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Tome 1, Chapitre 37 « Inquiétude et solitude » Tome 1, Chapitre 37
– Est-ce que tu pourras me ramener du miel ? Si tu en trouves, et que tu as assez d’argent pour, bien sûr, demanda Dvan.
    
     Lynette le fixa surprise. Elle pensait qu’il ne pouvait pas plus manger comme les humains. À moins, qu’il en connaisse une autre utilisation…
    
     – D’accord, je ferais de mon mieux pour en trouver.
    
     Elle hocha la tête.
    
     – S’il n’y en a pas, ne t’embête pas et rentre. Je sais que tu as beaucoup à faire, ici.
    
     Il avait tellement envie de la suivre. Évidemment, il ne pouvait pas. Il ne pouvait même pas l’accompagner jusqu’à la porte.
    
     – Je reviens au plus vite, le rassura-t-elle. Profitez-en pour vous reposer.
    
     Il acquiesça. La vérité, c’était qu’il aurait beaucoup de mal à dormir alors qu’elle n’était pas à son côté. Cela ne faisait que lui rappeler les nuits où Rosa disparaissait. Malgré la confiance qu’il lui portait, il craignait chaque soir de la voir pour la dernière fois. Et elle, que ferait-il si jamais elle ne revenait pas ?
    
     – Lynette, l’appela-t-il brusquement.
    
     La jeune fille se retourna avec un mince sourire, qui semblait vouloir dire « ne t’en fait pas, je surmonterais ce malheur ».
    
     – Oui ?
    
     L’espace d’un instant, il resta figé sans savoir quoi dire.
    
     – Fais bien attention à toi ! Le jour…
    
     Il s’interrompit.
    
     – Le jour, je ne peux malheureusement pas d’accompagner.
     – Je sais. Mais je ferais attention.
    
     Avec un petit hochement de tête, elle recula de quelques pas, avant de murmurer :
    
     – À très bientôt.
     – À très bientôt, répéta de manière mécanique Dvan.
    
     La porte se referma, faisant disparaître la jeune fille. À regret, il quitta la pièce pour s’asseoir sur la couverture. Du coin de l’œil, Mercy le suivit, hésita puis se releva pour venir s’installer à son côté. La voyant faire, il posa sa main sur sa tête et la tapota affectueusement.
    
     – Elle va revenir.
    
     Qui essayait-il de convaincre ? Lui-même ou la goule ?
    
     Il s’allongea. Cela ne servait à rien de tourner en rond, il ne pouvait faire qu’attendre, alors autant se reposer.
    
     Seulement, il avait la gorge serrée à l’idée qu’il ne la reverrait peut-être pas. D’où lui venait cette terrible pensée ? Jusque-là, elle avait bien dû sortir pour se ravitailler et était revenue à chaque fois. Sauf que cette fois-là, une mauvaise surprise l’attendait…
    
     Quoiqu’elle ne veuille rien lui dire à ce sujet, il s’était déjà fait une idée de la situation. Ces hommes avaient enlevé son père et l’un d’eux, était resté pour… Il serra le poing à cette seule idée. S’il avait été là. Cette vermine n’aurait jamais…
    
     Mais au même moment, il était occupé à terroriser des familles. Quelle réussite ! Qu’aurait dit Rosa de tout ça ?
    
     Tu me déçois, Dvan.
    
     Il décevait tout le monde, et il se décevait lui-même, par la même occasion.
    
     Quoique… Non, elle, il ne l’avait pas déçu. Pas encore…
    
     Mais quand elle lui avait donné son sang… C’était si délicieux. Il avait eu beaucoup de mal à se contrôler lorsqu’il s’était arrêté de boire. Aussitôt son regard avait erré sur elle pour se fixer à la base de son cou. Il aurait facilement pu l’attraper et la maîtriser. Bien sûr, il avait rapidement refoulé cette idée. Jamais il ne lui ferait ça.
    
     Non, lui ne voulait que son bonheur. Seulement, y avoir juste pensé le rendait malade. Dvan imaginait difficilement comment les choses auraient tourné s’il s’était retrouvé face à des humains aux premiers jours de sa transformation. Mal assurément…
    
     Comment Lynette pouvait-elle ne pas avoir peur de lui ? Comment pouvait-elle supporter la présence d’un homme qui se nourrissait de sang humain ? D’un type qui s’est fait tirer dessus, mais n’en avait déjà plus aucune trace ?
     Il se souvint avec plaisir des moments où elle avait posé son visage contre son épaule ou son torse. Ces moments où elle n’hésitait pas à se blottir contre lui, comme si eux seuls existaient. Il se faisait sans doute des idées, mais le géant avait alors l’impression qu’elle l’appréciait un peu plus qu’elle ne l’aurait dû. C’était stupide. Il prenait juste ses désirs pour des réalités.
     Énervé, il se retourna sur la couverture, en prenant garde à ne pas gêner la goule qui tenait à demeurer à ses côtés. Au fond, Dvan voulait la voir rentrer au plus vite. Pour faire simple, il voulait juste la voir. Parce qu’il…
    
