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Tome 1, Chapitre 2 « La faim pousse aux pires extrémités » Tome 1, Chapitre 2
Elle était seule. Elle ne savait pas ce qu'elle faisait là. Pourquoi les autres étaient parti ? Pourquoi l'avaient-ils abandonné ?
    
     Elle frissonna, elle avait tellement faim.
    
     Ce n'était pas possible qu'ils l'aient laissé là. Non, ils n'auraient jamais fait ça. Pas sans y être obligé…
    
     Seulement, à présent, elle n'avait plus rien. La petite silhouette se recroquevilla sur elle-même, cachant son visage entre ses bras frêle. Elle voulait sa famille ! Elle voulait ne plus être seule, dissimulée à l’abri dans un tronc d'arbre creux. S'ils l'avaient fait entrer là, c'était parce que son corps fin le lui permettait. Eux, n'avaient pas cette chance.
    
     Ils fuyaient. Elle avait pu sentir leur peur, mais n'avait rien dit. Aussitôt, son instinct l'avait poussé à chercher la sécurité, à disparaître dans les ombres. Pour elle, cela avait était plus simple que pour eux.
    
     Tendant l'oreille, elle chercha tous les bruits qui pourraient lui annoncer que quelqu'un approchait. Elle n'en entendit aucun. Seul le vent soufflait, agitant les branches presque déjà nues des arbres.
    
     Depuis combien de temps, était-elle là ? Elle ne savait plus. Blottit contre le bois, elle s'était endormie. Lorsqu'elle en était venue à s'éveiller, la nuit s'étendait dans le ciel.
    
     Osant glisser un coup d'oeil par l'ouverture, cherchant ce qu'elle pouvait faire. Autour d'elle, tout paraissait vide. Aucune présence de vie, ne se faisait sentir.
    
     Que faire ?
    
     Elle devait manger, elle avait si faim. Ici, il n'y avait aucune nourriture. Seulement, c'était toujours les autres qui lui fournissaient de quoi à se sustenter. Comment faire ?
    
     Elle secoua la tête, et se risqua dehors. De toute façon, c'était la seule chose à faire. Elle ne pouvait plus rester cachée à attendre, sans savoir. Peut-être trouverait-elle sa famille ? Elle se rappelait encore leur odeur. La chaleur du corps de sa mère qui lui manquait tant…
    
     Posant ses pieds-nus sur l'herbe, elle fit quelque pas. Le vent fouetta son corps vivement, la faisant frissonner. Elle ne pouvait pas rester là sans rien faire. Il fallait agir et vite.
    
     Tournant la tête d'un côté puis de l'autre, elle partit en courant, allant au grès de ses pas. Elle préférait se déplacer dans les recoins les plus sombres. Une petite silhouette progressant dans l'ombre, pour éviter de croiser qui que se soit.
    
     Au loin, elle entendit des bruits de pas. Son corps se figea, tapi sur le sol. Des éclats de voix résonnèrent, avant de s'éloigner. On ne l'avait pas repéré. Le soulagement la gagna. Ces grandes créatures bruyantes l'effrayaient. Elle avait l'impression de savoir d'instinct qu'elle risquait pour sa vie.
    
     Continuant son chemin, elle fut attirée par une bonne odeur. De la salive inonda sa bouche, la faim qu'elle tentait de contenir, se mit à occuper tout son esprit. Elle prit le chemin que lui indiqué le délicieux fumée. Heureusement, elle ne rencontra personne sur son chemin.
    
     Arrivée à proximité, du parfum savoureux, elle ne put s'empêcher de frissonner. Des voix se firent entendre. Du regard, elle chercha d'où elle pouvait venir. Ne voyant personne, elle comprit que les sons qu'elle percevait devaient venir du refuge que les créatures construisaient, pour y abriter leur famille. Cette vision lui serra le coeur. Les siens lui manquaient : leur présence, leur chaleur…
    
     Elle se figea lorsque les bruits se firent plus proches. Entendant cela, elle colla son corps à l'un des morceaux de pierre qui tapissaient les lieux. Les créatures passèrent en discutant plus ou moins fort, mais aucune d'elles ne lui porta la moindre attention. Elle se détendit quelque peu.
    
     Un grincement sinistre résonna, puis il n'y eu plus rien. Juste des sons plus faibles qui restait à l'intérieur de l'abri. Elle était libre d'agir. Poussant sur ses petites jambes, elle se guida à l'odorat pour trouver ce qu'enfin, elle cherchait.
     Son corps s'arrêta devant une masse de terre fraîchement retournée. C'était de là que s'échappait le délicieux parfum ! Elle fixa un moment, le terreau, cherchant la meilleure approche pour trouver sa nourriture.
    
