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Tome 1, Chapitre 8 « Face à soi-même » Tome 1, Chapitre 8
Il n'avait pas essayé de m'empêcher de sombrer dans les bras de Morphée. Les heures passèrent, chacune plus longue et douloureuse que la précédente. Alors que le ciel se teintait de rouge, j’entendis un bruit de pas qui me parut bien lointain. Un brouillard m'entourait, m'engourdissait peu à peu. Mais le bruit de deux bols se fracassant au sol acheva de me sortir de mon léger sommeil. Je réussis à ouvrir lentement mes lourdes paupières pour voir le jeune Paul qui me dévisageait d’un air horrifié.
    
    « Allez chercher le taré qui vous sert de capitaine ! L’agressa l’héritier des d’Udor. Si vous ne vous bougez pas rapidement, je m’arrange pour vous arracher les yeux avec les dents dès que l’on me détachera » termina-t-il d’un ton menaçant.
    
    Le matelot reparti en courant après avoir acquiescé. Une nouvelle quinte de toux me secoua, de la sueur froide doubla sur mon corps brûlant et tremblant. Je n’avais plus la force de garder les yeux ouverts ni même de prononcer le moindre mot. Je voulais juste mourir pour échapper à tout cela.
    
    « Que se passe-t-il ? »
    
    La voix tranchante du capitaine résonna à mes oreilles, claquant dans l’air comme un fouet. Mais même la rage qu'il fit naître en moi n'était pas assez puissante pour me sortir de la torpeur dans laquelle je m’enfonçais de nouveau.
    
    « Si vous avez l’intention de nous vendre, je vous conseil d’amener Willémina voir votre médecin, informa Étienne d’un ton froid.
    
    — Pourquoi cela ? Qu’a-t-elle ?
    
    — Rien d’autre qu’une balle logée dans l’épaule. »
    
    Je sentis une main glacée se poser sur mon front, un peu rudement.
    
    « Pourquoi n’avez-vous pas prévenu plus tôt ? Gronda la capitaine.
    
    — Je l’ai fais ! S’énerva mon ami. Mais un seul de vos hommes est venu et cet ivrogne a seulement ricaner comme un âne.
    
    — Je l’amène voir Henry.
    
    — Pas sans moi, le stoppa le noble.
    
    — Vous n’avez pas confiance ?
    
    — Pas tellement non. »
    
    Le pirate bougonna mais se rendit rapidement compte qu’il ne gagnerait pas cette bataille. Je sentis la pression des fers disparaître de mes chevilles et quelqu’un me souleva. Je reconnus l’odeur de mon camarade. Une douce lumière, sans doute celle du soleil matinale qui me réchauffa le visage, transperça l’obscurité de mes paupières closes. Cependant, elle disparut bien vite et mon porteur m’allongea sur une surface dure. Le capitaine s’en alla et Étienne discuta avec un homme qui déchira la manche droite de ma chemise de nuit.
    
    « Je vais voir ce que je peux faire, mais je ne garantie rien » Chevrota une voix rugueuse.
    
    Il me fit boire un liquide très fort qui me brûla la langue et la gorge mais qui me plongea dans un état second. Puis il me fourra dans la bouche un chiffon roulé en boule et il versa du rhum sur mon épaule, que je reconnus à l’odeur. Un long gémissement de douleur étouffé par le tissu douteux sortit d’entre mes lèvres.
    
    La suite ne fut que souffrance. Les mains chaudes de mon ami me maintenaient immobile le temps que le médecin de bord ne retire la balle. Lorsque ce dernier recousu la plaie, je ne pus m’empêcher de hurler comme une possédée, les effets de l’alcool s’étant dissipés avec le temps. Quand enfin le bandage fut serré, je décrispai mon corps, lâchant le torchon trempé qui tomba au sol dans un bruit mat.
    
    J’étais essoufflée et j’avais très froid. Quelqu’un me couvrit et les doigts de mon camarade enlacèrent doucement les miens. Je pus rester un minimum consciente pour suivre la conversation qui se tenait.
    
    « Si ce soir elle n’a plus de fièvre, c’est qu’elle est guérie.
    
    — Et si jamais elle en a encore ?
    
    — Alors je crains bien qu’elle ne passe pas la semaine. Tenez, faites lui boire ceci, c’est un sirop à base de plantes médicinales. »
    
    Le liquide était acide, épais et légèrement sucré. Il glissa difficilement dans ma gorge.
    
    « Dormez maintenant, murmura le noble en dégageant quelques mèches collées sur mon front. Reposez-vous, je reste près de vous. »
    
    Je n’avais pas la force de parler ni de bouger. Je finis par m’endormir, plongeant dans un sommeil lourd et profond.
    
    Je flotte dans une brume grise scintillante. Je ne sens rien, n’entends rien. Je suis seule. Soudain, je vois quelqu’un arriver face à moi. D’abord une silhouette floue qui se précise de plus en plus. Mes yeux s’écarquillent lorsque je me reconnais.
    
    « Alors Petite Princesse, t’es mourante ? » demande cette apparition d’un air narquois.
    
    — Qui es-tu ? Demandai-je.
    
    — Je suis toi. Une partie de toi que tu ne connais pas. Je suis là pour protéger ton « innocence » comme dirait l’autre d’Udor. Je suis celle que tu ne seras jamais. »
    
    Je reste immobile, comme une parfaite idiote devant ce coup de poignard en pleine poitrine. Je serre les dents et les poings sans trouver une once de courage en moi afin de lui répondre. Elle le sent, elle ricane, elle se moque sans vergogne.
    
    « Réveilles toi maintenant Petite Princesse, sinon ton très cher garde du corps va finir par s’inquiéter comme il est. On s’reverra. Au revoir. »
    
    Je ne peux rien faire qu’elle disparaît. Je me sens partir aussi…

Texte publié par Loune, 27 août 2019 à 09h18
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