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Tome 1, Chapitre 10 « 10. Chutes et ascension » Tome 1, Chapitre 10

Le soir tombait et les premières étoiles brillaient déjà dans le ciel. Le soleil timide jetait ses dernières rougeurs sur le lac, éclipsant encore la pâle lune. Un véritable raz-de-marée se précipitait vers une île isolée. Une tour trônait en son milieu, sa haute silhouette s’élançant vers les cieux.

Cyril surfait sur la crête de la vague. Cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas rendu sur l’île des magiciens. Il n’aimait pas beaucoup le lieu, mais si quelqu’un pouvait l’aider avec les problèmes au château, ce serait le maître des lieux. Enfin, techniquement l’île appartenait au roi de Krondar, mais Cyril aurait bien voulu voir celui-ci essayer d’y appliquer ses lois… Ce lieu n’obéissait à aucune loi sinon celles de l’archimage.

Il n’était plus très loin du rivage lorsque soudain la vague se brisa. Il perdit toute conscience des eaux autour de lui et en fut complètement désarçonné. Le bloc de glace qui auparavant obéissait au moindre de ses ordres devint lourd, impossible à manier. Avant même qu’il n’ait compris ce qui se passait exactement, il se retrouva en train de dégringoler.

Le froid le happa. Un instant, tout fut calme, puis le choc le saisit. Le haut et le bas se confondirent alors que le courant le malmenait. Il fit un dernier effort pour reprendre la maîtrise des flots qui l’emmenaient, puis perdit connaissance.

******

Seul le petit groupe rassemblé autour d’eux avait entendu les propos de Furans. S’ils agissaient vite, ils pourraient peut-être encore réparer les pots cassés. Mais Mart ne voyait pas bien comment. Sael par contre savait bien comment profiter de la situation. Il ne perdit pas un instant pour s’écrier :

– Les élus ? Ces dangereux individus à la solde de Krondar ? Des étrangers qui se prétendent arenhiens ? C’est…

Le vent s’engouffra dans sa gorge. Mart regrettait de ne pas l’avoir réduit au silence plus tôt. Après ce qu’il venait de dire, il serait impossible de discuter ou de partir sans perdre la face. S’ils fuyaient, ils avouaient leur culpabilité. Il n’aimait pas ça, mais il allait bel et bien falloir se battre. Ils n’auraient pas dû laisser leur armes dans les sacoches de selle…

Il aurait dû agir plus tôt, c’était sa faute pour avoir espéré que Furans jouerait le jeu. Furans les tirer de ce mauvais pas… quelle blague ! Il aurait une bonne discussion avec lui s’ils se tiraient de ce mauvais pas.

Il n’hésiterait plus. Avant que Sael puisse reprendre son souffle ou que ses compagnons ne comprennent ce qu’il se passait, Mart lui avait sauté dessus. L’homme devait bien faire deux fois son poids, pourtant il se retrouva par terre en un clin d’œil, Mart accroupi sur sa poitrine.

– Pas un geste, le prévint-il, un doigt contre le creux de son oreille.

Les autres gardes dégainaient leurs armes, prêts à venir en aide à leur meneur. Dimitri s’interposa, des flammes dans les mains.

– À votre place, je rengainerais bien gentiment.

Ils gardèrent leurs armes à la main, mais aucun ne fit encore mine de bouger.

Autour d’eux, la fête s’était arrêtée. Les filles qui les avaient collés jusque-là s’étaient écartées prestement. Quelqu’un cria qu’il fallait aller chercher la garde. Un autre lui répondit que la garde était déjà sur place et plus bourrée que le reste du village. Cette remarque fut accueillie par quelques rires.

– Allez, déposez les armes. On ne va quand même pas gâcher une fête ! Ils n’ont pas l’air bien méchants, ces Élus, intervint le tavernier.

– C’est vrai, ça ne ressemble pas à un Arenhien de chercher des noises un jour de fête ! s’exclama un autre homme.

