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    La Fleur aux souhaits
     © Rose P. Katell (tous droits réservés)
     Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes de l’article L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
    
    
    Les dernières braises à rougeoyer dans l’âtre s’éteignaient une à une. Plongé dans la pénombre, l’intérieur de la chaumière était silencieux ; seul le bruit des respirations de ses occupants rompait le calme, presque oppressant.
    Parfaitement éveillée, Enora se retourna sous la couverture, puis fixa son mari de ses yeux grands ouverts. Les paupières closes, il se tenait sur le côté et lui faisait face. Ses traits étaient détendus tandis que sa poitrine se soulevait au rythme de ses inspirations, lentes comme se devaient de l’être celles d’un homme endormi. Attendrie par le spectacle mais sur ses gardes, Enora lui attrapa une épaule, qu’elle secoua en douceur. Il n’eut pas la moindre réaction et elle en soupira de soulagement.
    L’heure d’agir était enfin survenue.
    Elle se leva, enfila sa robe. Elle chaussa ses bottines et revêtit son châle. La tension qui l’habitait depuis la veille – moment de sa décision – croissait en son sein, cependant, elle ne doutait pas du bien-fondé de son action.
    Cette nuit, elle mettait un terme au malheur de son mariage.
    Enora rejoignit l’entrée avant de pivoter et d’observer son époux.
    — Tu seras père, chuchota-t-elle. Je te le promets.
    Elle porta ensuite son regard dans le coin où couchait sa grand-mère… Consciente que celle-ci désapprouverait son entreprise, elle grimaça et perçut une pointe de remords s’immiscer dans sa détermination. Hélas, le choix était un luxe qu’elle n’était plus en mesure de s’offrir.
    Elle ouvrit le battant, puis s’engouffra dans les ruelles de la citadelle. Nulle loi ne lui interdisait de déambuler dehors à une heure aussi indue. Pourtant, Enora se sentit criminelle, voire en danger. Les habitants avaient beau être assoupis, elle n’oubliait pas qu’il était impératif qu’on ne la remarque pas s’aventurer vers l’Ancienne Forêt ; personne ne devait découvrir ses plans. Si on les soupçonnait et qu’on la dénonçait… l’échafaud serait l’unique avenir qui l’attendrait. La prudence était de mise. Elle refusait d’abandonner sa famille ou d’échouer.
    Elle gagna la porte nord à pas de loup et se dissimula dans l’ombre d’un recoin. Des sentinelles gardaient la sortie de la ville fortifiée, mais elle savait qu’ils la laisseraient passer sans vérifier son identité si elle usait de ses charmes et feignait de rejoindre l’un des leurs le long du rempart extérieur…
    Enora inspira, puisa du courage en elle. Ce n’était qu’une épreuve ridicule, un instant pénible ; si elle réussissait, elle ne songerait plus jamais à l’image d’elle qu’elle s’apprêtait à donner.
    Elle se répéta cette phrase tel un mantra et effectua un premier pas vers la réalisation de ses rêves.
    — N’y va pas, l’arrêta une voix chevrotante.
    Elle sursauta, puis pivota.
    — Grand-mère… ? Pourquoi es-tu là ?
    Sa présence la déstabilisait. Elle était convaincue d’avoir été discrète, elle n’avait repéré aucun signe indiquant qu’elle avait été suivie.
    — J’essaie de t’empêcher de commettre une folie. Je t’en supplie, oublie cette idée et rentre avec moi.
    Enora déglutit.
    — Comment…
    — Ai-je deviné ? compléta la vieille femme. Ma chérie, je t’ai vu naître et je te connais plus que quiconque. Ton désir d’enfanter est si puissant que je m’étonne même que tu aies tenu jusqu’ici… Toutefois la Fleur n’est pas une solution. Elle te rendra triste.
    — Je n’ai pas de meilleure alternative.
    Sa grand-mère lui attrapa les mains et les serra entre les siennes.
    — Aubin n’a pas besoin d’une descendance pour t’aimer. Renonce, par pitié. Je n’aurai pas la force de te ramener avec moi si tu t’obstines. Enora, je refuse que tu souffres.
