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Tome 1, Chapitre 7 Tome 1, Chapitre 7
Sur la butte, le comte se dirigea vers un sympathique troquet où il avait ses habitudes. Les deux hommes s’installèrent à une petite table ronde au-dessus de marbre, dans une rue calme. D'Harmont commanda un alcool fin et proposa de lui offrir quelque chose, mais Fornassier refusa.
    
    « Je suis en service… laissa-t-il échapper.
    
    — Ainsi, vous êtes de la police ? »
    
    L’érudit esquissa un large sourire :
    
    « Voilà qui est parfait ! Je sers souvent d’expert pour le gouvernement.
    
    — D’expert en quoi ?
    
    — En choses étrangères… insolites… Tout ce que les autorités ne savent pas expliquer. Mais trêve de discussion ! Montrez-moi donc cette cuillère. »
    
    Fornassier tira de nouveau le mouchoir et le déplia pour montrer l’objet :
    
    « Tenez… Mais évitez de la toucher ! Je soupçonne qu’un produit a pu être badigeonné dessus, ce qui pourrait rendre son contact dangereux. »
    
    Le comte haussa les sourcils :
    
    « Vraiment ? Qu’est-ce qui vous fait dire cela ? »
    
    Le jeune homme savait qu’il prenait un risque en avouant tout à un inconnu, mais ce n’était pas comme si le comte était impliqué dans l’affaire. Quelque chose en lui suscitait la confiance, peut-être son regard aussi pétillant que celui d’un enfant.
    
    « Les personnes qui l’ont utilisée ont été victimes de terribles hallucinations, qui les ont plongées dans une rage meurtrière…
    
    — Oh… »
    
    L’expression de l’érudit devint grave, son attitude sérieuse.
    
    « Laissez-moi la regarder. Je vous promets de ne pas la manipuler. »
    
    Laissant le mouchoir enroulé autour de la queue pour ne pas avoir à toucher directement le métal, Fornassier tendit l’objet vers son interlocuteur. Le comte se pencha sur la cuillère et l’examina avec attention.
    
    « Voilà qui est intéressant… Il s’agit d’un objet mystique, à mon humble avis, qui a été imprégné non pas d’une substance, mais d’un rituel…
    
    — Un rituel ? » répéta Fornassier avec incrédulité.
    
    D’Harmont releva la tête :
    
    « Avez-vous déjà entendu parler de ces pierres percées, qui permettent de voir ce qui se passe dans le monde des esprits ? Ou dans celui des peuples féeriques ? On peut dire qu’elles agissent comme une sorte de lentille qui permet de changer notre perspective… Je dirais que pour cette cuillère, on en arrive à un stade supérieur. Non seulement elle ouvre la porte vers d’autres mondes, mais elle invoque sans doute ce qui en vient ! »
    
    Fornassier replia le mouchoir et rangea la cuillère. Il était tombé sur un fou. Il fallait s’y attendre !
    
    D’Harmont tendit une main apaisante :
    
    « Attendez, mon jeune ami. Je comprends que vous soyez surpris… et que vous me preniez pour un original. Ou pour une sorte de mythomane. Mais vous êtes à la recherche de réponses, et je peux vous en apporter. Si vous me disiez tout ? »
    
    Le jeune homme le fixa d’un regard indécis, les dents serrées. Il ne s’était jamais considéré comme crédule, mais il avait de savoir ce que cet individu avait à dire. Après tout, il pouvait toujours le laisser débiter ses sornettes puis prendre congé en le remerciant pour son aide.
    
    « Vous êtes un bon policier, à mon avis. »
    
    Le jeune homme se sentit flatté, mais perplexe.
    
    « Mais comment… Qu’est-ce qui vous fait penser ça ?
    
