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Tome 1, Chapitre 35 « Lorsque les cauchemars vous hantent... » Tome 1, Chapitre 35
Lynette aurait cru qu’elle mettrait plus de temps pour s’endormir, mais en vérité, elle était si fatiguée que son esprit sombra rapidement dans le monde du sommeil. Même le fait de repenser à ce baiser qu’elle avait donné de manière spontanée ou à la main de Dvan sur la sienne ne parvint pas à le retenir dans son monde.
    
     Peu après s’être allongée et avoir remonté les couvertures sur son corps, elle se rêva ailleurs. De retour dans la pièce principale de son habitation, elle faisait face à son père installé à table. Heureuse, elle lui servit une tasse de tisane brûlante, avant d’en faire de même pour elle.
    
     – Bois rapidement papa, cela te réchauffera. La nuit est froide, ce soir.
    
     Mais son parent se contenta de la regarder avec un large sourire.
    
     – Sais-tu que le jour de ta naissance fut un des plus beaux jours de ma vie ?
     – J’en doute, maman a failli mourir et moi-même, je ne faisais que hurler.
     – Oui, mais tu étais là. Chaque jour où je t’ai vu grandir, j’ai été heureux. Tu es une jeune fille exceptionnelle.
    
     Elle secoua la tête, l’air gêné.
    
     – J’aimerais que tu ne restes pas seule…
     – Je ne suis pas seule. Il y a…
    
     L’espace d’un instant, elle hésita.
    
     – Il y a Dvan. Il va rester avec moi.
     – Est-ce un garçon sérieux ?
    
     Elle aquiessa.
    
     – C’est le cas.
     – Est-ce que tu es amoureuse de lui ?
     – Papa ! Toi mieux que personne connaît ma résolution…
    
     Mais elle détourna tout de même le visage troublé.
    
     – Comment est-il ?
     – Très grand et fort. Gentil aussi…
    
     La jeune fille évita de lui dire qu’il buvait du sang humain. Elle n’en parlerait pas maintenant, mais seulement lorsque le moment serait venu.
    
     – Tu veux que je te le présente ? Il sera ravi de te rencontrer.
     – J’aurais beaucoup aimé. Malheureusement, c’est impossible.
     – Mais pourquoi ? Papa, je ne comprends pas.
     – Tu le sais déjà au fond de toi.
    
     Brusquement, elle sentit l’espace autour d’elle se réduire. La pièce s’assombrissait, à mesure qu’une angoisse sourde se propager dans son corps.
    
     – Père ? Papa ? Papa !
     – N’oublie pas : ne reste pas seule. Est-ce que tu te souviens de la devise de la famille ?
     – Créer plutôt que détruire, l’amour plutôt que la haine.
     – C’est bien. Tu es une gentille fille, Lynette. Tu mérites une vie paisible. Tu dois penser à construire quelque chose de beau avec quelqu’un qui en sera digne et non pas te perdre dans des idées stériles de vengeance. Je sais que c’est dur, mais tu y arriveras, j’ai confiance en toi.
    
     Il se pencha vers elle pour déposer un baiser sur son front, alors que les larmes commencèrent à couler sur son visage. La jeune fille le regarda, prenant ses mains dans les siennes.
    
     – Ne m’abandonne pas, papa. Sans toi…
     – Sans moi, tu t’en sortiras. J’ai confiance en toi.
    
     Elle avait beau savoir que c’était déjà trop tard, elle n’avait pas envie de le laisser partir. Lynette se jeta dans ses bras, l’enserrant pour lutter contre la fatalité. Cependant, peu à peu sa silhouette perdit de sa consistance pour disparaître totalement.
    
     – Papa !
    
     Elle hurla à plein poumon, et ce fut ce qui la réveilla.
    
     Ses yeux baignaient de larmes, s’ouvrirent, et elle fixa le plafond sans le voir. Il n’était plus là. Il était parti. Mais il avait quand même pris le temps de venir lui dire adieu. Le lien entre eux s’était rompu. Elle ne sentait plus sa présence.
    
     La porte s’ouvrit un grand coup et Dvan entra dans la chambre, visible inquiet.
    
     – Est-ce que ça va ? Je t’ai entendu crier.
    
     Elle tourna la tête vers lui. Sans ses lunettes, son visage était flou, mais elle devinait son expression. Sans un mot, elle lui tendit la main. Il s’agenouilla sur le sol et serra ses doigts contre les siens. Il était là. Il était là, pour elle. Malgré la difficulté, Lynette tenta de sourire.
    
     – Il est parti, murmura-t-elle.
     – Qui ?
     – Mon père… C’est fini. Je sais qu’il n’est plus en vie…
     – Comment ?
    
     Il s’interrompit au début de sa phrase. Ce n’était vraiment pas le problème.
    
     – Je suis seule, à présent.
     – Non, c’est faux. Tu n’es pas seule. Je suis là, moi. Je ne m’en irais pas.
    
     Elle resserra sa prise sur sa main, comme si elle cherchait à s’assurer qu’il disait vrai, avant de se redresser.
    
     – Prenez-moi dans vos bras, murmura-t-elle.
     – Pardon ?
    
     Dvan hésita, avait-il bien entendu ce qu’elle lui demandait ?
    
     – Est-ce que vous voulez bien me prendre dans vos bras ?
    
     Elle aurait bien ajouté qu’elle avait besoin de chaleur, mais elle savait que son corps était froid.
    