Cette déclaration reçut une sorte d’assentiment général. Une voix s’éleva contre celle-ci cependant.

– S’ils servent Krondar… Et puis c’est quoi ce feu dans ses mains ?

Ce qui avait commencé comme une bagarre semblait se transformer en débat sur la place publique, et Mart s’en réjouissait. Il était certain que l’issue serait en leur faveur. Il n’avait même pas eu à pointer lui-même l’attitude bizarre des faux gardes.

C’était sans compter la flèche qui vint se planter dans l’épaule de Dimitri et le projeta à terre. Mart réagit instantanément. La bourrasque projeta tout le monde autour de lui à terre et emporta les deux flèches qui lui étaient destinées.

Il se précipita sur son ami tombé. Celui-ci se redressait déjà un peu, à genoux en s’appuyant sur son bras gauche. Mart le saisit sous l’aisselle pour l’aider à se relever.

– Ça va ?

– Je vais les cramer, ces bâtards !

Une étincelle s’était allumée dans les yeux du forgeron, et l’air de la nuit commençait à se réchauffer.

– Non. Si tu fais ça, ils gagnent. Pas besoin de les garder vivants par contre, juste lisibles…

Mart eut un sourire froid. Dimitri hocha la tête en réponse.

– Tu me descends ceux sur le toit ?

Mart dévia trois flèches supplémentaires qui filaient droit sur eux.

– Avec plaisir, protège mes arrières.

– Toujours.

Mart sentit la chaleur augmenter dans son dos. Il était tentant de regarder ce que faisait Dimitri, mais il savait que même avec un seul bras, celui-ci gérerait facilement la situation. Il devait juste s’occuper des trois assassins embusqués.

Il attendit la prochaine volée pour voir d’où les flèches venaient précisément. Enfin, ce n’était pas tellement sur ses yeux qu’il comptait, vu qu’il se trouvait dans le seul lieu éclairé, offrant une cible parfaite par ailleurs.

Là, une première flèche. Le déplacement de l’air par la corde relâchée était infime, mais elle lui suffisait. Il écarta la flèche d’un geste nonchalant, puis projeta l’homme qui l’avait tirée du haut du toit. Mart n’accorda aucune attention à son cri, complètement concentré sur les mouvements qu’il percevait non loin, sur les autres toits.

Ils tirèrent presque en même temps, mais ça ne les sauverait pas. Ils partirent s’écraser à terre comme le premier, criant pendant le court temps que dura leur vol. Mart partit tranquillement à leur encontre : les maisons n’étaient pas bien hautes, au pire ils auraient quelques os cassés…

Alors qu’il approchait le premier homme, son assurance fondit. Le corps avait un angle bizarre… Il alla quand même jusqu’à lui, pour être sûr, mais il savait déjà qu’il ne trouverait pas de pouls.

Cet homme lui avait tiré dessus. Peut-être était-ce même celui qui avait manqué de peu tuer Dimitri. Il ne devrait pas se sentir coupable. Et pourtant… Non, ce n’était pas de la culpabilité. Il n’aimait juste pas tuer, voilà tout.

Sa grimace satisfaite avait totalement disparu lorsqu’il put faire un constat clair : celui-là ne se relèverait plus. Il avait le cou cassé. Le cœur lourd, Mart partit vers les autres.

L’un d’eux bougeait. Vu comme il rampait, il devait s’être cassé une jambe ou foulé une cheville, peut-être plus. L’autre restait totalement inerte. Feignait-il l’inconscience, l’était-il vraiment ou bien… Serait-il comme l’autre… L’aéromancien se concentra pour avoir une réponse. L’air entrait et sortait de sa bouche régulièrement. Ouf, il n’était qu’inconscient.

– Dis, bonhomme, tu penses aller où comme ça ?

Le rampant s’immobilisa, mais ne répondit rien. Il ne se retourna pas non plus. Mart s’approcha encore, il n’était à présent plus qu’à quelques pas de l’assassin.

