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Tome 1, Chapitre 36 « Une matinée mouvementée » Tome 1, Chapitre 36
Lorsqu’il sentit que le jour allait se lever, Dvan gagna la chambre, en faisant le moins de bruit possible. Il ne s’allongea pas tout de suite, prenant le temps de fixer la jeune fille qui dormait. Elle lui paraissait si petite et si fragile, alors qu’elle était étendue là, les yeux clos. L’espace d’un instant, il contempla l’auréole formée par ses cheveux sombres autour de son visage.
    
     Ses paupières étaient encore gonflées d’avoir pleuré la veille. Il espérait sincèrement qu’elle irait mieux aujourd’hui, même s’il imaginait combien cela serait dur pour elle. Que voudrait-elle faire ? Quoi que ce soit, il la soutiendrait.
    
     Dvan s’assit sur la couverture et se tourna face au lit pour continuer à la regarder. Combien de temps resta-t-il là, à la contempler, tout en se laissant bercer par sa respiration ?
    
     Brusquement, elle ouvrit les yeux et se retourna vers lui. En le voyant, elle sursauta et poussa un cri de terreur.
    
     – Lynette, c’est moi. C’est Dvan.
     – Dvan ?
    
     Elle parut se tranquilliser en réalisant que c’était lui.
    
     – Désolée. Je n’ai pas mes lunettes…
    
     Tout en disant cela, elle les attrapa sur la petite table de nuit, avant de les mettre sur son nez. Le monde devint soudain clair pour elle.
    
     – C’est mieux ainsi. Quelle heure est-il ?
     – Le jour vient de se lever.
    
     Elle hocha la tête, avant de rabattre les couvertures, dévoilant au passage ses jambes fines. Voyant cela Dvan détourna le regard. Elle était bien trop jolie pour lui, il l’avait compris et ne souhaitait pas attiser son désir plus que de raison.
    
     – Désolée. J’aimerais me préparer, lui murmura-t-elle.
    
     L’espace d’un instant, il la fixa sans saisir où elle voulait en venir. Finalement, il prit conscience de ce qu’elle lui demandé et se leva précipitamment.
    
     – Bien sûr. Je vais te couper un peu de pain pour que tu puisses manger.
    
     Alors qu’il s’apprêtait à ouvrir la porte, une voix douce le retint.
    
     – Dvan ?
    
     Il y avait toujours tant de tendresse lorsqu’elle l’appelait. Il se retourna, hésitant.
    
     – Oui ?
     – Merci pour hier. C’était vraiment gentil de votre part de m’avoir autant soutenu.
    
     Pendant quelques longues secondes, le géant eut l’impression qu’elle allait craquer, mais elle n’en fit rien et se reprit. Quelle force de caractère, elle avait !
    
     – Sans vous, j’avoue que je n’en mènerais pas large, et qu’il me serait impossible d’envisager l’avenir sereinement. Seule…
     – Mais tu n’es pas seule, je suis là.
    
     Elle lui lança un petit sourire sincère malgré la difficile situation dans laquelle elle était, et cela lui réchauffa le cœur.
    
     – Je vais te préparer un peu à manger.
     – D’accord, mais prenez garde au soleil. Je ne voudrais pas qu’il vous arrive malheur.
     – Ça ira. Je fais attention.
    
     La jeune fille le regarda jusqu’à ce qu’il referme la porte derrière lui. Une fois que cela fut fait, elle porta la main à son cœur. Elle espérait sincèrement qu’il n’en avait pas entendu les battements agités, sinon elle en ressentirait une vive gêne. Le souvenir du moment où elle avait posé la tête sur son torse, lui revint en mémoire. Comment avait-elle pu être aussi entreprenante ? Pour qui devait-il la prendre ?
    
     Lynette soupira. Jamais elle n’avait fait une telle chose. De manière générale, elle restait plutôt à l’écart des hommes. De toute façon, peu se serait montré intéressé, lui préférant des corps plus voluptueux. Pourquoi celui-ci ferait-il exception ? Parce qu’il logeait chez elle ? Elle ferait bien de redescendre sur terre. Quittant sa chemise de nuit, elle se dépêcha de s’habiller. Il n’était plus temps de traîner.
    
     Elle rejoignit Dvan dans la pièce principale qui lui servit un verre d’eau. Avec un sourire gêné, elle s’assit, mais ne commença pas à manger. C’était comme si elle voulait dire quelque chose sans savoir comment le faire.
    
     Le géant la fixa. Son regard erra sur elle, pour se poser sur sa chevelure ailes de corbeaux.
    
     – Si tu le souhaites, je pourrais te brosser les cheveux.
    
     Elle se redressa et ouvrit de grands yeux.
    
     – Pardon ?
    
