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(les événements prennent place avant le début du Serpent qui Danse)
    
    Une nouvelle nuit de fête. Une nouvelle nuit d’ennui. Les célébrations ne manquaient pas à Millasia*. Samuel de la Roseraie regardait la foule de nobles s’enivrer des mêmes excès que la rumeur lui reprochait : le Débauché. Les plaisirs terrestres ne lui évoquaient qu’indifférence et lassitude. Pourtant, pour quelques heures seulement, ils lui offraient l’oubli. Dans un verre de whisky ou l’étreinte d’une femme.
    
    Des reflets d’or, d’argent et de bronze scintillaient sur les silhouettes lascives des courtisanes qui se pavanaient devant les gentilshommes. Les battements de cils faussement ingénus répondaient aux caresses malhabiles des mains empressées. L’hypocrisie enveloppait de ses bras doucereux les couples qui se formaient et se déformaient.
    
    – C’est un bal costumé magnifique ! Vous nous gâtez trop, mon cher Comte, lui susurra une voix langoureuse à l’oreille.
    
    – J’aime me donner corps et âme pour satisfaire mes invités !
    
    Assis sur son trône d’apparat, Sam dévisagea le décolleté sous son nez. Les lèvres pulpeuses l’intriguaient également. Il se demanda quel goût pouvait avoir cette chair tendre, lorsque les masques tombaient. Du bout de l’index, il se promena du lobe à la naissance des seins qui lui étaient présentés. Avec sa carrure élancée, ses cheveux dorés et ses yeux azur, il avait toujours plu à la gent féminine, se le figurant comme un ange. Toutefois, il n'avait rien d'un saint.
    
    Un geste aussi libertin, de surcroît en public, alimentait sa réputation sulfureuse. Il apprécia le frisson qu’il provoqua chez son interlocutrice. Il s’imaginait déjà l’effroi des parents, quand ils découvriraient que leur précieuse enfant était passée entre ses griffes. L’idée d’un scandale distrayait ses journées trop longues, prisonnier d’une forme charnelle trop fragile.
    
    – Que diriez-vous d’une petite visite de mon humble demeure ? Je connais des lieux qui vous feront défaillir d’émerveillement.
    
    Son ton plein de promesses empourpra les joues de la belle. De la Roseraie mettait un point d’honneur à assouvir les désirs de ses camarades de jeu. Il aimait leur parfum grisant et leur peau délicate. L'instant où elles s’abandonnaient à une multitude de soupirs, il se sentait enfin appartenir au monde des Hommes.
    
    Il la convia à quitter ses genoux afin de se lever à son tour. La musique enchaînait les mélodies entraînantes. Les rires s’élevaient jusqu’aux lustres de cristal. Les froissements des tissus l’encourageaient à accélérer le pas.
    
    – Monseigneur, nous ouvrons les dernières bouteilles. Il serait avisé de monter d’autres caisses !
    
    – Et bien ! Faites ! Faites !
    
    Son majordome avait le don de l’interrompre dans les moments les plus importuns. S’il accueillit avec bonne grâce son aide pour éviter de tituber sous l’effet de l’alcool, son agacement ne diminua pas pour autant. Après tout, la demoiselle à ses côtés attendait qu’il fasse son office.
    
    Sam la saisit par la taille, ravi de s’être débarrassé de son personnel. Ils avaient à peine atteint les premières marches du grand escalier qu’une grosse voix l’interpella :
    
    – C’est comme ça qu’on reçoit ses invités de marque ?
    
    Raphaël s’esclaffa, fier de sa boutade. Il ne s’était pas embarrassé à dissimuler ses traits sous un masque. Le frère de Sa Majesté se plaisait à évoquer sa prestigieux appartenance. Il était accompagné de Victoria, la secrétaire du roi, qui ressemblait à une dame de haute naissance pour l’occasion. Derrière eux, une autre apparition éblouit le comte.
    
    Une jeune femme à la longue chevelure brune et aux formes sublimes se paraît d’une robe virginale. Par souci d'harmonie, des pierres de belle eau ornaient sa poitrine et un loup de plumes ivoire cachait son identité. Tel un envoûtement, ses yeux olives se posèrent sur lui, lorsque son ami s’approcha afin de faire les présentations.
    
    – Sam, tu connais déjà Victoria. Et voici Katarina Storm, la nourrice d’Alexis.
    
    – Mesdemoiselles, c’est une immense joie de vous divertir dans mon domaine !
    
    De la Roseraie se pencha, un peu gauche, pour leur baiser la main. Il soutint le regard de la blanche colombe jusqu’à ce qu’elle rougisse. Un raclement de gorge lui rappela qu’il n’était pas seul. Pourtant, il l’ignora. En ce moment, l’unique désir, qu’il souhaitait susciter, était celui de l’enchanteresse au cou exquis.
    
    *Millasia : nom du royaume où se déroule l’intrigue

Texte publié par L.E.Nixen, 19 mai 2019 à 21h50
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