– Je ne t’ai pas encore perforé les tympans, que je sache, alors réponds et retourne-toi, insista-t-il.

Pour toute réponse, une lame brilla dans la nuit et fendit l’air en direction de la gorge de Mart. Il n’eut pas le temps de la dévier, mais dans un réflexe presque surhumain, il la saisit en plein vol, à quelques centimètres à peine de sa peau.

– Vous auriez dû mieux vous renseigner sur vos cibles, fanfaronna Mart.

Avec la lumière dans son dos, l’autre ne pouvait pas voir son visage. Tant mieux, il avait vachement pâli.

– Finis-en, on ne vous dira rien de toute façon, cracha l’assassin qui s’était finalement laissé glisser dos par terre.

– Oh mais tu n’auras pas la même chance que tes compagnons, même si tu ne dis rien, on ne se privera pas du plaisir de t’interroger…

Le vent cloua l’homme à terre, histoire d’éviter de nouvelles surprises, puis Mart appliqua ses mains de part et d’autre de la tête de l’assassin. La pression l’assomma net.

Lorsqu’il se retourna enfin, Mart fut aveuglé un moment par les flammes. Il lui avait bien semblé qu’il y voyait fort bien…

Dimitri se dressait au bout de la pièce ouverte, plusieurs hauts murs de flammes séparant les différents groupes qui se trouvaient à l’intérieur. Les faux gardes n’iraient nulle part.

*****

Cyril ne s’attendait pas à se réveiller. Encore moins dans un lit aux draps si doux et une pièce nimbée de lumière. Il cligna des yeux, impatient qu’ils s’adaptent à la luminosité pour mieux voir où il se trouvait. Il voulut se redresser en position assise, mais se laissa très vite retomber. L’air lui manquait pour crier, sinon il aurait hurlé de douleur. Il attendit que la douleur reflue, complètement immobile sur le dos, les bras le long du corps. Il procéda ensuite précautionneusement à un inventaire des dégâts. Il avait eu l’épaule démise, il le sentait encore alors qu’il bougeait son bras droit pour se tâter. Plusieurs côtes fêlées aussi vu les bandages qui les entouraient, mais apparemment rien de cassé.

Rien de bien grave en somme, en considérant qu’il aurait pu y rester. Qu’était-il arrivé au juste ? Il se déplaçait comme d’habitude, et puis… plus rien. Il n’avait jamais perdu le contrôle. Ça puait l’anti-magie à plein nez, mais pourquoi ?

Magie… Les abominations sous le château ! Combien de temps avait-il été inconscient ? Il fallait qu’il avertisse Thomas de suite !

L’entendrait-on s’il appelait d’ici ? Quelqu’un s’était occupé de lui, son épaule remise, les bandages et les draps propres en témoignaient. Mais il était convaincu que quelqu’un d’autre l’avait aussi mis dans cet état. Il ne pouvait pas prendre ce risque. Les marches pour arriver en haut de la tour seraient un enfer à grimper ; ce ne serait cependant rien à côté de ce qu’enduraient ceux qu’il avait abandonnés.

Il s’extirpa des draps avec mille précautions, s’appuya sur ses bras pour s’asseoir au bord du lit, puis regarda autour de lui, espérant trouver des béquilles. Il ne s’en trouvait pas dans la petite pièce. Le mur du fond était courbé et une fenêtre y avait été percée. La lumière du jour se déversait dans la chambre à travers cette ouverture et était réfléchie par… la pierre ? Le papier peint ? Cyril n’arrivait pas à le dire. Il s’agissait plus probablement d’une espèce de sort lancé à la pierre vu que la dernière fois qu’il était venu, elle n’avait pas cette brillance. Peu importait, il aurait une discussion sur les aménagements de la tour avec Thomas une autre fois. L’important, et le plus décevant, était qu’il n’y avait là rien qui puisse l’aider, il n’y avait qu’un minimum de mobilier. Tout était très impersonnel, une chambre d’amis, si tant est que les mages en aient…

Cyril considéra une nouvelle fois la possibilité d’appeler. Il rejeta l’idée ; il était temps qu’il prenne ses responsabilités. Il retint son souffle, posa un pied à terre, puis l’autre, et se redressa. Il faillit retomber en arrière sous le coup de la douleur, mais il serra les dents et fit un pas en avant. La porte n’était qu’à quelques mètres du lit, pourtant lorsqu’il posa la main sur la poignée, il était déjà exténué. Il ne restait plus qu’à espérer que les invités fussent logés en hauteur…

– Et où pensez-vous aller ainsi ? le héla une voix féminine étonnée.

