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Tome 1, Chapitre 17 « Prisonnier dans sa cage, l'oiseau rêve de liberté. » Tome 1, Chapitre 17
Dvan s'était endormie lorsque sa sœur revint le voir. Il s'éveilla, avec son visage pour soleil. Elle lui souriait. Instinctivement, il tendit les bras et sans un mot, Rosa se blottit contre lui. C'était toujours si naturelle avec elle. Il n'aurait jamais osé faire ce geste avec quelqu'un d'autre.
    
     -Je suis si content de te voir, lui murmura-t-il, à l'oreille.
     -Moi aussi.
    
     Elle leva la tête vers lui. Son visage semblait reposé. Il se demanda si c'était le contre coup de la transformation, où si elle allait réellement mieux. Si tel était le cas, peut-être valait-il mieux que Rosa reste ici. Il sentit son coeur se serrer à cette idée. Il ne voulait pas la perdre, mais en respirant l'odeur de ses cheveux, il avait encore perçu celle de l'autre. Le géant n'avait rien dit. Il avait pris sur lui pour ne pas s'énerver. Après tout, c'était peut-être vrai… Peut-être ne lui faisait-il aucun mal…
    
     Non, il n'arrivait pas à y croire. Ca lui été impossible. Dvan serra les dents pour refréner sa rage. Hurler sur sa sœur ne l'avancerait à rien. Il l'avait tant attendu, ce n'était pas pour la laisser disparaître si vite.
    
     -Regarde ce que je t'ai ramené, déclara-t-elle avec un sourire.
    
     Tout de suite, son esprit se prit à espérer qu'il s'agisse de sang. Sa faim était revenue plus lentement, mais elle se faisait toujours sentir.
    
     Rosa ouvrit la porte. Le couloir était sombre et vide. Il aurait pu s'élancer et s'enfuir.
    
     Il perçut quelque chose, les battements de coeur d'un humain. Aussitôt, la salive inonda sa bouche. De peur, Dvan recula. Ce n'était pas ce qu'il voulait.
    
     -Est-ce que ça va ? C'est encore trop dur, pour toi ?
     -Il y a des humains, ici, murmura-t-il.
     -Je vois, tu les perçois.
    
     Avec un soupire, elle ramassa une bouteille qu'elle lui mit dans les mains.
    
     -J'aurais préféré attendre, mais si ça ne va vraiment pas.
    
     Sa main se mit à trembler et il reposa le contenant au sol.
    
     -Je vais attendre, déclara-t-il.
    
     C'était si dur pour lui de laisser échapper ses mots.
    
     -Tu es très fort, l'encouragea sa sœur.
    
     Il ne voyait pas en quoi.
    
     Elle quitta le cachot pour revenir avec une bassine dans les bras qu'elle déposa sur le banc.
    
     -Fais attention, l'eau est très chaude. Je l'ai fait exprès, pour que même en refroidissant pendant le voyage, elle reste à une température acceptable.
    
     Surpris, il plongea les doigts dedans.
    
     -L'eau est chaude…, répéta-t-il.
    
     Il n'en avait pas l'habitude, se contentant en général, du peu d'eau qu'ils avaient. Elle restait en général à la température de la pièce. Un calvaire l'hiver, alors qu'elle était glacée et qu'ils l'utilisaient pour se laver.
    
     -Je t'ai trouvé des nouveaux vêtements. J'espère qu'ils seront à la bonne taille. Je ne l'avais plus en tête. En plus, tu ne fais que grandir alors, j'ai un peu de mal à suivre.
    
     Dvan fixa la chemise et le pantalon qu'elle lui montrait. Simple, mais le tissu était visiblement de qualité. Il n'en avait jamais porté de tels. Ils avaient l'air chaud. Une tenue agréable à porter pour l'hiver.
    
     -C'est toi, qui les a fait ?
    
     Elle baissa la tête en souriant.
    
     -Je suis découverte. J'ai demandé qu'on m'amène du tissu et un nécessaire de couture et voilà le résultat. Je l'ai fait en pensant à toi. C'est sans doute encore un peu hésitant, puisque je n'avais pas repris mes aiguilles depuis un moment.
     -C'est magnifique.
    
     Elle haussa les épaules.
    
     -N'en fais pas trop, non plus.
    
     Dvan la regarda avec le sourire aux lèvres. Elle l'avait fait en pensant à lui. Cela ne faisait que le rendre plus heureux.
    
     Rosa chercha un endroit où se débarrasser de son chargement, avant de poser les vêtements sur le banc. Ils étaient un peu à l'étroit tous les deux dans cette petite cellule.
    
     -Tu veux que je sorte ? lui demanda sa sœur.
    
     Il lui répondit d'une voix étouffé :
    
     -Je m'en fiches.
    
     A la vérité, il ne voulait pas qu'elle le quitte, ne serait-ce qu'une minute. Il avait trop besoin d'elle à son côté. Mais ça, il ne pouvait l'avouer.
    
