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Tome 1, Chapitre 4 « Souvent les nuits résonnent de cris » Tome 1, Chapitre 4
Les cris… Ils rebondissent sur les murs et se font de plus en plus présent, envahissant les esprits et détruisant tout sur leur passage. Lorsqu'ils transpercent la nuit, tous se figent sentant bien la puissance de ceux-ci. On ne peut que lire le soulagement sur leurs visages, quand enfin, les gens prennent conscience qu'ils sont suffisamment loin pour ne plus les entendre.
    
     Dvan les a trop entendues. On aurait pu dire qu'il s'était habitué avec le temps, mais comment s'habituer à une chose aussi cruelle ? Parfois, il a presque l'impression d'être poursuivi par des hurlements de douleur, de peurs ou tristesse et de ne rien faire pour pouvoir les apaiser.
    
     Ce soir ne diffère pas des autres. Les cris sont de retour. Le pire, c'est qu'il en était la cause. Encore un mauvais choix à ajouter sur la liste… A croire que cela ne finirait jamais.
    
     Il revint au moment présent, alors que l'un des excités de la bande se saisissait du bras d'une gamine pour l'attirer vers lui.
    
     -Vous n'avez pas d'argent ? C'est que vous ne savez pas en gagner.
    
     Face à Dvan, se tenait une famille, recroquevillait les uns sur les autres. Un tas de corps maigre et sale, frissonnant. La mère sanglotait déjà résolue au pire, serrant ses enfants les plus jeunes contre elle, tête baissée pour ne pas voir ce qui allait arriver.
    
     -Par pitié, je payerais, mais laissez ma fille ! supplia le père.
    
     Il semblait aussi misérable que leur lieu de vie, une pauvre cave sombre et humide. La moisissure se répondait peu à peu sur les murs, les envahissant d'une tâche noire que personne ne paraissait remarquer. Le sol de terre battu devait être boueux lorsqu'il pleuvait, l'eau parvenant toujours à s'infiltrer partout.
    
     Dvan ne connaissait que trop ses taudis, et le désespoir de ceux qui les peuplaient. Pourtant, il ne dit rien, attendant.
    
     -Tu as déjà dis ça, la dernière fois. Seulement, monsieur Cisaro, n'a toujours rien vu venir.
    
     Ervild, l'homme qui dirigeait le groupe, était plus petit que Dvan, bien que cela ne fut pas difficile, et arborait en permanence un rictus méchant, qui mettait la majorité des gens mal à l'aise. Pour tout dire, le géant n'avait aucune confiance en lui et ce qu'il voyait sur le moment, ne jouait pas en sa faveur. Pour l'instant, il observait, hésitant à intervenir.
    
     Avec un fou rire, Ervild balança l'adolescente dans sa direction.
    
     -Tiens ! Profites-en, c'est gratuit. Tu dois pas souvent avoir l’occasion d'avoir une fille, vu ta gueule.
    
     La gamine vint s'écraser contre son torse, en tremblant. Des larmes coulaient de ses yeux bleus. Lorsqu'elle regarda vers lui, elle esquissa un mouvement de recul, comme c'était souvent le cas quand on venait à le regarder.
    
     Pesant le pour et le contre, Dvan finit par prendre une décision. Il voulut entraîner l'adolescente à sa suite, mais celle-ci, se mit à se tortiller et à le frapper pour tenter de s'échapper. Avec un soupire, le géant la souleva du sol et la porta en travers de ses épaules, tenant d'un côté ses poignets et de l'autre ses chevilles. Il remonta vers la rue en gardant ainsi, alors qu'elle se débattait avec l'énergie du désespoir, produisant de temps à autre des râles de colère.
    
     -Pitié, non !
    
     L'homme se jeta aux pieds d'Ervild en pleurant.
    
     -Elle est sauvage, ta fille, il faut la discipliner. Peut-être qu'après elle sera plus disposée à t'aider à rapporter de l'argent.
    
     Les trois autres membres de la bande se mirent à rire, à cette évocation.
    
     -Pitié, ma fille est trop jeune. Elle n'a jamais…
    
     Il ne termina pas sa phrase, car Ervild venait de poser le bout de sa botte sur sa tête pour la plaquer sur le sol.
    
     -De mieux en mieux. Tu entends ça ? demanda-t-il en direction de Dvan. Quelle chance, tu as ce soir. Tu n'as plus qu'à lui apprendre comment bien se comporter, avec toi.
    
     En entendant les railleries d'Ervild, la gamine tenta à nouveau d'échapper au funeste destin qui était le sien. Malheureusement, Dvan la tenait trop bien et elle ne pouvait rien faire à part s'agitait vainement.
    
     Une fois dans la rue, la jeune fille s'époumona, appelant à l'aide.
    
     -C'est peine perdu. Personne ne viendra, déclara le géant en la posant sur le sol.
     -Jamais, je…
     -Pas de grand discours.
    
     Elle ferma la bouche, la rouvrit et hésita. La gamine n'osait toujours pas le regarder en face. Elle tremblait, morte de peur, craignant ce qui allait lui arriver. Finalement, elle se laissa tomber sur le sol, en pleurant.
    
     -T'en fais pas. Je vais pas te faire de mal.
    
     Dvan l'attrapa par les deux bras et la releva.
    
     -La seule chose que je pourrais vouloir de toi, c'est pas ce que tu penses.
    
     Elle attendit tétanisée.
    
