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Tome 1, Chapitre 18 « Quand vient le moment de se séparer... » Tome 1, Chapitre 18
Dvan se sentait beaucoup mieux. La faim se faisait moins prenante, devenant petit à petit supportable. Il ne rêvait plus de sang chaud, dans sa bouche. C'était à croire qu'il s'habituait à sa nouvelle condition. Ce n'était pas pour lui faire plaisir, mais comme il ne pouvait rien faire contre, il devait faire avec.
    
     Chaque jour, il attendait avec hâte, la venue de Rosa. Passer du temps avec elle, lui paraissait comme vitale. Bien qu'ils n'en aient pas reparlé, il savait qu'il devait se faire à l'idée de se séparer de sa sœur. Même s'il comprenait les raisons théoriques, en pratique, le jeune homme ne pouvait s'empêcher de ressentir une déchirure au coeur.
    
     Il avait passé sa vie avec Rosa. L'abandonner du jour au lendemain, lui paraissait irréaliste. Pourtant, au fond de sa tête, le géant s'était toujours imaginé qu'elle viendrait à le quitter pour se marier. Il ne pourrait rien faire, mais serait heureux pour elle. Seulement là, il ne faisait pas confiance à cet homme qu'il n'avait jamais vu. Prendrait-il réellement soin de sa sœur ? La protégerait-il ?
    
     Sûrement, mieux que toi, songea-t-il avec douleur. Après tout, lui-même, n'avait pas pu la protéger de la rue. Alors si un homme riche voulait l'épouser…
    
     Il serra le poing. C'était sa chance, lui avait soufflé Rosa. Qui aurait voulu d'elle, avec son passé ?
    
     Dvan trouvait cela très dur, même s'il savait qu'elle avait raison. Elle était merveilleuse, mais tous ses pourris ne voulaient pas d'une femme qui avait déjà « servit ». Non, il la fallait pur pour qu'ils puissent en profiter au mieux.
    
     Et toi ? lui souffla une petite voix.
    
     Lui… C'était simple, il ne voulait rien d'autre que le bonheur de sa sœur.
    
     Il avait fait une croix depuis longtemps sur l'amour. De toute façon, il n'y croyait pas vraiment. Pour lui qui se mettait facilement en retrait, cela aurait été dur d'intéresser la moindre personne.
    
     Un bruit de pas, lui signala l'arrivée de Rosa, et il sauta sur ses pieds. Il savait qu'elle allait lui apporter à manger, mais ça ne lui importait plus autant qu'auparavant. Seul, restait la joie de la revoir.
    
     Elle ouvrit la porte avec un sourire.
    
     -Dvan, lui murmura-t-elle.
    
     Elle était rayonnante. Il ne pouvait lui retirer ça.
    
     Le jeune homme s'avança pour la prendre dans ses bras.
    
     -Tu es magnifique.
    
     Sa sœur haussa les épaules.
    
     -Je ne suis pas différente de d'habitude.
    
     Elle ne s'en rendait peut-être pas compte, mais lui le voyait. Si c'était cet homme qui lui apportait cela, il ne devait pas lutter et se contenter d'être heureux pour elle.
    
     -J'ai rapporté ça.
    
     Elle lui tendit un pantalon.
    
     -Tu m'as encore fait des vêtements ?! Mais je vais en avoir plus que je ne pourrais en porter dans une vie à la fin…
    
     Il se mit à rire.
    
     -Tu pourras les emmener avec toi. Comme ça, tu sauras que je pense à toi.
    
     Son coeur loupa un battement. Le départ devait approcher pour qu'elle lui parle ainsi. Dvan le redoutait. Il ne voulait pas la quitter.
    
     -J'ai peur de te quitter, lui avoua-t-il. Tu es si fragile, si quelqu'un venait encore à te faire du mal…
    
     Rosa secoua la tête.
    
     -Je ne suis plus la même femme, petit frère. Moi aussi, je suis beaucoup plus forte.
    
     Il lui sourit.
    
     -Plus aucun homme ne pourra me faire du mal.
     -Et si c'est un vampire aussi ?
     -Dvan pourquoi faut-il toujours que tu imagines le pire ?
     -C'est depuis que j'ai faillis te perdre. Je ne voudrais plus jamais avoir à revivre ça. J'ai cru mourir tant j'avais mal, Rosa.
    
     Elle l'embrassa sur la joue.
    
     -Je ne pensais qu'à toi, tu sais. Même dans mes derniers instants, je ne voulais que te revoir.
    
     Il prit sa main sans rien dire. La jeune femme posa la tête sur son épaule.
    
     -Tu feras bien attention à toi ?
     -Bien sûr que oui. De toute façon, je pourrais toujours utiliser mon pouvoir au cas où…
     -Pouvoir ?
    
     Elle redressa la tête vers lui.
    
     -Je ne t'en ai pas parlé ?
     -Non.
     -Laisse-moi t'expliquer. Les vampires possèdent certains pouvoirs qui leur sont propres. Au départ, ce n'est qu'un seul et puis au fur et à mesure qu'ils vieillissent, ils peuvent en avoir trois différents.
     -Moi, je n'ai rien de tel.
     -Ca viendra. C'est juste que tu n'en as pas encore besoin.
     -Et toi, Rosa, quel est ton pouvoir ?
    
     Elle se leva avec un sourire, et vint se placer devant lui. Il la fixa attendant la représentation qu'elle ne manquerait pas de lui donner. En l'espace d'une seconde, elle disparut ne laissant place qu'à une corneille, qui le fixait de son œil noir, en battant des ailes. L'instant d'après, la jeune femme qu'il connaissait été de retour, face à lui.
    
