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Tome 1, Chapitre 2 « La Lune Blanche - Le Jupon de la folie » Tome 1, Chapitre 2
Depuis trois semaines, Lawrence se rendait presque tous les soirs dans le riche établissement. Ses deux lanternes de soie rouge donnaient à son entrée des allures de maison hantée dans laquelle tous les délires semblaient permis. Derrière les rideaux, les travailleuses s’étiraient lascivement, attisant les désirs des passants. Et même si ces derniers ne souhaitaient pas profiter de leur présence, ils succombaient facilement aux odeurs de nourriture et aux musiques qui provenaient des divers salons.
    
    Durant ces longues soirées, le jeune enquêteur avait eu le loisir de parcourir les couloirs de l’immense bâtiment. Il en connaissait les moindres recoins et pouvait désormais se passer des services de Marcel Bouza. Le chef de la sécurité reprenait son travail quotidien, le laissant enquêter tranquillement sans l’assommer de ses éternelles histoires.
    
    Lawrence entra dans le bureau des employés de maison pour une nouvelle soirée d’enquête. Il n’avait pas beaucoup avancé et, à son grand malheur, pas revu la charmante Mileeana Reechfield. Son image parvenait à percer même son sommeil le plus lourd pour l’enivrer de sensuelles paroles murmurées au creux de son oreille. Il s’était rendu à l’évidence : la belle demoiselle avait fait plus que l’engager, elle le hantait avec une intensité trop grande à son goût. Peut-être que son charme se romprait-il une fois sa mission achevée, aussi tentait-il d’y mettre un terme rapidement.
    
    Une fois son manteau déposé dans un vestiaire, il débuta sa ronde. Il patrouilla tout d’abord dans les différents salons de discussions ou de spectacles. L’atmosphère était alourdie par l’encens et la fumé de cigarette. L’odeur du tabac se mêlait à celles des parfums des femmes qui riaient à gorge déployée. Elles se réunissaient dans des pièces intimes, confinées entre elles, créatures alanguies dans les sofas aux coussins moelleux comme des nuages. Elles se régalaient de gâteaux à la crème et de thé noir au miel. Ces nymphes se pavanaient, à qui serait la plus richement vêtue ou avait accueilli le plus célèbre spirite chez elle. Leurs discussions ne parvinrent pas jusqu’aux oreilles de l’enquêteur, concentré sur son travail.
    
    Il passa par un autre salon, beaucoup plus grand. Les maris s’y trouvaient. Assis autour de petites tables rondes, ils sirotaient des alcools forts dans des verres en cristal. Moustaches bien taillées, barbes entretenues et costumes lissés jusque dans le revers des manches, ils respiraient tous l’argent et une cruelle arrogance. La plupart d’entre eux géraient des entreprises familiales et ne faisaient preuve d’humanité que chez eux, pour les plus doux. Les autres se contentaient de remercier leur femme d’une caresse sur le visage suite à ses services d’épouse.
    
    Sur une scène, une dryade aux cheveux d’or chantait quelques notes, accompagnée de la mélodie d’une harpe, pour distraire les quelques silencieux. L’ambiance était beaucoup plus calme. Mais Lawrence n’eut pas le temps de profiter du spectacle. Il sortit de la pièce parfumée de l’odeur des cigares et continua sa ronde dans les étages supérieurs.
    
    Les deux premiers étaient réservés aux travailleurs et à leurs clients. Ils comptaient une dizaine de chambre chacun, nettoyées après chaque passage par des employés appliqués. Derrière certaines portes – beaucoup trop fines de l’avis du jeune homme – des soupirs et quelques gémissements se faisaient entendre. Parfois, quelques notes d’une harpe ou d’un violon changeaient de la mélodie des corps. Lawrence était suffisamment professionnel pour continuer sa ronde sans s’attarder sur les bruits souvent dérangeants qu’il captait. Mais alors qu’il terminait d’inspecter le deuxième étage, un hurlement strident se fit entendre au troisième. Sans se poser de question, il s’y élança.
    
    Il manqua de se prendre les pieds dans le riche tapis décorant l’escalier menant aux étages réservés aux employés. Quelques personnes s’agitaient dans le corridor. Il dut les bousculer pour se frayer un chemin jusqu’à la chambre de Jolly. La pièce, plutôt petite, croulait sous une décoration rose criarde qui fit froncer le nez au damoiseau. Sur son lit, la belle à la vingtaine était roulée en boule, emmitouflée dans un peignoir de soie blanc. Ses cheveux bouclés en anglaises cascadaient sur ses épaules tremblantes de ses pleures. Mileeana Reechfield se tenait près d’elle, la main posée sur son épaule.
    