     Lui-même se rendit compte de ce qu’il venait de dire. Pourquoi sortait-il de pareilles bêtises ?
    
     – Non, ce n’est rien. Oublie ça… Je ne voulais pas être grossier. C’est que je le faisais pour ma sœur…
    
     D’un geste, Dvan voulu chasser ces dernières paroles, mais réussi juste à renverser le verre d’eau de Lynette.
    
     – Mince ! Je suis vraiment désolé…
    
     Il s’empara du torchon posé sur la table, commença à éponger le sol en vitesse, sous le regard taquin de la jeune fille. Le géant voulait nettoyer les dégâts qu’il avait causés au plus vite, avant que Lynette ne l’aide, et il ne prit pas garde à l’endroit qu’il frottait avec force. Tournant la tête vers elle, il eut envie de contempler son visage pour la rassurer. Cependant, un rayon de soleil filtrant par le volet venait se poser innocemment sur le parquet. Trop préoccupé par son amie, il n’y prêta guère attention jusqu’au moment où sa main y fut exposée.
    
     Sous le coup de la douleur, il recula un grand coup. Pendant quelques secondes, il ne comprit même pas ce qui lui été arriver. Il savait juste qu’il se retrouvait par terre, assis sur plancher. Son regard se posa sur la marque qui venait d’apparaître sur le dos de sa main. Toute trace de peau semblait avoir disparu à l’endroit où le soleil avait frappé.
    
     Il serra les dents face à la souffrance qui irradiait son corps. Cela faisait bien longtemps qu’il n’en avait pas ressenti une pareille, pourtant il aurait dû être habitué. Du sang lui inonda la bouche : le sien. Il s’était mordu avec tant de force les lèvres, que ses dents y avaient laissé leur marque.
    
     Dans toute cette confusion, une voix résonna :
    
     – Dvan…
    
     La jeune fille avait accouru vers lui, en le voyant si mal. Elle prit sa main dans la sienne. La gauche, celle qui était encore épargnée et dont il se servait, bien entendu. Celle qui était à présent, blessée.
    
     – Mon Dieu ! Mais que s’est-il passé ?
    
     Elle tourna son regard dans la direction de celui de Dvan, et avisa le rayon de soleil.
    
     Le géant ne parlait pas.
    
     Une brûlure, hein ? À croire que tu aimes ça ? !
    
     Il serra le poing face à l’ironie de la situation. S’il s’était un peu concentré sur ce qu’il faisait au lieu de penser à sa présence si proche de lui, rien ne serait arrivé.
    
     – Ça ira, déclara-t-il en tentant de sourire.
    
     C’était difficile, mais il devait bien la rassurer.
    
     – C’est de ma faute, murmura-t-elle. Vous auriez dû vous mettre à l’abri et je me serais occupée du reste.
    
     Il posa ses doigts sur sa chevelure comme pour l’apaiser. C’était la droite. La mauvaise main mais là, Dvan n’y pensa même pas.
    
     Voyant ses yeux bruns s’embuer de larmes, il fut surpris. Elle n’allait tout de même pas pleurer pour lui. Il y avait tellement de choses pires. Ou alors la peine de la veille faisait encore son effet.
    
     Sans savoir pourquoi, Dvan l’attira à lui, et elle se laissa faire sans résister. Son front se posa sur le dessus de son épaule et il sentit des gouttes d’eau humidifier sa chemise.
    
     – Ça va guérir, lui souffla-t-il.
     – C’est ma faute. Je mets tout le monde en danger…, parvint-elle à dire entre deux sanglots.
    
     Il ne comprit pas vraiment ce qu’elle voulait dire par là. La seule personne qui était responsable, c’était lui-même. S’il avait seulement fait attention, à ce qu’il faisait au lieu de chercher à capter son sourire, rien ne serait arrivé.
    
     – Ce n’est pas ta faute. J’avais qu’à être moins bête et regarder ce que je faisais. Et puis, avec un peu de sang, il n’en paraîtra rien.
    
     Elle releva la tête vers lui, puis se redressa brusquement, et couru jusqu’à la table. Avant qu’il comprenne ce qu’elle voulait faire, la jeune fille s’était saisie du couteau avec lequel il avait coupé le pain, pour le planter dans le bout de son doigt.
    
     – Arrête ! Ne fais pas ça !
    
     Le temps qu’il parle, il était trop tard. Une odeur métallique envahit l’air, lui mettant l’eau à la bouche. Son regard se fixa sur la perle rouge qui grossissait lentement. C’était très dur pour lui, de rester impassible dans cette situation. Encore plus parce qu’il avait déjà goûté à son sang dont il avait appréciait la douceur, et le goût sucré.
    
     Lynette s’approcha, avant de s’agenouiller pour lui tendre la main comme une offrande.
    
     – Prenez mon sang pour guérir.
    
