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Tome 1, Epilogue Tome 1, Epilogue

Deux bonnes heures plus tard, le trio était assis dans le petit salon du cabinet de Sophie. La jeune femme restait d’une nervosité à fleur de peau et prenait soin de ne pas rencontrer le regard de Joseph. Lui-même se sentait terriblement mal à l’aise après la scène qui s’était déroulée entre eux, même s’il ne pouvait dire que l’expérience avait été… désagréable. Ce qui suscitait en lui encore plus de gêne.

« Allons, mes jeunes amis, déclara le comte, le regard pétillant, il n’y a pas eu mort d’homme. »

Les mains crispées sur sa jupe, la jeune femme observa avec une tension suspecte la pointe de ses bottines.

« Je savais ce qui risquait d’arriver, souffla-t-elle. J’aurais dû contrôler le phénomène…

— Et si vous nous racontiez ce que vous avez éprouvé ? » l’encouragea avec douceur le comte.

Sophie releva la tête ; son regard où ne subsistait aucune trace de l’étrange lueur verte se porta sur ses interlocuteurs, l’un après l’autre :

« Il s’agissait bien d’une invocation. Le processus s’est déroulé tel que vous l’aviez supposé, Alexandre. Dès que j’ai commencé à verser l’eau, j’ai perçu l'ouverture d'un poratil vers un autre monde… Puis elle est apparue… comme une brume qui filtre à travers le trou d’une serrure…

— « Elle » ? C’est donc une créature d’essence féminine ?

— Oui, répondit pensivement la jeune femme. C’était même ce qu’elle était… essentiellement. Une entité profondément féminine. Je l’ai sentie prendre possession de moins, progressivement, envahir mon corps comme mes pensées, cependant, je restais moi-même ! Avec mes sentiments, mes craintes, mes doutes... mes désirs ! »

Elle rougit de nouveau violemment ;

« Enfin… je veux dire… »

Le comte se pencha pour lui tapoter la main :

« N’ayez crainte, ma chère Sophie, il n’y a aucun mal, nous vous comprenons très bien ! Poursuivez ! »

Elle acquiesça et poursuivit :

« Mais… j’avais l’impression que plus rien ne m’empêchait de laisser libre cours à mes instincts et mes envies, comme si toute la pression des conventions et des lois des hommes, qu’elles soient écrites ou non écrites, avait disparu…

— Je comprends, intervint d’Harmont. Vous vous êtes trouvée… libérée, comme vous le dites vous-même. »

Il esquissa un léger sourire avant de brandir la cuillère qu’il avait ramassée et soigneusement nettoyée.

« Cet objet… Ce véritable chef-d’œuvre a été créé pour venir en aide aux femmes. Sans doute des praticiennes de magie… Ou des docteurs féeriques, telles que vous, Sophie, qui ont mis leur connaissance des créatures surnaturelles au profit de ces femmes…

— Vous voulez dire que n’est pas… une malédiction ? s’étonna Joseph.

— Je ne pense pas… répondit le comte. Mais voyez un peu cela du point de vue des femmes… Notre société leur laisse assez peu la parole et bien souvent, elles n’ont pas de recours contre ceux qui les maltraitent. Comme le client d’Eve Cliquot ou le père d’Émilie Rajot. Les bonnes gens, comme on les appelle, sont prompts à les critiquer : Ève pour la vie qu’elle menait, pour ne pas avoir repoussé un client qui lui déplaisait... Émilie pour ne pas avoir été, sans doute, la meilleure des filles, ou à l’inverse, pour avoir continué à prendre soin d’un être qui n’avait de père que le nom… Mais peuvent-ils réellement saisir les contraintes qui pèsent sur ces malheureuses ? »

Joseph baissa la tête : il n’y avait jamais vraiment réfléchi, mais les paroles d’Alexandre ne faisaient que renforcer un sentiment qui s’était précisé tout au long de cette sinistre affaire. Il avait été marqué par l’indifférence de ses collègues et de l’ensemble de son entourage pour ces meurtrières qui lui donnaient l’impression d’être des victimes. Seul Alexandre l’avait écouté et compris.

« En fait, reprit l’encyclopédiste, cette entité surgissait pour aider les éléments muets de notre société à se faire entendre… d’une certaine manière, ou à assouvir les désirs secrets qu’on les forçait à réprimer.

— Qu’allez-vous en faire ? demanda Sophie.

— Je vais la garder parmi des objets de ma collection, dans ma demeure de province, avec une documentation précise. J’ai l’intention de faire quelques recherches pour mieux appréhender qui peut-être cette entité et les circonstances de sa création. Mais… »

Il fit tourner l’objet entre ses doigts, pensif :

« Je serais presque déçu qu’elle perde son mystère ! »

Le jeune policier soupira, en songeant qu’il serait surtout soulagé que plus personne ne tente de l’employer.

« Et les meurtrières ? Que va-t-il leur arriver ? demanda-t-il, un peu gêné d’avoir oublié les malheureuses.

— Je vais écrire un rapport complet qui sera transmis à qui de droit, en espérant que quelques interventions haut placées les sauveront de peines injustes. Ce sera sans doute plus facile pour la jeune Rajot que pour mademoiselle Cliquot… »

Un lourd silence suivit ces paroles. Ce fut Sophie qui le rompit :

« Joseph… je tiens encore à m’excuser pour cette attitude indécente… »

Le jeune homme lui sourit, soulagé d’entendre sa voix :

« N’ayez aucune inquiétude. Au moins, je sais que vous n’aviez aucune envie de me tuer ! »

Sophie rougir violemment, mais elle affichait un sourire fort prometteur. Dans le fond, cette cuillère maudite avait au moins eu quelque chose de positif, en annihilant la réserve de la jeune femme à son égard. Il savait à présent qu’il avait ses chances auprès d’elle, tout ordinaire qu’il fut. Leur rire se rejoignit en un petit impromptu, sous le regard bienveillant d’Alexandre.


Texte publié par Beatrix, 25 janvier 2020 à 00h52
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