Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 6 « VI : Une épreuve fatale » Tome 1, Chapitre 6

Les Enyagams. Des cristaux vivants qui étaient des êtres humains jadis, comme vous et moi.
    (Ludivine)


    
    Je me levai sans douceur. Le froid me pénétrait jusqu’aux os, mais je n’en avais cure. Le regard vif, malgré la fatigue qui assiégeait mon être, je me remémorai mon rêve – qui n’en était pas un en réalité. Je savais désormais comment le Fléau avait possédé Herin, bien que vaguement. J’allais devoir sacrifier quelque chose à moi pour le sortir des griffes de son bourreau.
    Je n’étais pas stupide. J’aurais voulu en parler avec Elnaura, mais je n’avais jamais osé. Peu importe les efforts fournis pour me garder de lui. Je sentais au fond de moi que je ne sauverais pas Herin en agissant ainsi. Retrouver le Fragment ne suffirait pas. Les choses n’étaient pas aussi simples que dans les livres ou même certains contes de fées.
    Je bannis mes pensées sombres pour ne pas me laisser assaillir par le désespoir. Je secouai Timothée afin de le réveiller. À travers la cime des arbres, je pus m’apercevoir que le crépuscule avait dévoré la moitié d’un ciel toujours pâle.
    Mon protégé ouvrit les yeux ; la fatigue marquait beaucoup moins son visage. Ses cheveux blonds évoquaient des sacs de nœuds. Dès que je pourrais, je lui achèterais un peigne... Enfin, je devrais me taire, je n’étais pas mieux lotie ! Je refrénai un petit rire nerveux. Comme si c’était le moment de se soucier de notre apparence !
    Timothée s’étira pendant que je fouillais dans ma besace pour sortir de quoi nous sustenter. J’étouffai un bâillement et me forçai à chasser ma somnolence agaçante. Pour l'instant, nous parvenions à supporter notre rude quotidien, mais notre résistance au froid, à notre régime alimentaire limité ou aux blessures éventuelles n’était pas éternelle. Nous n’étions pas des nomades.
    Un craquement retentit dans le silence oppressant de la clairière. Je stoppai mon manège, relevai la tête, puis regardai mon compagnon. Il était aussi surpris que moi. Je m’emparai d’une branche à mes pieds. Longue et solide, elle était parfaite pour que je puisse m’en servir comme bâton. Je cassai les excroissances de mon arme improvisée.
    Un autre bruit naquit, juste à ma droite. Cette fois, j’en étais sûre : on nous espionnait. Je fis signe à Timothée de ne pas bouger. Je m’approchai doucement d’un fourré épais dont les feuilles semblaient me narguer. Les lèvres serrées, je les écartai.
    Je me retrouvai face à un sol fraîchement tassé. Je modifiai ma position, comme pour bondir sur ma proie. Timothée cria, je pivotai pour parer. Je n’en eus pas le temps.
    Une ombre se jeta sur moi, m’arracha le bâton des mains et me plaqua à terre. Sonnée, je repliai mes jambes et les projetai sur mon adversaire. Il tituba, mais ne flancha pas ; au moins, je m’étais libérée de son emprise et il avait lâché mes poignets. J’en profitai pour lui décrocher la mâchoire avec un coup de poing. Il recula. Je ne distinguais pas son visage sous la capuche de sa cape ample.
    Je le repoussai et m’emparai de mon arme. Je le frappai à l’aine, aux hanches, au ventre et derrière les genoux pour le paralyser avec une étonnante facilité, à tel point que j’en vins à me demander s’il ne rusait pas pour mieux me piéger. Il s’écroula devant moi en gémissant, puis je réussis à le retourner pour avoir accès à sa colonne vertébrale. Avec mes doigts je jouai à l’artiste, même si le tissu de la cape me gênait un peu ; il geignit. Une voix d’homme... enfin un renseignement tangible ! Haletante, je m’assis sur son dos et lui murmurai à l’oreille, en espérant qu’il parlait dans une langue proche de la mienne :
    — Ne t’inquiète pas, il te faudra quelques heures avant que tes nerfs se débloquent.
    Un râle jaillit de sa poitrine, mais je l’ignorai royalement.
    — Si tu ne me dis pas ce que je veux savoir, je te brise la nuque.
    Je repris mon souffle et regardai Timothée, qui n’osait plus bouger. Trop facile... Pourtant, je devais continuer dans mon entreprise, même si l’inconnu suivait un plan obscur. Je lâchai à mon protégé :
    — Tout va bien...
    Mon agresseur me coupa la parole, dans un français employé sans heurt :
    — Ne... me tuez pas !
    J’arquai un sourcil et attendis qu’il poursuive. Il nous suppliait ?
    — Je ne désirais pas vous faire de mal !
    Son accent était légèrement chantant. Mes mains se crispèrent sur ses bras. Je répliquai avec agacement :
    — Et me sauter dessus, vous appelez ça être amical ?
    — J’ignorais si vous étiez des ennemis ou non.
    — Parce que l’on ne peut pas circuler librement ?
    — Ce n’est pas ça.
    Encore des mystères ? Je devrais être rodée ! Et si... et s’il essayait de gagner du temps ?
    — Expliquez-moi.
    — Ce n’est pas vraiment le moment et le lieu, osa-t-il me rétorquer.
    — Vous me prenez pour une idiote ?
    — Non.
    Je fulminais. N’y tenant plus, je sifflai à son encontre :
    — Qui êtes-vous ?
    Il ne me répondit pas ; je fus rejetée en arrière et des lianes entourèrent mon corps pour m’emprisonner. Mon instinct ne m’avait pas trahie ! Trop tard pour regretter de ne pas l’avoir suivi…
    À cause du tour de passe-passe de mon agresseur, sa capuche s’était rabattue. Je me retrouvai face à un jeune homme d’une vingtaine d’années, aux yeux verts et aux oreilles de faune. Ses cheveux blonds effleuraient ses épaules. La colère m’envahit jusqu’à embraser mes entrailles et ma gorge. Il m’avait vraiment traitée comme une imbécile !
    Au début, elle m’enivra et me donna des ailes. Oui, il fallait que je m’en serve pour me libérer. Cependant, alors que je me concentrai, la chaleur de mon émotion devint assez vite insupportable. Je fermai les paupières et me sentis très mal. Désormais, j’avais l’impression d’être parcourue par de la lave en fusion.
    Le cœur au bord des lèvres, je hoquetai. Je perdis toute notion du temps. Je connaissais cette sensation. J’aurais voulu qu’elle survienne plus tard. Malheureusement, je devais la subir.
    Je m’enfermai dans cette souffrance nouvelle. J’entendis l’étranger s’approcher de moi alors que les lianes resserraient leur emprise sur moi. Je ne compris pas ce qu’il me dit.
    L’inconscience me faucha à nouveau sans pour autant mettre fin à la douleur qui broyait toujours mon être.
    
