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Tome 1, Chapitre 1 « Lueurs de festival » Tome 1, Chapitre 1
(textes écrits dans le cadre du Festival des bougies)
    
    Nic entra dans la taverne à la recherche d’informations. Il savait la difficulté d’obtenir l’objet de sa quête, mais rien ne le ferait reculer. Il avait pris un engagement et compté bien l’honorer.
    Le barman l’observa d’un œil peu amène :
    – Qu’est-ce que je vous sers ?
    – Une bière, et quelques renseignements !
    Il déposa une somme rondelette dans l’espoir de délier les langues. Le serveur ralentit un instant à la vue de ce butin. Nic reprit :
    – Il me faut chercher des cristaux bleus de Java pour le domaine afin d’illuminer le festival.
    – L’Oracle pourra te dire où les trouver, mais il n’est pas accessible facilement. Il y a de nombreux pièges sur le chemin. Les trolls y sont légion. Si tu te laisses harponner par ces créatures, tu risques de finir collé à la toile qui te mènerait à ton objectif.
    Il but sa bière d’une traite. Il n’était soudain plus très sûr d’avoir envie de s’aventurer par là-bas.
    – Je fais comment, alors ?
    – Pour te guider, il te faut un Ternet ?
    – Internet ? C’est quoi l’internet ?
    – Non, un nain Ternet ! C’est une petite créature qui vit dans les profondeurs. Pour cette raison, il a appris à manier la toile comme personne.
    – Comment je fais pour trouver un nain Ternet ?
    – Il te faut des cookies ! Ça les attire toujours. Méfie-toi, par contre !
    – Pourquoi ?
    – Parfois, un nain Stagram l’accompagne, et il a tendance à attirer toute l’attention sur lui. Si tu ne prends pas garde, il te fera perdre la notion du temps. Dans le meilleur des cas, tu risques alors d’être en retard pour le festival. Dans le pire, c’est la folie qui te guette.
    Nic déglutit en entendant les avertissements proférés par le barman. Il lui faudrait probablement des compagnons de route afin d’affronter tous ces obstacles. Pendant un moment, il réfléchit au meilleur endroit pour trouver des personnes compétentes, ou au moins assez enthousiastes, pour l’accompagner. Le forum ! Il y avait toujours des gens prêts à s’investir qui traînaient sur cette place. Il lui restait également quelques sous, et la promesse du butin, pour en intéresser certains.
    Nic commanda une seconde bière pour se donner du courage : un long chemin l’attendait.
    
    
***

    
    Tap ! Tap ! Tap ! La canne du maître de cérémonie résonna sur le plancher. Nous étions à la soirée d’ouverture de la fête foraine. La musique des chevaux de bois parvenait à peine à s’élever au-dessus du brouhaha du public. Depuis des semaines, les affiches placardées à travers toute l’Allée nous alléchaient. À tel point que la foule autour de nous se pressait devant la scène, ce soir. Une femme me bouscula dans son empressement, puis me regarda avec dédain, comme si j’avais commis un outrage à sa personne.
    L’homme au manteau rouge, bien que jeune, dégageait une aura d’assurance indéniable. Il avait probablement déjà officié à travers de nombreux domaines. Pour un moment, il nous contempla, sans doute afin d’évaluer la meilleure attitude pour accrocher notre attention, mais également laisser du temps à nos esprits de s’apaiser.
    Tap ! Tap ! Tap ! Un nouveau coup de canne nous permit de constater qu’il allait commencer son discours. Il porta sa canne-microphone aux lèvres :
    – Bonsoir, Mesdames et Messieurs. Et bien sûr, chers enfants ! Bienvenue au plus grand spectacle du monde : Le Candlefest !
    Un jeu de son et lumière annonça l’arrivée des acrobates et des danseurs. Les musiciens nous encerclèrent dans un tintamarre joyeux, avant de se positionner dans l’espace vide devant l’estrade. Les plus jeunes criaient d’excitation, tandis que les plus grands applaudissaient d’exaltation. Nous-mêmes hurlions notre enthousiasme à plein poumon. Lorsque tous les personnages furent en place, la luminosité s’affaiblit, nous retînmes notre souffle, et un bruit sourd alla crescendo. Des feux d’artifice explosèrent sous nos yeux émerveillés.
    Des individus tout de noir vêtus entrèrent sur scène. Au bout de fins bâtons, des serpentins colorés s’envolaient sous l’impulsion du vent. Un second groupe déboula au pas de course ; un long dragon d’azur ondulait dans les airs. Dans ce débordement d’agitation, le maître de cérémonie reprit la parole :
    – Montagnes russes ! Barbes à papa ! Chiens savants ! Nous sommes là pour vous divertir durant tout ce mois, alors n’hésitez pas à vous amuser en notre compagnie !
    Tap ! Tap ! Tap ! Un dernier coup de canne et les attractions s’illuminèrent.
    
