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Tome 1, Chapitre 6 « Réminiscences » Tome 1, Chapitre 6

Quelques branches crépitaient au milieu du feu de camp. Les deux chevaux étaient attachés à un arbre un peu à l’écart de la tente. La nuit était tombée, mais ni Mart, ni Dimitri n’avaient encore sommeil. Malgré leurs différences et leurs différends, ils avaient un passé commun, et ce voyage rappelait bien des souvenirs.

– Ah ! J’avais presque oublié ce que ça faisait, d’être sur la route et de se reposer autour d’un bon feu de camp. La musique des étoiles, l’odeur de pin et le son de l’écorce qui se consume… Avoue que ça a quelque chose, un vrai feu.

– Parce que tu penses qu’il brûlerait sans mon aide ? répliqua Dimitri avec un sourire malicieux. Désolé de te décevoir, mais tes talents d’aventurier ne sont plus ce qu’ils étaient, Mart. Sans mon aide, ton feu n’aurait jamais pris.

– Soit… Ce que je voulais dire, c’est que c’est agréable d’avoir quelque chose qui brûle plutôt que juste ton feu artificiel. J’aime bien le son, la fumée… Même la couleur est différente.

Mart venait d’achever sa phrase quand le cœur du feu devint bleu. Le feu se mit à danser sous ses yeux. Les mouvements avaient quelque chose de gracieux et d’hypnotique.

– On en a fait, du chemin… Pas aujourd’hui. Je veux dire depuis qu’on est arrivé, tu sais, dans ce monde.

Il n’avait pas levé la tête, le regard toujours rivé sur la danse des flammes.

– Oui, c’est complètement fou. On n’était que des gamins. Qu’on ait survécu jusque-là tient déjà du miracle…

– Quelque part c’est ce qu’il y a eu : un miracle. Le lutin et ses poissons magiques là… Tu sais que dans tous les livres que j’ai lus, il n’en est fait mention nulle part ? Or si ingérer des poissons pouvait donner des pouvoirs comme les nôtres, ça se saurait, tu ne penses pas ?

– Alors quoi ? On est tombé sur un dieu farceur ?

– Bien possible… Tu imagines un peuple entier d’êtres comme lui ?

– Je préfère ne pas y penser…

Dimitri avait eu du mal avec ce compagnon de route provisoire, mais malgré toutes les mauvaises farces dont il avait fait l’objet, il se sentait redevable au petit être. Sans lui, ils ne seraient jamais devenus ce qu’ils étaient.

– Tu sais, je me demande souvent comment ç’aurait été si on n’était jamais parti…

– Va savoir… On ne se parlerait peut-être même plus, répondit Mart avec un haussement d’épaules.

– Ha ! C’est sûr que ça nous a vachement rapprochés, cette histoire !

Mart accueillit l’ironie d’un nouveau haussement d’épaules. C’était vrai tant qu’ils avaient été réunis par une même quête. Ils n’avaient jamais été plus soudés que pendant qu’ils traversaient Ictrear à la recherche du livre qui les ramènerait à la maison. Tout avait changé avec l’échec. Hathiir était mort, et avec lui, l’espoir de Cyril et Dimitri. Comment Mart avait gardé le sien, il l’ignorait. Peut-être n’en avait-il plus, mais il devait au moins garder l’illusion pour continuer de vivre. Croire que quelque chose l’unissait toujours à ses amis, et qu’un jour, ils rentreraient chez eux.

Lorsque Mart leva la tête du jeu des flammes, il trouva Dimitri également pensif. Il ne regardait même plus le feu qui continuait pourtant ses petites arabesques, comme pris d’une vie propre.

Du bois, il ne restait que des cendres, et si la chaleur perdurait, elle avait perdu sa sonorité. Les petits bruits de la nuit peuplaient le silence ambiant. L’instant s’étirait. Il semblait même s’éterniser, mais Mart savait bien qu’il serait rompu d’une façon ou d’une autre, ne serait-ce que parce que l’un d’eux irait dormir.