    « Que se passe-t-il ? » Demanda calmement l’enquêteur.
    
    La divine gestionnaire le fixa d’un regard froid. Puis elle agita la main avant de se pencher de nouveau sur sa fille pour la soutenir. Lawrence se tourna et resta saisit. Un vent glacé venait de souffler sur sa nuque. Inscrit sur la surface lisse du miroir, les mots « pour manger » imprégnaient le verre de leur rouge criard. Le jeune homme s’avança et toucha le bout d’une lettre avant qu’un soupir de soulagement ne se fasse entendre.
    
    « Du maquillage… »
    
    Il se redressa pour faire face à la fille de joie, toujours sous le choc. Son regard percuta celui de la patronne.
    
    « J’ai besoin de l’interroger, annonça-t-il.
    
    — De suite ? s’étonna la demoiselle aux cheveux de feu.
    
    — Je suis navré mais oui, il le faut. »
    
    Mileeana Reechfield murmura quelques paroles rassurante à Jolly. Cette dernière acquiesça. Son visage fardé était barré de deux sillons creusés par ses larmes. Ses lèvres peinturées frémissaient toujours alors qu’elle se contenait pour ne pas éclater en larmes une nouvelle fois. Tous trois montèrent dans le somptueux bureau. L’employée hoquetait, ratatinée sur le rembourrage d’une chaise. Lawrence ne tarda pas à attaquer son interrogatoire.
    
    « Jolly, expliquez-moi exactement comment s’est passé votre retour dans votre chambre je vous prie », intima-t-il d’une voix calme.
    
    La demoiselle déglutit avec difficulté. Mileeana agita prestement une petite clochette. Dans la minute qui s’écoula, un homme d’une cinquantaine d’année entra dans le bureau. Ses yeux disparaissaient sous des sourcils gris broussailleux. Son corps dégingandé flottait dans un costume noir légèrement trop grand pour lui mais il possédait une attitude altière qui imposait le respect. Il tourna son faciès neutre vers son employeur, attendant son ordre.
    
    « Apportez-nous du thé avec trois tasses, du miel et de la crème, énonça la belle. Et que personne ne vienne nous déranger. Si quelqu’un me demande, dites que je suis en réunion.
    
    — Bien Miss Reechfield. »
    
    Puis il sortit d’un pas silencieux. De nouveaux tous les trois, les regards se vrillèrent vers la fille de joie. Elle se recroquevilla sur sa chaise. Lawrence sentit son cœur se serrer comme dans un étau de fer. Jamais il ne parviendrait à s’habituer à ce genre de réaction lorsqu’il devait interroger un témoin ou un suspect. D’ordinaire, un psychologue accompagnait l’enquêteur pour analyser les mots, les gestes et les émotions de la personne questionnée. En cette soirée, il allait devoir improviser.
    
    Tirant une chaise face à Jolly, il s’y assit en croisant les jambes. L’important était d’instaurer une relative confiance entre lui et la demoiselle aux yeux humides de larmes. Il força le contact visuel. Rien ne fut dit. Le silence, le temps, s’étendirent sur le bureau. L’homme aux épais sourcils revint, déposa le plateau d’argent, repartit tel un fantôme. Mileeana servit les tasses et en tendit une à sa salariée. Cette dernière en but une longue gorgée, quitte à s’en brûler la langue. Cela parvint à la tirer de son effroi et elle put enfin prendre la parole :
    
    « Je… je suis revenue d’une soirée avec Mr Lovewith, débuta-t-elle d’un ton tremblant. Ma chambre était sombre, comme toujours… J’avais une bougie à la main. Je me suis assise à ma coiffeuse et… »
    
    Elle se stoppa, retenant un sanglot étranglé. Elle se ratatina de nouveau sur le rembourrage moelleux. Ses muscles furent saisis de violents tremblements. Dans les rues de Londres, l’orage choisit cette seconde pour gronder. Il était encore loin. Jolly profita de quelques secondes pour reprendre son souffle et ses esprits.
    
    « Je n’ai pas de suite vu les écritures, continua-t-elle. J’ai entendu du bruit dans mon dos.
    
    — Quel genre de bruit ? Questionna Lawrence, carnet et crayon en main.
    
    — Un genre de… bruit de tissu… Comme si quelque chose glissait sur mon tapis. J’ai eu peur, je n’ai pas voulu me retourner. Mon regard s’est posé sur le miroir, j’ai vu une silhouette immense. Elle semblait toute puissante ! Atroce ! Sombre ! Terrible ! »
    
    La panique la gagnait de nouveau, écarquillant ses grands yeux. Ses pupilles s’étrécirent alors sa tasse à moitié pleine chutait sur ses genoux. Elle ne réagit pas à la brûlure mordante qui traversait la finesse de son vêtement. Mileeana y déposa un torchon puis ramassa les débris de porcelaine qu’elle déposa sur le plateau. Elle se fit la plus discrète possible afin de ne pas perturber le travail de Lawrence.
    