     Ne voyant pas d'autres solution, elle plongea sa main dans le sol et commença à le gratter, d'abord lentement puis avec plus de force. Brusquement, la douleur fusa le long de son pouce. Elle retint un hurlement, et se mit à gémir, agitant ses doigts comme pour faire disparaître le mal qui la rongeait.
    
     Elle avait tellement envie de pleurer. Le découragement l'habitait en cet instant. Depuis toujours, elle savait qu'elle n'était pas comme les siens. Pourquoi était-elle totalement dénuée de griffes ? Un handicap qui pourrait se révéler mortel dans son cas, puisqu'elle n'arrivait pas à creuser la terre sans se blesser.
    
     Elle se trouvait donc là, à fixer la terre sans rien pouvoir faire. L'odeur ne faisait que lui donner encore plus faim et son estomac se tordait douloureusement, réclamant toujours plus fortement sa pitance.
    
     Le vent lui fouetta le visage, lui amenant une senteur très proche de celle qui lui faisait tant envie. Elle chercha sa provenant et ne put s'empêcher de frissonner lorsqu'elle comprit que c'était du grand abri que cela venait. Devrait-elle vraiment y entrer malgré la présence des créatures ?
    
     Elle savait combien c'était dangereux, mais si elle ne réussissait pas à creuser le sol, il lui faudrait bien s'y résoudre. Peut-être faisait-il plus chaud dans ce refuge ?
    
     S’aplatissant sur le sol, elle progressa lentement. La petite silhouette gagna le mur et se pressa contre lui, pour se faire la plus petite possible. Il n'y avait toujours personne dans la vaste étendue de nature devant elle, seule une voix lui parvenant de l'intérieur lui rappelait l’existence d'une de ces bêtes.
    
     La porte étant restée ouverte, elle y risqua lentement un œil. La première chose qui la frappa se fut les volutes de chaleur qui quittaient l'endroit, pour se perdre dans la nuit noire. Devant elle, l'une des créatures se tenait à genoux face à l'un de ses semblables. Il lui serait impossible de passer sans qu'il la voie.
    
     C'était cet être en particulier qu'elle craignait. Il lui semblait plus grand et plus fort que l'autre, qu'il plaquait contre le sol. La peur que dégageait la plus petite silhouette était perceptible et elle sentit son coeur se serrait en voyant la scène. L'autre ne plaisantait pas. Il ne ferait sûrement pas preuve de pitié envers elle.
    
     Elle hésita. Que faire ? Attendre ? Retourner creuser ? Tenter une traversée ?
    
     Elle regarda sa main. Elle avait encore mal. Ensuite, son regard fit à nouveau attirer par l'intérieur. La chaleur qui s'en échappait lui donné vraiment envie d'y entrer. Peut-être réussirait-elle à se cacher le temps que l'autre bête sorte ?
    
     L'abri lui faisait envie. Etait-ce là, sa dernière chance ?
    
     Sans faire de bruit, elle se glissa dans le refuge. Ses pieds rencontrèrent du bois qui tapissait le sol. Elle y posa ses mains, progressant à quatre-pattes, son regard fixait sur la créature hostile. Il bougeait de plus en plus. Sa gros voix résonnant entre les murs, lui donnant envie de fuir. Pourtant, elle ne pouvait pas s'y résoudre. Elle avait tellement faim. Trop faim…
    
     Rassemblant son courage, elle étudia la position de l'être. Ses genoux reposaient sur le sol, ainsi, il paraissait plus petit qu'il ne l'était en réalité. Il paraissait presque déséquilibré, à se penchait vers l'avant. Elle s'avança lentement, prenant le plus de précaution possible pour qu'il ne l'entende pas.
    
     Si elle pouvait le neutraliser, elle pourrait alors passer et chercher la nourriture. C'était ce qui la motivait en cet instant. Elle était seule, à présent sans sa famille. Alors il lui faudrait se débrouiller sans pouvoir compter sur personne d'autre. A moins que la petite créature, ne se rebelle et ne l'aide à s'attaquer à l'autre.
    
     En cet instant, elle savait déjà que le plus fort ne la laisserait pas passer tranquillement et qu'il la blesserait comme sa congénère, si jamais elle venait à tomber entre ses mains. C'était lui ou elle, elle n'avait pas le choix.
    
     Il se remit à parler :
    
     -Ouvre-bien la bouche !
    
     Elle le prit au mot, et dévoila ses dents pointues, qui vinrent se planter dans son cou. Elle referma sa puissante mâchoire sur sa chair. Le sang qui se déversa dans sa bouche, réveilla son appétit, et la poussa à resserrer sa prise.
    
     Dans son esprit, une idée s'imposa : les créatures étaient de la nourriture. De la nourriture avec peu de goût, certes, mais elle pourrait apaiser sa faim déchirante, et cette constatation lui donna toute la force nécessaire pour affronter cet ennemi.

Texte publié par Nascana, 3 mars 2019 à 19h14
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