     -Tu peux voler ? C'est formidable. Est-ce que je pourrais faire pareil ?
     -Je ne sais pas. Par contre, il ne faut pas demander ces pouvoirs à un autre vampire, c'est assez mal vu, paraît-il.
    
     Il haussa les épaules.
    
     -J'en connais pas d'autres que toi.
     -Moi, tu peux tout me demander, acquiesça-t-elle.
    
     Dvan se retint de lui demander de venir avec lui. Il avait bien compris qu'il ne pouvait pas rester en ces lieux. Le propriétaire ne tenait sûrement pas plus que ça, à l'avoir dans les pattes.
    
     -J'aimerais bien pouvoir voler…
    
     Il réfléchit à voix haute.
    
     -Le mieux, c'est que sous cette forme, je peux sortir au soleil. Mais ne le dis à personne.
    
     Elle posa le doigt sur ses lèvres comme pour le mettre dans la confidence. L'imitant, il la rassura à voix basse.
     Leurs regards se croisèrent et ils éclatèrent de rire. En cet instant, ils paraissaient plus complices que jamais.
    
     Rosa le prit par le bras.
    
     -Mon chéri, tu vas me manquer. Tellement.
     -Toi aussi, tu vas me manquer.
    
     Il se tut sous le coup de l'émotion, il avait du mal à contrôler sa voix. Elle glissa ses doigts entre les siens et ils restèrent silencieux un petit moment, se contentant de savourer la présence de l'autre.
    
     -Je pars quand ? ne put s'empêcher de demander Dvan.
     -Demain soir.
    
     Il déglutit difficilement. Si tôt…
    
     -On est à quel moment de la journée ?
     -Le soleil vient de se coucher.
    
     Si peu de temps… Il aurait voulu prier pour que la journée ne s'arrête jamais, ainsi il n'aurait pas eu à se séparer.
    
     Sans un mot, Rosa vint se blottir contre son torse. Il s'adossa au mur, pour la serrer contre lui. Des larmes coulaient doucement de ses yeux, et venaient mouiller sa chemise. Dvan lui caressait doucement les cheveux.
    
     -Ce n'est pas comme si j'étais mort, lui souffla-t-il à l'oreille.
    
     Elle hocha la tête, mais resta le visage caché dans ses vêtements. Il fallait qu'il reste fort qu'il résiste à l'envie de l'emmener avec lui. Alors, le jeune homme se contenta de la câliner. Combien de temps, resta-t-elle immobile contre son torse ? Il n'aurait su le dire.
    
     Sa sœur releva soudain la tête.
    
     -Quelle idiote ! Je me suis endormie.
     -Est-ce que tu as pu te reposer ?
     -Oui.
    
     Elle passa la main sur son visage. La marque que le tissu avait laissé, était encore visible.
    
     -Ca me rappelle des souvenirs, murmura Dvan.
     -Oui. Pendant un moment, j'avais du mal à dormir, si tu ne me serrais pas contre toi.
     -Tu faisais des cauchemars…
    
     Elle hocha la tête.
    
     -Oui, je revenais sans cesse à ce qu'il s'était passé ce jour-là, et pendant les nuits qui suivirent.
     -J'aurais dû comprendre.
     -Je ne le voulais pas.
     -J'aurais dû te poser la question au moins.
     -Je préférais que tu ignores tout. J'avais trop honte.
     -C'est eux qui auraient dû avoir honte, Rosa. Pas toi ! Jamais…
    
     Elle ne répondit pas.
    
     -Eux s'en foutaient bien, et puis, c'était moi qui souffrais. Pas eux.
    
     A ses mots, Dvan resserra son étreinte sur la jeune femme, comme s'il voulait la protéger de son corps.
    
     -Et lui, il…
     -Non. Mais de toute façon, je ne suis plus une enfant. En vieillissant, c'est devenu moins dure parce que j'avais compris comment les manipuler.
     -Qu'est-ce que tu veux dire ?
    
     Rosa détourna le regard.
    
     -Je ne préfère pas en parler.
    
     Il fronça les sourcils.
    
     -J'espère juste que tu trouveras quelqu'un qui t'aimera autant que je t'aime et qui prendra soin de toi.
     -J'en doute…
     -Tu es un gentil garçon. Sans doute, un peu trop timide, mais tellement méritant.
     -Comme si cela rapportait quelque chose d'être méritant.
    
     Elle lui sourit.
    
     -Moi, j'espère que ça te rapportera un jour. Tu as le droit d'être heureux et j'espère que tu trouveras ta place.
    
     Il haussa les épaules. Il ne voulait pas la contrarier.
    
     -Mais au fait, tu n'as pas encore mangé ?!
     -Et non, tu vois. Je ne suis plus une chenille qui passe sa vie à dévorer ce qu'elle trouve. Me voilà devenu un papillon.
     -Tu sais que les chenilles deviennent des papillons pour se reproduire.
    
     A nouveau, sa sœur rit de son visage rougissant.
    
     -En tout cas, tu es prêt pour t'en sortir dehors, déclara Rosa.
    
     Elle lui tendit la bouteille.
    
     -Tu en veux avec moi ? Je crois que tu es la seule personne avec qui je pourrais partager ça.
    
     Elle lui sourit.
    
     -D'accord, murmura-t-elle simplement.

Texte publié par Nascana, 14 août 2019 à 20h47
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