    Ce dernier patienta. Jolly secoua la tête, ses anglaises dansant autour de ses épaules et de ses joues creusées. Un coup de tonnerre lui permit de refaire de nouveau surface. L’orage se rapprochait. La pluie arrosait déjà la capitale anglaise.
    
    « J’ai vu les écritures, je me suis mise à hurler tout ce que je pouvais… Mon unique but était de faire fuir cette silhouette, de lui faire peur.
    
    — Vous avez réussi, sourit Lawrence pour la rassurer. Que s’est-il passé ensuite ?
    
    — J’ai entendu la porte s’ouvrir. J’avais les yeux fermés. Puis j’ai senti des mains se poser sur mes épaules. Je me suis débattue, j’ai sauté sur mon lit, avant de me rendre compte qu’il s’agissait de Miss Reechfield. Elle a ordonné aux surveillants de fouiller tout l’établissement. Puis vous êtes arrivé. »
    
    Le visage du jeune homme se ferma à cette conclusion. Une silhouette aussi impressionnante s’était enfuie dans les couloirs et personne n’avait pu la stopper ? Il trouvait cela étrange. Il ne comprenait pas comment ce curieux personnage avait pu s’en sortir aussi facilement. Son regard croisa les yeux sévères de la patronne. Elle partageait son avis. Tous les deux tournèrent de nouveau leur attention sur Jolly, qui s’essuyait les cuisses.
    
    « Jolly, avez-vous des clients trop insistants ? Demanda Lawrence.
    
    — Vous pensez qu’il pourrait s’agir de l’un d’eux ? S’inquiéta la jeune femme.
    
    — Répondez-moi je vous prie.
    
    — Non, aucun de mes client n’a jamais tenté de me suivre après nos rendez-vous.
    
    — Mr Green, tous mes clients sont irréprochables, s’agaça Mileeana Reechfield. Ils sont triés sur le volé et font partis des plus riches et des plus influents de Londres.
    
    — Être riche et influent ne fait pas de vous quelqu’un de saint d’esprit, contra l’enquêteur. La folie se dissimule mieux chez l’ordinaire. »
    
    Le jeune homme parlait en connaissance de cause. Scotland Yard était une école de la vie très efficace. Ses enseignants lui avaient enseigné la méfiance et l’analyse. Son esprit déjà aiguisé par ses nombreuses lectures et ses cours à domicile s’ouvrait avec les mois de travail. Un futur prometteur l’attendait selon ses supérieurs.
    
    Alors qu’il griffonnait quelques notes sur une page vierge, trois grands coups résonnèrent contre la porte du bureau. La patronne autorisa l’entrée à Marcel qui affichait un grand sourire satisfait. Elle se leva d’un coup. Son visage se déforma d’une grimace presque imperceptible.
    
    « Vous l’avez trouvé, s’impatienta-t-elle.
    
    — En effet. Il est enfermé dans le bureau des surveillants. Comme quoi, pas besoin de sortir de Scotland Yard pour attraper un taré, ricana le français.
    
    — Non, mais besoin d’y travailler pour mener un interrogatoire dans les règles et les lois, grinça Lawrence. Conduisez-moi de suite à lui.
    
    — Dis donc p’tit, te garde pas tous les honneurs hein, gronda le chef de la sécurité.
    
    — Mr Bouza, vous devriez savoir lorsqu’il est nécessaire de vous taire. Obéissez, » claqua sa patronne, le visage fermé par la colère.
    
    Le marseillais n’en fut que plus agacé, mais il acquiesça et sortit du bureau sans attendre Lawrence. Ce dernier le rattrapa d’une petite course, son carnet en main. Le chemin lui parut aussi long qu’une éternité. Le bureau des surveillants, situé au rez-de-chaussée de la Lune Blanche, fut déverrouillé. L’enquêteur y entra. La salle, plutôt grande, était meublée d’une table accompagnée d’une dizaine de sièges et de deux armoires. Aucune décoration ne venait alléger l’austère ambiance qui y régnait.
    
    Sur une des chaises, un homme sembla se momifier à la vue des deux figures d’autorité. Sans demander son avis à Marcel Bouza, Lawrence s’enferma seul avec cet étrange personnage. Vêtu de haillons, il sentait fort la boue et les excréments. Il avait perdu presque toutes ses dents et le jeune homme ne parvint pas deviner son âge. Il l’estima entre vingt-cinq et trente-cinq ans. La saleté, les rides et la misère faussaient son analyse. Ses mains étaient crasseuses, ses ongles noirs et cassés, et ses pieds habillés d’immondices qui traînaient dans les rues les plus sombres de la ville. Tout sa carcasse tremblait, se balançait d’avant en arrière, alors que ses gencives claquaient l’une contre l’autre.
    