    — Aubin me chérit, acquiesça-t-elle, voilà exactement pourquoi je dois recourir aux pouvoirs de la Fleur : il faut qu’elle exauce notre vœu.
    — Tu…
    — As-tu entendu nos voisins se gausser de moi ? De son infortune ? Certains lui ont déjà conseillé de me renier afin de prendre une nouvelle épouse. Ils me surnomment Aride, grand-mère. Aride ! Je ne supporterai pas plus longtemps d’être imputée du malheur de l’homme que j’aime.
    La pression sur ses doigts s’accrut.
    — Je comprends ton chagrin.
    — Mais tu n’es pas prête à y mettre un terme, n’est-ce pas ?
    Les traits de sa grand-mère se déformèrent sous le coup de la tristesse.
    — Je donnerai ma vie pour ton bonheur…
    Soudain pâle, Enora hocha la tête.
    — Pardon, je ne voulais pas insinuer que…
    — Bien sûr que non. Je n’avais pas non plus à cœur de dire qu’il valait mieux que tu demeures peinée. Cependant, le bon peuple n’a de bon que le nom. Ce qu’il prétend t’offrir, il finit par te le reprendre, et avec des intérêts. La Fleur fut un cadeau empoisonné : ses membres aspirent à ce que nous utilisions leur magie. Nos croyances en eux alimentent leur vitalité ; elles les renforcent, comme les tours qu’ils nous jouent. Tu ne gagneras rien à pactiser avec eux.
    Enora se mordit la lèvre inférieure.
    — J’y gagnerai un fils ou une fille. Je n’en demande pas plus.
    — À quel prix ?
    — Peu m’importe, je… je suis parée à tous les sacrifices.
    — Vraiment ?
    Enora opina sans la moindre hésitation. Elle n’aurait pas quitté leur logis sinon.
    — Je suis désolée, ajouta-t-elle en cherchant à se dégager.
    Sa grand-mère relâcha son emprise à regret.
    — Alors j’ai peur de ne pas être de taille face à ta détermination… Je prierai pour toi, pour qu’il ne t’arrive rien.
    — Nul ne me remarquera.
    — L’arrêté de Sa Sainteté ne m’inquiète pas, mais la perfidie des êtres qui évoluent dans l’Ancienne Forêt n’a pas de limites. Surveille tes propos, ils profiteront de tes hésitations. Sois prudente, ma chérie.
    — Je le serai.
    Sa promesse fut gratifiée d’une expression grave et angoissée.
    — Va maintenant. Fais ce qui te semble juste.
    Touchée, Enora embrassa la vieille femme, puis s’engagea vers la porte et les soldats.
    
    
    La lisière s’étendait sous ses yeux, aussi sombre que majestueuse. Quelques pas devant elle, ses larges pétales phosphorescents déployés dans la nuit, la Fleur aux souhaits paraissait l’inviter à approcher.
    Figée par sa vue et la puissance qui sourdait en son cœur, Enora s’interrogea sur le bien-fondé de son action, puis se morigéna. Elle ne devait pas se laisser impressionner, pas après avoir effectué tout ce chemin. Le bon peuple avait certes une mauvaise renommée, Sa Sainteté avait certes interdit toute chose en mesure de rappeler sa présence sur ces terres, il n’en restait pas moins que leurs facultés l’aideraient.
    Nerveuse, elle observa les environs et vérifia que personne ne l’épiait ; elle n’avait que trop conscience que son futur allait se jouer dans les prochaines minutes. Enora s’avança à pas lents, atteignit la hauteur du végétal. Oh, sa beauté surpassait ceux qu’elle avait déjà contemplés…
    Prête à implorer les habitants de l’Ancienne Forêt au travers lui, elle leva la main. Hélas, elle appréhendait tant de commettre une erreur que sa respiration se troubla. Elle souffla, tremblante, et se remémora ses connaissances sur la Fleur pour se donner du courage.
    Enora ignorait son âge exact, tous s’accordant simplement à affirmer qu’elle était très vieille. Néanmoins, elle avait découvert qu’elle avait été offerte aux hommes en gage d’amitié suite à une terrible et longue bataille. Elle avait la réputation d’exaucer n’importe quel vœu, et nombre de ses congénères en auraient profité avant qu’elle ne soit déclarée dangereuse et que de sombres rumeurs sur son utilisation n’avivent la peur en eux, à un point tel qu’elle soit aujourd’hui considérée maudite.
