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Tome 2, Chapitre 7 Tome 2, Chapitre 7
Détroit décembre 1923
    
     « Putain j’ai mal ! » Gueula Paul instinctivement dans sa langue maternelle à partir de la remorque.
    
    Les deux autres canadiens n’étant pas francophone, ne surent que répondre ou plutôt ils n’auraient su que répondre. Ils avaient d’autres préoccupations dans l’immédiat. Jane tentait de maitriser l’attelage. La malheureuse avait quelque peu perdu la main. De plus les chiens évoluaient non pas sur de la neige, mais sur un fleuve gelé. Comme si cela ne suffisait pas Terrence qui n’y connaissait rien dans ce domaine, crut nécessaire de fournir des indications.
    
    Il était toujours ainsi : incapable de rester silencieux, et à chercher la bonne idée. Parmi toutes ses suggestions, il arrivait parfois qu’une soit perspicace. Le tout était de la déceler. D’ailleurs leur tandem fonctionnait ainsi. Terrence proposait, et Jane triait. Sauf qu’entre la meute peu docile à contrôler, et les coups feu précédemment essuyés, la conductrice n’était pas vraiment en mesure de peser le pour et le contre. Par conséquent elle suivit mécaniquement les instructions de son compagnon.
    
    Elles amenèrent l’équipage jusqu’à une boathouse. Ces petites maisons sur pilotis à la base à l’usage des pêcheurs locaux, étaient quasiment à l’abandon. Depuis peu celles de la Detroit River connaissaient une seconde vie grâce au trafic d’alcool.
    
    Une fois à l’arrêt Jane reconnut rapidement le bâtiment. Ils l’avaient déjà utilisé le printemps dernier en tant qu’entrepôt-relai. C’était surprenant de la part de Terrence de l’avoir retrouvé. L’orientation était plutôt son domaine à elle la native du grand nord, et bourlingueuse. Toutefois elle n’était pas encore inutile, loin de là.
    
    Paul grimaça sous la tentative de soutien de Terrence. Jane et ses notions de secourisme, entrèrent alors en scène. Elle amena le blessé à l’intérieur, et l’allongea sur ce qui se rapprochait le plus d’un lit, à savoir une table en chêne. Histoire d’évaluer la situation et d’oublier sa douleur Paul regarda autour de lui. Il réalisa vite qu’en fait, il n’y avait rien à voir.
    
    Mis à part la table sur laquelle il était couché, l’ameublement se limitait à un vieux poêle, qui visiblement n’avait pas servit depuis longtemps. C’était également le cas du plancher poussiéreux. Cette impression d’abandon influença immédiatement l’esprit de Paul.
    
    « Vous n’allez pas me laisser tomber hein ! » Dit-il à Jane entrain de l’examiner. « Je peux tenir jusqu’à l’hôpital de Windsor. J’en suis sûr. »
    
    « Ta gueule ! » Lui répondit brutalement Jane en se relevant.
    
    Son rapide examen ne décelait aucune blessure par balle. A la lumière de cette révélation la vérité perdait un peu de sa superbe. Jane préféra s’éloigner avant que son envie de se venger pour cette frayeur inutile ne se fasse trop forte.
    
    Tout avait commencé quand ils étaient en vue de Détroit, plus exactement de son port à l’arrêt à cause de la glaciation. Un coup de feu était partit d’un bateau. Sous la panique Paul avait lâché les rennes, et tout appui. Ainsi était venu sa chute du traineau, puis sa collision avec la palette d’alcool harnachée derrière. Ce violent télescopage constituait donc l’unique origine de l’état de Paul. Par chance les autres tirs tardèrent à venir, Paul parvint à s’accrocher aux caisses, et Jane prit la suite au niveau de la conduite.
    
    Il n’y aurait donc pas de mort aux champs d’honneur à déplorer. Terrence savait de temps à autre reconnaitre ses limites, mais à contrecœur. C’est pourquoi il avait sagement attendu dehors, que sa compagne finisse son travail. Soudain une bouche vient furtivement lui voler une bouffée de cigarette.
    
    « A première vue, il n’a rien de grave. » Expliqua Jane après avoir recrachée la fumée. « Son dos et sa tête ont juste un peu morflé. On doit pouvoir le ramener à Windsor sans trop de problème. »
    
    Un peu de crispation persistait dans ses paroles. Dans les zones sauvages les risques prenaient leurs temps, et exigeaient de la préparation. Alors que la fusillade fut soudaine et directement mortelle ou du moins faillit l’être. Heureusement avec le rapatriement de Paul, Jane en revenait à ses acquis.
    
