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Tome 1, Chapitre 7 « Douloureuse nuit » Tome 1, Chapitre 7
Ils nous laissèrent seuls. Je restai immobile, les yeux dans le vague, fixant sans les voir les tonneaux d’alcool face à moi, presque invisibles dans la noirceur de la pièce. J'étais devenue lasse, fatiguée, vide. Notre sort allait se jouer entre deux têtes de bétail. Nous allions être vendus alors que nos rangs nous destinaient à de plus hauts desseins : mariage, richesse, héritages et héritiers. Mais la France était bien loin et notre position avec. Des nobles qui savaient lire, écrire, compter, danser, se battre, chanter, cela valait sans doute de l'or.
    
    « Je voulais vous le dire tout à l’heure mais vous m’avez étonnée vous savez, intervint Étienne en me sortant de mes pensées.
    
    — Que voulez-vous dire ? »
    
    J'avais si peu l'habitude qu'il me confie de telles choses qu'en cet instant, cela me paraissait presque irréel.
    
    « Vous avez tué beaucoup de monde et pourtant, quand vous êtes redevenue vous-même, votre regard était toujours pur. Comme si un ange tombé du ciel ne se laissait pas entacher par les péchés humains.
    
    — Comment cela ce fait-il d’après vous ? »
    
    J'avais beaucoup de mal à suivre son raisonnement, avec tout ce qui nous était arrivé. Les seules choses que je retenais étaient que j'allais devenir une esclave. L'idée de me laisser mourir de cette balle dans l'épaule était de plus en plus tentante.
    
    « Je ne sais pas trop, répondit mon compagnon, bien éloigné de mes pensées suicidaires. C’est comme si votre esprit avait crée une… comment dire… une autre personnalité ?
    
    — Est-ce grave ?
    
    — Non, du moins nous ne nous trouvons pas dans une situation où cela devrait l’être. Tout ce qui compte, c’est que vous conserviez votre santé mentale. »
    
    Je ne sus comment prendre la chose. Dans le doute, je préférai me taire. Je baissais doucement les yeux, de plus en plus emprunte à la douleur, qu'elle fusse physique ou morale.
    
    « Je ne veux plus jamais porter d’épée, murmurai-je.
    
    — Vous décidez toujours de vos actes. Mais sachez que vous n’avez encore rien vu du monde. Bien pire que ce voyage pourrait vous attendre.
    
    — Je ne saurais dire à quel point vos paroles sont réconfortantes, ricanai-je d’un air assombri.
    
    — J’en suis navré mais je préfère ne pas vous mentir. Mais soyez sans crainte, vous pourrez toujours compter sur moi. Je resterai à vos cotés jusqu'au jour où je serais persuadé que vous serez entre de bonnes mains. »
    
    Je sentis ma gorge se serrer. Il était si protecteur envers moi, je n’arrivais pas à y croire. Mais la mort me semblait toujours une option plus que plaisante dans ces conditions. Je me tus, pour le plaisir d'entendre ses dernière paroles résonner dans mon esprit. Une image de nous deux, sous le soleil chaud d’une journée d’été, s’imprima sous mes paupières. Un vent frais soulevaient nos cheveux alors que des rires nous entouraient.
    
    Alors que la nuit continuait sa course, laissant toujours planer la même obscurité angoissante dans la cale, je toussai pour la troisième fois consécutive. J’avais les paupières lourdes et le souffle court et chaud. Mon visage et mon corps étaient entièrement couverts de sueur, ma tête dodelinait dangereusement, et je dus la poser sur l’épaule de mon ami pour éviter de tomber par terre. Il porta sa main à mon front et je devinai son froncement de sourcil.
    
    « Vous êtes brûlante de fièvre, il faut vous soigner. Mais comment…
    
    — Il m’a tiré dessus, soufflai-je d’une voix rauque. L'épaule…
    
    — Voulez-vous dire que vous avez une balle logée dans l’épaule depuis que nous sommes ici ? S’exclama-t-il en me saisissant le poignet pour prendre mon pouls.
    
    — Je préfère...la mort. »
    
    Je le sentis se tendre contre moi face à cette résolution.
    
    « Et moi je préfère tenter de nous sortir de là. Tant qu'il y a de la vie, il ne faut pas perdre espoir. S’il vous plaît ! » Appela-t-il.
    
    Personne ne répondit ni ne vint. Il réitéra son cri mais les pirates n’étaient pas des lève-tôt, et ceux de quart devaient s’être envoyé une bonne quantité de l’alcool emmagasiné par le capitaine Landreau.
    