    
***

    
    Le festival de la cité battait son plein. Ses entrailles fourmillaient de gens attirés par les stands venus des quatre coins du monde. L’artisanat local, les mets exotiques et les attractions spectaculaires se disputaient l’attention des touristes. Le tintamarre des diverses musiques et les senteurs des épices capiteuses s’élevaient dans les cieux pour ravir les divinités printanières d’une célébration faite en leur honneur.
    Non loin de là, un petit garçon observait le monde tourner depuis la pénombre de la venelle où il avait trouvé refuge. Sans adultes pour le protéger de la bousculade et sans sous pour quérir l’une des nombreuses friandises qui lui faisaient envie, il préférait s’attarder sur les couleurs chatoyantes qui passaient nonchalamment devant ses yeux, au rythme des pas lents. Les éclats de rire des enfants de son âge le laissaient rêveur de jours meilleurs.
    Souvent, il avait espéré une famille aimante et une maison accueillante. Le soir, il s’imaginait dormir dans un lit avec ses frères et sœurs. Il avait toujours désiré avoir des frères et sœurs. Leur mère viendrait leur lire une histoire et les embrasser sur le front. Leur père taillerait du bois pour en faire de merveilleux petits jouets. Il se sentirait heureux et en sécurité.
    En s’approchant de la grande rue, il aperçut son reflet dans une flaque d’eau. Le visage taché, la chemise encrassée, son pantalon marron tout rapiécé, il faisait peine à voir. Pas étonnant que personne ne veuille de lui.
    À hauteur du carrefour, les étales de nourriture chatouillaient ses narines. Son estomac se contorsionna dans une danse de la faim désagréable. Les passants vaquaient à leur petite vie, sans lui prêter attention. De temps à autre, un regard interloqué croisait le sien, avant de continuer son chemin.
    Puis, il la vit. Cette famille heureuse. Les enfants avaient chacun une pomme d’amour entre les mains. Ils chantonnaient de vieux airs qui résonnaient autour d’eux. Le bonheur transpirait à travers les gestes affectueux que les parents avaient pour leur progéniture. Il ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe de jalousie. Il aurait aimé être ce petit garçon.
    La cruauté du tableau le fit détourner les yeux. Les larmes montaient en lui, inévitables. Il les essuya du revers de la manche, furieux. Et lorsqu’il tourna une dernière fois la tête dans leur direction, il vit une pomme tendue vers lui. Tous les visages joyeux qu’il avait tant admirés le contemplaient.
    
