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Tome 1, Chapitre 1 « Entrée n°2 : Je me souviens » Tome 1, Chapitre 1
« Je me souviens, maintenant. Il m’a fallu plus de dix jours, un peu de repos et quelques heures plongées dans le silence de ce qui me sert de chambre – bien que je la partage avec cinq autres individus – pour que ma mémoire enfin ne me livre ses secrets.
    
    J’avais la chance d’être à Illium, la capitale du Dominion, ce jour-là. Quand j’y pense, c’est probablement ce qui m’a sauvé la vie : si j’étais restée à Auroria, sur cette colline coupée de la civilisation et de tout moyen de locomotion moderne, j’aurais probablement fini en mille morceaux, comme notre pauvre Nexus.
    La raison de ma venue en Illium ? Je ne m’en souviens pas précisément. Probablement une course, ou un service à rendre. Qu’importe : ce dont je me rappelle maintenant très clairement, ce sont des hauts bâtiments de cette ville, de leur architecture aussi complexe que majestueuse ; les fenêtres arquées aux peintures rouges ou dorées ; les murs immaculés finement gravés de symboles et d’adages du Dominion ; les piliers et les statues qui s’élevaient, vertigineux, dans le ciel…
    Il faisait beau ce jour-là et la ville était plus animée qu’habituellement. Un seigneur Luminai était probablement de passage. Quoi qu’il en soit, je n’étais pas là pour ça.
    
    Alors que je m’aventurais du côté du quartier marchand, il y eut une détonation. À l’instar des gens qui m’entouraient, je n’y réagis pas immédiatement. Ce genre de vacarme était devenu habituel depuis que les chuas, minuscules rongeurs à l’imagination scientifique disproportionnée, s’essayaient à des expériences toujours plus dangereuses les unes que les autres à l’est de la ville. Tout au plus, seuls quelques individus levèrent la tête : après tout, cela pouvait aussi être un feu d’artifice lancé en l’honneur de quelque visite de haute hiérarchie.
    
    Mais ce qui suivit remit toutes nos certitudes en question. En comparaison, la Corruption et ses bêtes putréfiées n’étaient qu’une pathétique blague.
    Bien plus sourde, la détonation qui succéda à la première semblait venir des entrailles de la terre elle-même. Elle fut suivie, ou plutôt prolongée par un son vibrant qui me vrilla les tympans. En y songeant bien, cela me rappelait vaguement le bruit d’un cor amplifié ; un cor venu tout droit d’un monde ténébreux et détenu par je ne sais quelle créature au souffle interminable.
    
    Illium s’éteignit tout à coup. Les marchands se turent, les festivités cessèrent ; la moindre discussion fut effacée par ce son bourdonnant qui avait fini par stopper. Je me souviens avoir échangé un regard inquiet avec une draken, ainsi qu’avec un garde qui s’était ensuite précipité vers un régiment qui approchait. Personne ne savait ce qu’il se passait.
    
    Un craquement résonna dans la cité. D’abord sous nos pieds, mon oreille l’entendit remonter le long d’une tour de la place du Conquérant. Ce détail, je m’en souviens comme si j’y étais encore, comme si je pouvais revivre ce moment : je vis distinctement une pierre blanche dégringoler de la tour, comme si on lui avait asséné une petite pichenette pour l’en décrocher.
    
    Je ne sais pas si le cri qui suivit fut le déclenchement de tout ou l’inverse, toujours est-il qu’en entendant l’ordre – celui de courir hors de la ville –, une multitude de craquements sonores retentirent autour de moi. Si d’abord je ne fis que les entendre, mon passage par les Jardins Lumineux m’offrit un spectacle visuel des plus horrifiants : des fissures parcouraient le sol, le fendant comme s’il ne s’agissait que d’une miche de pain tendre. Et loin de se contenter que d’un seul chemin, elles se disloquaient en plusieurs petites veines dont les dommages, moins conséquents sur le court terme, n’en étaient pas moins dangereux : ces « petites » failles dans le sol nous poussaient tout de même à bondir par-dessus avec précaution. Et encore : je mesure plus de deux mètres et suis entraînée à arpenter des terrains accidentés. Qu’en est-il des chuas, qui ne dépassent, pour les plus chanceux d’entre eux, pas le mètre trente ?
    
    La place du Destin, au plus près de la sortie nord de la ville, représentait un nouveau challenge. Encerclée de hauts bâtiments, ceux-ci commençaient à s’effriter de manière inquiétante. Au-dessus de nos têtes, plusieurs vaisseaux – probablement partis du Spatioport Alpha, à l’est d’Illium – s’élevaient. L’un d’entre eux fut surpris par l’effondrement d’une tour, et je fus forcée d’assister à son terrible crash.
    À ce moment précis, je m’emparai de mon infochron et cherchai hâtivement à joindre Elvawen. Je savais qu’elle avait quitté Auroria peu avant que je le fisse mais où s’était-elle rendue exactement ? Impossible de m’en souvenir. Et son infochron ne répondait pas…
    Tout en courant, esquivant ici et là des pluies de bêton armé, de pierres et de structures métalliques, je tentai de contacter Raenri. Là encore, aucune réponse. Rien d’étonnant à cela en soi : elle a toujours été difficile à joindre, même en des situations moins urgentes…
    
    Je fus obligée d’abandonner mes vaines tentatives de communication, littéralement : une secousse brutale me fit perdre l’équilibre et mon infochron avec. Il glissa sur le sol et je le vis disparaître dans l’une de ces entailles terrestres. Je n’étais pas assez folle ni suffisamment désespérée pour tenter de le rattraper.
    
    Emportée dans le sillage de ceux qui tentaient de fuir la ville, je gagnai le terrain vague au nord de la ville, près duquel s’était installée l’avant-poste de l’Aube. Les soldats qui s’y trouvaient étaient comme tétanisés. Ils observaient la ville d’un air à la fois béat et effrayé. D’autres, en possession de leur sang-froid – ou peut-être tout simplement sous l’effet de la peur – préparaient à la hâte de quoi fuir : des véhicules qu’ils chargeaient de rations diverses. Ils n’ont pas rechigné à m’accepter dans leur embarcation.
    
    À ce moment-là, nous étions bien loin de nous douter que ce n’était pas qu’Illium qui flanchait. Ah, quelle douve naïveté… »

Texte publié par Ifreann, 7 juin 2019 à 18h32
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