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Tome 1, Chapitre 5 Tome 1, Chapitre 5
Pourquoi la curiosité ne comptait-elle pas parmi les sept pêché capitaux ? Cette question taraudait Connors tandis qu’il achevait les préparatifs.
    
    C’était uniquement la curiosité, qui l’avait conduit à vérifier la véracité de ces rites druidiques. A l’époque Connors n’avait jamais songé à la puissance ou à la gloire pouvant en résulter. Il était juste avide de connaissances. Peut-être aussi à force d’étudier des sagesses anciennes comme celles des grecques et des romains datant d’avant la chrétienté, voulait-il éprouver sa foi, savoir si d’autres puissances mystiques hormis celle de Dieu subsistaient ?
    
    Tant de questions trainaient dans la tête de son jeune crâne de l’époque. Alors il chercha des réponses, des mauvaises réponses. Au fond il était mal placé pour blâmer le baron d’Osborn. Lui au moins sa cause était pure, et ne servait pas que ses simples intérêts. Connors se rassurait ainsi. Norman lui n’en éprouvait pas le besoin. C’était un désir enfoui, qui se réalisait. Au fond de lui-même brûlait le désir de vivre cette expérience. Il ne lui manquait qu’un prétexte.
    
    Seul le lieu de la cérémonie semblait sentir le désastre à venir. Il était sinistre en tout point. Cette pièce poussiéreuse de l’université ne servait plus depuis longtemps. Elle n’offrait donc que du vide en guise de décoration. Par besoin de discrétion le rite se déroulait tard dans la nuit. L’éclairage se limitait à quelques braséros. Des ombres dansaient un peu partout sur les murs auxquels se mêlaient d’étranges signes tracés avec de l’encre noir.
    
    Il y avait également tracé au sol un vaste cercle à la différence que la matière employé était de la poix enflammée à l’intérieur duquel les deux hommes s’étaient réfugiés. De cette manière Connors évitait un désagrément ayant autrefois eu une malencontreuse conséquence. Le grand moment était venu. Comme convenu Norman se défit de ses vêtements. Il révéla un corps svelte et musclé auquel manquait toutefois les cicatrices propres à un véritable guerrier. Le baron s’allongea à même le sol dans une attente où se mêlait impatience et appréhension.
    
    Connors psalmodia des mots disparus avec l’avènement de la chrétienté. L’harmonie des ces paroles suggéraient un de ces chants lancinants que les anciens déclamaient au coin du feu lors des veillées. Progressivement elles devinrent un murmure, puis cédèrent la place au silence. Le doute commença à ronger Norman. Juste quelques paroles chantées. Ça ne pouvait pas être si simple. Soudain le silence fut brisé. Rats, cafards... toutes ces créatures liés à la terre comme une sorte de flot répugnant, s’agglutinèrent autour des deux hommes. Toutefois ils ne purent franchir la barrière de flamme.
    
    Norman eut à peine le temps de le réaliser. Brusquement il sentit une sorte de corps étranger naitre en lui. C’était comme si des sortes de serpents creusaient dans sa chair, se gorgeaient de son sang. Malgré toute cette douleur le baron ne parvint pas à produire le moindre son, ni esquisser un geste. Il était devenu une simple marionnette attendant que quelqu’un d’autre le fasse se mouvoir. Puis ce fut le néant.
    
    Lorsque Norman rouvrit les yeux, le calme était revenu. Les créatures rampantes, la douleur, et la paralysie avaient disparus. A croire qu’il s’agissait d’un simple rêve. C’est alors qu’apparu au-dessus de lui le visage de Connors.
    
    « Pouvez-vous vous lever ? » Demanda Connors inquiet.
    
    Encore hébété Norman obtempéra. Sujet à un léger étourdissement il tituba jusqu’à trouver appui sur mur au-delà du cercle à présent éteint. Combien de temps c’était passé depuis son évanouissement ?
    
    « Que ressentez-vous ? » Dit Connors après avoir accordé ce court répit à son seigneur.
    
    « Rien ! » S’exclama Norman plein de rage. « Votre magie a échoué. »
    
    Sous la colère tout son corps se raidit.
    
    « Le mur. » Constata à haute voix Connors.
    
    Le baron en pivotant réalisa à son tour. Il venait de broyer une pierre du mur à main nue sans rendre compte. Il poussa un cri de satisfaction, qui raisonna loin dans les couloirs. On aurait cru qu’il avait remporté une bataille. Connors lui ne partageait pas cette joie. Alors que Norman exultait, il venait d’apercevoir quelques traces verdâtres sur son ventre. Le sort était encore plus puissant que prévu. Et surtout les premiers signes d’une transformation faisaient leur apparition.
    