Cyril s’arrêta dans son ascension. Enfin, ascension… C’était à peine s’il ne rampait pas dans la cage d’escalier en colimaçon. Lorsqu’il leva les yeux sur la mage, il retrouva les sourcils levés qu’il avait déjà entendus dans sa voix. Des jolis sourcils très fins, comme l’entièreté de sa silhouette. Ce n’était pas le gros tissu de sa robe qui cacherait cela. Elle se trouvait sur le pas d’une porte, un peu plus en hauteur. Il n’avait pas assez de souffle pour lui répondre, mais il n’en avait pas besoin : elle venait déjà vers lui.

– Mon pauvre, vous n’êtes pas en état ! Mais que vous infligez-vous ?

Même pas une réflexion sur le fait qu’il se balade en sous-vêtements… Quoique, elle y faisait peut-être allusion en parlant de son « état ». Non, ce n’étaient sûrement que les bandages.

– Je dois…

– Vous devez vous reposer, l’interrompit la mage en prenant un air sévère.

– Non, je suis…

– Je sais qui vous êtes, jeune impulsif ! Et j’insiste, je ne vous laisserai pas grimper ces escaliers seul.

« Jeune impulsif » ? Mais pour qui elle se prenait ? Elle ne pouvait pas avoir plus de trente ans, et encore, c’était exagérer !

– Accompagnez-moi alors. Je dois voir l’Archimage, c’est important.

– Si c’est assez important pour que vous vouliez monter les escaliers dans cet état… Je les évite déjà un maximum quand je suis en forme ! Enfin, sérieusement. Confiez-moi votre message, je le transmettrai à l’Archimage. Vous ne feriez que me retarder, nous sommes encore loin de son étude…

Elle n’avait pas tort dans son raisonnement, mais Cyril rechignait à se reposer entièrement sur elle. La mage lui semblait sympathique, mais… Il avait du mal à faire confiance aux mages. Et si justement elle était celle qui l’avait fait tomber ? Elle cachait quelque chose, à le traiter de jeune alors qu’elle ne paraissait pas plus vieille que lui. Cela ne lui rappelait que trop bien l’ancien Archimage, le sorcier qui drainait l’énergie vitale de la région entière pour alimenter ses sorts et garder sa jeunesse. C’était finalement Thomas qui l’avait arrêté avec un bête sort d’anti-magie de masse, plus par hasard qu’autre chose en fait…

Le moment n’était pas aux souvenirs cependant, il devait se décider. Pouvait-il vraiment tout confier à cette femme qu’il ne connaissait pas ?

1. Elle a raison, la situation est urgente. Il devrait tout lui raconter et retourner se reposer. Ses côtes le font vraiment souffrir et il reste encore bien des étages à monter…

2. Son aide sera la bienvenue, mais il ne peut pas se reposer entièrement sur elle. Elle le connaît peut-être, mais lui n’a aucune idée de qui elle est. Il faut qu’il insiste pour qu’ils fassent la route ensemble.

3. Non. Il doit se défaire d’elle, il ne peut pas lui faire confiance. Qui sait combien il y a de mages corrompus ? Elle pourrait très bien en faire partie. Elle sait qui il est et ne lui dit pas tout : et si elle savait déjà ce qu’il avait à raconter et voulait simplement l’empêcher de parler à Thomas ?


Texte publié par Mart, 8 juillet 2019 à 16h18
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