Finalement, ce fut Dimitri qui prit la parole.

– Tu penses qu’il s’en sort comment ?

– Cyril ? … Il s’en sortira. La chance lui a toujours souri, je ne vois pas pourquoi elle arrêterait maintenant.

– C’est vrai. Pourtant je m’inquiète pour lui. Je ne sais même pas pourquoi, parce que toute cette situation est de sa faute. Et pourtant…

– Ça va aller, ne t’en fais pas. Tervos nous est redevable. Il n’a pas oublié qui l’a mis sur le trône. Sans nous… Non, sans Cyril, il serait toujours un petit noble de campagne terrorisé par le monstre du lac.

– J’ai jamais su le blairer, moi, Tervos.

– Il nous a bien aidé quand même, à l’époque.

– Pour ce que ça nous aura apporté… !

Le silence revint un instant avec tous ses bruits, mais Mart ne le laissa pas s’installer. Il se leva.

– Je vais dormir. Tu ferais bien d’en faire autant, on a du chemin à parcourir demain.

– Vas-y, je te rejoins plus tard.

Dimitri avait le regard perdu dans les flammes, comme s’il y voyait autre chose. Celles-ci s’agitaient de façon chaotique. Mart hésita, puis continua son chemin jusqu’à la tente, en tira un pan et disparut.

Le noir. Une flamme dans sa main. Des ombres contre les parois de roche. Des échos verts, fluorescents. Une terrible appréhension, verte. Odeur de mauvaise augure, verte également. Étouffante. Parois étouffantes. Boyau. Lumière au bout, grandissante. Échappatoire.

Lumière. Salvatrice. Aveuglante… Meurtrière, traîtresse. Sifflement de flèches. Cris. Sauvages. Verts. Réplique par le feu. Déchaînement des éléments… Oppression. Danger omniprésent. Champ de bataille. Éclair de fourrure. Cris verts. Répit.

Rouge. Ami touché. Colère. Tristesse. Éruption de flammes.Fragmentation du moment. Actions floues… Échec. Amer. Cuisant. Douloureux.

Montagnes dévastées. Carnage… Calme. Froid. Désespoir.

Dimitri se réveilla, haletant. Le front moite, le cœur battant, il était perdu. Il sentit deux larmes finir leur course au bout de ses pommettes. Il voulut se redresser et frôla la toile de la tente. À côté de lui, la respiration calme et constante de Mart avait quelque chose de rassurant. Il finit par se calmer. Lorsqu’il eut bien récupéré ses repères, il s’extirpa discrètement de la tente.

Mart eut un aperçu des hautes formes des arbres et du ciel étoilé quand Dimitri sortit. Ces cauchemars, il les connaissait. Comment aider son ami face à eux, il l’ignorait. Il devait lui-même encore apprendre à les affronter.

– On arrive au gué. Rappelle-toi, Dim, nous ne sommes qu’un simple forgeron et précepteur krondariens venus proposer nos services à la cour d’Arenhie.

Le chemin sur lequel étaient engagés les deux cavaliers descendait vers la rivière Kashifaan. Assez large pour prévenir un passage sec, il n’aurait cependant pas été impossible de la traverser à la nage. Mais une telle traversée n’était guère envisageable. Toute personne en Arenhie devait présenter sa marque lors des contrôles, et ceux-ci étaient fréquents. Or l’eau de la rivière frontalière avait été enchantée pour retirer toute illusion ou marque apposée autrement que par le fer d’Aren. Les ponts sur la Kashifaan avaient été interdits, malgré les conséquences négatives que cela avait sur le commerce, déjà limité, entre Krondar et Arenhie.

– Et s’ils nous reconnaissent ?

– Peu probable. On ne s’est plus montré depuis un certain temps et il y a quand même du monde qui passe.

