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Tome 1, Chapitre 7 Tome 1, Chapitre 7
La porte de la forge si silencieuse jusque là s’ouvrit dans un puissant fracas. Le baron d’Osborn faisait son entrée. Octavius ne put retenir un tressaillement. Des rumeurs lui étaient parvenues comme quoi cet exigeant seigneur était brusquement devenu tyrannique.
    
    Non sans une certaine appréhension le forgeron effectua l’accueil d’usage. De son coté Norman ne lui accorda pas un regard. Son tempérament énergique s’était transformé. Là où on y percevait autrefois volonté et ambition, était apparu impatience, et crispation. Le corps tout en tension, il débarrassa d’un mouvement du bras une table. Octavius se contint difficilement face cette souillure dans son espace si bien ordonné.
    
    « Délaissez toutes vos tâches. » Dit enfin Norman en étalant des parchemins sur le meuble. « Désormais voici votre priorité. Et j’exige un travail de qualité. »
    
    Le forgeron n’eut pas à se contenir une nouvelle fois face à cet abus d’autorité tant ces schémas l’impressionnaient. Le baron lui avait déjà présenté de cette façon certaines de ses demandes. Mais la qualité des traits et de la conception n’étaient sans commune mesure.
    
    Le gobelin a toujours été un être malicieux. Si bien que l’esprit brillant de Norman était à présent exceptionnel. Force et intelligence, le seigneur d’Osborn avait de quoi s’en enorgueillir au point de dépasser toute mesure. Octavius subjugué par l’ingéniosité et la finesse des plans, négligea quelques peu l’étiquette en s’adressant de nouveau à son maitre.
    
    « Vous êtes certains pour les modifications de la baliste ? Je ne pense pas que ce soit applicable. »
    
    Le forgeron parlait à juste titre. Il avait toujours mis un point d’honneur à tester lui-même ses créations. Si bien qu’en cette personne se rejoignaient à la fois le créateur et l’utilisateur, la main et l’arme.
    
    « Votre rôle n’est pas de penser, mais d’obéir. »
    
    Suite à ses paroles son départ fut comme sa venue : direct et sans un mot ou un salut. Ce n’était clairement plus le même homme. Toutefois il demeurait toujours le seigneur d’Oscorpia. Si bien qu’Octotavius s’attela à la tâche, et étudia précisément les plans. Contrairement aux indications de son maitre, il se fit songeur. C’était dans sa nature de toujours voir au-de-là, d’anticiper les tenants et les aboutissants.
    
     A quoi Norman destinait-il des armes de cette qualité ? Il n’avait jamais eu l’âme belliciste jusqu’à présent. Et aucun des seigneurs voisins ne lui cherchait querelle. Son seul ennemi connu était ce brigand nommé Wilson Fisk, dont la bande sévissait sur ses routes. Or on ne déployait pas un tel arsenal juste à l’encontre de quelques bandits. Ce genre de démesure frôlait la folie. En voyant l’excentrique heaume dessiné sur le papier, Octavius vit sa dernière pensée se confirmer.
    
    
    

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    Dans l’université un homme s’interrogeait non pas sur ses actions à venir mais passées. Errare humanum est sed perseverare diabolicum. (l’erreur est humaine mais persévérer est diabolique). Cette citation résumait parfaitement la situation.
    
    Connors pouvait-il encore réparer ce qu’il avait provoqué ? En tous cas il avait le devoir d’essayer. Il ressortit une fois encore cet ouvrage si ancien dissimulé dans une pierre creuse du mur de son bureau. De nouveau face à cet écrit il regretta de ne pas l’avoir détruit. Seulement l’érudit en lui s’y était toujours refusé, malgré tout le mal provoqué par cet ensemble de parchemins. A vrai dire cette œuvre ne lui avait offert du bien-être qu’en une seule occasion : lorsque encore un jeune moine il l’ouvrit pour la première fois. Qu’il s’agisse d’un écrit druidique et donc païen ne le rebuta pas. Connors était autant un homme de foi que de science. Et après tout Socrate était lui aussi un païen. Pourtant sa sagesse ne faisait aucun doute.
    
    Alors Connors étudia ce document. Il parlait d’un rite recourant à la puissance contenue dans la terre et procurant une force dépassant l’entendement. Le moine n’y vit d’abord qu’une superstition d’un autre temps. Progressivement lui revinrent en mémoire des légendes celtiques sur les spasmes de furie comme celui du roi Arthur. Cet état était décrit comme une sorte de transe liant le guerrier à la nature ou à la terre nourricière et le rendant capable d’incroyables prouesses physiques. Il existait aussi un équivalent chez les vikings en la personne du berserker.
    
    Le jeune moine souffrait de certains défauts comme la témérité et l’indiscipline. Par contre l’égoïsme ne comptait pas parmi eux. Si bien qu’il procéda à l’invocation des esprits de la terre seul. Il ne voulait pas que quelqu’un d’autre paye les éventuelles conséquences. Et effectivement il y en eut une. Des petites bêtes attirées par le rite perturbèrent le tout notamment un lézard, qui monta sur le bras de Connors et provoqua une étrange sensation d’évanouissement. Suite à cette expérience malheureuse son bras se recouvrit progressivement d’écailles, et de cruelles pensées occupèrent son esprit. Ne voulant pas perdre son humanité, Connors trancha son membre. Mais ce sacrifice n’était pas suffisant aux yeux de ses pairs. Si bien qu’il dut disparaitre.
    
    Et voilà qu’il avait fauté de nouveau. Et de nouveau encore une perturbation eut lieu par le biais d’un esprit maléfique, d’un gobelin plus précisément. C’est pourquoi Connors cherchait un échappatoire dans ces parchemins anciens. Car le gobelin était déjà tellement ancré en Norman, qu’une amputation ne suffirait pas.
    
    Malgré ces deux malheureuses expériences lorsqu’il déroula ces parchemins, Connors ressentit une certaine émotion face à ce savoir ayant traversé tant de siècles. Puis vint une surprise, une mauvaise surprise. Des traces indiquaient qu’un parchemin avait été récemment consulté. Un parchemin auquel Connors n’avait pas touché depuis des années. Seul Norman connaissait son petit secret. Toutefois il ne savait lire que le latin. Or ces documents druidiques étaient écrits en ogham. Uniquement Connors au sein de l’université était capable de comprendre cette vieille écriture irlandaise.
    
    « Qui diable ! » S’exclama alors Connors.
    
    Peut-être venait-il de trouver le coupable ? La présence du malin n’aurait pas été si surprenante au sein de cette ténébreuse histoire.

Texte publié par Jules Famas, 16 mai 2019 à 22h02
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