    Enora soupira. À l’instar de sa grand-mère, beaucoup préconisaient d’oublier son existence, mais elle soupçonnait qu’elle n’était pas l’unique humaine à être incapable de l’omettre de son esprit ou à vouloir bénéficier de ses dons.
    Elle réalisa qu’elle tergiversait depuis plusieurs minutes et se fustigea. Elle perdait un temps précieux. Aubin ne manquerait pas de l’interroger s’il s’éveillait et qu’elle n’était pas à ses côtés.
    Le cœur battant, Enora arracha un morceau de corolle, qu’elle garda un instant au creux de sa paume. Il était si clair comparé à sa peau… Elle le mâcha ensuite avec application et, la langue pâteuse, prononça ces mots :
    — Bon peuple, je t’en conjure, entends-moi. Je n’aspire qu’à porter un enfant en moi.
    La lumière produite par la Fleur s’intensifia. Une douce chaleur embrasa son corps pourtant transi par la fraîcheur nocturne. Certaine d’avoir été écoutée, Enora s’empressa de rebrousser chemin.
    D’ici peu, elle en était convaincue, elle comblerait son mari de joie.
    
    

    
    La grossesse tant souhaitée survint, ravissant le couple formé par Enora et son mari, qui l’annonçait dès que l’occasion se présentait. La vieille grand-mère seule ne partagea pas l’euphorie qui régna neuf mois durant dans la maisonnée ; enchantée devant le bonheur de la chair de sa chair, elle ne réussissait pas à chasser de sa tête que son état était le fruit d’une magie immortelle, une magie dont elle appréhendait les conséquences sur sa famille.
    Pendant cette période, Enora, d’ordinaire réservée et peu prompte à quitter son domicile, éprouva un vif plaisir à déambuler dans les ruelles. Elle visita ses voisins chaque fois que son tour de taille gagnait un ou deux centimètres, si bien que le jour où le travail débuta, une foule de curieux se massait à sa porte, pressée d’apercevoir le poupon qui alimentait toutes les conversations.
    Loin d’être silencieuse, sa chambre regorgeait des caquètements des matrones venues assister la naissance. Chacune était persuadée de posséder les meilleurs conseils en la matière et la sage-femme se retrouvait sans cesse obligée d’implorer un peu de calme, sa patience s’amenuisant à mesure que les heures s’écoulaient.
    De mémoire, l’accoucheuse ne se rappelait pas avoir déjà vécu une délivrance aussi longue. Malgré le sourire de la future mère, elle craignait pour sa santé comme pour celle du nourrisson – qu’il ne soit pas pressé de découvrir le monde lui apparaissait tel un mauvais présage, car lui plus que quiconque devait sentir à quel point il était désiré par ses parents. Toutefois, peu envieuse d’inquiéter sa patiente, elle s’appliquait à sa tâche avec le sérieux qui lui était coutumier.
    À l’extérieur de la demeure, Aubin marchait quant à lui en rond sous les œillades amusées des résidents et alarmée de la grand-mère d’Enora. Il s’interrogeait sur la longévité de l’événement, qu’il jugeait beaucoup trop lent et éprouvant vis-à-vis de ses nerfs de père. Enora était-elle en forme ? Et leur petit ? Y avait-il des complications ? Quelles raisons poussaient les femmes à ne pas lui communiquer d’informations ? Ah ! Fallait-il qu’elles soient mauvaises pour qu’elles ne s’y risquent pas !
    De piètre qualité, les semelles de ses chaussures s’usaient au moindre de ses pas et la plupart de ses amis pariaient sur leur durée de vie, convaincus qu’il était vain de tenter de le rassurer par des paroles qu’il n’écouterait pas. L’air s’alourdissait de ses angoisses.
    Lorsque le premier cri du nouveau-né retentit à l’intérieur, il sauta et applaudit à la manière d’un petit garçon. Hélas, ses joyeuses manifestations s’interrompirent sitôt qu’une salve de hurlements affolés lui parvint aux oreilles...