     Un instant, il resta hésitant. Comme si le fait de penser une telle chose pouvait être immoral. Comme si quelqu’un allait savoir et rire de lui. Mais au final, c’était la vérité. Il voulait la voir parce qu’il appréciait sa présence et qu’il n’avait plus jamais envie de la quitter. Il était… amoureux d’elle…
    
     Cette pensée le mettait mal à l’aise. C’était tellement risible. Comme si elle pouvait s’intéresse une seule seconde à un homme comme lui. Il n’avait rien : pas de richesse, même pas un joli visage… Elle trouverait cent fois mieux que lui, et facilement. Un homme qu’elle pourrait épouser, avec qui elle pourrait se promener à la lumière du soleil. Un homme avec lequel elle pourrait avoir des enfants et qui vieillirait avec elle. Il se sentait mal, la gorge serrée, le corps tendu par la tristesse. Il la soutiendrait, à chaque instant. Même si c’était difficile, il ne céderait pas. Jamais elle ne saurait rien de ses sentiments. C’était mieux ainsi. Elle ne serait pas blessée.
    
     Fermant les yeux, il repensa à Rosa. Pourquoi donc, voulait-elle qu’il soit amoureux ? Là tout de suite, il aurait aimé lui poser la question. Elle voulait le voir se marier ? Mais elle ne verrait rien du tout. Déjà parce qu’elle était loin et ensuite, parce que, de toute façon, il ne pourrait jamais épouser la femme qui l’intéressait à cause d’elle. Lynette ne se marierait jamais à un vampire.
    
     Il rouvrit les yeux et fixa le plafond. Ça ne lui ressemblait pas d’être aussi dur avec sa sœur. Surtout qu’elle n’avait rien demandé. S’il l’avait retenu au lieu de prendre des airs choqués et déçus lorsqu’il avait appris la vérité, elle ne serait pas morte. Enfin personne n’aurait tenté de la tuer, elle ne serait pas devenue un vampire, et lui non plus, par la même occasion. Cependant, il y avait une faille dans son raisonnement : s’il n’était jamais devenu un vampire, il n’aurait jamais rencontré Lynette.
    
     Décidément, tout était complexe. Il se donnait mal à la tête tout seul.
    
     Rosa, qu’est-ce que je devrais faire ?
    
     Elle l’aurait sûrement incité à en parler à la première concernée, ce qu’il ne ferait par peur du ridicule. Sa sœur lui manquait : elle était toujours de bonne humeur, prête à l’écouter. Comment avait-elle fait pendant tout ce temps ? Malgré les horribles nuits qu’elle passait, elle souriait en le voyant, et s’occupait avec douceur de lui.
    
     Il n’avait pas honte d’avouer qu’il était perdu sans elle. C’était ça de se reposer presque exclusivement sur sa sœur. Bien sûr, il se concertait pour les décisions, mais Rosa lui indiquait toujours la bonne direction.
    
     Aurait-elle aimé Lynette ? Sûrement, c’était une fille gentille et qui travaillait dur pour gérer un cimetière. Elle savait faire preuve d’une force de caractère hors du commun. Au fond, elles se ressemblaient assez toutes les deux. Il les aimait tant. Différemment l’une de l’autre, mais si fort qu’il souffrait d’être séparé d’elles.
    
     Rosa… Dvan espérait sincèrement que tout allait bien pour elle. Mais en même temps, il lui faisait confiance. Si jamais cet homme se révélait ne pas être ce qu’il lui avait fait croire et qu’il lui fallait trouver une échappatoire, elle le ferait.
    
     Lynette… Sa lumière dans l’obscurité… C’était comme si tous ses pas n’avaient eu que pour but de le mener auprès d’elle. Il la protégerait de toutes ses forces et ferait tout pour faire son bonheur.
    
     Brusquement, il tendit l’oreille, en entendant le portail grincer. Le géant n’était d’ailleurs plus sûr de vouloir le réparer. C’était un bon indicateur pour annoncer une visite. Il se détendit au son des pas. Sûrement la jeune fille qui rentrait. La porte de la maison s’ouvrit et sa douce voix résonna entre les murs.
    
     – Je suis là.
    
     Elle avait dit ça de manière délicate comme si elle avait peur de déranger. Peut-être pensait-elle à tort qu’il dormait ?
    
     À son côté, Mercy s’était levée et fixait la porte comme si elle attendait son autorisation pour quitter la pièce. Il lui lança un petit sourire puis fit pivoter le battant. La goule s’élança vers Lynette, avant de tourner son attention vers le panier. Elle se saisit d’une carotte, la sentit, et la laisser retomber dedans. Visiblement, les légumes n’avaient que peu d’intérêt pour elle. Seule la viande faisandée paraissait trouver grâce à ses yeux.
    
     – Tu as faim ? lui demanda la jeune fille, qui ne savait pas encore combien de repas faisait ce genre de créature dans une journée.
    