     Il déglutit, avant de marmonner un simple « oui ». Le géant s’assit alors sur le lit, le faisant grincer au passage. Sans un mot, elle s’approcha de lui, et vint se glisser contre son torse. De son bras gauche, il l’enlaça. C’était étrange, elle était si petite et paraissait si fragile. Il s’interrogea sur les gestes à faire. Il aurait tant voulu lui caresser tendrement les cheveux. Finalement, la voyant fermer les yeux, blottis contre lui, Dvan passa une main dans son dos et l’autre sur sa chevelure. Il aurait voulu lui dire quelque chose de rassurant, mais ne trouva rien qui corresponde à la situation. Lui-même avait été ravi d’apprendre la mort de son père.
    
     – Je suis là pour toi, murmura-t-il.
    
     Elle ne répondit pas mais fit un petit mouvement de la tête.
    
     Même si la jeune fille faisait de son mieux pour les retenir, les larmes continuaient à couler sur ses joues. Dvan les sentait qui mouillaient petit à petit sa chemise. C’était horrible de la voir ainsi. Il aurait voulu trouver les responsables et les châtier sur le champ. Il s’imaginait planter ses crocs dans leur cou, et prendre plaisir à goûter leur sang. Quelle tête feraient-ils lorsque la vie les quitterait ? Est-ce qu’ils auraient peur ? Supplieraient-ils ?
    
     Un mouvement lui fit reprendre conscience. Lynette passait le dos de sa main sur ses yeux pour en chasser l’humidité.
    
     C’est elle, le plus important. Il ne fallait pas qu’il se laisse entraîner dans des délires de meurtres et de vengeances. Sa soif de sang parlait pour lui, cherchant une excuse pour mal agir. Comment Lynette pourrait l’apprécier s’il se laissait aller à ses bas instincts ?
    
     – Est-ce que…
    
     Il hésita. Devait-il vraiment lui poser la question ? Mais il fallait qu’elle sache qu’il était prêt à tout. Prêt à tout pour elle…
    
     – Est-ce que tu veux que je les retrouve ?
    
     L’espace d’un instant, elle se retourna vers lui, en le fixant comme si elle cherchait à déterminer quelle était son expression. N’ayant pas ses lunettes, elle plissa les yeux, avant de renoncer face au manque de lumière.
    
     – Non.
    
     Il fut surpris par cette réponse.
    
     – Ce que je veux, c’est que vous restiez à mes côtés. Pas que vous risquiez de vous faire tuer sans raison.
     – Je ne suis pas aussi simple à tuer que tu ne le crois…
    
     Sans un mot, Lynette reposa sa tête contre son torse et prit sa main dans la sienne, dans un geste tendre. Il la fixa sans comprendre. Elle était si douce avec lui, il eut soudain envie de la serrer plus fort dans ses bras, mais se retint. Ce n’était vraiment pas le bon moment.
    
     – Je… je ne vous ai pas parlé de la devise de ma famille…
    
     Le géant secoua la tête, avant de se demander si elle pouvait le voir.
    
     -Non, murmura-t-il.
    
     Il ignorait que les familles pouvaient avoir une devise. Dans ce cas-là, qu’elle aurait été la leur à Rosa et à lui-même ? Survivre à tout prix ?
    
     – Créer plutôt que détruire, l’amour plutôt que la haine. C’est ce que m’a appris mon père, murmura-t-elle.
    
     Cela parut tellement irréel à Dvan. Comment une telle devise pouvait avoir cours dans un monde aussi cruel ? Qui pouvait croire cela possible ?
    
     – Cela peut paraître bête, mais je préfère que vous passiez du temps avec moi, plutôt qu’à courir la ville, pour trouver ces gens… En plus, si vous êtes là, près de moi, je ne risquerai rien.
    
     Le géant ne répondit pas. Il devait avouer que lui aussi avait plus envie de rester à ses côtés, que de secouer des individus pour avoir des pseudo-réponses. Encore une fois, elle avait raison. C’était en étant près d’elle qu’il la protégerait.
    
     Lynette lui serra tendrement la main. À son tour, il referma ses doigts sur les siens. Ils ne disaient rien, savourant juste le fait d’être ensemble.
    
     Un petit moment passa, et Dvan se rendit compte que la jeune fille avait les yeux fermés et que sa respiration était plus calme. S’était-elle endormie contre lui ? Auquel cas, il ferait bien de l’allonger et de la couvrir, avant que son corps ne se refroidisse, au contact du sien.
    
     Avec une grande délicatesse, il fit glisser sa tête de son torse à l’oreiller, avant de la recouvrir avec les couvertures. Il prit soin de la border pour qu’elle soit bien au chaud, puis le géant la contempla. Elle était très jolie, avec ses joues rebondies, et sa longue chevelure de jais, si soyeuse. Doucement, il passa la main sur son visage, avant de la retirer à regret. Il ne devrait pas faire ça. Cela n’avait aucun sens.
    
     Il ne pouvait pas se laisser bercer d’illusion. Cela ne l’aiderait en rien. Bien sûr, elle avait besoin de soutien maintenant, et il serait prêt à lui apporter aussi longtemps qu’elle voudrait de lui. Mais en même temps, il savait bien qu’un jour, elle se marierait avec un homme, et ça ne serait pas lui.
    
     Après un dernier regard, Dvan se leva et regagna l’autre pièce. Il lui fallait se faire à cette idée. Surtout à présent qu’elle était seule, elle ne voudrait sûrement pas le rester. C’était normal d’aspirer à se marier et à avoir des enfants. Pour lui, ça ne serait jamais le cas. Cette constatation l’attrista.
    
     Il lui faudrait faire avec et être là, pour elle. C’était tout. Il serait là, pour elle, comme il avait été là, pour sa sœur. Jusqu’à ce qu’elle trouve un homme bien…

Texte publié par Nascana, 5 juin 2020 à 11h20
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