    Inquiet, Aubin oublia les convenances et franchit l’entrée de sa chaumière.
    La première chose qu’il nota fut la mine pâle et stupéfaite d’Enora, suivie des expressions horrifiées des autres femmes.
    — Que se passe…
    Son regard se posa sur le minuscule être qui remuait sur les draps souillés. Toute couleur quitta son visage.
    Incapable de croire ce que ses sens lui hurlaient, Aubin s’approcha, et le contempla.
    La peau si claire qu’elle en devenait par endroit transparente, rien en lui ne rappelait sa propre carnation, pas plus que ses traits. Silencieux, immobile, il le dévisageait de ses sombres pupilles brillant d’une intelligence ancienne, maléfique. Seul le fin duvet sur le sommet de son crâne, d’une couleur identique aux cheveux de son épouse, le faisait ressembler à un futur villageois.
    L’évidence saisit Aubin dans un pincement de cœur douloureux. Des larmes de trahison au coin des yeux, il murmura :
    — L’enfant n’est pas de moi…
    Sa voix sortit Enora de sa léthargie. Alors qu’il se retournait vers l’extérieur, elle implora :
    — Aubin, non ! Ce n’est pas… Je n’ai pas…
    Il ne l’écouta pas. Tout à son chagrin, il quitta la pièce sans prononcer un mot.
    
    

    
    Le soleil rougeoyant de la fin de journée ne réussit pas à réchauffer l’âme brisée d’Enora. Chargée de ses maigres possessions et du bébé que la Fleur lui avait accordé, elle observait la maison d’Aubin avec une tristesse teintée d’espoir vain. Pire, elle balayait l’étroite façade à la recherche du visage de son adoré, qu’elle aurait aimé voir apparaître à une fenêtre afin de la rappeler.
    Rien de tel ne se produisit. Répudiée elle était et répudiée elle resterait ; elle n’avait dorénavant plus sa place dans leur foyer. Une grimace déforma ses traits. Elle était devenue une paria, une femme vulgaire qui n’avait pas d’honneur et s’offrait aux hommes avec facilité.
    Elle n’était plus rien… avait tout perdu.
    Tremblante, elle dévisagea le fruit de son souhait, qui dormait contre son sein.
    — C’est ta faute, siffla-t-elle avec amertume.
    Les yeux embués, Enora s’éloigna dans les ruelles et rasa les murs dans l’espoir d’être la plus discrète possible. Elle soupçonnait qu’une unique œillade ou qu’un simple commentaire des voisins lui arracherait les dernières bribes d’énergie et de vie qu’il lui restait.
    Elle n’était plus rien… avait tout perdu.
    Elle déambula telle une âme en peine durant ce qu’il lui parut être une éternité. L’expression hagarde, le cœur gros, elle ne songeait pas à reconstruire son existence ailleurs ou à reconquérir Aubin en essayant une fois encore de lui raconter la vérité. Son malheur et les conséquences de son acte, pourtant perpétré par amour, empoisonnaient son esprit, aussi lancinants qu’une affreuse comptine.
    Elle n’était plus rien… avait tout perdu.
    Quand enfin elle s’arrêta, les jambes lourdes et désespérée d’être sans refuge, la nuit recouvrait l’horizon de son sombre manteau. Enora scruta les alentours, mais ne repéra aucun bâtiment familier. Elle ne savait pas où ses pas l’avaient menée. Elle n’y avait pas prêté attention.
    Un sourire désabusé flotta sur ses lèvres. Dire qu’elle pensait ne pas pouvoir être plus mal qu’elle ne l’était déjà…
    Soudain, le nourrisson vagit. Elle le berça sans douceur, puis ordonna :
    — Tais-toi.
    Il ne lui obéit pas et gigota ; emmailloté dans un drap fin et rêche, il percevait la fraîcheur de l’air plus fort qu’elle-même avec sa robe. Elle en grimaça de dégoût.
    — Cesse de te comporter en vermisseau. Rien ne se serait produit sans toi… Tu m’as privée de l’amour de mon mari et de la sécurité de sa chaumière. Oh, je n’aurais pas dû demander à t’avoir.