     En relevant la tête, elle aperçut Dvan qui la contempler depuis le pas de la porte de la chambre. Elle en ressentit de la gêne et détourna les yeux. Pourquoi réagissait-elle ainsi alors qu’il n’avait rien fait ? C’était peut-être dû à l’intensité de son regard. La jeune fille avait presque l’impression de percevoir quelque chose de nouveau dans la façon dont il fixait. Enfin, c’était sûrement une idée qu’elle se faisait.
    
     – J’ai trouvé du miel, déclara-t-elle, avec un sourire.
    
     L’espace d’un instant, il ne réagit pas. Elle était si belle, lorsque son visage s’éclairait d’un sourire. Finalement, Dvan se reprit et s’avança en prenant garde aux rayons de soleil qui traversaient les volets pour illuminer la pièce.
    
     – Merci beaucoup. C’est vraiment gentil à toi d’y avoir pensé.
     – Ce n’était pas grand-chose.
     – Mais ça me touche.
    
     Elle lui tendit le petit pot, désireuse de savoir ce qu’il allait en faire. Il s’en saisit, ses doigts frollèrent les siens au passage, suspendant son geste. Leurs regards se croisèrent, et Lynette sentit son cœur se mettre à battre plus fort. Le géant l’entendit et s’interrogea sur la signification d’un tel phénomène.
    
     – Désolé, murmura-t-il, sans vraiment savoir la raison pour laquelle il s’excusait.
    
     Elle baissa la tête.
    
     – Ce n’est rien.
    
     Lynette préféra changer de sujet.
    
     – Qu’allez-vous faire avec le miel ?
     – Ha, ça ?! Je vais te montrer, mais j’aurais besoin de ton aide si ça ne te dérange pas.
     – Bien sûr. Tout ce que vous voudrez.
    
     Cette simple remarque le fit rougir, mais il fit comme s’il n’avait pas entendu.
    
     – Est-ce que tu peux m’aider à retirer le bandage ? Je vais mettre du miel sur la plaie.
    
     Elle le regarda avec de grands yeux.
    
     – Fais-moi confiance, c’est un bon moyen d’aider cette foutue plaie à guérir.
     – D’accord.
    
     La jeune fille ne posa pas d’autres questions, se contentant de retirer le linge qui recouvrait la peau meurtrie du géant. Elle eut d’ailleurs la mauvaise surprise de voir que le tissu avait adhéré à la plaie.
    
     – Avec de l’eau, ce sera plus simple à enlever, lui glissa Dvan, et elle fit ce qu’il lui disait, et parvint à séparer le bandage de la blessure.
     – Je ne vous ai pas fait mal ?
     – Ne t’en fais pas, j’ai connu pire, la rassura-t-il.
    
     La plaie suintait, et Lynette trempa un morceau du tissu dans l’eau avant de le passer délicatement sur la main de Dvan. Il ne dit rien, mais elle craignait de lui faire mal. Une fois, la lésion plus propre, le géant prit une cuillère dans le meuble et y déposa un peu du précieux nectar qu’il étala ensuite en fine couche sur la zone brûlée.
    
     – Voilà. Il n’y a plus qu’à faire de même tous les jours et cela devrait rapidement aller mieux.
     – Vraiment ?
     – Oui, ne t’en fais pas.
    
     Il lui fit un sourire qui se voulait apaisant.
    
     – Comment savez-vous tout ça ?
     – Je m’y connais un peu en matière de brûlure.
    
     Sa question était complément stupide, mais il ne s’en était formalisé et lui avait répondu d’une voix tendre.
     Sans attendre, elle refit son bandage, en prenant bien soin de ne pas lui faire mal.
    
     – Je vais nettoyer l’autre, murmura-t-elle plus pour elle-même que pour quiconque.
     – Laisse. Je vais m’en occuper. C’est de ma faute.
     – Mais vous ne pouvez pas le faire. Vous allez mouiller le bandage.
    
     Il n’avait pas pensé à ce problème. Elle avait raison, complètement raison.
    
     – Ça ne te dérange pas ? Tu as beaucoup à faire et je…
     – Ça ira. Vous n’avez déjà bien aidé avec le linge, la nuit dernière. À présent, c’est à mon tour.
    
     Il hocha la tête gênée.
    
     – Vous devriez aller vous reposer. Quelque chose me dit que vous n’avez pas vraiment dormi pendant que je n’étais pas là.
    
     Lisait-elle dans ces pensées ?
    
     – D’accord. Mais si jamais tu as besoin de moi…
     – Je saurais où vous trouvez, termina-t-elle.
    
     Il la contempla une dernière fois. Elle lui paraissait si fragile, avec ses yeux rougis et cernés. Cependant, elle ne baissait pas les bras et allait de l’avant. Comprenant qu’il ne lui serait d’aucune utilité en cet instant, Dvan consentit à gagner la chambre.
    
     En vérité, dès l’instant où il posa sa tête sur la couverture, il s’endormit. C’était comme si toute la tension accumulée s’était relâchée au moment où Lynette avait poussé la grille du cimetière. Enfin, il la savait en sécurité et près de lui, ce qui ne pouvait que le rassurer.

Texte publié par Nascana, 28 juillet 2020 à 14h50
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