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Tome 1, Chapitre 5 Tome 1, Chapitre 5
Le battant pivota et Maureen l'accueillit à bras ouvert, la faisant rentrer dans la pièce, en vitesse. Elle paraissait véritablement heureuse de la voir. Cela faisait bizarre à Rosa qui n'avait pas l'habitude qu'on la traite ainsi.
    
     -Venez manger un petit peu.
    
     La jeune femme hocha la tête, mais pensa à Dvan qui n'avait rien dans l'estomac. Cela lui faisait mal au coeur de pouvoir se nourrir sans lui.
    
     -Dvan n'a rien mangé, murmura-t-elle.
     -Nous allons lui préparer un petit quelque chose.
    
     C'était si simple que Rosa se trouva bête de ne pas y avoir pensé avant.
    
     -Mais avant, comment allez-vous ?
     -Ne vous en faites pas pour moi. Tout va très bien.
     -J'étais mal rien que de vous savoir dans cette grange. Une femme dans votre état à besoin d'un logement décent. J'ai pensé à une chose. Il y a une vieille maison à la sortie du village, peut-être pourriez-vous vous y installer.
    
     Le coeur de la jeune femme fit un bond à cette révélation. Elle aurait tellement aimé avoir sa maison et y vivre avec son aimé et son bébé. Cependant, elle ne voulait pas se faire de fausse joie.
    
     Maureen continua à parler et à prendre soin d'elle toute la matinée. Elle était gentille et lui rappelait sa mère. Rose ne pouvait nier qu'elle se sentait bien ici, pour une fois, elle se sentait à sa place et acceptée.
    
     La propriétaire des lieux l'invita à cuisiner avec elle, ce qu'elle fit avec plaisir. C'était agréable d'être en présence d'une autre femme qui ne la regardait pas avec mépris. Ce n'était pas sa faute si elle n'était jamais au bon endroit, au bon moment. Il y avait trop d'hommes qui gravitaient autour d'elle que se soit dans la rue ou sur le chantier. Était-ce de sa faute ? Est-ce que c'était elle qui excitait leurs ardeurs ?
    
     -Êtes-vous mariés depuis longtemps ? demanda brusquement Maureen.
    
     Heureusement, Rosa avait l'habitude de rester calme et inexpressive dans les moments de stress, ainsi son interlocutrice ne se douta de rien. Elle ne pouvait pas lui dire que leur mariage symbolique datait de cette nuit. Encore moins avec un ventre pareil…
    
     -Pas tant que ça, murmura-t-elle de manière évasive.
    
     Il ne fallait pas que Dvan et elle, répondent de manière différente. Portant la main à son ventre, elle simula une faiblesse soudaine, consécutive à son état. Cela lui valu l'attention de son hôtesse qui lui intima de s'asseoir.
    
     -Vous vous surmenez trop ! Ce n'est pas bon pour le bébé !
     -Je sais, souffla Rosa.
    
     L'autre tendit la main vers son ventre.
    
     -Est-ce que je peux toucher ?
     -Oui.
    
     Maureen paraissait soudain plus sombre.
    
     -Je n'ai jamais pu avoir d'enfants, lâche-t-elle soudain. Je ne devais pas être une bonne épouse parce que je les perdais tous.
    
     Cette révélation toucha Rosa, qui lui prit la main.
    
     -Ce n'est pas votre faute ! Ce n'est la faute de personne.
     -J'aurais tellement voulu…
    
     La détresse de cette femme lui faisait mal au coeur. Elle se sentait d'autant plus coupable qu'elle, elle n'avait pas voulu d'enfants. Elle ne voulait même pas d'hommes dans sa vie. Un seul lui suffisait, et elle le croyait inaccessible.
    
     -Ce n'est pas une punition ou autre, c'est juste la vie qui est comme ça.
     -Mais si…
     -Je ne suis pas une fille bien et j'ai pu tomber enceinte alors ce n'est en rien une question de comportement.
     -Je suis sûr que vous êtes une gentille jeune fille…
    
     Rosa prit une grande respiration.
    
     -Je ne suis pas méchante, mais je ne suis pas non plus quelqu'un de bien…
    
     Elle hésita. La jeune femme ressentait le besoin de se confier, mais avait peur que ses révélations ne soient pas bien prises. Si l'on venait à la chasser. Elle devait avant tout penser à Dvan et son enfant.
    
     -Votre mari… Vous êtes si différent… Est-ce que c'est en rapport avec lui ?
    
     Rosa comprit tout de suite le sous-entendu. Elle était une belle jeune femme alors que lui n'était qu'un pauvre type défiguré. Seulement, elle n'était pas aussi superficielle.
    
     -Dvan est l'homme le plus gentil de la terre. Il est meilleur que bien des autres. Certes, il n'est pas riche, mais il est de ces hommes que l'on suivrait au bout du monde.
     -Vous êtes amoureuse de lui ?
    
     Elle rougit.
    
     -Oui…
    
     C'était la vérité et elle ne pouvait pas le nier.
    
     -Alors en quoi êtes-vous mauvaise ?
    
     Rosa soupira.
    
     -Si vous veniez à le savoir vous me chasseriez…
    
     L'autre lui prit les mains entre les siennes, choquée.
    
     -Bien sûr que non. Comment pourrait-on faire une chose pareille ?
    
     Elle se reprit.
    
     -Je n'en parlerai à personne…
    
     La jeune femme avait tellement envie de dire ce qu'elle avait sur le coeur.
    
     -Ma mère est morte lorsque j'étais plus jeune. Mon père était violent et buvait plus que de raison. Il lui fallait sans cesse de l'argent. Il voulait que je lui en ramène alors… chaque soir, je retournais dans la rue pour quelques pièces...
    
     Sa voix se brisa. Elle ne disait pas totalement la vérité, mais elle ne mentait pas non plus sur sa situation.
    
     Maureen lui serra plus fort les doigts.
    
     -Ne me dites pas…
    
     Rosa hocha la tête.
    
     L'autre se leva et la prit dans ses bras.
    
     -Pauvre chérie. Vous avez tant supporté…Un père ne devrait jamais faire ça à ses enfants...
    
     Elle se laissa faire.
    
     -Le bébé, murmura-t-elle.
    
     Que dire ? Qu'elle ne savait pas qui était le père ? En fait si, elle ne le savait que trop bien.
    
     -Ce n'est pas le sien ?
    
     Elle secoua la tête, et continua à parler.
    
     -Mais il le sait, avoua-t-elle. Cela ne lui a pas fait peur. Dvan est exceptionnel.
    
     Rosa ne mentait pas en disant ces mots.
    
     -Que souhaitez-vous faire, maintenant ? lui demanda Maureen.
     -Etre avec Dvan. Ensemble, on prendra soin de notre bébé…
    
     C'était là son vœu le plus cher.
    
     -Je vous aiderai, lui murmura son interlocutrice. Vous le méritez.
    
     Après ces paroles, elles continuèrent leur discussion. Plus le temps passait, plus Rosa se sentait proche de cette femme. Elle avait l'impression de trouver une autre mère.
    
     Peut-être seraient-ils bien dans ce village ? Peut-être avaient-ils une chance pour une fois ? Cela serait bien. Elle avait envie d'y croire.
    

Texte publié par Nascana, 21 juillet 2019 à 19h40
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