    Incapable de s’en empêcher, elle lui pinça la joue avec rudesse. Il l’insupportait.
    — Tu n’apprécies pas que je te malmène ? gronda-t-elle. Alors, silence.
    Ses propos n’eurent pas d’effet. Aveuglée par sa haine, Enora détailla les lieux jusqu’à localiser un renfoncement enveloppé de pénombre, vers lequel elle s’engagea sans réfléchir.
    — Tu vas te taire, crois-moi…
    Elle vérifia que personne n’était en mesure de l’apercevoir et déposa le rejeton sur le sol en pierres dures. Penchée au-dessus de lui, la vue brouillée par ses pleurs, elle plaça ensuite une paume sur sa petite bouche bleuie et serra ses narines l’une contre l’autre.
    Son existence ne serait pas régentée par son erreur…
    — Arrête.
    Surprise, Enora sursauta. Elle relâcha son emprise mortelle, puis pivota. Son expression ne cilla pas, nulle trace de remords ne passa sur ses traits.
    — Ce n’est pas mon fils, grand-mère.
    — En effet.
    — Il leur appartient. Tout est arrivé à cause de lui.
    — Non… C’est arrivé parce que tu as formulé un vœu qu’ils ont interprété de la façon dont cela les arrangeait.
    Ignorant les larmes sur ses joues et l’affaissement de ses épaules, la vieille femme la dépassa et récupéra l’enfant, qu’elle cajola dans l’espoir de l’apaiser.
    — Comment m’as-tu retrouvée ? renifla Enora.
    — Je t’ai suivie. Aubin ne désirait pas que je te rejoigne, il arguait que j’étais sous sa protection. Mais ma petite-fille, c’est toi. Il n’était pas question que je t’abandonne dans ta triste situation.
    Aucun reproche n’émanait du ton de sa grand-mère et la gratitude submergea Enora. Elle ne méritait pas une telle clémence, pas après avoir refusé de l’écouter neuf mois plus tôt.
    — Tu avais un toit, protesta-t-elle, des relations.
    — Maintenant, je t’ai toi.
    Elle franchit la distance qui les séparait et se blottit contre son épaule.
    — Je suis désolée. Je n’ai jamais… je n’avais pas à cœur de…
    — Nous trouverons une solution, ma chérie. Quitte à nous installer très loin d’ici afin d’élever ton garçon.
    — Il n’est pas…
    — Tu l’as porté, Enora. Peu importe son origine.
    Les sanglots d’Enora redoublèrent. Il lui était impossible d’admettre que la créature fut sienne.
    — Je n’en veux pas, grand-mère. Je souhaitais un héritier pour Aubin, pas…
    — Tu n’as pas le choix. Voilà le prix à payer pour avoir utilisé la Fleur… Le bon peuple t’a donné ce bébé dans un but précis, qu’il serait dangereux d’entraver. Privé de notre adoration, il s’éteint ; il a donc besoin de se perpétuer d’une façon différente. Ne pas t’occuper de leur progéniture te condamnerait.
    — J’ai déjà été condamnée, murmura-t-elle d’une voix emplie de rancœur.
    — Ne sous-estime pas leur cruauté.
    L’avertissement lui déclencha un frisson.
    — Si seulement je t’avais écoutée… Je ne demandais rien sinon le bonheur de mon couple, et il m’a été arraché. Je n’ai pas la moindre envie de voir grandir le rappel de ma faute à mes côtés…
    Deux lèvres ridées se posèrent sur son front.
    — Je comprends. Hélas, tu n’y échapperas pas. Je t’aiderai de mon mieux : tu n’es pas seule.
    Abattue, Enora acquiesça d’un geste lent. Elle était piégée, ne possédait pas de recours pour mettre un terme à son cauchemar.
    — Sois forte, ma chérie. Il viendra un jour où quelqu’un récupérera son dû et où tu seras libre.
    Enora opina derechef. D’un ton las, elle susurra ensuite :
    — « Le bon peuple n’a de bon que le nom. Ce qu’il prétend t’offrir, il finit par te le reprendre, et avec des intérêts. »
    

Texte publié par Rose P. Katell, 17 mai 2019 à 11h29
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