    J’allais mourir sans avoir dit pardon à Marie-Ange pour tout le souci que je lui avais créé. Sans lui dire que je l’aimais, qu’elle était et resterait ma sœur à tout jamais. Sans m’excuser auprès de ma mère pour n’avoir pas été une fille exemplaire. Sans remercier Monsieur et Madame d’Udor pour avoir mis leur fils sur mon chemin. Dans un ultime geste égoïste, je me laissais partir en abandonnant mon ami. Mais je ne pouvais pas supporter notre situation, c'était trop dur.
    
    « Quelqu’un !
    
    — Vous pouvez pas la fermer non ! »
    
    Cette réponse précéda des bruits de pas pressés. L’homme semblait marcher de travers et une affreuse odeur de rhum envie l'endroit étroit lorsqu'il prit la parole d'un ton énervé.
    
    « Vite, allez chercher le médecin, elle est fiévreuse et risque de mourir !
    
    — Tant mieux, ricana-t-il en remontant.
    
    — Non mais attendez ! »
    
    Il était déjà repartit. Si c’était lui qui avait répondu, alors les autres dormaient sans doute comme des loirs. Je ne pus retenir un petit gémissement de souffrance, respirant de plus en plus difficilement. J’avais l’impression que mon crâne allait exploser sous la douleur. Mes tremblements se transformèrent en violents spasmes et un haut-le-cœur me força à me redresser pour rendre la bile acide de mon estomac.
    
    Je sentais mon ami qui commençait à s’agiter. Il avait totalement perdu le contrôle de la situation et bien qu’il essayât de me le cacher, je le connaissais suffisamment pour savoir qu’il était en train de paniquer.
    
    « Ca…calmez-vous s’il…vous plaît, baragouinai-je avec difficulté. Vous allez…avoir des rides à force de froncer les sourcils…de la sorte.
    
    — Excusez moi mais votre tentative d’humour n’est pas la bienvenue ! Rétorqua-t-il sèchement. Il faut vous soigner, encore quelques heures et nous ne pourrons plus rien faire pour vous ! Et je…
    
    — Calmez-vous, répétai-je doucement avec une voix que je voulais sereine mais qui était de plus en plus basse et fiévreuse. Ne vous…inquié…
    
    — Si vous me dîtes de ne pas m’inquiéter je vous envoie sur la lune à coup de pied aux fesses ! »
    
    Un liquide épais coula d’entre mes lèvres gonflées alors que j’étouffais un léger rire. Quelques éclaboussures sur la main d’Étienne suffirent à empirer son état. Je le sentis serrer ses doigts sur ma nuque. J'aurais presque pu le voir crisper les mâchoires.
    
    « Du sang, murmura-t-il. Si je vous laisse ici, vous ne tiendrez pas le reste de la nuit.
    
    — Comment…comptez-vous faire ? Je vous…signale que nous…sommes…attachés.
    
    — Tout d’abord je vais vous bâillonner si vous continuez de parler. Il faut que vous économisiez vos forces, alors faites silence le temps que je cherche une solution. Mais ne vous endormez pas, je vous l'interdit.
    
    — Je…peux vous demander un service ? »
    
    Ma voix était avait encore faibli, elle n’était plus qu’un chuchotement à peine audible par-dessus le chant des vagues. Je sentis mon cœur se serrer violemment sous la demande que j'osais à peine formuler.
    
    « Quoi donc ?
    
    — S’il…s’il vous plaît… »
    
    Des larmes commencèrent à rouler doucement sur mes joues de mes yeux fermés alors que j’appuyais ma tête contre son épaule. Ma gorge était nouée par l’effrayante réalité qui nous entourait.
    
    « Lorsque je mourrai…
    
    — Ne dîtes pas cela, coupa-t-il sèchement.
    
    — Laissez moi finir je vous prie. Lorsque je mourrais…promettez moi que…que mon corps…que vous ferez tout pour que mon corps ne finisse…pas en…pâture aux requins…je vous en prie…
    
    — Je vous le jure, je ne les laisserais pas vous jeter par-dessus bord. Mais vous vivrez, vous devez y… »
    
    Le reste de sa phrase mourut dans un lourd brouillard tandis que je sombrais dans un sommeil agité. Je ne pus que sentir les doigts de mon ami qui essuyaient mes joues mouillées et une légère caresse sur ma nuque avant de me noyer dans mes cauchemars.

Texte publié par Loune, 6 août 2019 à 11h29
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