    — le fait que vous ne vouliez pas boire ? Ce qui me fait penser que vous voulez garder la tête claire. Comme tout bon professionnel. Je pense être un bon juge de caractère. Cela va faciliter les choses… grandement. Je vais pouvoir compter sur votre discrétion. »
    
    Fornassier haussa un sourcil :
    
    « Et en quoi, monsieur d’Harmont ? »
    
    Le comte se pencha de nouveau sur lui et murmura sur le ton de la confidence :
    
    « Disons que je sers en quelque sorte d’expert au gouvernement français pour certaines affaires… mystérieuses, dirais-je. Ne levez pas les yeux au ciel ! ajouta-t-il en voyant le jeune homme reprendre une expression agacée. Je sais que je n’ai pas de preuves à vous apporter… pour le moment. Je ne peux hélas vous donner que ma parole d’honneur… »
    
    Fornassier hésita. Après tout, que risquait-il ? Il n’avait aucune envie de finir comme Clément, aussi encroûté dans ses habitudes !
    
    « Bien, je vais vous expliquer où j’ai trouvé cet objet… Et ce qui est arrivé. »
    
    Il prit soin de ne révéler ni le nom d’Ève Cliquot ni celui d’Émilie Rajot ni de détails particuliers sur leur vie privée. Il expliqua juste comment elles avaient sombré dans une violence instinctive contre leurs bourreaux, après avoir préparé un verre d’absinthe. D’Harmont l’écouta avec une grande attention. Quand le jeune policier se tut, l’érudit resta un moment pensif, avant de déclarer :
    
    « Voilà qui est vraiment passionnant ! s’enthousiasma-t-il. Je ne parle pas, bien sûr, de ces malheureux événements, mais du processus. Je commence à comprendre ce qui a pu se passer. Il n’y a pas le moindre produit hypnotique sur cette cuillère, je vous rassure ! »
    
    Il saisit l’objet et le retourna entre ses doigts, examinant les arabesques qui la décoraient :
    
    « Cet objet est en argent. Un métal naturellement lié au monde féerique. Les motifs qui le couvrent permettent de concentrer les énergies. Ajoutons à cela que l’absinthe est une plante magique qui permet d’ouvrir les passages entre les mondes. Enfin, l’eau pure, versée sur l’objet… En fait, préparer de l’absinthe avec cette cuillère s’apparente à la célébration d’un rituel. Mais dans quel but ? Je ne saurais le dire... »
    
    Il tendit la cuillère au jeune homme :
    
    « Reprenez-la. Cela reste une arme du crime, d’une certaine manière… »
    
    Pendant que Fornassier rangeait l’ustensile, le comte fourragea dans une poche intérieure, dont il tira un petit rectangle de cartons. Il l’offrit au jeune homme qui la prit pour l’examiner. Il y figurait, en lettres élégantes : « Alexandre d’Harmont, Encyclopédiste de l’Étrange », suivi de son adresse.
    
    « N’hésitez pas à me recontacter. Je vous présenterai quelqu’un de ma connaissance, qui sera susceptible de vous aider ! »
    
    Le policier remercia son interlocuteur et glissa la carte de visite dans son portefeuille. Il ne savait comment prendre cette aide providentielle. D’un côté ; la curiosité le tenaillait. De l’autre, il soupçonnait toujours d’avoir affaire à une sorte d’illuminé qui croyait dur comme fer à ce qu’il racontait. Il n’y avait hélas aucun moyen de trancher. Il salua poliment son interlocuteur et se dirigea vers le commissariat, où il fut accueilli par la mine goguenarde de Clément, dont toute la personne semblait exprimer une seule et unique remarque
    
    « Je vous l’avais bien dit ! »
    
    Un peu mortifié, le jeune homme reprit ses activités habituelles, avec la ferme intention d’oublier toute cette histoire. Il espérait toutefois que la justice se montrerait clémente envers les coupables qui, à son sens, demeuraient plus des victimes que toute autre chose.

Texte publié par Beatrix, 2 décembre 2019 à 01h14
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