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Tome 1, Chapitre 31 « XXVIII : Convergence » Tome 1, Chapitre 31
Cinq semaines s’étaient écoulées depuis leur arrivée chez Kalinfrey. Son village représentait un havre de paix, mais où il subsistait des tensions entre chacun. Vanhrô présageait qu’elles ne faciliteraient pas leur prochain voyage – sans aller jusqu’à rompre l’amitié qui les unissait, toutefois. Il essayait de s’en convaincre, en sachant qu’il était en partie responsable de la situation. Rien que d’y penser, son cœur se serrait de tristesse.
    Assis au bord de l’eau, qui revenait vers lui en vagues paresseuses, il réfléchissait. Le crépuscule s’amorçait déjà et la chaleur s’appesantissait sur ses épaules. Le ciel prenait une teinte entre l’orange et le violet prune. Il essuya discrètement la sueur qui coulait le long de ses tempes. Il ne serait pas étonnant qu’un orage éclate pendant la nuit.
    Vanhrô songeait à Ludivine ; ou plutôt, à sa fille, Eriune. Il devait cesser d’appeler la jeune Nativi par ce nom. Sa Native était complète, et raviver juste une partie d’elle risquait de lui causer plus de mal qu’autre chose. Il soupira. Il n’avait pas fait le deuil d’Eriune. Elle avait incarné une Âmel très douce et altruiste, le pendant contraire d’Herin. Sa mort avait été terrible pour lui. Un enfant ne devait jamais partir avant ses parents. Un parallèle troublant avec le décès du père et de la mère de Ludivine. Encore aujourd’hui, elle n’avait pas vraiment tourné la page.
    Un frisson remonta le long de la nuque de Vanhrô. Il espérait qu’elle découvrirait bientôt le secret qui l’unissait à Herin, mais il craignait que cela se passe dans la douleur. L’existence de Ludivine était déjà jonchée de drames ; était-elle condamnée à en vivre d’autres jusqu’à son trépas ? Son chemin de croix se résumerait-il à la souffrance ?
    Ses lèvres se serrèrent. S’il le pouvait, il empêcherait le destin d’emprunter cette direction. Hélas, il n’était qu’un Nativi insignifiant. En tant que futur Enyagam, il n’aurait pas plus de prise…
    Lentement, Vanhrô se releva pour marcher sur le sable chaud. Les embruns rafraîchissaient son corps et charriaient une odeur d’iode.
    La seule chose qui le retenait de tout révéler à Ludivine n’était même pas la peur de mourir, mais le fait qu’en gardant le silence, il éviterait bien des désastres, bien pires que ceux qui s’annonçaient. Une maigre consolation, mais il était obligé de s’en contenter.
    Il s’éloigna de la plage, les épaules basses.
    
    
    
***

    
    
    Les yeux grands ouverts, Tei Lothey ne parvenait pas à trouver le sommeil. Pourtant, la fatigue s’appesantissait sur son corps depuis le début de la soirée. Même s’il ne participait pas à l’entraînement de Kalinfrey, il n’en demeurait pas moins inactif.
    À côté de lui, son frère était plongé dans un rêve agité ; il ne cessait de bouger et de marmonner.
    L’alve adolescent se retint de pousser un soupir.
    Il se rappelait enfin son passé. À quel prix, cependant ? Il découvrait toute l’horreur dont avait fait preuve son unc. Comme Ka-Næl avait dû souffrir de sa disparition ! Quant à leurs parents, qu’étaient-ils devenus ? Hélas, il leur était impossible de les rechercher. La quête du Fragment restait trop importante. Tous en avaient conscience malgré leurs aspirations personnelles. Tei Lothey, lui, n’avait qu’un vœu à formuler : que plus personne ne soit blessé.
    Il s’agissait d’un souhait peut-être enfantin, mais il s’y accrochait dur comme fer pour ne pas sombrer. Il se sentait encore moins à sa place que d’habitude. Plus rien ne lui appartenait, y compris sa propre mémoire. Sa seule consolation résidait en la présence de son frère et, dans une moindre mesure, celle de Ludivine, même si elle semblait autant désorientée que lui. Elle avait appris des vérités déstabilisantes et dures à avaler, elle aussi.
    Au cours de ces dernières semaines, lui et Ka-Næl avaient énormément échangé. Ils en éprouvaient le besoin. Le fait qu’ils soient à l’abri chez le magicien Kalinfrey y était pour quelque chose, sans doute.
    Quant à Elunyre, elle demeurait toujours aussi secrète. Elle avait sauvé Ka-Næl d’une mort cruelle naguère. Tei Lothey ne la remercierait jamais assez. Il sentait également qu'elle ne les abandonnerait pas en cours de route.
    Pour ce qui était de Vanhrô, l’alve adolescent l’aimait bien. Toutefois, ses cachotteries agaçaient Ludivine. Elle comprenait qu’il ne pouvait pas faire autrement, mais peinait à composer avec. Pour elle, il était hors de question qu’il se taise sur n’importe quel sujet, parce qu’elle avait souffert d’une pareille attitude par le passé ; une attitude qu’avait eue une personne qu’elle considérait comme un ami, mais qui l’avait blessée profondément. Elle avait refusé d’en parler, même à lui.
    Tei Lothey pressentait que leur prochain voyage ne serait pas de tout repos. Il craignait davantage les tensions que les combats, à vrai dire… mais qu’y pouvait-il ?
    Le bruit des vagues lointaines finit par le bercer, puis par l’emporter sur les rivages de Morphée, même si elles furent aussi accueillantes qu’un cimetière.
    