    Toutefois cette peau verte dénuée de plumes, d’écailles, ou de poils, ne correspondaient à aucune créature de sa connaissance. Du moins une créature issue de la nature. Connors songea alors aux vieilles légendes et à ces êtres vivants sous la terre que l’on appelait gobelin.
    
    Qu’avait-il donc fait ?
    
    
    
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    Chez certains le savoir servait à s’élever spirituellement. D’autres y voyaient une façon d’impressionner leur entourage. Peter lui le consacrait à l’oubli. Il n’y avait que lorsqu’il était seul à la bibliothèque plongé dans les livres, que Gwen Stacy disparaissait furtivement de son esprit. Dès qu’elle passait au magasin pour quelques retouches ou d’autres tissus, il ne pouvait pas s’empêcher de venir la voir. Et une fois en face d’elle tout son entrain s’envolait. Peter parvenait à grande peine à parler de banalité comme le beau temps ou les gamins peu trop bruyant dans la rue.
    
    Le plus étrange c’est que Gwen appréciait sa présence lui envoyant même de petits sourires à l’occasion. Peter n’y comprenait plus rien. En comparaison la grammaire, la rhétorique, la géométrie... paraissaient simples. Dommage qu’il n’existait pas de livre à ce sujet. Un temps Peter songea à s’adresser à Harry. Mais lui le fils du baron ne devait pas connaitre ce genre de souci. Certainement toutes les femmes se pâmaient devant un si beau parti. Quant à Oncle Ben et Tante May ils étaient trop vieux pour comprendre. Quel raisonnement absurde ! La passion n’était en rien lié à l’âge.
    
    Donc Peter lisait dans la bibliothèque déserte à la lueur d’une bougie. Une bougie dont la taille était à présent bien réduite. Le jeune homme ayant quelque peu perdu la notion de temps, la nuit était bien avancée. Un couinement émergea alors d’un coin de la pièce. Il n’aurait pas été en mesure de perturber la concentration de Peter, si une multitude d’autres ne l’accompagnait pas. Dans un premier temps Peter intrigué regarda vers la source de ces bruits. Terrifié face à cette vague de rats s’avançant inexorablement, il se leva d’un bond. Il courut sans suivre une direction précise n’ayant comme guide sa seule peur.
    
    Un soupçon de raison le poussa à grimper à une étagère. La hauteur lui servirait de refuge. Malheureusement d’autres créatures attirées par la cérémonie impie de Connors venaient d’y élire domicile, et n’apprécièrent pas cette intrusion. Une masse grouillante d’araignées parcoururent le corps de l’adolescent. Entre le dégoût, la peur, et l’incompréhension Peter ne put que s’agiter de manière frénétique et inutile. Il finit tout naturellement par tomber de son perchoir. La chute fut immédiatement suivi par l’inconscience.
    
    La panique accompagna le réveil. Puis Peter constata que la pièce était vide de toutes créatures. Selon tout vraisemblance il s’était endormit en lisant, et avait cauchemardé. Dans ce cas que faisait-il par terre loin de l’emplacement où il lisait ? Machinalement Peter se releva. Sentant son équilibre précaire il s’appuya sur la table la plus proche. Il prit alors une grande inspiration, et repartit. Un bruit de frottement se fit entendre derrière lui. Peter constata que sa main était collée au meuble. Et tout aussi surprenant, il était parvenu à tirer cette lourde table en chêne sans le moindre effort.
    
    Sous la panique Peter agita ses doigts au hasard, et finit par les détacher. Le futur homme de science en lui aurait dû s’interroger sur ce phénomène. Mais le gamin avec son envie puérile de se réfugier chez lui, l’emporta. Encore désorienté Peter s’accrocha sans réfléchir à ses habitudes. Il rangea le livre, ferma la porte de la bibliothèque à clé, et partit discrètement. Ce n’est qu’une fois en dehors de l’université que la peur lui revint.
    
    Il se mit à courir dans les rues désertes du fait de l’heure tardive. Comme si être plus tôt dans son foyer changerait quelque chose. Peter eut droit à une nouvelle surprise. Sa foulée était incroyablement rapide. Réaliser ce simple fait le déstabilisa, et lui fit perdre l’équilibre. A cause de sa vitesse il effectua un véritable vol plané. Toujours guidé par une sorte d’instinct Peter effectua une pirouette digne d’un acrobate, et retomba sur ses pieds.
    
    Face à tant de changements la crainte était toujours présente. Toutefois il s’en détachait un autre sentiment : la joie.
    
    En cette nuit un puissant seigneur plein d’ambition et un roturier ignorant encore ses propres désirs venaient d’emprunter sans le savoir le même chemin. Où les conduirait-il tous deux ?

Texte publié par Jules Famas, 3 mai 2019 à 18h49
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