– Si tu le dis…

Une fine couche de neige ornait le paysage au-delà de l’orée de la forêt qu’ils venaient de quitter. Du toit du poste douanier pendaient des stalactites de glace, et de la fumée sortait de la cheminée. Le Soleil était haut dans le ciel, et tout scintillait d’une blancheur intense.

Les eaux étaient déjà gonflées des débuts du dégel, et la traversée fut froide et pénible. Dimitri et Mart furent respectivement mouillés jusqu’aux cuisses et jusqu’aux genoux et durent lutter contre le courant. Les chevaux renâclèrent, mais suivirent leurs maîtres sans trop de difficultés.

Deux hommes étaient sortis de la cabane et les aidèrent à regagner la berge. Ils étaient armés de lances, mais avaient laissé celles-ci contre le mur du poste pour aider les voyageurs. Lorsque le cheval de Dimitri fut également au sec, les gardes invitèrent les deux cavaliers à se présenter à l’intérieur pendant qu’ils s’occuperaient des chevaux.

À l’intérieur aussi, les gardes se montrèrent particulièrement bienveillants. Trop. Mart n’était pas à l’aise. Cela faisait un moment qu’il ne s’était plus rendu en Arenhie, mais il se rappelait de ce peuple comme particulièrement méfiant, surtout envers les étrangers. Alors qu’on leur offre une chaise et une tasse de thé avant même de leur avoir demandé de décliner leur identité… C’était louche.

– Vous ne nous demandez pas qui nous sommes et ce que nous venons faire ici ?

– Voyons, répliqua un garde, nous savons reconnaître les nôtres. Détendez-vous et profitez un peu de la chaleur. Les routes ne sont pas faciles en cette saison. Où vous rendez-vous ?

Dimitri et Mart échangèrent un regard. S’ils voulaient rester sous couverture, ils allaient devoir insister.

– C’est bien aimable à vous, messieurs, répondit Dimitri, mais vous vous méprenez.

– Comment ça ?

– Nous ne sommes pas du sang d’Aren.

Dimitri n’avait pas fini sa phrase que déjà les gardes s’étaient levés et portaient la main à leur arme.

– Soyez rassurés, intervint Mart, nous n’avons pas d’intentions belliqueuses. Nous sommes juste un précepteur et un forgeron krondariens venus offrir nos services à la cour d’Aren.

– Vous mentez.

Le même garde qui leur avait si aimablement accueilli pointait désormais sa lance sur la gorge de Mart.

– Vous parlez exactement comme un arenhien. Vous savez ce qu’on pense des traîtres ici. Pourquoi être revenu ?

– Je suis krondarien et enseignant. Probablement le meilleur qui soit. C’est pourquoi je me rends à la cour de ce pays : pour espérer enfin trouver des personnes dignes de recevoir mon enseignement.

– Et lui alors ? L’homme désigna Dimitri du menton, l’air peu convaincu de ce qu’il venait d’entendre.

– Un bon élève. Fouillez ses sacoches, vous verrez que ses talents ne seront pas perdus au service du roi Ulric.

Le garde, visiblement le chef du poste, fit signe à un autre de sortir. Mart et Dimitri se tenaient toujours tranquillement assis alors que l’entièreté de la petite garnison les entourait à présent, les armes au clair.

– Levez-vous et retirez vos tuniques. Vos marques me diront mieux que vos bouches qui vous êtes.

Mart et Dimitri se regardèrent, une même question dans les yeux : le garde était-il sincère ou profiterait-il d’un instant de faiblesse pour les exécuter ?

Que feront nos héros ?

1. Obéir et suivre le plan comme il était prévu : les gardes verront bien qu’ils ne sont pas arenhiens lorsqu’ils constateront qu’ils n’ont en effet pas de marque.

2. Dire la vérité. Les gardes ne semblent pas les croire, mieux vaut révéler leur identité que risquer de se faire tuer bêtement.

3. Passer à l’attaque. Cette situation est louche, au moins en les affrontant de face, Dimitri et Mart seront sûrs de l’emporter.


Texte publié par Mart, 4 mai 2019 à 19h56
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