    
    
***

    
    
    Songeur, Kalinfrey contemplait le ciel étoilé de sa chambre balayée par un vent doux ainsi que par les effluves marins. L’arrivée de Ludivine en son domaine, cinq semaines plus tôt, le plongeait dans une sérénité qu’il n’avait pas goûtée depuis longtemps.
    Il avait beaucoup discuté avec elle et avoué les raisons pour lesquelles il tenait à ce qu’elle poursuive la traque d’Herin. Il se rappela l’air horrifié qu’elle avait arboré lorsqu’il lui avait exposé qu’Elnaura ne l’avait pas formée en tant qu’Élue. En réalité, la vieille Âmel pensait sans doute que leur rencontre n’était pas due au hasard. La mort de ses parents, en revanche, avait été juste un facteur favorable.
    — Si c’est ça, alors qu’en est-il du lien entre Herin et moi ?
    — Nous l’ignorions, sauf Vanhrô. Elnaura l’a appris récemment aussi. Tes rêves et tes souvenirs issus de l’hypnose l’ont confortée dans ses convictions.
    — C’est presque trop beau pour être vrai…

    Ludivine s’était remise à pleurer ensuite. Kalinfrey avait fait de son mieux pour la rasséréner. Si elle ne lui en voulait plus, il sentait qu’elle se tourmentait beaucoup. Au sujet de la prophétie, il lui avait avoué qu’en effet, il n’en avait jamais été question. Il ne s’agissait que de constats purs et durs : le Fléau gagnait du terrain sur la planète. Ludivine et ses compagnons devaient l’arrêter ; ils y avaient été préparés, bien qu’insuffisamment. Kalinfrey leur avait ordonné de rester en connaissance de cause. Il fallait qu’ils poursuivent leur apprentissage. Jouer les héros comme dans les légendes, quelle absurdité, ridicule et suicidaire !
    Cependant, il appréhendait la suite des événements. La jeune femme éprouverait encore de la souffrance, et peut-être même les pires maux se tapissant sous chaque pierre, chaque vague, chaque ombre. La folie, la corruption... tous ces châtiments que l’humain ne parviendrait jamais à ignorer. Le fait que Vanhrô connaisse certaines choses qu’elle brûlait d’envie de savoir n’arrangeait rien. Elle craignait plus que tout d’être manipulée et blessée à terme. Rien n’était en mesure de la rassurer. Même une mise au point avec Vanhrô n’avait pas suffi.
    Il était des plaies qui ne cicatriseraient qu’avec le temps et la force de se battre de la victime.
    Kalinfrey lissa sa barbe avec ses longs doigts. La Lune sembla lui adresser une moquerie sous son aspect gibbeux. Non, rien n’était perdu ou gagné. Le Fléau n’était, à son sens, que la partie immergée d’un iceberg beaucoup plus titanesque. Ludivine – enfin, Eriune – et les autres personnes qui l’accompagneraient incarnaient l’espoir de la Terre et de Gaïa, mais elles représentaient aussi une menace pour le futur. Chercher à l’infléchir ou à toucher à l’équilibre pour le rétablir n’était pas sans conséquence.
    Pour l’heure, ses protégés se reposaient. Le magicien participait à la maîtrise de leurs spiritès. Il les informait de ce qui leur serait plus que vital au cours de leur quête. Par exemple, la différence entre l’esprit, l’âme, la conscience et le cœur. L’âme et la Native, ils en connaissaient déjà les principes. Elles déterminaient la nature de Vacuit, Âmel ou Nativi et constituaient la matière qui composait l’esprit. Quant à ce dernier, il englobait l’âme – ou Native pour les Nativis – et la conscience ensemble pour cristalliser l’étincelle qui animait le corps de chair. Le cœur, lui était le siège des dispositions émotionnelles nées de l’interaction entre conscience et âme/Native.
    Tout cela, ils le vérifieraient en temps et en heure.
    Kalinfrey s’efforçait de les guider, sans prétendre s’y prendre parfaitement. Une vérité cruelle s’imposait : ils ne seraient jamais prêts, sauf lorsqu’ils devraient brandir leurs armes, mentales et physiques, pour contrer le Fléau, retrouver le Fragment et libérer Herin.
    Il espéra que les ténèbres n’entacheraient pas leur esprit, leur cœur et leur corps après toutes ces épreuves.
    Ludivine n’était pas la seule à être investie d’une mission. Le magicien avait senti une autre personne terrienne arriver sur Gaïa.

Texte publié par Aislune S., 6 octobre 2019 à 09h37
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