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Tome 1, Chapitre 10 Tome 1, Chapitre 10

Le rendez-vous se déroula de façon fort agréable, du moins pour lui. Fornassier espéra qu’il en était de même pour la jeune femme. Il lui narra quelques épisodes pittoresques ou cocasses de sa brève carrière. Il fallait bien dire que Clément laissait à son subordonné ample matière à nombre d’anecdotes dont son supérieur se retrouvait le héros volontaire. Sophie, à son tour, évoqua les cas qu’elle avait eu à traiter :

« Si cela ne tenait qu’à moi, je n’exploiterais pas mes talents de médium, avoua-t-elle. Il y a déjà assez de concurrence sur Paris. Plus que l’on imagine… »

Elle esquissa un léger sourire :

« Je connais même quelques esprits qui peuvent franchir impunément le passage entre le monde des vivants et celui des morts. Et des êtres qui par leur nature, naviguent entre ces deux mondes. La vie, la mort, l’éternité, tout est étroitement lié. On ne saurait – du moins dans les contrées d’où je viens – dissocier les créatures féeriques de ces mondes au-delà du monde… »

Le restaurant qu’il avait choisi n’avait rien de bien clinquant – il tenait plus de la cantine familiale que de l’établissement de luxe –, mais la nourriture, bien que simple, y était saine et abondante. Sophie ne tordit pas le nez devant le jambonneau braisé aux légumes. Fort heureusement, car Joseph n’aurait pu s’offrir beaucoup plus sans faire des trous dans ses finances déjà chiches.

« Mais votre art ne rentre-t-il pas en contradiction avec… votre foi ? » demanda-t-il en désignant la discrète croix d’argent suspendue au cou de la jeune femme.

Il s’en voulut aussitôt de cette question si directe, mais Sophie ne parut pas s’en émouvoir. Un petit sourire joua sur ses lèvres :

« Quand on peut voir au fond des choses, tout se rejoint. C’est une grande erreur de vouloir les opposer parce qu’elles ne portent pas le même nom. Et c’est vrai d’un côté comme de l’autre… »

Fornassier n’était pas certain de tout saisir, mais il acquiesça pensivement. Il se rendait à l’église quand il en éprouvait le besoin, sans pour autant ressentir l’aiguillon de la ferveur. À vrai dire, il ne s’était jamais vraiment interrogé sur la question – du moins, jusqu’à ces événements extraordinaires qui avaient surgi sur sa route.

La ferveur… Étrangement, Sophie lui évoquait ce sentiment. La jeune femme semblait brûler d’un feu intérieur qui le laissait très loin derrière elle, assis dans la poussière du chemin.

« À quoi pensez-vous ? » demanda-t-elle abruptement.

Il esquissa un petit sourire triste :

« À la personne très ordinaire que je suis… et qui n’entend rien à tout cela. Je dois vous paraître bien myope, aveugle même… Vous voyez des fées, des esprits, des farfadets… et je ne distingue que la grisaille sordide de mon quotidien. Rien ne me distingue des milliers de gens qui arpentent cette ville. »

Sophie pencha la tête sur le côté avec une petite moue peinée :

« Et cela vous trouble tant ? La plupart des personnes que je connais sont satisfaites de cette existence ordinaire ! Ce type de don implique de s’y consacrer corps et âme ! »

Il haussa les épaules, peu enclin à avouer qu’il ne s’en préoccupait pas avant de la rencontrer, elle qui marchait sur des chemins si éloignés des siens, dans un monde qu’il ne pouvait qu’imaginer que de façon très vague.

« Vous devez me trouver très ennuyeux… » laissa échapper le policier.

La jeune femme le dévisagea en silence, avant d’éclater de rire.

« Bien sûr que non ! Vous pourriez être un quelconque gratte-papier… ou un commis… mais vous êtes policier ! C’est un métier qui demande beaucoup de courage. Contrairement à moi, ce n’est pas un don de naissance qui a décidé de votre voie. Vous avez choisi ce parcours de votre plein gré, et je trouve cela admirable. Alors… non, vous n’avez rien d’ordinaire ! »

Fornassier ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun mot n’en sortit. Il s’était toujours montré maladroit avec la gent féminine. Il enviait à Sophie son assurance…

Qui, peut-être, n’était qu’apparente. La demoiselle avait détourné les yeux, une délicate rougeur sur les joues pâles mouchetées de taches de son.

Au bout d’un moment de silence gêné, les deux jeunes gens échangèrent un regard. Sophie s’était déjà reprise :

« Et si nous faisions ce test ?

— Vous voulez dire… la cuillère ? bafouilla le jeune homme. Ne devrions-nous pas avoir plus de monde autour de nous quand nous… »

Sophie haussa les épaules :

« Vous ne risquez pas grand-chose… Nous opérerons dans une salle vide et nous ne laisserons aucun objet dangereux à proximité. Nous fermerons la porte de la pièce et vous aurez la clef. Nous pouvons aussi convier Alexandre. Malgré son âge, il garde une belle verdeur. Il pourra lui-même constater les effets du rituel. »

Elle hésita un instant avant de déclarer :

« Et si je deviens dangereuse, vous pourrez me maîtriser par la force. Même si je suis… possédée, je ne pense pas que je serai en taille de vous résister… »

Il faillit lui répondre qu’elle était sans doute bien plus forte qu’elle ne le pensait, même s’il s’agissait d’un autre type de force, mais il décida de se taire et acquiesça gravement.


Texte publié par Beatrix, 21 décembre 2019 à 12h06
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