     Elle savait bien qu’il n’aurait sûrement jamais accepté de planter ses crocs dans son cou, alors en désespoir de cause, elle n’avait trouvé que cette solution.
    
     L’espace d’un instant, il resta sans bouger. Il n’avait aucune envie de boire son sang. Seulement, dans ce cas-là, cela voudrait dire qu’elle s’était mutilée sans raison ce qui n’était pas non plus pour lui plaire.
    
     Finalement, avec une délicatesse inattendue, il prit sa main dans la sienne et la guida jusqu’à sa bouche. Alors il commença à lécher avidement le liquide chaud coulant sur son doigt. C’est si bon, on aurait presque pu appeler ça : une gourmandise. De plus en plus vorace, il referma ses lèvres sur sa peau pâle pour sucer son index.
    
     Surprise par la sensation, elle poussa un petit râle, qui ramena Dvan à la réalité. Aussitôt, il abandonna son repas, rendant sa liberté à sa main.
    
     – Je t’ai fait mal ? l’interrogea-t-il.
    
     Elle secoua la tête, le visage rouge. Il avait pourtant l’impression qu’elle cherchait à lui cacher quelque chose.
    
     Lynette détourna le regard. Elle se sentait gênée par la scène qui venait de se dérouler. Comment lui dire que ce qu’il avait pris pour de la douleur n’en était pas ? Comment lui dire qu’il s’agissait là d’un plaisir bien singulier que lui seul lui avait donné jusque-là ?
    
     – Ça va, murmura-t-elle. Et votre main ?
    
     Le géant tourna la tête vers la plaie. Elle était toujours là, et ne paraissait pas avoir bougé d’un pouce. Il chercha dans sa mémoire, ce que Rosa avait pu lui dire sur le sujet : que certaines blessures étaient plus difficiles à guérir que d’autres, et que ce serait à lui de faire attention.
    
     – C’est toujours…
    
     Il se tourna vers Lynette, pour la rassurer.
    
     – Je n’ai plus mal, et c’est grâce à toi.
    
     Elle lui sourit.
    
     – Mais par pitié, ne refais plus jamais quelque chose comme ça.
    
     La jeune fille baissa les yeux. Son sang n’était certainement pas à son goût. C’était sûrement pour cette raison qu’il ne lui en avait plus jamais demandé. Après tout que croyait-elle ? Qu’il y prenait autant de plaisir qu’elle ? Qu’elle était la seule qui pouvait lui donner ce qu’il désirait ? Elle se berçait d’illusions.
    
     – D’accord, soupira-t-elle.
    
     De toute façon, elle n’avait même pas été capable de le guérir. C’était toujours comme ça, à part apporter le mauvais œil à ceux qui l’entouraient, elle ne parvenait à rien. Comment faisait sa grand-mère pour faire régner la bonne humeur dans ce foyer ? Elle ne serait sûrement jamais aussi douée qu’elle.
    
     Dvan se releva et lui tendit la main. La droite. Malheureusement, il ne se voyait pas lui présenter l’autre. Pourtant elle l’accepta sans rechigner et quitta le sol.
    
     – Tu dois avoir faim. Mange pour reprendre des forces.
    
     Elle hocha la tête.
    
     – Tu veux que je reste à tes côtés ?
    
     Lynette hésita, jetant un regard effrayé au rayon de soleil.
    
     – Je ferais attention cette fois-ci, lui murmura-t-il.
     – Restez.
     – Bien.
    
     Il s’installa sur le banc qui grinça sous son poids.
    
     – Que vas-tu faire aujourd’hui ?
    
     Elle parut réfléchir.
    
     – Vous faire un bandage pour commencer. On ne peut pas laisser cette plaie ainsi.
    
     Gêné, il cacha sa main sous la table, rejoignant la droite.
    
     – Ensuite, je dois aller au marché. Il faut que je m’occupe des livraisons… Je dois aussi…
    
     Sa voix mourut dans sa gorge serrée par l’émotion.
    
     – Je dois aussi aller à la morgue. Il faut que je sache… Que je retrouve le corps de mon père…
    
     Il était visible qu’elle faisait de gros efforts pour ne pas pleurer.
    
     – J’irais avec toi, déclara Dvan.
     – Ce n’est pas obligatoire.
     – Je sais. Mais j’irais quand même. Je ne vais pas t’abandonner dans cette situation.
    
     Elle lui lança un regard reconnaissant. La jeune fille redoutait tant d’être seule dans cette épreuve. Jamais elle n’aurait osé lui proposer de l’accompagner. Mais lui l’avait compris et s’était immédiatement proposé. Il était si gentil avec elle, sans rien lui demander en retour.
    
     – Merci, murmura-t-elle, avec reconnaissance.

Texte publié par Nascana, 16 juin 2020 à 10h39
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