    « Tu t’es bien débrouillée avec le traineau. »
    
    A première vue la phrase de Terrence sonnait comme un simple compliment. Sauf que sa compagne du fait de leurs années de vie commune, savait lire entre les lignes
    
    « Qu’est-ce que t’as en tête ? » Demanda Jane en craignant d’avance la réponse.
    
    « Comme Paul va visiblement bien, on pourrait remonter en amont y vendre la marchandise, et passer le reprendre au retour. »
    
    Sentant venir la désapprobation, Terrence se justifia d’avance.
    
    « C’est vrai que nos contacts sont autour du port. Mais tu me connais. Une fois à Détroit je trouverais d’autres acheteurs. Peu importe où on débarque. »
    
    Sur ce coup là il ne bluffait pas comme parfois, voir souvent. Il pouvait fourguer n’importe quoi, n’importe où, et adorait çà. Seulement l’enthousiasme et le talent ne devaient pas faire oublier certaines réalités. Jane s’en chargea.
    
    « On vient de se faire tirer dessus. »
    
    « C’est derrière nous, maintenant. »
    
    « Qu’est-ce t’en sais ? »
    
    « Comment tu veux, qu’ils nous retrouvent ? »
    
    En guise de réponse Jane se contenta d’indiquer les traces du traineau des yeux. Terrence lui baissa les siens de honte. Il venait d’essayer de baratiner la seule femme capable de le supporter, de plus d’une manière particulièrement nulle. Il enchaina avec un exposé plus pertinent et surtout plus sincère.
    
    « Ces types sont des amateurs. Ils nous ont loupés, alors que nous étions totalement à découvert, et ignorions même leur présence. Je ne vois pas des minables pareils tenter de nous poursuivre. Ils courraient trop de risques et de complications. »
    
    Jane repassa derrière les arguments, tout comme elle l’avait fait précédemment pour leur projet initial. Le trafic fluvial qui s’était développé avec Détroit, constituait une activé fructueuse et nouvelle. Exactement de quoi plaire à Terrence. Quant à sa compagne elle ne fut pas difficile à convaincre. Ça la changeait de tous ces travaux usants et pas tellement rémunérés en conséquence, qu’elle avait connu dans le passé.
    
    Toutefois le couple savait, que leur commerce serait stoppé par l’hiver. Il suffisait de s’adapter un peu en s’inspirant de leurs confrères. Terrence fidèle à lui-même décida de voir plus loin. Là où les autres se contentaient de tirer eux-mêmes des traineaux bricolés, lui songea à s’équiper d’un véritable attelage. Jane usa alors de ses connaissances pour dénicher le nécessaire.
    
    Durant leur absence il était possible, qu’une bande d’agités de la gâchette se soit installée dans le port de Détroit. Mais il ne pouvait pas y en avoir sur l’ensemble du littoral. Et puis Jane avait pris goût elle aussi à ce projet et surtout la perspective de tout ce fric, ce vrai fric. Pas de quoi s’installer (elle et lui détestaient ce mot), mais de quoi ne plus dépendre de rien, ni de personne pendant un certain temps.
    
    Alors elle tira de son sac à dos à l’attention de Paul le nécessaire pour se soulager, et les avertir en cas de complication. Ce vieil ami de Jane était si attaché à ses chiens, qu’il avait insisté pour les accompagner. Il méritait bien un peu d’attention. En fouillant dans son kit de survie personnel, Jane regretta un temps de ne pas y avoir inclus son fusil. Hélas il servait dans l’éventualité de bêtes sauvages, ce qui n’était pas prévu dans cette expédition. Puis elle se rendit compte du ridicule de sa pensée. Voilà qu’elle s’imaginait entrain de massacrer du gangster. Et elle reprochait à Terrence de s’emballer un peu trop vite.
    
    

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    Marin d’eau douce, ce qualificatif était à la fois adapté et inapproprié à l’égard de Will.
    
    Effectivement il naviguait depuis longtemps sur la Detroit River, et le lac Saint Clair. D’un autre côté le terme « eau douce » sous-entendait une sorte de matelot de seconde zone, un peu faiblard. Or Will malgré sa trentaine bien entamée, faisait déjà penser à ces vieux de la vieille ayant déjà tout encaissé. Toutes les composantes s’y trouvaient : le regard dur, les épaules carrées, la mâchoire tout aussi carrée, la raideur dans la silhouette…
    
    Comme quoi sillonner des eaux même dépourvues de sel, vous forgeait un homme. Il fallait aussi y ajouter des contrebandes nocturnes, et quelques combats clandestins. Et pourtant ce dur à cuire avait ses limites. Les limites en question étaient sept hommes prenant leurs aises dans son bateau. Des hommes, qui disposaient de fusils.
    