    
    
***

    
    
    J’étais entre deux états, aussi impossibles à atteindre l’un que l’autre. Par contre, il semblait que j’avais changé d’endroit physiquement. L’air glacial caressait encore ma peau brûlante. Je gémis et ne pus me résoudre à bouger le moindre doigt. Piégée dans mon propre corps qui n’était plus que brasier, j’avais l’impression que même la folie se gardait de venir soulager mon esprit.
    Je n’avais qu’un souhait : que tout s’arrête. Un espoir vain.
    Le repos ne m’apaiserait pas. Je ne le savais que trop bien ! J’avais enfin identifié la nature de mon mal, qui pourrait durer entre plusieurs heures ou plusieurs jours. D’ailleurs, combien de temps s’était-il écoulé déjà ?
    J’allais trépasser ; du moins, je frôlerais la mort. Ah, impitoyable destin qui m’inflige ce supplice maintenant ! Ou alors... notre assaillant avait-il voulu le déclencher ? Pourquoi ? N’était-ce pas un acte stupide ? De plus, comment pouvait-il être au courant que...
    Les braises de mon être gagnèrent en intensité. Rougeoyantes, elles devinrent incandescentes. Que ma torture se finisse au plus vite ! C’était pire que les autres fois ! Je criai au bout d’un moment... ou je le crus. Je ne sais plus.
    Mes entrailles se liquéfièrent. Ma poitrine fut écartelée par la chaleur. Mon crâne menaçait d’imploser. Ma chair s’évaporait.
    J’oubliai Timothée, mon agresseur, le Fléau, ma quête. Je sentis mon être se tendre vers la ligne pourpre qui le consumait à m’en faire hurler. Je n’y arriverais jamais, je...
    La souffrance fusa hors de mon corps. Elle, qui sapait toutes mes forces pour réveiller mon potentiel. Un immense soulagement s’empara de moi, ainsi qu’une énergie inconnue qui me galvanisa et m’ôta des griffes de la Faucheuse. Un frisson glacial me saisit juste après. J’avais réussi, mais encore une fois, mon être avait dépassé ses limites. Peut-être qu’au final, je n’y survivrais pas, que ce n’était qu’une accalmie... un faux espoir.
    Avant d’être engloutie par les ténèbres, la douleur me cingla de haut en bas et broya mon cœur aux battements de plus en plus frénétiques.

Texte publié par Aislune S., 25 avril 2019 à 14h53
© tous droits réservés.
«
»
Tome 1, Chapitre 6 « VI : Une épreuve fatale » Tome 1, Chapitre 6
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1374 histoires publiées
641 membres inscrits
Notre membre le plus récent est xMarshmalo
LeConteur.fr 2013-2020 © Tous droits réservés