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Tome 1, Prologue « Prologue » Tome 1, Prologue

    /!\ Ce prologue est toujours au stade de premier jet et fait l'objet d'une publication anticipée, car l'autrice avait (trop) besoin de partager son univers pendant qu'elle l'écrivait. La suite ne sera donc pas publiée sur le site, mais paraîtra un jour au format broché et numérique.
    
    Les Enfants de la Déesse
    © Rose P. Katell (tous droits réservés)
    Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes de l’article L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
    
    
    La clairière était silencieuse, comme si ses habitants comprenaient l’importance du rituel qui se déroulait sous leurs yeux et le respectaient. Le vent ne faisait plus crisser les épines des pins contre leurs voisines, le gazouillis des oiseaux s’était interrompu, nul rongeur n’agitait les fourrés de sa présence.
    Disposés en cercle, la petite dizaine d’enfants qui avait suivi Aanor retenait son souffle. L’Œil-de-la-Déesse encourageait la fillette à ses côtés de sa voix hachée mais douce. Elle lui répétait des paroles réconfortantes et lui assurait qu’elle ne risquait rien, qu’elle était en âge de se contrôler. D’un doigt ridé par les printemps, elle désignait une jeune pousse en mauvais état, privée d’ombres et maltraitée par les rayons du soleil. Le sourire confiant qui lui valait l’amitié de la meute ne la quittait pas.
    Au bout de longues secondes, la patience qu’elle manifestait paya : elle obtint un hochement de tête de la part de son interlocutrice, qui s’accroupit timidement devant la plante. Poings serrés sur ses genoux, elle prit ensuite une profonde inspiration et opina – on aurait pu penser qu’elle cherchait à se donner du courage.
    Aanor ne la brusqua pas.
    Assise en tailleur parmi les spectateurs, Kaliska étouffa de justesse un bâillement. La cérémonie s’éternisait ; elle commençait à avoir des fourmis dans les jambes. Elle fixa Eblenn, puis se retint de lever les yeux au ciel. Du haut de ses cinq ans, elle ne comprenait pas pourquoi son amie se montrait aussi anxieuse. Elle avait enfin atteint son dixième anniversaire, elle était en mesure d’accomplir son tout premier don de vie, d’honorer la magie que la Déesse avait insufflée à leur peuple ! À sa place, Kaliska aurait trépigné jusqu’à ce qu’Aanor termine son discours et l’autorise à effectuer un premier pas vers son existence d’adulte – si la loi de la forêt ne l’interdisait pas, elle aurait déjà demandé à passer ce cap, si cruciale pour les Lycanthus.
    Elle sourit. Beaucoup de ses camarades de jeux avaient hâte de franchir l’étape afin de ressentir la magie couler dans leurs veines puis s’échapper de leurs paumes ouvertes, et d’en contempler le résultat. Elle, elle l’espérait pour être autorisée à discuter de l’incroyable ivresse qu’on éprouvait en offrant une part minime de son énergie vitale à un être – fût-il Lycanthus, animal ou végétal – qui en avait plus besoin que soi. Elle l’espérait pour se débarrasser du poids du secret, fardeau qu’elle portait en elle depuis plusieurs mois.
    L’excitation la gagna ; elle peina à la masquer et fut forcée de jouer sur sa respiration afin de retrouver un calme d’apparence. Oh, tout aurait été tellement plus simple si elle avait la possibilité de se confier à quelqu’un ! Cependant, les règles étaient transparentes. Chez les moins de dix ans, l’utilisation du pouvoir de la Déesse était prohibée…
    Mal contrôlé, un don de vie pouvait se révéler mortel. Si la personne qui l’accomplissait n’arrivait pas à interrompre le flux qui s’écoulait de ses mains, elle se vidait de son énergie jusqu’à s’effondrer, inerte.
    Pas étonnant que les adultes craignent que leurs enfants ne commettent une erreur d’attention !
    Kaliska comprenait leur décision de ne pas prendre de risque. Malgré son impatience, elle n’avait même jamais cherché à la remettre en cause, acceptant l’autorité avec résignation. Mais lorsqu’elle avait aperçu un lièvre emmêlé dans des ronces et blessé à une patte, elle n’avait pas éprouvé la moindre hésitation. Elle l’avait approché avec lenteur, rassuré de sa voix la plus mielleuse, puis s’était appliquée à reproduire les gestes souvent observés au sein de la meute et concentrée dans le but de libérer son don.
    Un agréable frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. La sensation qui l’avait envahie lorsqu’elle avait réussi était indéfinissable. Parvenir à soigner la bête l’avait rendue plus heureuse que n’importe quel cadeau ne l’aurait fait.
    Un souffle nerveux la tira de ses réflexions. Kaliska balaya ses rêveries, puis se focalisa à nouveau sur Eblenn. Les yeux fermés, sa sœur de meute affichait désormais une mine plus déterminée qu’angoissée. Avec un peu de chance, elle se déciderait bientôt à vivre l’une de ses plus belles expériences.
    Kaliska tourna la nuque et détailla l’Œil-de-la-Déesse. Les pieds solidement ancrés dans le sol, les mains posées sur sa large taille, elle fixait la jeune initiée de son regard lupin. Son expression aimable et détendue ne laissait aucun doute sur ses pensées : elle était convaincue que le rituel se passerait bien. Ses traits transpiraient la bienveillance. Ils la dotaient d’un charme que la vieillesse n’était pas capable d’éteindre.