    Du nombre, des armes, et de l’audace, les intrus résumaient parfaitement le purple gang. L’ascension de cette organisation criminelle ressemblait à une sorte de punition divine.
    
    Au commencement était le chaos.
    
    Il suffisait de franchir le fleuve pour s’approvisionner en alcool. Alors tout le monde du gangster chevronné au magouilleur occasionnel, se disait : « Pourquoi pas moi ? ». Puis ils entrèrent dans la danse. « ils » était un groupe de jeunes juifs très violents rackettant les commerçants d’Eastern Market (quartier commerçant de Détroit) à leurs débuts, auxquels on associa par mépris la couleur de la viande avariée.
    
    Un jour le purple gang décida de passer des boutiquiers aux bootleggers. Ainsi l’expiation débuta. Vifs, et impitoyables ses membres ne laissaient guère de chance à leurs cibles. Très rapidement le gang grandit jusqu’à devenir une véritable armée ou plutôt une horde. Par sa masse et sa violence, elle apportait progressivement une unité au sein de la ville. Comme si c’était le prix à payer.
    
    Will étant coriace mais réaliste, se soumit à eux à l’instar de beaucoup d’autres surtout après les avoir vu abattre le neveu d’un commissaire de police au beau milieu du port. C’est pourquoi le bateau du marin servait de poste de surveillance. Considérant Détroit à juste titre comme son fief, le purple gang s’assurait que personne ne s’y aventure sans sa permission pendant le gel du fleuve mâchant un peu trop le travail aux contrebandiers.
    
    Fidèle à son style le groupement criminel ne s’encombrait pas d’avertissements. Tout ce qui venait de l’autre rive et n’arborant pas le signe de reconnaissance convenu, devait être abattu.
    
    Will sans doute pour se donner l’impression d’être encore le maitre à bord, végétait dans la cabine de pilotage. Malheureusement l’illusion ne tenait pas du fait de l’autre présence dans l’habitacle. Le gangster observait l’horizon avec les jumelles du matelot. Il émanait de lui une arrogance particulière, pas celle qui s’impose aux autres, mais plutôt les ignore. L’homme aux jumelles avait posé sa bouteille de gnôle sur le tableau des commandes. Ses cheveux étaient en batailles, et sa cravate défaite, comme s’il était à la maison.
    
    Une intrusion vint pimenter cette surveillance à la fois ennuyeuse et humiliante. Le traineau approchait sans grande discrétion. Ça faisait pourtant plusieurs mois que le purple gang exerçait son emprise dans les environs. Le conducteur aurait pu se montrer plus prudent. L’homme aux jumelles observa le véhicule en attendant, qu’il soit à portée.
    
    « Il a des chiens celui-là ! » S’exclama-t-il amusé par cette initiative avec un accent new new-yorkais à couper au couteau.
    
    Il sortit de la cabine, se plaça à la pointe, puis héla ses complices afin de préparer l’embuscade. Tandis que tous se mettaient encore en place à l’avant, brusquement un coup de feu retentit sur la gauche. La distance était encore bien trop élevée. Cette erreur figea l’assemblée. Puis l’homme aux jumelles fit feu suivit par les autres. C’était un coup de poker, le genre qu’on tente une fois acculé. Visiblement il ne marcha pas. Puisque le traineau parvint à faire demi-tour. Les tirs cessèrent rapidement. Les tireurs comprenaient l’inutilité de s’acharner. Peu après tous se tournèrent vers le premier tireur à savoir Will. Le marin ne tenta même pas d’argumenter. Ça ne servirait à rien avec eux.
    
    Alors l’homme aux jumelles prit encore l’initiative. D’abord il désigna Will et deux autres hommes avant de fournir une explication :
    
    « Suivez-moi. »
    
    Suite à ses mots il sauta hors du bateau, et se dirigea vers l’intérieur de la Detroit River. Ses deux collègues le suivirent sans poser de question. Le marin les imita. Du fait de sa bévue il n’était pas en position de faire des histoires. Il fit alors un effort de concentration. Comment s’appelait-il déjà celui aux jumelles avec son accent new new-yorkais ? Eddie Flat, Flit… Fletcher.
    