    
***

    
    Elia s’enfonça au cœur du bosquet derrière le site du festival. Des bougies, bien installées dans des lanternes, parsemaient le long d’un chemin de terre. Lorsqu’elle avait aperçu le panneau de bois qui invitait à rejoindre une vieille caravane gitane, elle avait été intriguée.
    Le printemps avait apporté des nuits fraîches, mais douces. Les lucioles dansaient dans les feuillages. Derrière elle, les clapotis de la rivière créaient une mélodie enjouée. L’odeur des friandises, qui garnissaient les stands, accompagnait les pas de la jeune fille. Pendant un instant, elle hésita : elle n’aurait rien contre l’idée de croquer dans une pomme d’amour. Pourtant, Elia avait une question qui accaparait son esprit. Elle espérait que la diseuse de bonne aventure pourrait y répondre.
    À travers les arbres, elle distingua une petite clairière. En son centre, la roulotte s’entourait de lampions aux couleurs variées : le rouge, le rose et le violet, en tête de file. De grands voilages dissimulaient l’entrée afin de créer une ambiance mystérieuse. Intimidée par le silence environnant, Elia hésita à les entrouvrir.
    – Viens donc mon enfant, dit une voix suave. Je t’attendais !
    Elle poussa les rideaux pour voir apparaître une femme d’âge mûre, à la peau mate et le sourire éclatant. Dans ses habits chatoyants, elle collait parfaitement à l’idée que chacun pouvait se faire d’une psychique.
    – Vous saviez que j’allais venir ?
    – Bien sûr, c’était écrit dans les étoiles ! Veux-tu que je te lise ton avenir ?
    Fascinée, la jeune fille s’assit en face de son hôte sur l’une des chaises placées autour de la table ronde. Une boule de cristal trônait au milieu, prête à révéler les énigmes du futur.
    – En réalité, une question bien plus pressante occupe mes pensées en ce moment !
    – Ah ! Une question précise ! commença-t-elle. Une lecture des esprits grâce à la cartomancie sera donc plus adéquate. Que veux-tu savoir, mon enfant ?
    Elia trépignait d’impatience à l’idée d’obtenir enfin une réponse. Pour elle, elle ne faisait aucun doute, mais personne ne voulait prendre le risque de confirmer ou infirmer sa décision. Elle prit alors une grande inspiration, emplie de joie :
    – Est-ce que Nix va rejoindre les Sombresailes ?
    
    
***

    
    Mart et Nelka se rendaient pour la première fois à la fête foraine. Les deux enfants avaient à peine dormi de la nuit. Leur mère regrettait de les avoir mis au courant de ses projets, la veille. Néanmoins, ils avaient été si sages pendant les semaines d’école, qu’elle voulait récompenser leur gentillesse. Les voilà à présent qui sautaient dans tous les coins en chantant leur joie ! Ploum dut les rappeler à l’ordre à plusieurs reprises pour calmer leurs ardeurs.
    Par amour pour leur mère, ils finirent par obtempérer. Toutefois, leur enthousiasme n’était en rien entamé. Leurs yeux s’émerveillaient devant chaque stand, chaque attraction, chaque objet merveilleux qui leur mettait l’eau à la bouche ou des paillettes d’or au fond de leurs iris. Intimidés par le vaste choix de possibilités, ils s’accordèrent pour faire un tour de manège sur un carrousel vert et argent avec des animaux : cerfs, ours et renards dansaient au rythme tintant d’une musique d’orgue.
    Ploum se concentra davantage sur les spectacles produits à l’occasion du festival. Des bougies illuminaient des lampions de toutes les couleurs, afin de guider le public à travers les méandres du site. Elle savait que ses enfants étaient encore trop jeunes pour gagner de beaux prix qu’ils pourraient arborer fièrement. D’un coup d’œil vers sa progéniture, elle les vit rire aux éclats. Ses petits monstres méritaient bien un jouet. Elle prit alors quelques tickets pour participer aux jeux qui lui offriraient les peluches qu’elle convoitait.
    Lorsqu’ils finirent leur énième tour de manège, elle donna à chacun une créature en fourrure. Pour Nelka, une licorne blanche avec une crinière arc-en-ciel, et pour Mart, un dragon rouge avec des ailes violettes. La tête haute, leur cadeau dans les bras, ils tirèrent la main de leur mère vers les montagnes russes en bois. Une hauteur minimum s’avérait nécessaire pour y monter. Ploum craignit une dispute. En particulier parce que son garnement ne se priva pas de taquiner sa seconde. Il lui tirait la langue ; elle n’avait pas la taille requise pour faire les attractions des « grands ». Contrairement à lui.
    La jalousie empourpra ses joues et les larmes menacèrent de rouler. Afin de régler le problème, elle adressa un sourire complice à sa fillette. Elles partageraient une barbe à papa, pendant qu’il s’égosillerait à plein poumon dans le chariot de mine. Aux anges, l’enfant se tourna vers le marchand afin de surveiller son trésor d’un air strict.

Texte publié par L.E.Nixen, 5 mai 2019 à 17h25
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