    Lawrence se racla la gorge afin que l’homme lève au moins un œil sur lui. Il reconnut le regard vitreux des pauvres hères qui se noyaient dans l’alcool bon marché.
    
    « Je m’appelle Lawrence Green, je suis enquêteur à Scotland Yard, se présenta-t-il d’une voix calme. Est-ce que vous comprenez ce que je dis ? »
    
    L’homme acquiesça vivement avant de se recroqueviller de plus belle contre le dossier de sa chaise.
    
    « Bien. Est-ce que vous pouvez me dire votre nom s’il vous plaît ?
    
    — Lence… Loxford… »
    
    Sa voix grondait au fond d’une gorge irritée. Lawrence remarqua alors que la fièvre le rongeait aux rougeurs sur ses joues et à la sueur sur son front. Il tenta de rester neutre face à l’état de santé de son suspect.
    
    « Que faites-vous ici Lence ?
    
    — Manger… Je voulais manger avec Jolly… Elle m’a dit qu’elle pourrait…
    
    — Comment cela ?
    
    — Elle m’a donné de l’argent… Je sais plus quand… Comment… Mais elle m’a dit « pour manger »… Alors je suis venu manger ! »
    
    Ce pauvre homme avait perdu l’esprit. La bonté de Jolly l’avait conduit à croire qu’il pourrait sortir de sa misère le temps d’un repas avec elle, mais sans doute avait-il déformé ses propos. Lawrence devrait interroger de nouveau la fille de joie afin d’entendre sa version des faits mais pour l’heure, l’affaire semblait se terminer. Cependant, un détail titilla l’esprit du jeune homme.
    
    « Comment êtes-vous entré ici et où vous êtes-vous cachez ? Interrogea-t-il.
    
    — Dans le charbon ! Je me suis caché dans le charbon. Je me suis lavé, pour Jolly ! »
    
    Si l’homme n’avait pas été aussi fou, Lawrence lui aurait accordé une certaine ingéniosité. Personne n’irait fouiller la réserve de charbon, même dans un grand établissement. L’esprit de Lence voyait le monde d’une manière intéressante. Les psychologues de Scotland Yard auraient été heureux de pouvoir discuter avec lui. Mais alors qu’il allait poser une nouvelle question, la porte s’ouvrit dans son dos. Il fronça les sourcils et se leva, tendu comme un arc.
    
    « Mr Bouza, laissez-moi tranqu… Inspecteur Graham ? » Balbutia-t-il, le teint d’un coup très pâle.
    
    Son supérieur avança sa haute stature dans la pièce. Il posa son regard froid sur son jeune enquêteur puis regarda Lence d’un œil dégoûté. Son visage carré se ferma dans un sourd agacement.
    
    « Que faites-vous, Green ? Attaqua-t-il.
    
    — Le travail pour lequel j’ai été embauché.
    
    — Vous avez terminé, vous avez votre coupable.
    
    — Attendez, je n’ai pas…
    
    — Vous avez terminé, claqua le quinquagénaire. Les enquêteurs de Scotland Yard ont mieux à faire que de chasser des miséreux, même pour les beaux yeux de Mileeana Reechfield. Ne vous permettez plus d’accepter ce genre de propositions, je vous veux exclusivement à votre poste officiel. Sortez-le d’ici maintenant.
    
    — Mais Inspecteur la justice se doit d’être équitable envers tout le m…
    
    — C’est un ordre ! »
    
    Puis il sortit, suivit d’un Marcel Bouza à la mine satisfaite. Lawrence serra les dents et les poings sur son petit carnet aux pages froissées. Il le rangea dans sa poche arrière et s’approcha de Lence. Il le fit se lever puis sortir par la porte arrière de l’établissement, évitant soigneusement les employés. Enfin, il lui remit quelques pennys afin que ce dernier ait de quoi manger pour quelques jours.
    
    « Ne prenez plus ce genre d’initiative, prévint-il gentiment. Vous allez finir par vous attirer de vrais ennuis. »
    
    Lence s’en alla en claudiquant et disparut dans la pénombre d’une ruelle. Alors que la pluie se calmait, Lawrence se demanda si la silhouette maigre de l’homme s’était changée en monstre pour une Jolly effrayée ou si une autre personne s’était glissée dans sa chambre. Malheureusement pour lui, il n’aurait pas le loisir d’enquêter sur ce détail.

Texte publié par Loune, 25 janvier 2019 à 08h54
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