    Généralement Will refusait d’accorder de l’attention à ces connards l’ayant transformé en larbin. En guise de complication c’était un groupe homogène, composé d’hommes de main plutôt bons dans leur branche, mais pas tellement structurés. Or cet Eddie venait de clairement se comporter en meneur. En y repensant c’est lui qui avait mis un fusil entre les mains de Will, bien qu’il soit seulement un « rattaché ».
    
    Dans quoi le malheureux marin mettait les pieds ? Au moins un élément était clair. Leur expédition ou plutôt Eddie suivait les traces du traineau. Will se plaça à sa hauteur. Faisant fi de son statut et de sa précédente connerie, il prit le risque de l’aborder.
    
    « On ne peut pas rattraper un traineau à pied. »
    
    Il s’agissait d’une simple constatation dénuée de toute provocation, qui plus est prononcée suffisamment bas pour éviter que les autres l’entendent. Par conséquent Eddie ne le prit pas mal. Il donna même une explication en contrepartie.
    
    « Il y a peut-être une chance. L’allure de ce traineau n’était pas très élevée à vue de nez. Il doit être trop chargé. Et si on a causé des dommages, le conducteur fera certainement une halte. »
    
    Suite à ces paroles plutôt sages le marin commença à l’examiner attentivement. Il avançait le fusil pointé vers le bas, et malgré sa petite taille à une bonne allure. Une allure qu’il ne devait pas qu’à sa jeunesse. Will avait déjà fréquenté (et affronté) des boxeurs professionnels. Par conséquent il savait reconnaitre une vraie foulée, quand il en voyait une.
    
    Eddie avait la vingtaine, et présentait déjà toutes les caractéristiques d’un pro. Cela expliquait son ascendant sur les autres. Eux paraissaient encore verts comparés à lui. Toutefois une question taraudait encore Will : quel était son rôle là-dedans ?
    
    
    
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    Dès que Jane s’arrêta au milieu de son quadrillage des environs par le biais de ses jumelles, son compagnon comprit avant même qu’elle ne parle.
    
    « Des types dans une voiture. Au moins l’un d’entre eux a un fusil. »
    
    Le duo avait été bien inspiré d’effectuer des repérages avant d’accoster de nouveau. Décidément les « amateurs » étaient très nombreux. A son tour Jane devina les paroles de Terrence, et préféra prendre les devants.
    
    « On en a vu partout en remontant la côte. Et ils cachent à peine leurs armes. Même les flics ne leur font pas peur. Il vaut mieux s’arrêter là. »
    
    Se planter dans une affaire, Terrence le supportait. Après tout ce n’était que de l’argent. Il était toujours possible d’en gagner autrement. Mais renoncer en cours de route, il n’en était pas question. Pourtant il fit une exception à cette règle. Les risques étaient tout de même mortels sur ce coup.
    
    « Revendre l’alcool sans trop de perte dans les bleds aux alentours de Windsor doit être faisable. » Affirma-t-il en guise de consolation. « On pourrait aussi proposer des tours de traineaux aux gens, le temps que Paul se rétablisse. »
    
    Jane sourit. Elle retrouvait son mec. Ils furent rapidement en vue de la boathouse. Aucun signalement de Paul n’y émergeait. Leur incursion dans l’illégalité allait donc se conclure sans trop de heurt.
    
    
    
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    Le membre du purple gang jeta un coup d’œil au torse encore fumant de son confrère décédé, puis reporta son attention sur le cadavre de Paul criblé de balles.
    
    « Pourquoi a-t-il fait une telle connerie ! » S’exclama-t-il.
    
    Ses interrogations le rendaient nerveux. Will décida donc d’y répondre :
    
    « Il a paniqué. »
    
    Cette explication simpliste était sans doute la plus plausible. Vous êtes alité dans une petite baraque complètement isolée, quand soudain quatre hommes armés déboulent. Le mieux n’est-il pas de ne pas faire d’histoire au lieu d’attaquer à l’aide d’une arme improvisée ? Paul n’avait clairement pas réfléchit avant d’agir.
    
    « Occupe-toi de ta fenêtre. » Ajouta Eddie à son tour tout en guettant de la sienne.
    
    Peu après il enchaina par un sifflement dont même Will comprit la signification. Leurs cibles pointaient enfin le bout de leurs nez du côté surveillé par Eddie. Les trois hommes s’y rassemblèrent. Une sorte de soulagement se dessina sur le visage des deux gangsters.
    
