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Tome 1, Chapitre 10 « Un bon travail, la base d'une belle vie » Tome 1, Chapitre 10
Les années passèrent bien vite, et rien ne changea réellement dans leur situation. Dvan faisait de son mieux, ils avaient même pu trouver un autre logement : minuscule, mais avec plus de protection contre le froid. C'était une petite joie. Même si le garçon savait bien que sans l'argent que sa sœur rapportait, il n'aurait pu vivre là. Pourtant jamais Rosa ne se plaignait, seuls les pleurs qu'elle laissait échappé de temps en temps, montrait son mal-être.
    
     Dvan redoublait d'énergie pour gagner suffisamment. Se fut le soir où il apprit une bonne nouvelle que tout bascula. Pour une fois, il était heureux, on lui proposait un travail de longue durée sur un chantier. Il lui faudrait déménager, mais cela lui importait peu. Après tout, ce n'était pas comme s'ils avaient beaucoup de choses à emmener avec eux. Un salaire fixe lui permettrait de prendre soin de Rosa. Une nouvelle ville l'éloignerait de ceux qui la connaissaient, faisant d'elle une femme nouvelle. Elle n'aurait plus besoin de sortir travailler tard le soir. Il la soupçonner de faire le service dans une taverne, sans lui avoir dit pour ne pas l'inquiéter. Il l'imaginait être la proie d'hommes alcoolisés, et cela le révolté. Le géant devait vraiment faire quelque chose pour elle.
    
     Partir était la solution, il en était persuadé. C'était pour cette raison qu'il avait tout de suite accepté. Étant jeune et non marié, on le pensait sans attache, c'était aussi pour cela qu'on l'avait choisi. Ça, et sa force exceptionnelle.
    
     Courant comme un fou, il arriva dans la chambre, avant que sa sœur ne parte, le voyant débouler à toute allure, elle s'interrogea.
    
     -Dvan ?
    
     Sans lui laisser le temps de parler, il la souleva du sol et la serra contre lui.
    
     -Dvan ? Ca ne va pas ! Tu as perdu la tête ?!
     -Non ! Rosa, ça y est !
     -Ca y est, quoi ?
     -Je l'ai !
    
     Elle l'interrogea du regard.
    
     -J'ai eu travail pour plusieurs années !
     -Vraiment ?
     -Oui. Il faut déménager, mais je t'emmène avec moi !
     -Déménager ?
     -Oui, ce n'est pas en ville.
    
     Une ombre passa sur le visage de sa sœur.
    
     -Mais moi, je…
    
     Elle s'interrompit. Elle paraissait ne pas vraiment savoir quoi dire.
    
     -Tu viens avec moi, n'est-ce pas ? Tu ne peux pas rester là, seule.
    
     Elle hocha la tête.
    
     -C'est vrai, tu as raison. Je veux juste être avec mon petit frère. De toute façon, tu serais perdu sans moi.
    
     Rosa pensa à un point important et en fit part à son cadet :
    
     -Mais pour le logement ?
     -Il y en aura un, mis à disposition pour nous sur place.
     -Le grand luxe...Mais tu as sûr que ça ira pour moi ?
     -Tu ne veux plus qu'on partage la même chambre ?
     -C'est vrai que tu y prends beaucoup de place...
    
     Il lui sourit et ils rirent ensemble. Cette soirée, Rosa resta à la maison, et ils parlèrent sans s'interrompre pendant un petit moment. Sans se l'avouer, Dvan misait beaucoup sur ce changement.
    
     -Où va-t-on ? l'interrogea la jeune femme.
     -A la frontière du Saint-Empire.
     -C'est vague, ça. La frontière ne cesse de changer. Il y a peu, c'était nous la frontière. On ne parle même pas la langue du pays. D'ailleurs, ça ne va pas poser problème ?
     -Tu crois que le contre-maître parle la langue du pays, toi ?
     -Je ne sais pas.
     -Mis à part le gouverneur et l'administratif, personne ne parle cette foutue langue ! ricana Dvan. Tiens d'ailleurs, en parlant de ça. On va justement s'occuper de construire une petite résidence secondaire, pour le gouverneur.
     -Il en a besoin ?
     -Il paraît que sa jolie maison n'est pas à son goût.
    
