre de choses.
    
     Maman attira la fillette contre elle et elle se blottit dans ses bras.
    
     -Comment font les filles qui n'ont pas de pouvoirs, ma grande ?
    
     Apolline haussa les épaules. Elle ne s'était jamais penchée sur le problème.
    
     -Tu sais, il suffisait que tu sois sage, le père Noël l'aurait su.
     -En quoi, c'est généreux d'être sage ?!
     -C'est gentil envers ta maman.
    
     La petite sorcière lui lança un regard septique.
    
     -Enfin, je pense que je devrais te féliciter pour ton sort. Tu as réussi.
     -Ha ?
     -Regarde par la fenêtre.
    
     La petite fille se leva, courue jeter un coup d'oeil et fut surprise du résultat. Elle évita de dire qu'elle voulait de la chaleur, puisque sa mère était fière d'elle, elle préférait qu'elle le reste.
    
     -Et le père Noël ? s'inquiéta-t-elle soudain.
     -Le père Noël ?
     -Oui ? Il ne va pas m'en vouloir pour m'être servi de mes pouvoirs.
     -Nous verrons bien. Mais vu que tu n'as pas causé de catastrophe et que tu as fais ça pour rendre les gens heureux, je ne pense pas qu'il t'en tiendra rigueur.
    
     L'enfant paru réellement soulagée.
    
     -Bon maintenant, je veux que tu me promettes que tu m'en parleras avant de faire de la magie.
     -Oui…
     -Promis ?
     -Promis !
    
     Sa mère déposa un baiser sur sa joue et la prit dans ses bras.
    
     -Pour ce soir, tu vas être sage.
    
     Apolline hocha la tête.
    
     -Alors choisi un jeu et descend, moi, je vais m'occuper de ton lit.
    
     La petite fille accepta sans discuter, avant de gagner le salon.
    
     ***
    
     En bas, tout le monde avait le nez collé à la fenêtre. Louis s'agitait en regardant tomber les flocons. Sans bruit, Apolline posa le jeu et s'assit à table. Pour elle, ce qui arrivait avait quelque chose d'irréel. Elle avait du mal à prendre conscience que la neige qui recouvrait le jardin d'un manteau blanc, était le résultat de l'un de ses sorts.
    
     Sa grand-mère remarque sa présence et vint vers elle.
    
     -On peut être fière de toi, tu es une vraie sorcière, déclara-t-elle.
     -Et le père Noël ?
     -Euh…
    
     La grand-mère parue hésiter.
    
     -Je pense qu'il le saura.
    
     L'enfant fut soulagée de l'apprendre. Après tout, si elle avait fait tout ça, c'était avant tout pour que le père Noël soit content d'elle.
    
     -Je crois que je n'ai plus besoin d'un chien, avoua la petite fille. On verra ce que j'aurais.
     -Il trouvera quelque chose qui te plaira, lui souffla sa grand-mère.
    
     Cela la rassura quelque peu.
    
     Finalement, toute la famille passa une bonne soirée et lorsque vint l'heure d'aller se coucher, Apolline ne pensait plus à ce qu'elle avait fait. Elle était plus avide de découvrir ses cadeaux, mais en même temps, la fatigue la terrassa alors qu'elle cherchait à deviner ce qu'on lui offrirait.
    
     ***
    
     Le lendemain, lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle se précipita vers la fenêtre. Le jardin était recouvert d'une jolie couche blanche donnant un aspect cotonneux au paysage. Il ne neigeait plus, mais le ciel avait gardé une teinte pâle.
     Son sort avait réellement bien fonctionnait. Elle-même en était surprise.
    
     Laissant ses réflexions de côté, elle chaussa ses chaussons et descendit en trombe les escaliers, veillant quand même, à ne pas faire trop de bruit. En bas, tout était calme. Les adultes dormaient encore.
    
     En passant devant la cuisine, la fillette jeta un regard sur l'horloge au mur. Il était vraiment très tôt. Même Louis dormait encore.
    
     L'espace d'un instant, Apolline hésita. Devait-elle retourner se coucher et attendre un peu ? Elle n'en fit rien. Elle était trop impatiente.
    
     Lorsqu'elle entra dans le salon, des cadeaux l'attendaient sous le sapin. Rufus, traînait dans son panier. Il bougea les oreilles et lui jeta un regard interrogateur. L'enfant mit un doigt sur la bouche et lui signe de se taire. Il ne comprit pas, mais étant fatigué, il se contenta de se lever et de venir se coucher à ses pieds.
    
     Elle lui caressa la tête, avant de se retourner vers son but premier : les cadeaux. Délicatement, elle tira les étiquettes et les ouvrit pour voir qui en était le destinataire.
    
     Une petite boite, entourait de papier cadeau bleu avec de jolis étoiles, attira son attention. Elle était pour elle. Avec délicatesse, elle retira les morceaux de rubans adhésifs pour garder le joli papier intacte.
    