    On avait tenté de pénétrer leur territoire, et même tué l’un d’entre eux. Au final ces offenses s’achèveraient le plus naturellement du monde par une bonne tuerie. Le marin lui était blasé par tant d’imprudence. Les occupants du traineau revenaient sur leurs pas sans la moindre précaution.
    
    Pourquoi ces idiots avaient-ils mis leurs pieds là-dedans ? Ils croyaient que c’était un jeu peut-être ? Maintenant la dure réalité les rattrapait.
    
    « Je tire le premier. » Précisa Eddie, qui lui n’ignorait pas le terme précaution et voulait éviter le précédent échec.
    
    Le malheureux couple paraissait condamné.
    
    
    
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    Dans des instants pareils on se raccroche parfois à de vieilles habitudes ou de petits détails. Alors que son compagnon gisait à quelques mètres d’elle avec une balle dans la tête, Jane se demandait pourquoi Paul n’avait pas utilisé le pistolet d’artifice comme avertissement tel qu’ils l’avaient convenus ensemble. Puis elle chercha un abri au sein de cette vaste étendue gelée et totalement plate.
    
    Ensuite vinrent les bruits de pas. Elle tenta de les distancer en rampant affaiblie par ses blessures. L’approche des poursuivants semblant inexorable, Jane sortit de son sac encore accroché à elle, son couteau. Il s’agissait d’un de ces grands couteaux de chasse. Même si elle n’était pas en train d’agoniser, Jane n’aura pas fait le poids avec son arme contre les fusils.
    
    Son regard se figea sur Will. Sans doute parce que ses tremblements suggéraient que contrairement à Eddie avec son air l’imperturbable, on pouvait espérer un peu de compassion de sa part. Eddie comme s’il lisait dans les pensées de la pauvre femme, se tourna alors vers le marin.
    
    « Finis-la. »
    
    L’intonation sonnait comme une menace non comme un ordre. Pourquoi ce ton, et cette exigence ? L’instant d’avant le marin avait lui aussi tiré sur le traineau, et par conséquent déjà prouvé sa capacité à tuer. A contrecœur d’accord, mais comment le savoir ?
    
    Will pivota à son tour en direction de son complice. Avait-il compris ? Lors de leurs dernières venues Jane et Terrence avaient parlé à leur principal contact : Will . Malheureusement après il n’avait pu avertir le couple des changements survenus. Puisqu’ils étaient déjà en voyage et donc injoignables.
    
    Alors quand Eddie annonça la présence de chiens de traineau, le marin fit le rapprochement, et avertit ses complices par le biais de son tir volontairement trop hâtif. Oui Eddie avait tout compris. Et à présent il le punissait en l’obligeant à tuer le membre encore en vie de l’équipage. Non ça ne collait pas. Le fusil il l’avait donné à Will bien trop tôt, c’est-à-dire sans savoir ce qui se produirait. Il avait peut-être voulu s’assurer de jusqu’où Will était capable d’aller en lui confiant une arme, et en l’embarquant dans sa chasse à l’homme.
    
    Puis peu importe comme précédemment le marin n’avait pas le choix. Il demeurait un novice dans le domaine des armes. Jamais il ne parviendrait à vaincre Eddie, sans oublier son complice. Alors il obtempéra, et dirigea son fusil vers Jane. Et c’est là que ça coinça. Faire feu parmi d’autres dans une vague direction, allégeait en quelque sorte l’acte. Là un visage humain se tenait à quelques mètres de lui, un visage familier qui plus est.
    
    Perdu au milieu de ses hésitations Will perçut une voix grinçante, celle de Jane. Un « wi » paraissait émerger de sa bouche. Elle s’apprêtait à le nommer ! Le marin dans un réflexe de survie, trancha dans le vif ou plutôt tira. Il fut presque surprit par l’automatisme de son geste tout comme son ressentit. A défaut de chagrin Will n’éprouvait qu’un vague regret. A croire que l’ambiance de cette foutue ville déteignait sur lui.
    
    Eddie lui donna une tape sur l’épaule en signe de satisfaction, et de bienvenue dans la bande. Cela au moins Will le comprenait. Par contre il ne connaitrait jamais complètement les origines de sa participation à ce carnage. Son premier meurtre n’aurait donc même pas de raison précise.

Texte publié par Jules Famas, 15 avril 2019 à 08h10
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