     Sans plus attendre, le géant déboutonna sa chemise et la laissa tomber sur le sol. Dvan ne dévoilait ses cicatrices que devant sa sœur. Il savait que passer le stress des premières fois, elle s'était faite à cette idée. Du moins, elle le croyait.
    
     Lorsqu'il croisa son regard, il comprit qu'elle y pensait bien plus qu'il ne l'aurait cru. Rosa fixait ses blessures, comme si cela pouvait suffire à les faire disparaître. De la tristesse se lisait sur son visage. Il lui prit la main, avec tendresse.
    
     -Ca va ?
     -Oui… C'est… Stupide, j'aurais jamais dû faire ça. Dvan, pardonne-moi.
    
     Des larmes naquirent aux coins de ses yeux.
    
     Il posa la main sur sa joue.
    
     -Ne pleurs pas. C'est fait, c'est fait. On ne peut plus rien changer alors…
     -Dvan tu es toujours si gentil avec moi…
    
     Elle le prit à nouveau dans ses bras.
    
     -Tu devrais peut-être attendre que je sois propre, pour faire ça, lui murmura-t-il.
     -Je m'en fiche. Tu es toujours mon frère.
     -Il ne sera sûrement pas content, ton type s'il sent mon odeur sur toi.
    
     Rosa se redressa brutalement, à ses mots. Sans doute, se sentait-elle mal à l'aise. Il devait sûrement avoir raison, sur ce point. En même temps, lui aussi se sentait énervé dès que sa sœur était trop proche d'un autre.
    
     Elle se tourna vers la bassine et plongea un linge dedans, avant de se tourner vers lui et de le frotter sur sa peau. La jeune femme tapota délicatement ses cicatrices. Lui-même ne se donnait pas cette peine. Il faisait vite pour ne pas prendre froid. Ici, l'eau était chaude et c'était agréable.
    
     -Je ne te fais pas mal ?
     -Non, ça va bien. Tu es toujours si douce avec moi. Peut-être pas qu'avec moi, marmonna-t-il entre ses dents.
    
     Elle soupira.
    
     -Je t'ai entendu.
    
     Il baissa les yeux.
    
     -Arrête d'être jaloux. Ca ne te va pas. Du reste, je ne le suis qu'avec toi.
    
     Étrangement, cette remarque le fit plus sourire qu'il n'aurait pu le croire.
    
     -Tourne toi, que je m'occupe de ton dos.
     -Tu sais que je peux le faire seul ?
     -Je sais…
    
     Elle n'ajouta rien, mais se saisit du savon qu'elle frotta doucement contre sa peau.
    
     -Est-ce que ce n'est pas trop dur ? lui demanda-t-elle soudain.
     -J'ai l'habitude depuis le temps, soupira-t-il.
     -Non, je ne te parle pas des cicatrices, mais de toi… Comment tu te fais à ta nouvelle vie ?
     -Étant donné que je suis coincé entre quatre murs, je te mentirais en te disant que c'est plaisant.
     -Et la faim ?
     -C'est horrible… Mais petit à petit, ça va mieux.
    
     Elle rinça sa peau, retirant le savon et les saletés par la même occasion.
    
     -Ca me rassure. Je me sens toujours coupable.
    
     Sa voix se brisa.
    
     Sans un mot, il l'attira contre lui, la serrant tendrement contre son torse.
    
     -Je ne te dis pas que ça me fait plaisir d'être comme ça, mais je comprends l'idée. Tu ne l'as pas fait pour me nuire. Tu l'as fait par amour, et ça, c'est la preuve que tu m'aimes.
     -Bien sûr que je t'aime. Dvan tu es et tu resteras toujours l'homme le plus important de ma vie. Aucun ne pourra prendre ta place.
    
     Cette phrase dite avec le coeur, lui fit plus de bien qu'il n'aurait pu le croire.
    
     -Je te laisse faire le reste, déclara-t-elle en lui mettant un morceau de savon dans la main.
    
     Elle se tourna ensuite vers le mur.
    
     -Continue de parler, lui souffla Dvan.
     -Que veux-tu savoir ?
     -Je ne sais pas, ce que ça fait de ne pas avoir envie de tuer des pauvres gens pour boire leur sang.
     -C'est bien.
    
     Derrière elle, le géant se dévêtit entièrement et entrepris de nettoyer consciencieusement sa peau.
    
     -Juste bien ?
     -Je n'ai pas demandé à être comme ça. C'était juste un coup du sort. Seulement, entre ça ou la mort, je me rends bien compte que mes choix étaient limités.
    
     Le coeur de Dvan se mit à battre plus fort. Il avait presque oublié que Rosa avait failli mourir. Rien que pour avoir sauvé sa sœur, il aurait dû remercier le type qui l'avait changé. Seulement, il le détestait cordialement.
    
     -Rosa ?
     -Oui ?
     -Cet homme, il ne te fait pas de mal ?
    
     Elle secoua la tête.
    
     -Tu veux rester avec lui ?
    
     Il la vit tressaillir.
    
     -Je…
    
     La jeune femme hésita.
    