     Apolline le posa près d'elle, en compagnie de la petite carte sur laquelle on pouvait voir le père Noël sur son traîneau qui parcourait le ciel. Elle se retrouva avec une petite boite en carton sur les genoux. Avec précaution, elle l'ouvrit.
    
     Dedans, il y avait une petite enveloppe, accompagné d'un flocon. Cela avait un côté étrange.
    
     La fillette se mit à lire la lettre pour comprendre ce qu'était ce cadeau mystérieux.
    
     « Bonsoir ma petite Apolline,
     Je t'écris ce petit mot, pour te dire que j'ai bien reçu ta lettre. Tu me demandes un chien, je comprends que cela pourrait être pour toi, un bon compagnon. Malheureusement, je n'apporte pas d'animal. Je sais que tu risques d'être triste, mais je veux que tu comprennes qu'avoir un animal est une grosse responsabilité et je ne peux pas prendre le risque de t'amener un chien que tes parents ne souhaiteraient pas accueillir.
     Pour me faire pardonner, je t'envoie une potion. Elle te permettra de rendre son apparence à Félix. Je suis sûr que tu as hâte de retrouver ton chat. Ses câlins doivent te manquer. Il faut avouer qu'un têtard, c'est moins affectueux.
     Amicalement,
     Le père Noël »

    
     Abandonnant les cadeaux, la petite fille se leva précipitamment pour donner la potion à Félix. Elle faillit buter sur Rufus étalé de tout son long après du canapé. Il se releva et la suivit, langue pendante.
    
     Apolline plongea sa main dans l'aquarium. L'eau était froid, mais cela ne l'arrêta pas. Elle prit le têtard et le ramena vers la surface. Ouvrant le flacon avec l'aide de ses dents, elle fit tomber le contenu au creux de sa paume.
     Rufus suivait le moindre de ses gestes, s'attendant peut-être à ce qu'elle lui donne une friandise à terme.
    
     D'abord, il ne se passa rien, puis le têtard fut agité de soubresaut. Apolline le posa sur la table, elle espérait que le père Noël ne s'était pas trompé de formule. L'animal enfla, se couvrit de poil noir et blanc et deux petites cornes poussèrent sur sa tête, qui se transformèrent en deux oreilles pointues.
    
     C'était bien Félix qui se tenait devant elle sur la table. Il se releva, surprit, secoua la tête et la regarda en miaulant. La fillette ravie lui caressa le sommet du crâne, avant de le serrer contre elle. C'était vraiment un très beau cadeau. Son chat lui avait manqué.
    
     Le chien lui n'apprécia pas le nouveau venu. Il retroussa ses babines et se mit à grogner. Il se précipita cherchant à attraper Félix. Celui-ci ne bougea pas, mais son poil se hérissa, et il souffla sur Rufus.
    
     Apolline contempla la scène sans comprendre. Elle ne savait pas quoi faire ?
    
     -Arrête ! cria-t-elle au chien.
    
     Évidemment, celui-ci ne comprit pas. Il tenta d'attraper Félix, qui lui lança des coups de patte, toutes griffes dehors. Un aboiement fit sauter le chat hors de la table, et partir en courant l'autre aux trousses.
    
     Voulant sauver son chat, Apolline se mit à réciter :
    
     « Peau granuleuse et yeux globuleux, nez arrondi, je veux te voir prendre cette forme sans attendre. Te voilà puni pour tes actions ! ».
    
     Brusquement, il n'y eut plus qu'un chat courant dans le salon, qui prit place sur le dossier du canapé. Derrière, se tenait une pauvre petite créature qui s'agitait sur le sol, sans comprendre.
    
     Surprise, la fillette approcha pour regarder ce qu'il en était. Un petit crapaud sautillait devant elle.
    
     -J'ai réussis, murmura-t-elle. J'ai réussi.
    
     Elle aurait voulu le crier à la planète entière. Seulement, elle repensa à la discussion qu'elle avait eu avec sa mère. Comment allait-elle justifier ça ? Dire la vérité, était peut-être le plus simple. Elle soupira.
    
     Encore des ennuis en perceptive…
    
     ***
    
     Finalement, lorsque tout le monde fut levé, elle raconta à sa mère quel cadeau merveilleux lui avait apporté le père Noël : le retour de son Félix bien-aimé. Cela fit sourire tous ceux présent et le chat eut son quota de caresse.
    
     Malheureusement, arriva le moment fatidique où l'oncle Jules se demanda où pouvait bien être passé Rufus. Il y eut un silence. En effet personne ne l'avait vu depuis la veille. Personne sauf la petite sorcière.
    
     Apolline se leva et apporta l'aquarium, à présent vide, à son oncle. Celui-ci le regarda sans comprendre. Au fond, un petit crapaud ne bougeait pas, paraissant terrifié.
    
     -Je ne comprends pas.
     -Demande donc au père Noël, il t'expliquera, j'en suis sûr, déclara-t-elle avant de quitter la pièce sous le regard ahurie des autres membres de sa famille.
    

Texte publié par Nascana, 14 juillet 2019 à 18h17
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