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Tome 2, Chapitre 6 « Un Petit goût d'Amande » Tome 2, Chapitre 6
Thème : « Empoisonné »
    
    
    De toute évidence, il s’agit d’un thé de très bonne qualité. Un mélange russe avec un léger parfum d’amande. Cette saveur ne suffit pas, malgré tout, à masquer une dose plus que létale de cyanure.
    
    « Quel dommage de gâcher un breuvage aussi divin… murmure Henri Berliniac.
    
    — Il est donc à votre goût ?
    
    — Le préfère les Russes aux Anglais… en matière de thé.
    
    — Je suis ravi de respecter vos inclinations ! »
    
    L’homme en face de lui n’appartient ni à la nation russe ni à la nation britannique. Henri s’interroge vaguement sur ses origines. Europe de l’Est, peut-être, mais quel pays ? Son français parfait brouille les pistes.
    
    Mince, le nez chaussé de lunettes cerclées d’or, il offre l’apparence d’un érudit distingué.
    
    Il est difficile de croire qu’il s’agit d’un dangereux anarchiste qui vise l’oblitération des gouvernements européens. Il possède le don de s’effacer de la mémoire des gens qu’il croise, mais ce talent ne peut fonctionner sur un être tel qu’Henri. Malgré tout, à la grande honte du journaliste, le criminel a réussi à le capturer ainsi que son partenaire et ami. Il les tient sous la menace d’un Derringer dont il doit sûrement savoir se servir.
    
    « Je reconnais que dégrader un bon thé est regrettable. Mais comprenez bien que cela sert mes intérêts… et puis, tant qu’à vous pousser vers la mort, autant le faire avec distinction. À présent, buvez. Si vous le faites sans rechigner, je libérerai votre partenaire.
    
    — Vivant et en bonne santé ? »
    
    Le terroriste grimace :
    
    « Vous placez peu de foi en ma parole, cher ami. Prenez exemple sur moi : je vous respecte profondément. C’est pour cela que je dois vous éliminer. »
    
    Le regard d’Alexandre, assis, immobile, un peu plus loin, plaide en silence. Non pour sa propre survie, mais pour celle d’Henri. Le jeune homme lui adresse un sourire rassurant, pour lui faire comprendre qu’il contrôle la situation.
    
    « C’est tout à fait compréhensible, répond-il enfin, mais le cyanure… vous me décevez. Quel choix banal !
    
    — Certes banal, mais très efficace, vous ne pouvez le nier ! Si j’étais vous, je me dépêcherais de boire. Votre thé va refroidir. »
    
    Le journaliste soupire :
    
    « Vous commencez à devenir irritant à brusquer ainsi vos invités ! »
    
    Agacé, le dandy aux lunettes cerclées d’or fait claquer sa langue contre son palais.
    
    « Vous n’êtes pas en position de vous plaindre. Savez-vous combien j’ai payé ce thé ? »
    
    Henri hausse un sourcil :
    
    « Vous l’avez vraiment acheté ?
    
    — Je ne suis pas un voleur ! »
    
    Le ton scandalisé de l’homme semble authentique. Henri lève les yeux au ciel : pourquoi les criminels se montrent-ils si souvent ineptes à éliminer leurs ennemis ? Une balle aurait suffi, mais son adversaire se croit plus malin que tout le monde.
    
    Avec un soupir, l’agent du bureau des Affaires hermétiques porte enfin la tasse à ses lèvres.
    
    « Non, Henri ! Arrêtez ! »
    
    Paniqué, le comte se tourne vers leur ennemi :
    
    « Tuez-moi si vous voulez, mais laissez-le en paix ! Je suis un vieil homme, ce serait dans l’ordre des choses ! »
    
    Touché, Henri lance un dernier regard à son partenaire et ami avant d’avaler une première gorgée, puis une deuxième. Il s’effondre avant la troisième. La tasse heurte le sol et explose en mille morceaux.
    
    
***

    
    Le criminel pose un regard froid sur le corps d’Henri. En le voyant tomber, Alexandre a bondi hors de son siège pour se précipiter vers son ami, mais le Derringer le braque sans pitié.
    
    « Allons, allons… Je ne suis pas un monstre. Je vais vous laisser faire vos adieux avant de partir vous-même pour un long voyage ! »
    
    L’érudit se tourne vers l’homme qui le menace, le regard fulminant.
    
    « Vous n’avez jamais eu l’intention de m’épargner. Je m’en suis douté dès le départ…
    
    — Bien sûr que non. Votre partenaire était aussi stupide que chevaleresque. À présent, asseyez-vous et mettez-vous à l’aise. Je vais faire ce que je peux pour que vous ne souffriez pas. »
    
    Il arme le Derringer, le braque sur la tête d’Alexandre…
    
    Mais avant qu’il puisse tirer, quelque chose s’écrase sur sa nuque : la théière, qui explose en mille morceaux. L’homme s’effondre dans une mare odorante au parfum d’amande. Derrière lui se dresse Henri, qui tient toujours la poignée du récipient. En dépit de sa pâleur, son regard est resté clair. L’érudit se précipite vers son ami pour l’attraper par les épaules :
    
    « Henri ! Vous m’avez fait tellement peur ! Je pensais que ce thé contenait un poison mortel !
    
    — C’était le cas. Mais à situations extrêmes, mesures extrêmes…
    
    — Vous avez employé vos dons pour annuler les effets du poison ?
    
    — Oui… et je vais devoir m’en expliquer. »
    
    Henri secoue légèrement la tête, comme pour s’éclaircir les idées.
    
    « Même si j’ai pu dégrader l’essentiel de la substance, je subis quand même le contrecoup. Je n’en mourrai pas, mais je risque de rester un peu souffrant durant un jour ou deux. »
    
    Il laisse son regard errer sur le corps de l’anarchiste, qui respire encore, fort heureusement pour eux. Après tout, il a beaucoup de choses à avouer, comme l’identité de ses complices éventuels.
    
    « Par contre, je ne me sens pas la force de le ramener… Pouvez-vous aller chercher de l’aide ?
    
    — Bien volontiers. Je reviens dès que possible ! »
    
    Le soulagement illumine le visage de son ami.
    
    « Promettez-moi de vous reposer, en attendant ! »
    
    Henri sourit à Alexandre, qui ne tarde pas à sortir de la pièce. Pendant ce temps, le journaliste lie avec soin les chevilles et les poignets de l’homme avant de s’asseoir et de saisir la tasse que son « hôte » n’a pas bue, toujours remplie de thé. Il est encore tiède, assez pour que sa dégustation se révèle agréable. Même si son cœur bat un peu trop rapidement et la nausée lui tord l’estomac, il sait que ce malaise disparaîtra vite.
    
    Et s’il va devoir justifier face au bureau un emploi aussi manifeste de ses dons, il ne regrette rien. La vie et la mort n’ont peut-être pas le même impact sur lui que sur le reste de l’humanité, mais il ne laissera pas son partenaire en pâtir !
    
    Tant pis s’il doit négocier avec son honneur.
    
    
    
    
    

Texte publié par Beatrix, 9 décembre 2019 à 21h47
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