    Malgré ses rides et son dos légèrement voûté, Aanor demeurait une belle Lycanthus. À la contempler, Kaliska éprouvait une immense fierté et s’enorgueillissait d’être sa petite-fille.
    Elle n’ignorait pas que certains l’enviaient d’avoir comme grand-mère la femme la plus puissante du village, le lien entre la meute et la Déesse. Pourtant, c’était la gentillesse et la noblesse d’âme de son aïeule qui étaient les raisons majeures de son affection envers elle. Kaliska raffolait du temps passé en sa compagnie, des légendes qu’elle lui racontait et des astuces qu’elle lui apprenait. Chaque seconde qu’elle lui accordait était un moment qu’elle chérissait.
    Eblenn releva soudain la tête et elle chassa ses réflexions.
    — Vous… c’est vraiment sans danger ? balbutia son amie.
    Aanor opina.
    — J’ai confiance en toi. Tu es grande maintenant. Tu sauras contrôler la magie. Rassure-toi, cette jeune pousse ne te demandera qu’un soupçon d’énergie.
    — D’accord. Je suis désolée.
    — Pourquoi donc ?
    — D’être si… hésitante.
    — La peur est une émotion normale, Eblenn. Il est vain de la condamner ou de l’ignorer. Il faut simplement la dépasser. Prends ton temps, n’agis que quand tu te sentiras sûre de toi. Le premier don est une étape importante, tu n’as pas à te presser pour l’accomplir.
    Tout en approuvant le discours, Kaliska pria les fils de la Déesse afin qu’ils lui insufflent la force et la sagesse de patienter jusqu’à ce qu’Eblenn se juge prête. La voir hésiter l’irritait, elle brûlait d’envie d’agir à sa place !
    Elle dissimula un soupir las ; les parents de sa camarade avaient probablement trop insisté sur les dangers encourus lorsqu’elle était plus jeune…
    Un craquement lointain lui parvint aux oreilles. Aussitôt, sans même qu’elle en ait conscience, son instinct s’enclencha. Son ouïe aiguisée traqua l’origine du son, qui se reproduisit en plus grand nombre.
    Intriguée, Kaliska délaissa le rituel pour se concentrer sur ce qu’elle percevait. Ses sens, hérités des anciens loups géants de la forêt, se montraient formels : plusieurs individus se mouvaient en silence. Ils se rapprochaient du territoire de la meute, de ses habitations. Néanmoins, le bruit de leurs pas était étrange, presque irréel. Il ne ressemblait pas à celui produit par le déplacement des siens, comme si les pieds des nouveaux venus étaient… recouverts ?
    Alarmée, Kaliska rompit son mutisme :
    — Grand-mère ?
    Peu habituée à être dérangée en plein cours d’une cérémonie, l’Œil-de-la-Déesse darda sur elle un regard stupéfait. Ses sourcils se froncèrent. Un pli de contrariété tordit ses lèvres. Consciente de son impair, Kaliska lui adressa une moue contrite, prête à se justifier.
    Elle n’en eut hélas pas l’occasion. Une détonation retentit, sourde et puissante. Durant une fraction de seconde, le temps se figea. Nul ne remua, aucune respiration ne s’entendit. Puis les hurlements de la meute et la panique de leur village fendirent l’air, le chargeant d’horreur.
    Les enfants se relevèrent. L’un d’eux vagit, mais sa voix fut recouverte par de nouveaux coups de feu, de nouveaux cris d’agonie. Si calme un instant auparavant, la clairière se teinta d’angoisse. Ses occupants se dispersèrent au pas de course.
    Les larmes aux yeux, Kaliska n’eut qu’une pensée lorsqu’elle réalisa la signification de l’épouvantable vacarme. Ses parents étaient sur place ! Son cœur réagit pour elle : elle galopa en direction de leur hutte, décidée à les retrouver, à vérifier qu’ils allaient bien.
    — Kaliska ! Kaliska, non !
    Insensible à l’appel, elle continua à courir jusqu’à ce qu’une main agrippe son bras, puis la tire en arrière. Furieuse, elle pivota le buste et foudroya Aanor.
    — Lâche-moi. Je dois rentrer !
    — Non… Non ! Ma chérie, seule la mort nous attend là-bas.
    L’enfant n’en eut cure, elle se débattit afin de lui échapper. Peu importe les risques, il était primordial qu’elle rejoigne le reste de sa famille !
    Aanor ne lâcha pas prise et s’agenouilla à sa hauteur.
    — Écoute-moi, je t’en prie. C’est trop dangereux.
    — Papa et maman sont là…
    — Les Hommes aussi !
    La crainte que Kaliska décela dans son ton calma son impétuosité. Elle cessa d’essayer de lui échapper.
    — S’ils nous attrapent, les Hommes n’auront pas de pitié. Ils nous tueront ou nous captureront. Qui sait alors le sort qui nous sera réservé ? Il… Il faut partir. C’est notre unique chance de survie.
    Un sanglot secoua ses lèvres.
    — Mais… maman, papa… la meute ?
    Les yeux de sa grand-mère s’embuèrent. Elle baissa la tête.
    — Il est trop tard.
    Kaliska accepta les bras qu’elle lui tendait et se laissa soulever.
    Tandis qu’Aanor courait loin du risque et de leurs proches, elle se blottit contre son épaule, terrorisée par l’écho des détonations et des cris des leurs…
    

Texte publié par Rose P. Katell, 21 mars 2019 à 20h19
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