     Il y eut un silence.
    
     -Tu crois qu'on pourrait loger combien de personnes dedans ? lui demanda Rosa.
     -Trop.
    
     Ils passèrent encore un petit moment à discuter ensemble, avant que la jeune femme, lui rappel qu'il serait peut-être temps de se reposer. Seulement même dans le noir, Dvan continua de lui parler avec enthousiasme. Sa sœur tempérait gentiment son entrain.
    
     Il y croyait réellement. Il voulait y croire, penser que les choses allaient changer. Elle, elle savait déjà la vérité. Où qu'elle aille, elle resterait toujours la même et les hommes la verraient toujours de la même manière.
    
     L'espoir avait toujours été la source de sa peine. Il aurait pu simplement accepter les choses, se dire que rien ne changerait et que sa sœur faisait son possible pour lui venir en aide. Mais il préférait y croire quitte à se voiler la face et à faire les mauvais choix.
    
     ***
    
     Le voyage fut moins pénible qu'ils l'avaient imaginé. Ils eurent le loisir de traverser et la petite ville, pour en gagner rapidement la périphérie dans laquelle se trouvait le chantier. En dehors de ça, il n'y avait que peu de choses : quelques baraquements, et c'était tout.
    
     -Qu'est-ce que c'est que ça ?! râla le contre-maître, en voyant Rosa.
     -Ma sœur. Je ne vais nul part sans elle.
    
     L'homme la détailla de bas en haut, son regard se faisant insistant sur ses formes, et Dvan serra les poings pour se contrôler. Il avait besoin de ce travail et ne pouvait se permettre de tout gâcher d'un coup. A son côté, Rosa posa la main tendrement sur son bras, comme pour le calmer.
    
     -C'est bon, elle peut rester, mais vous partagerez la même chambre.
     -Ca ne changera pas de d'habitude.
    
     Le supérieur hiérarchique de Dvan, s'adressa alors à Rosa.
    
     -Tu travailles, toi ?
     -Pas en ce moment, monsieur.
     -Tu serviras à la cantine, on cherche toujours des gens pour. Viens avec moi.
    
     Dvan leur avait alors emboîté le pas.
    
     -Toi, reste ici. Va au bureau et enregistre-toi ! On te dira où loger. Je te ramène ta sœur, dès que c'est terminé.
     -Ca ira, l'encouragea Rosa.
    
     Même si la situation le mettait mal à l'aise, il n'insista pas. Comme à son habitude, il se montra lâche, préférant faire semblant de ne rien voir, plutôt que de faire face. Sa sœur, elle, faisait preuve d'un vrai courage, elle avait déjà tout compris et accepté son sort. Pire, son esprit avait tout de suite, cherché comment tirer profit de la situation.
    
     Lorsqu'elle revint, la jeune femme ne lui dit de particulier, expliquant juste qu'elle s'occuperait de servir les repas, chose qui la laisser totalement de marbre. Bêtement, il se dit qu'ainsi, elle n'aurait plus besoin de disparaître chaque soir et qu'elle serait en sécurité. Jamais, elle ne le démentit.
    
     -A nous deux, on aura plus d'argent, déclara simplement Dvan. Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
     -Rien. Tant que je suis avec toi, je n'ai besoin de rien.
    
     C'était vrai, elle ne lui demandait jamais rien, se contentant du peu qu'elle avait. Le garçon ne pouvait que remercier le ciel, chaque jour, d'avoir une sœur aussi exceptionnelle. Il savait qu'il devait prendre soin d'elle et faire le maximum, pour son bonheur.
    
     Se fut pour cette raison que dès qu'il eut assez, il partit en ville pour lui chercher un cadeau. Il pensait bien faire, et elle ne le détrompa pas. Avec le temps, il comprit qu'être présent pour elle, aurait été plus intelligent. S'il avait été là, elle ne serait pas tombée dans les griffes d'un autre.

Texte publié par Nascana, 10 juin 2019 à 13h06
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