     -Je crois…
    
     Elle ne termina pas sa phrase.
    
     -Tu es amoureuse de lui ?
     -Ce n'est pas le problème.
     -Alors tu ne l'aimes pas. Sinon tu aurais répondu « oui » tout de suite.
    
     Dvan passa ses nouveaux vêtements. Changer de tenue, lui faisait plus de bien qu'il ne l'aurait imaginé à la base. Celle-ci était plus confortable que la précédente. Le tissu était beaucoup moins irritant pour ses cicatrices.
    
     -C'est bon, je suis habillé.
    
     Elle se retourna.
    
     -Ca te va bien. Tu n'es pas trop serré. J'en suis contente.
    
     La jeune femme rajusta tranquillement, sa tenue.
    
     -Tu devrais faire les cheveux aussi. Ils deviennent vraiment longs.
    
     Elle suivit la courbe de ses mèches, jusque sur son épaule.
    
     -Je les garde comme ça, ça cache les cicatrices sur mon visage. Comme ça, je ne fais pas peur aux enfants.
     -Nettoie quand même tes cheveux.
    
     Dvan acquiesça, avant de pencher la tête vers la bassine. Il avait de la chance, l'eau était encore chaude. Au moins, ça serait agréable.
    
     -Tu es un beau garçon, tu sais, Dvan.
    
     Il faillit s'étouffer, en entendant cette remarque.
    
     -Sans les cicatrices…
     -Oui, mais elles sont là.
     -Ca gâche tout. Tu es grand et fort. Tu as un joli visage.
     -Une jolie moitié de visage.
     -J'aurais voulu te rendre heureux, en retirant tout ça.
    
     Il haussa les épaules.
    
     -Je n'étais pas malheureux. Tant que je t'avais toi…
    
     Le géant était sincère.
    
     -J'aurais voulu que tu puisses avoir une vraie vie : un mariage, des enfants…
     -Comme si j'en avais besoin.
     -Tu es jeune, tu ne penses pas à ça, mais plus tard…
    
     Il l'interrompit.
    
     -Et toi, tu vas te marier ?
    
     Rosa soupira.
    
     -Ce n'est pas le problème.
     -Tu vas épouser ce type que tu n'aimes pas ? Tu vas avoir des enfants avec lui ?
    
     Elle s'installa sur le banc.
    
     -Je n'aurais jamais d'enfants, Dvan. Les vampires ne peuvent plus en avoir.
    
     Il ressentit comme une boule au fond de sa gorge. Il n'avait jamais imaginé que sa sœur est des enfants, mais savoir comme ça, qu'elle ne pourrait pas en avoir lui fit mal.
    
     -Et moi ?
    
     Elle baissa la tête.
    
     -Je ne le savais pas. Je ne comprenais pas encore la portée de ce qui m'était arrivée.
    
     Il posa la main sur son épaule.
    
     -Aucun de nous ne voulait d'enfants de toute façon.
    
     Le jeune homme tenta de se rassurer en disant cette phrase.
    
     -Pourquoi veux-tu rester avec lui ?
     -C'est trop bête pour être dit…
     -Il te plaît ?
     -Il ne me fait pas de mal. Et puis, si je reste ici, j'ai une chambre. C'est vaste. J'ai toujours chaud parce qu'il y a toujours du bois à mettre dans la cheminée. J'ai même une baignoire pour moi. Tu imagines, je n'ai jamais connu un tel luxe…
    
     Sa voix se brisa sur la fin.
    
     -Tu vas me trouver purement égoïste.
     -Non.
    
     Il la prit dans ses bras pour la rassurer.
    
     -Je comprends. Tu n'as jamais eu de chance, Rosa. J'ai jamais pu t'apporter ce que tu méritais. Alors si ce type le peut et s'il ne te fait pas de mal, je comprends que tu veuilles rester.
     -Mais, et toi, Dvan ? Il faudrait que je t'abandonne.
     -Je ne suis plus un bébé, non plus. Je m'en sortirais.
    
     Il lui embrassa tendrement les cheveux.
    
     -Rosa, tu as toujours été là pour moi, tu as toujours fait de ton mieux pour moi. Tu as le droit de te reposer aussi.
    
     Elle lui sourit, malgré les larmes qui coulaient sur son visage.
    
     -Il n'y a pas meilleur frère que toi, lui murmura-t-elle.
    
     L'idée même d'être séparé d'elle, lui déchirait le coeur, mais il devait se montrer fort pour elle. S'il venait à flancher alors qui soutiendrait Rosa ? Ce n'était pas parce qu'ils seraient loin l'un de l'autre qu'ils ne s'aimeraient pas.
    
     Ils restèrent encore un petit moment, l'un contre l'autre. L'espace d'un instant, Dvan cru même que sa sœur, c'était endormi la tête contre son cou. Lui n'arrêta pas de caresser ses cheveux, tendrement. Le jeune homme aurait pu continuer encore longtemps. Elle lui souriait, c'était le principale.

Texte publié par Nascana, 13 août 2019 à 23h12
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