     -Tu ferais mieux d'y aller, soupira le géant.
     -Y aller ? murmura-t-elle sans comprendre.
     -Fait un tour et reviens quand ça sera plus calme, ça vaudra mieux pour toi.
     -Mais ?
     -Mais quoi ? T'as encore quelque chose à me dire ?
    
     La gamine se mordit les lèvres, et secoua la tête.
    
     -Alors file !
    
     Elle déguerpit sans demander son reste. Dvan la suivit du regard avant de soupirer, il était temps de mettre fin à la mauvaise comédie qui se jouait en bas. Encore une fois, il allait se retrouver sans travail. En plus, il commençait à avoir faim. C'était sûrement sa proximité avec l'adolescente, et son corps chaud qui avait ravivé cette sensation.
    
     Il leva la tête vers le ciel. La nuit était sombre. Que faisait-il là ? Il n'aurait jamais dû accepter ce boulot. Il terrifiait déjà suffisamment les gens, pour ne pas avoir envie d'entrer chez eux pour les secouer.
    
     D'ici, Dvan, entendait toujours les pleurs de la femme, et les rires mauvais du petit groupe. Il ne tenait qu'à lui d'arrêter ça.
    
     Plongeant la main dans sa poche, il en retira quelques pièces. Assez pour avoir un abri où se reposer dans la journée. Fort heureusement, il n'aurait pas besoin d'acheter de quoi à se nourrir. C'était le manque d'argent qui l'avait convaincu d'accepter ce genre de tâche.
    
     Depuis qu'il ne pouvait plus travailler sur les chantiers à la journée, il devait trouver d'autres manière de survivre. Si seulement, il avait eu un endroit où retourner… Mais non, à présent, il était seul. Cette ville n'était pas pour lui. Seulement, en existait-il une qui lui conviendrait ? Dvan avait voulu quitter le Saint Empire, le plus rapidement possible et avait atterrit ici, bien loin de chez lui. S'il n'avait jamais eu un chez lui...
    
     Il rangea les pièces. Ce n'était pas le moment de s'occuper de ça, il y avait plus urgent. Avec un soupir, il reprit les escaliers en sens inverse, regagnant l'atmosphère poisseuse de la cave.
    
     -Où est la fille ? lui demanda Ervild, en fronçant les sourcils.
    
     Loin de toi, ne put s'empêcher de penser Dvan.
    
     -Elle pleurniche là-haut.
    
     Il désigna l'extérieur, avec un visage impassible. L'autre eut un sourire mauvais, il le croyait.
    
     -Très bien. Maintenant…
    
     Le géant l'interrompit.
    
     -Cassons-nous ! Y a plus rien à faire ici ! Ces gens n'ont pas d'argent.
    
     Sans attendre de réponse, Dvan remonta pour retrouver l'air libre. Il se sentait étouffer dans ce sous-sol insalubre. Il espérait juste que la gamine avait eut assez de jugeote pour ne pas revenir dans le coin.
    
     Le géant s'adossa au mur. Il en avait ras le bol de cette histoire. Faire peur aux gens, ne faisait pas partie de ses plaisirs. Si au moins, il y avait une bonne raison à cela… Mais là, il n'en voyait aucune. Il était bon pour chercher un autre travail, pour le prochain soir.
    
     Les autres sortirent, Ervild en tête. Celui-ci lança un regard mauvais à Dvan. Il n'appréciait sûrement pas qu'on remette en cause son autorité. Seulement, il ne pouvait imaginer à quel point, le géant s'en moquait.
    
     Dvan n'était pas venu pour se faire des amis. Il était là, de par la force des choses, parce qu'il fallait bien être quelque part. Les événements le ballottaient, l’entraînant où ils le souhaitaient. Pour lui, cela n'avait aucune importance, puisqu'il ne pouvait pas être là, où il le voulait. L'image de sa sœur s'imposa l'espace d'un instant dans son esprit. Elle devait sûrement être mieux sans lui, puisqu'il n'avait jamais réussi à la protéger de quoique se soit. A quoi bon être fort, si l'on était impuissant face à la souffrance de ceux qu'on aimait.
    
     -Rosa, murmura-t-il dans un souffle.
    
     Il n'avait aucune idée de la raison qui l'avait poussé à invoquer le prénom de sa sœur en cet instant.
    
     -Venez, déclara Ervild d'une voix sèche.
    
     Personne ne demanda où l'on se rendait. Les autres se contentèrent d'un hochement de tête, sourire en coin. Alors Dvan les suivit à son tour.
    
     Au fond, il avait peut-être déjà perçu la menace implicite, mais avait décidé de ne pas y prêter attention. Depuis qu'on lui avait volé ce qui comptait pour lui, il se sentait vide. Ce qui incluait aussi la notion de peur. Après tout, il n'avait jamais été aussi fort qu'aujourd'hui et par contraste, il n'avait jamais été aussi seul qu'aujourd'hui.
    
     La tête remplie de pensée, le géant traversa les ruelles crasseuses sans prêter aucune attention à ce qui pouvait l'entourer. La nuit était fraîche autour de lui, et l'humidité se masser autour des courageux qui n'avaient pas trouvé refuge sous un toit. Mais cela ne l'atteignait pas, il avait connu des moments bien plus froid. Ceux où sa sœur se tenait contre lui pour tenter de le réchauffer par sa seule présence.

Texte publié par Nascana, 28 mars 2019 à 21h18
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